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Actualités, enquêtes à Lyon et dans la région

Violences et pathologies psychiatriques en augmentation au nouveau CRA de Lyon

Violences et pathologies psychiatriques en augmentation au nouveau CRA de Lyon

Dans leur rapport annuel, cinq associations ont étudié les centres de rétention administratives (CRA) de l’ensemble du pays. En 2022, 1183 personnes ont été enfermées au nouveau CRA de Lyon, dont deux enfants, dans des conditions alarmantes.

Cinq associations d’aide aux personnes en situation de migration ont publié ce mercredi 26 avril leur rapport annuel sur les conditions de rétention administrative en France en 2022. Ainsi, Forum Réfugiés, France Terre d’Asile, la Cimade, Solidarité Mayotte et le Groupe SOS recensent plus de 40 000 personnes enfermées dans des centres de rétention administrative (CRA) l’année dernière. Les associations ont étudié le profil, les conditions d’interpellation, la durée de rétention et le devenir de 17 553 personnes enfermées dans un des 25 CRA du pays (dont 4 en Outre-mer).

L'entrée de l'ancien centre de rétention administrative CRA de Lyon Saint-Exupéry. ©LB/Rue89Lyon
L’entrée de l’ancien centre de rétention administrative (CRA) de Lyon Saint-Exupéry.Photo : LB/Rue89Lyon

Violences, tentatives de suicides et pathologies psychiatriques en augmentation au CRA de Lyon

Celui de Lyon Saint-Exupéry est flambant neuf. En janvier 2022, le sinistre CRA numéro 1 a vu l’ouverture d’un petit frère, le numéro 2, dans de nouveaux locaux. Soit une capacité de 140 places dans chacun de ces deux CRA. Dans le rapport, Forum Réfugiés note un nouveau bâtiment « très carcéral » et une nouvelle organisation « très rigide » qui a compliqué son travail et l’accès aux droits des personnes retenues.

Le 18 avril, le sénateur EELV Thomas Dossus, la bâtonnière Marie-Josèphe Laurent et plusieurs membres du barreau de Lyon ont visité ce nouveau CRA et fait état de graves dysfonctionnements.

« Tout est anxiogène là-bas, résumait la bâtonnière. Tout est pensé comme un système carcéral, mais avec une oisiveté totale, sans activité. »

En décembre dernier, le médecin du centre, en poste depuis 2017, a carrément démissionné.

Dans le rapport, Forum Réfugiés a de fait constaté « une nette augmentation des agressions entre personnes retenues » et plusieurs tentatives de suicide au bout de seulement un an d’existence de ce nouveau CRA.

« L’année 2022 a été fortement marquée par l’augmentation significative du nombre de personnes présentant des pathologies psychiatriques lourdes », s’alarme l’association.

Elle dénonce le fait que ces vulnérabilités sont désormais reléguées au second plan lorsque des faits de troubles à l’ordre public sont reprochés à la personne. Une situation qui s’est aggravée à l’été 2022, avec une circulaire du ministère de l’Intérieur prévoyant un placement en rétention prioritaire des étrangers qui représenteraient une « menace pour l’ordre public », sans que celle-ci ne soit clairement définie.

« À partir du mois d’août 2022, les places au CRA étaient priorisées à près de 90 % contre 30 % auparavant pour des auteurs de troubles/menaces à l’ordre public », témoigne Forum Réfugiés.

1183 personnes dont deux enfants retenus dans le nouveau CRA de Lyon en 2022

1183 personnes ont été enfermées dans ce nouveau CRA en 2022, soit une augmentation de 6% par rapport à l’année précédente. Parmi celles-ci, deux enfants. En 2023, 88 d’entre elles s’y trouvaient toujours.

Les nationalités les plus représentées sur l’année 2022 étaient les nationalités algériennes (21,5%) et albanaises (20,6%). Des chiffres similaires au niveau national. Les autres personnes sont originaires de Tunisie, du Maroc, de Guinée, d’Afghanistan ou encore de Serbie. La majorité des rétentions font suite à une Obligation de quitter le territoire français (OQTF, une décision d’éloignement prise par le préfet).

Plus d’un tiers des personnes ont été interpellées dans leur vie quotidienne, lors d’un contrôle de police, à la frontière, à domicile, en gare ou encore dans les transport en commun. Presque autant ont été arrêtées à leur sortie de prison.

Une chambre de l’aile « jaune » de l'ancien centre de rétention administrative CRA de Lyon. ©AD/Rue89Lyon
Une chambre de l’aile « jaune » de l’ancien centre de rétention administrative de Lyon.Photo : AD/Rue89Lyon

Au nouveau CRA de Lyon, une durée d’enfermement plus longue que la moyenne nationale

En moyenne, les personnes sont retenues 23,7 jours dans ce nouveau CRA de Lyon Saint-Exupéry. Légèrement plus longtemps que la moyenne nationale qui était de 23 jours en 2022. Près d’un tiers des personnes sont restées au CRA de Lyon moins de 48h, un autre tiers entre 3 et 20 jours et près de 20% entre 46 et 75 jours. Forum Réfugiés note qu’en 2022, 56 personnes y ont été retenues jusqu’à 90 jours, la durée maximale d’enfermement autorisée par la loi. Un chiffre qui ne cesse d’augmenter, alerte le rapport : il était de 7 jours en 1981, 32 jours en 2003 et 45 en 2011.

À l’issue de cet enfermement, les personnes ont été en grande majorité (61,6%) renvoyées dans un autre pays, souvent hors de l’Union européenne. Seul un tiers d’entre elles, c’est-à-dire 360 personnes, ont été libérées, dont 275 par les juges et 61 par la préfecture.

Une grande manifestation du 1er Mai attendue à Lyon

Une grande manifestation du 1er Mai attendue à Lyon

À Lyon, la manifestation de la fête des travailleurs et travailleuses débutera le 1er Mai à 10 h à Jean-Jaurès et s’achèvera à Bellecour. Une mobilisation qui promet d’être particulièrement suivie dans la foulée du mouvement social contre la réforme des retraites.

Ce 1er Mai, l’intersyndicale (CFDT, CGT, CFE, CFTC, UNSA, FO, Solidaires, FSU, CNT, Unef, Fage et VL 69) appelle à une large mobilisation.

Débutant à 10 heures, elle reprend à peu de chose près le parcours classique des manifestations du 1er Mai, démarrant cette fois-ci non pas place Jean-Macé (Lyon 7e) mais place Jean-Jaurès (Lyon 7e) et s’achevant à Bellecour (Lyon 2e). Ils et elles étaient entre 4 000 et 6 000 personnes en 2022, mais la marche de cette année devrait voir défiler plus de Lyonnais et grand-Lyonnais. Pour cause : elle s’inscrit dans le mouvement social contre la réforme des retraites.

À ce sujet, la dernière manifestation déposée en préfecture date du 13 avril. Une manifestation qui avait totalisé 22 000 manifestants, selon les syndicats, 9 900 selon la préfecture. Une baisse par rapport à la précédente manifestation, où 32 000 personnes avaient battu le pavé à Lyon, selon l’intersyndicale, et 13 000 selon la police. Une diminution de la fréquentation que l’on peut imputer à la période de vacances.

Une manifestation du 1er Mai que les syndicats souhaitent familiale à Lyon

Depuis, plusieurs rassemblements, manifestations sauvages et « casserolades » ont été organisées à Lyon. Dernière en date : le lundi 24 avril au soir, des Lyonnais·es ont fait résonner le bruit de leurs casseroles devant la mairie centrale de Lyon, celles du 8e, du 4e et de Villeurbanne.

D’autres groupes ont suivi les déplacements du ministre de l’Éducation Pap Ndiaye à Lyon toute la journée et sa visite à l’INSPE a finalement été annulée « pour cause d’insécurité », selon son directeur Pierre Chareyron.

1er mai Lyon intersyndicale manifestation
La banderole de l’intersyndicale au départ de la manifestation du 1er Mai à Lyon, place Jean-Macé. Lucas Martin Brodzicki/Rue89Lyon

Ce lundi 1er mai, il s’agit d’une journée de mobilisation que l’intersyndicale veut familiale :

« Elle invite tous les travailleurs et travailleuses, jeunes, retraité.es comme l’ensemble de la population à s’y rendre massivement, entre collègues de travail, amis, en famille pour obtenir l’abrogation de cette réforme injustifiée, brutale et injuste. »

Pour rappel, le service d’ordre des syndicats a dénoncé avoir subi des violences policières lors de la manifestation du 6 avril dernier. Dans le communiqué de l’intersyndicale pour ce 1er Mai, ceux-ci imputent la responsabilité du climat social délétère au gouvernement :

« En s’entêtant, l’exécutif ne prend pas conscience de la responsabilité qu’il porte en s’enfermant dans le déni et il est le seul responsable d’une situation explosive sur l’ensemble du pays. »

Sorties à Lyon : la sélection culture de la rédaction du 26 avril au 2 mai

Sorties à Lyon : la sélection culture de la rédaction du 26 avril au 2 mai

Du théâtre dans les sorties à Lyon de la semaine. Tantôt des adaptations de classiques, tantôt de l’expérimentation immersive. N’hésitez pas à compléter avec vos bons plans en commentaires.

EggS, votre meilleur oeuf de Pâques au Sonic

S’il ne faut voir qu’un concert cette semaine (et même ce mois-ci), alors nous vous conseillons de vous rendre du côté du Sonic pour faire le plein d’oeufs. Découvrez EggS, un groupe de Montreuil qui ressuscite les plus grandes heures de l’indie-rock anglais (celui des groupes du label Sarah Records). Ramenant aussi à la vie le rock indépendant américain (The Feelies, Guided By Voices).

Des morceaux joués avec une nonchalance à donner une syncope au ministre du travail. Compositions jemenfoutistes, guitares tranchantes, claviers zinzins, harmonies vocales à la schlag, tout y est. Des chansons qui flirtent avec la Ligue des Champions de la discipline. N’en jetez plus.

EggS. Au Sonic le mercredi 26 avril.

Une adaptation historique des Raisins de la colère à Lyon

On ne présente plus l’ouvrage culte Les Raisins de la colère, de John Steinbeck. Celui-ci a notamment été adapté par John Ford au cinéma avec Henry Fonda dans le rôle de Tom Joad.

On peut y voir le récit de la famille Joad jetée (avec des milliers d’autres) sur les routes vers la Californie à la suite du Dust Bowl, une tempête de sable d’envergure biblique qui dévasta trois états du Sud américain.

C’est ici une adaptation musicale et littéraire de l’oeuvre que proposent le jazzman Jean-Jacques Milteau et le metteur en scène Xavier Simonin. Une adaptation historique puisque c’est la première fois qu’elle est autorisée en Europe. Qui plus est, Les raisins… résonnent toujours aussi fort dans notre époque.

Les Raisins de la colère. Au Karavan théâtre (Chassieu) le 28 avril.

Pour mieux te voir dans le noir : Le petit chaperon rouge au TNP

Joël Pommerat avait déjà réalisé la mise en scène de contes comme Pinocchio ou Cendrillon de façon particulièrement audacieuse. Il rejoue un de ses hits présenté à Lyon en 2005 : Le Petit chaperon rouge de Charles Perrault ; avec quasiment le même casting !

Une adaptation très contemporaine qui fut son premier spectacle à destination du jeune public. Une pièce courte pour Joël Pommerat (45 minutes), bien loin d’une de ses précédentes pièces d’une durée de 4h30, « Ça ira (1) Fin de Louis ».

Autre tour de force : la représentation qui sublime notamment la peur du noir, se déroule dans un décor uniquement suggéré par le travail sur les lumières d’Éric Soyer. Une reprise à ne pas manquer.

Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat. Au TNP jusqu’au 28 avril.

Voyage dans le Saint-Denis urbain

Plus que quelques jours pour assister à l’exposition de Francis Morandini au Bleu du Ciel. Une exposition que le photographe consacre à l’île de La Réunion où il a séjourné plusieurs fois au tournant des années 1920.

Un travail surprenant : si Francis Morandini est connu pour ses paysages, il livre ici une vision tout sauf luxuriante de l’île, se concentrant sur une voie traversant Saint-Denis où prime l’esthétique du délabrement, la grisaille du béton qui s’effrite face à une lumière blafarde.

Si la nature est présente, c’est en reprenant ses droits sur une modernité presque obsolète. Au fond, un portrait sans doute fidèle de la réalité réunionnaise d’aujourd’hui.

Francis Morandini – Le Grand chemin. Au Bleu du Ciel jusqu’au 29 avril.

Sorties à Lyon. C Francis Morandini.
Bloc de béton. La Germination d’autres mondes possibles au Bleu du ciel. Photo : Francis Morandini.

Être acteur de la germination d’autres mondes, via la réalité augmentée au TNG

C’est une proposition singulière que nous offrent à voir Joris Mathieu, metteur en scène et patron du TNG, avec le scénographe Nicolas Boudier ainsi que la compagnie Haut et Court.

Ils et elles nous invitent à se laisser aller à la germination, pas d’une nouvelle espèce de plante, non : à celle d’autres mondes possibles. Lesquels flotteraient invisibles autour de nous.

Une proposition théâtrale immersive, qui nécessite un important dispositif technique. Il s’agit ici des nouvelles technologies de réalité augmentée. Contraignant les spectateur·ices à laisser tous leurs effets personnels au vestiaire pour voir advenir les possibilités des ces mondes. Une « pièce » dont vous êtes les héros.

La germination d’autres mondes possibles. Au TNG du 2 au 10 mai.

Sorties à Lyon La Germination d'autres mondes possibles Joris Mathieu Nicolas Boudier
La Germination d’autres mondes possibles de Joris Mathieu et Nicolas Boudier. Photo : Nicolas Boudier.

En difficulté, Railcoop change de stratégie et de dirigeants pour le Lyon – Bordeaux

En difficulté, Railcoop change de stratégie et de dirigeants pour le Lyon – Bordeaux

Gros changements chez Railcoop. La coopérative ferroviaire, en proie à des tensions internes depuis plusieurs mois, doit changer en partie de direction. Elle a aussi annoncé mettre fin à son activité de fret pour se concentrer sur la ligne Lyon – Bordeaux, prévue pour 2022 et repoussée à l’été 2024.

Railcoop est-elle en train de dérailler ? La coopérative ferroviaire a annoncé ce mardi 25 avril mettre fin à sa ligne de fret. Une décision prise lors du dernier conseil d’administration de l’entreprise, la semaine précédente, pour « concentrer ses activités sur le développement de son service Voyageurs », d’après le communiqué de presse envoyé ce mardi. L’objectif principal : la ligne Lyon – Bordeaux, initialement prévue en 2022 et déjà repoussée à l’été 2024.

Après des mois de tensions, changement partiel de direction chez Railcoop

Et Railcoop n’a pas changé que sa stratégie. D’après nos confrères de Mediacités, la directrice générale déléguée Alexandra Debaisieux doit partir en mai prochain. Il s’agit de la sœur de Nicolas Debaisieux, actuel directeur général de Railcoop qui, lui, reste en poste. Une deuxième personne doit le rejoindre pour assurer une direction à deux têtes.

D’après les informations de Mediacités, ce changement fait suite à de longs mois de tensions au sein de la coopérative ferroviaire. Ainsi, quatre employés sont partis depuis le 1er janvier et six nouvelles personnes doivent quitter l’entreprise dans les prochaines semaines.

Le fret, principale activité de la coopérative en 2022, n’a permis de dégager que 120 000 euros de chiffre d’affaires l’année dernière, comme Rue89Lyon l’avait rapporté en mars. Or, en 2021, la masse salariale – une trentaine d’employés – s’élevait à plus de 680 000 euros.

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Le projet de Railcoop est en difficulté. Photo d’illustration. Crédits LMB/Rue89Lyon

La ligne Lyon – Bordeaux de Railcoop repoussée faute de financements

Il faut dire que la coopérative ferroviaire semble avoir du mal à se maintenir sur les rails. Le 9 mars, Railcoop avait annoncé un nouveau report de son projet phare, la ligne Lyon – Bordeaux, faute de financements. Deux mois auparavant, la Ville et la Métropole de Lyon y avaient respectivement investi 20 000 et 80 000 euros. Dans un article paru en mars, Rue89Lyon était revenu en détail sur les difficultés connues par la coopérative.

Au moment de son lancement, en novembre 2019, Railcoop affirmait pouvoir transporter dès 2022 près de 690 000 voyageurs par an entre Lyon et Bordeaux, en 6h47 (durée finalement ramenée à 7h30), au prix de 38 euros. Elle avait même pour ambition d’ouvrir d’autres liaisons transversales évitant Paris, victimes du désinvestissement chronique de l’État dans le secteur ferroviaire.

Deux ans plus tard, la ligne Lyon – Bordeaux a été reportée une nouvelle fois, à l’été 2024. Si elle voit le jour à ce moment-là, ce sera avec une fréquence réduite à un aller par jour et par sens. Très loin, donc, des annonces initiales, qui prévoyaient deux allers-retours par jour entre Lyon et Bordeaux, deux entre Lyon et Limoges, et un entre Lyon et Montluçon.

Une nouvelle « casserolade » prévue ce soir à Lyon

Une nouvelle « casserolade » prévue ce soir à Lyon

Il pourrait s’agir d’une recette de cuisine, mais non. Des rassemblements ou « casserolades » sont prévus à Lyon lundi 24 avril à 20 heures pour protester contre la réforme des retraites.

« Amène ta plus belle casserole et de quoi faire du bruit » a lancé le canal militant Lyon Insurrection, invitant à plusieurs rassemblements sonores à Lyon, lundi 24 avril à 20 heures. Les premiers appels à une « casserolade » contre la réforme des retraites avaient notamment été lancés par Attac France à l’occasion de l’allocution d’Emmanuel Macron le 17 avril. Les bruits de casseroles ont depuis essaimé partout en France.

Originalité, ce n’est pas un mais quatre rendez-vous qui sont donnés ce 24 avril 2023 à 20h à Lyon. Un premier devant la mairie de Lyon, ainsi que celle du 4e, du 8e et de Villeurbanne. Les rassemblements n’ont pas été déposés en préfecture.

Pour l’instant aucun périmètre d’interdiction de manifestation n’a été pris par la préfecture, ni même d’« arrêté anti-casserole », comme cela a été le cas dans l’Hérault le 20 avril dernier à l’occasion d’une visite du président Emmanuel Macron. Un arrêté depuis démenti par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui indique avoir interdit les « dispositifs sonores portatifs » et non les casseroles, bien que des personnes équipées de casseroles ont été empêchées de se rendre dans le centre-ville de Ganges.

Une casserolade à Lyon pour « maintenir la pression avant le 1er mai »

Si les casseroles ont été interdites en amont de l’événement, d’autres rassemblements de ce type ont effectivement parasité les déplacements de l’exécutif. Une visite d’Emmanuel Macron dans le Bas-Rhin a été accueillie dans un capharnaüm difficile à ignorer, il en va de même pour celle d’un hôpital privé de Montreuil par le ministre de la Santé, François Braun.

L’exécutif en vient à brouiller les pistes pour éviter les maudits outils métalliques, comme le ministre du Travail Olivier Dussopt qui a maintenu le flou jusqu’au dernier moment sur ses déplacements en Saône-et-Loire vendredi dernier. Il n’esquivera finalement pas quelques casseroles.

À Lyon aussi, ce lundi 24 avril, la visite du ministre de l’Éducation Pap Ndiaye à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (INSPE), a été annoncée à la presse à peine quelques heures avant son déplacement.

Prévue à 14h30, cette visite n’a pas échappé à une « casserolade » aux portes de l’établissement. À 15h40 le ministre ne s’est toujours pas présenté. Sa visite à l’INSPE a finalement été annulée « pour cause d’insécurité » a déclaré son directeur Pierre Chareyron. Le ministre se serait cependant rendu au rectorat selon Tribune de Lyon.

Le rassemblement de 20h a, quant à elle, plutôt pour but de « maintenir la pression » avant la très attendue manifestation du 1er mai.

Université Lyon 3 : la gauche gagne du terrain, l’extrême droite reste en embuscade

Université Lyon 3 : la gauche gagne du terrain, l’extrême droite reste en embuscade

Les étudiants de gauche s’organisent à l’université Lyon 3 à l’occasion du mouvement contre la réforme des retraites. Leur activisme sur le campus de la Manufacture des tabacs dérange l’extrême droite radicale lyonnaise qui revendique toujours cette faculté comme un de leur fief.

Le mardi 28 mars au petit matin, le campus de l’université Lyon 3 de la Manufacture des tabacs est condamné. Des dizaines de poubelles s’entassent, des chaînes et des pancartes en tout genre sont installées sur les barricades. Des étudiants patientent nerveusement, regardent interloqués la scène qui se déroule sous leurs yeux, et s’interrogent :

« Pourquoi les gens de Lyon 2 sont-là ? ».

lyon 3 blocus bis
Poubelles entassées au blocus à l’université Lyon 3, le matin du 28 mars 2023 /Koupaïa Rault

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Quelles histoires pour (sur)vivre dans l’anthropocène ?

Quelles histoires pour (sur)vivre dans l’anthropocène ?

Cette semaine Radio Anthropocène vous raconte des histoires. Celles que les artistes, auteur·ice·s et autres créateur·ice·s écrivent pour décrire, imager et rendre intelligible l’époque qui est la nôtre : l’anthropocène. 

Le changement global questionne tous les aspects de nos sociétés, jusqu’à leur cohérence. Une sensation de vide peut saisir tout un chacun·e face à l’immensité des défis à relever. Composer des imaginaires alternatifs, à travers des récits de fiction, permet d’interroger le réel dans lequel nous naviguons.

Le professeur de littérature Yves Citton, dans “Générations collapsonautes”, montre comment face aux récits effondristes, il est possible de naviguer à contre-courant. Cet exemple montre que les histoires peuvent être des boussoles dans une actualité qui nous désarçonne. 

L’anthropocène, toute une histoire

Aujourd’hui, deux récits s’imposent dans l’espace médiatique mais ils ne sont pas satisfaisants. D’un côté, le discours effondriste ; de l’autre, le techno-solutionnisme. Nous sommes convaincus qu’une troisième voie est possible. Ce sont ces récits alternatifs que des réalisateur·ice·s allant de Hayao Miyazaki à des auteur·ice·s comme Alain Damasio s’évertuent à inventer, œuvres après œuvres. L’intérêt de leur démarche consiste à conter ce qui compte réellement pour des personnages, qui comme nous, sont en quête de sens. 

Les imaginaires permettent aussi de pluraliser les points de vue, de porter un regard interrogatif et ouvert sur le monde, transcendant tout jugement. La singularité de la fiction tient à ce qu’elle est un espace de liberté, un terrain de jeu qui permet par là même de questionner des enjeux de façon originale et détournée.

Pour Georges Perec, « L’espace est un doute » ; la page l’est tout autant en ce qu’elle accueille l’imaginaire d’un·e auteur·ice et d’un·e lecteur·ice qui propose pour l’un·e, et dispose pour l’autre. Plus encore, il est possible d’entendre le “jeu” produit par la fiction comme un espace de décalage par rapport à d’autres modalités que sont l’essai ou la tribune par exemple.

Faire converser sciences, arts et société : quelle histoire !

C’est d’ailleurs la volonté qui est la nôtre, chez Radio Anthropocène, de produire ces conversations entre sciences, arts et sociétés. L’important est aujourd’hui de composer des récits qui bien que divergents – car produits par divers gens situés en divers lieux – peuvent converger. Notre ambition est simple : constituer une chambre d’écho à ces imaginaires et représentations alternatives, d’autant plus urgentes à penser que l’on peine à constituer des imaginaires désirables. 

Ce travail fait de la fiction une œuvre ouverte d’après la célèbre formule d’Umberto Eco, que chacun·e peut investir de son histoire personnelle, ses désirs, ses renoncements. Car ce travail d’interprétation permet aussi d’adapter, rediriger ou faire bifurquer nos imaginaires vers des représentations plus conciliables avec les enjeux contemporains. 

L’anthropocène comme nouveau récit ?

Plus encore, ne peut-on pas considérer l’anthropocène comme un récit en soi ? Celui d’une remise en question d’une forme de rationalité moderne et occidentale, célébrée depuis Descartes, réinvestie sous les Lumières, ou la science occupe une place de choix dans une croyance infinie au progrès.

Ce discours ne tient plus. Car l’entrée dans l’anthropocène met en doute l’idée même de rationalité scientifique. C’est ce qu’attestent nombre d’exemples historiques : bombe atomique, pollution chimique, plastique… Aujourd’hui, son instrumentalisation contemporaine menace l’habitabilité de notre planète. Elle a fait advenir nos systèmes techniques, économiques et sociaux, ceux-là même qui bouleversent écosystèmes et climats, autant d’équilibres dont nous dépendons.

A ce titre, les fictions peuvent constituer des modalités discursives opportunes pour interroger la pertinence d’un discours scientifique cherchant à expliquer le monde dans lequel nous vivons.

Aussi, faut-il, sans tomber dans le relativisme, considérer la science comme une forme de récit ? A l’heure où la preuve est de moins en moins exigée dans le débat public, où les « vérités alternatives » (les fake news) essaiment toujours plus, la question mérite d’être posée. Face à ce constat, il peut être opportun de ré-encastrer le discours scientifique au sein d’autres formes de récits, pour mieux repositionner ce dernier au cœur de la cité.

Ainsi, que peut encore la littérature, pour paraphraser Jean-Paul Sartre, à l’heure de l’Anthropocène ? Tout au long de cette journée, nous réciterons avec vous et notre panel d’invité·e·s des discours tantôt dérangeants tantôt dérangés pour comprendre aussi ce que cette nouvelle époque fait à la littérature, et ce qu’elle en fait.

Radio Anthropocène – L’anthropocène, toute une histoire – 26 avril 2023
#Villes de Lyon

La tour du Mas à Vaulx-en-Velin : la décrépitude d’un symbole de la politique de la ville

La tour du Mas à Vaulx-en-Velin : la décrépitude d’un symbole de la politique de la ville

La tour du Mas du Taureau est l’immeuble emblématique de Vaulx-en-Velin, construit dans les années 70. Aujourd’hui, les habitant·es se plaignent de la vétusté de leurs logements et de leurs difficultés à contacter leur bailleur, la SFHE. Les habitant·es attendent une réhabilitation, qui devrait arriver en 2024, mais n’osent plus y croire. Reportage.

À Vaulx-en-Velin, impossible de la manquer La Tour du mas et son mur d’escalade drapé de rose, haut d’une cinquantaine de mètres. Elle surplombe la place Guy Môquet, cœur vivant du quartier populaire du Mas du Taureau.

L’imposant immeuble est aussi le symbole des débuts de la politique de la ville.

Devenue Zone à urbaniser en priorité (ZUP), une partie de cette commune de la banlieue est de Lyon a vu sortir de terre les grands ensembles dans les années 70. Créée en 1973, la Tour du mas fait partie de ces constructions. Elle est en réalité constituée de deux immeubles et 102 logements.

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À Lyon, pas « d’apaisement » mais de multiples actions contre la réforme des retraites

À Lyon, pas « d’apaisement » mais de multiples actions contre la réforme des retraites

Depuis la promulgation de la loi contre la réforme des retraites, samedi 15 avril, la colère ne faiblit pas à Lyon. Les actions et manifestations se multiplient, avec une forte réponse des autorités.

Avant l’horizon du 1er Mai, où l’intersyndicale appelle à se mobiliser massivement. Rue89Lyon récapitule une semaine de mobilisation.

Colère nocturne à Lyon lors de manifestations sauvages contre la réforme des retraites

Vendredi 14 avril au soir, une manifestation sauvage réunissant environ 400 à 500 personnes a eu lieu, au départ de la place Sathonay (Lyon 2e) vers 18h30. Auparavant, à 15h30, un rassemblement intersyndical s’était tenu près de la préfecture du Rhône. Ce jour-là, le Conseil constitutionnel a validé la grande majorité du texte de la réforme des retraites, notamment le report de l’âge à 64 ans. Fanfare, militants syndicaux, militants plus radicaux et de tous bords ont formé un rassemblement hétéroclite place Sathonay, où la colère et une sorte de sidération se faisaient ressentir.

Un périmètre d’interdiction de manifester empêchait les manifestations sur toute la Presqu’île, de l’Hôtel de Ville à la place Bellecour. Les manifestants ont tenté de s’approcher de ce périmètre et des quais de Saône, mais ont été repoussés vers les Pentes de la Croix-Rousse. Dès les premières minutes, les forces de l’ordre ont gazé à de nombreuses reprises le cortège. Seul un nombre restreint de manifestants ont ensuite poursuivi la manifestation.

réforme des retraites Lyon
Dès le début de la manifestation sauvage du 14 avril, les forces de l’ordre ont fait usage de nombreux gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.Photo : PL/Rue89Lyon

Lundi 17 avril, outre le concert de casseroles appelé devant l’hôtel de Ville à 20h – heure de l’allocution d’Emmanuel Macron – une autre manifestation sauvage a sillonné les rues du 1er, du 4e et du 6e arrondissement de Lyon. Cette fois, la sidération a laissé toute place à la colère. Une nouvelle fois, les méthodes d’action les plus radicales se sont exprimées : casse de mobilier urbain, incendies…etc.

Réforme des retraites : un périmètre d’interdiction de manifester très étendu à Lyon

La mairie du 1er arrondissement a notamment vu sa porte arrière fracturée. Après la mairie du 4ème, il s’agit de la deuxième mairie d’arrondissement à être prise pour cible depuis le début de ce mouvement social. Cet incident a suscité de vives condamnations de la préfecture et d’élus locaux de tous bords.

Dès le lendemain, mardi 18 avril, la préfecture du Rhône a pris une mesure d’interdiction de manifester dans les six premiers arrondissements de Lyon, de 18h à 00h. Cette interdiction, particulièrement étendue géographiquement, n’a jamais été vue à Lyon, même du temps du mouvement des Gilets jaunes qui a marqué le début de cette méthode préfectorale.

Le même périmètre d’interdiction a été renouvelé le lendemain, mercredi 19 avril.

Un rassemblement des Soulèvements de la Terre, qui était prévu devant l’hôtel de Ville – et donc dans la zone d’exclusion – a été noyé sous les gaz lacrymogènes pour être dispersé. 14 personnes ont été verbalisées, a annoncé la préfecture

Des syndicats toujours mobilisés à Lyon

Si l’intersyndicale n’appelle pas à une manifestation avant le 1er Mai à Lyon, certains militants syndicaux continuent de se mobiliser, par la grève ou par des actions. Mercredi 19 avril au soir, aucun train ne circulait depuis la gare Lyon Part-Dieu à partir de 19h30. Le poste de régulation de la gare était fermé du fait de la grève des cheminots.

Jeudi 20 avril, seul un TER sur six était en circulation en Auvergne-Rhône-Alpes selon la CGT. Un rassemblement de quelques centaines de personnes s’est tenu à 11h30 devant la tour Incity, dans le quartier de la Part-Dieu, à l’appel des plusieurs syndicats de cheminots et de l’énergie.

« La CGT appelle les travailleuses et les travailleurs, les privé.es d’emploi, la jeunesse et les retraités à poursuivre les actions sous toutes leurs formes et à implanter la grève dans chaque entreprise pour gagner le retrait de la réforme des retraites », écrit la CGT dans un communiqué.

Pas de défilé de l’intersyndicale mais une manifestation de la jeunesse

« Dans la rue, dans les facs, au travail… Personne ne va craquer : grève générale illimitée ».

C’est le slogan qu’on pouvait lire ce jeudi après-midi sur la banderole de la manifestation étudiante, à 14h, place Jean-Macé (Lyon 7e).

Au total, près de 600 personnes se sont rassemblées, selon la préfecture, pour marcher jusqu’à la place Guichard. Une action qui fait suite au blocage des campus de Lyon 2 des quais et de Bron. Les étudiants doivent se retrouver lundi pour savoir quelle forme ils veulent donner à la suite du mouvement.

Manifestation étudiante contre la réforme des retraites à Lyon
Quelques étudiants avant le départ de la manifestation contre la réforme des retraites ce jeudi 20 avril à Lyon.Photo : PL/Rue89Lyon.

Un blocage au port Édouard-Herriot avec les travailleuses du sexe

Des barricades ont été installées au port Édouard-Herriot dès 6h du matin ce jeudi 20 avril. Le comité de lutte Lyon a communiqué sur un blocage côté Saint-Fons. Ils ont également tenté de bloquer l’accès à l’incinérateur de Gerland (Lyon 7e). La route a aussi été bloquée pour bloquer la circulation des poids-lourds.

« Nous refusons de laisser l’économie tourner normalement alors que le gouvernement veut nous faire travailler deux ans de plus, réprime nos libertés et matraque nos corps », indique le comité des luttes de Lyon.

Parmi les manifestants : des syndiqués, des précaires… Mais aussi des travailleuses du sexe (TDS). Solidaires du mouvement, ces dernières étaient aussi présentes pour dénoncer leur future « expulsion du quartier de la prostitution par la préfecture », a annoncé l’association de santé communautaire, Cabiria. Des travailleuses du sexe étaient également à la Part-Dieu, aux côtés de la CGT. Et l’association Cabiria annonce un « rassemblement unitaire » ce vendredi 21 avril, à 17h, au métro stade de Gerland. Les « filles de Gerland » ont notamment reçu le soutien d’étudiants de l’École nationale supérieure (ENS).

Une manifestation pour la fierté lesbienne samedi

Ce samedi 22 avril, une manifestation pour la fierté lesbienne est prévue, place Louis-Pradel (Lyon 1er). La « collective Lesbiennes contre le Patriarcat » appelle à un rassemblement pour être mieux « vu·es, entendu·es ou représenté·es. » Rendez-vous annuel, ce dernier résonnera de manière particulière cette année.

Le mot d’ordre sera ainsi « Gouines en luttes à tous les âges ! » avec une référence explicite à la réforme. L’idée : se battre pour le « droit de vivre nos vieillesses lesbiennes dignement et en bonne santé. » Le rendez-vous est annoncé à 15h.

À Villeurbanne, la mairie occupée contre l’expulsion des squats 

À Villeurbanne, la mairie occupée contre l’expulsion des squats 

Ce mercredi 19 avril, une trentaine de militants ont occupé quelques heures le hall de la mairie de Villeurbanne. Leur demande : la fin des expulsions des squats. 300 personnes seraient menacées d’un retour à la rue. Le maire a reçu une délégation. Reportage.

« Le maire de Villeurbanne va recevoir une délégation ! »

Une pluie d’applaudissements vient accueillir une petite victoire. Ce mercredi 19 avril, une délégation composée de membres de Jamais sans toit, de l’Intersquat et du Dal 69 (Droit au logement) a été reçue par le maire de Villeurbanne, Cédric Van Styvendael (PS). Un premier rendez-vous après une action éclair, débutée trois heures plus tôt.

Le mouvement a commencé à 13h, sur un parking non loin de la mairie. Une trentaine de militants se rassemblent alors. Objectif : occuper la mairie de Villeurbanne pour faire entendre la voix des personnes sans toit. Avec la fin de la trêve hivernale, ce sont 300 habitants de squats qui risqueraient de se retrouver forcés de quitter de leur logement de fortune. Depuis la fin de la trêve hivernale le 31 mars, des expulsions ont déjà commencé, dénoncent ces militants. 

« On reste posé, rassure un militant face au reste du groupe. Les personnes qui veulent être moins tranquilles peuvent rester dehors. Les autres rentrent à l’intérieur. »

Dans la mairie de Villeurbanne
Des échanges ont eu lieu entre la Ville de Villeurbanne et les militants défenseurs des squats.Photo : PL/Rue89Lyon.

Squats à Villeurbanne : la réquisition au centre des demandes

L’occupation se veut non-violente. D’ailleurs, la cible, la mairie de Villeurbanne, est plutôt connue pour être favorable à cette cause d’un toit pour tous. Reste que plusieurs squats sont menacés à proximité, comme celui de Grandclément ou le « Zola », installé sur le cours du même nom. 

« On nous a coupé l’électricité et le chauffage depuis février, constate un de ses habitants. Pour se chauffer, j’ai dû faire avec une bonbonne de gaz. »

Rapidement, la trentaine de personnes rentrent dans la mairie plutôt calmement. Parmi eux, quelques personnes portent les gilets oranges de Dernière Rénovation. « Stop aux expulsions, réquisitions ! », « À Lyon, 18 000 logements vacants. Réquisition »… Des banderoles sont placardées à l’entrée. Très rapidement, des premiers échanges ont lieu avec des membres du cabinet du maire et des services techniques venus leur parler dans le hall. « Les élus chargés de cette question ne sont pas là… L’un est en déplacement, l’autre en vacances », avance un membre du cabinet, faisant grincer les dents des militants.

Un échange s’installe. À l’intérieur, tout le monde joue le jeu. Les militants se décalent pour laisser passer le personnel de la mairie. De l’autre côté, personne n’appelle les forces de l’ordre.

Vivant dans un squat, Éric observe la scène, légèrement inquiet. « Nous devons être reçus, il faut qu’on nous entende », nous dit-il.

Ce Camerounais demandeur d’asile n’a eu aucune proposition d’hébergement depuis son arrivée en France, raconte-t-il. Il vit depuis plus d’un an au « Dur à Cuire », un squat à Caluire. Il devrait être forcé de quitter cet ancien centre médico-psychologique (CMP) dépendant du Vinatier le 1er juin. Les lieux doivent être démolis. 

« Nous sommes ici pour demander s’il y a des bâtiments vides, afin de pouvoir être hébergés », reprend-t-il.

Une demande à Villeurbanne : la mise en place d’arrêtés contre l’expulsion des squats

Le jeune homme semble fatigué. La peur de perdre son toit « le stresse » dans un contexte où il est déjà perdu dans la paperasse administrative. « Ce n’est pas que la question du logement, c’est un tout », soupire-t-il. Il se bat aussi « pour les autres », pour les familles qui vivent à la rue, sans solution. « Pas de doute, il faut des réquisitions ».

Au moins, son appel a-t-il été entendu par la mairie de Villeurbanne. 

Quelques heures après l’entrée dans le bâtiment, un entretien est organisé, rapidement, par téléphone avec Mathieu Garabedian, adjoint à la mairie en charge de l’innovation, du développement social, des biens communs et de la solidarité. « Nous avons besoin de garanties », dit un membre des collectifs présents, à l’adjoint.

Puis, le maire, Cédric Van Styvendael, les accueille dans son bureau. En matière d’hébergement d’urgence, le poids des communes est faible puisqu’il s’agit d’une compétence de l’État. S’agissant des demandeurs d’asile, ils sont, en théorie, logés également par les services de l’État. Quant aux mineurs isolés non-accompagnés (les fameux « MNA »), ils doivent être pris en charge par la Métropole de Lyon au titre de la protection de l’enfance. Pour autant, la commune a un rôle à jouer.

« Le maire peut notamment mettre en place des arrêtés anti-expulsions », souligne un militant présent. Les villes de Grenoble et de Vénissieux, notamment, ont opté pour cette mesure d’ordre surtout symbolique. Une chose à laquelle n’est pas favorable le maire, Cédric Van Styvendael.

« Nous ne voulons pas nous mettre en conflit avec la préfecture avec qui nous travaillons bien sur ce dossier pour l’instant, précise-t-il. Pour l’instant, rien ne justifie de dégrader nos relations. »

Une position qu’il avait déjà affirmée dans nos colonnes en décembre dernier.

« Si toutes les villes de la métropole avaient fait des efforts, nous n’en serions pas là »

Dans le même temps, le maire socialiste de Villeurbanne appelle l’État à être plus « volontariste » sur l’hébergement d’urgence. Du reste, il souligne que 300 places d’hébergement ont été créées à Villeurbanne depuis son arrivée aux affaires. 

« Villeurbanne a pris plus que sa part, veut-il marquer. Si toutes les villes de la métropole avaient fait des efforts, nous n’en serions sûrement pas là. »

Plusieurs communes, notamment de l’Ouest lyonnais, avaient affiché leur opposition à l’arrivée de centres d’hébergement d’urgence. Le maire LR de Francheville, notamment, s’était ainsi distingué par son opposition à l’accueil du tiers-lieu social et solidaire installé dans sa ville, les Grandes Voisines.

Vers 16h30, la délégation est revenue présenter le résultat de ces échanges aux personnes restées dehors. 

Le maire s’est engagé à contacter la préfecture du Rhône concernant l’avenir des habitants du Zola. 

« Normalement, ils devraient annuler le concours de la force publique », espère un militant. Les associations et collectifs vont également être intégrés à des rendez-vous mensuels sur les questions de l’hébergement d’urgence.

Et ensuite ? Les collectifs le savent : sur ce sujet, l’État, les communes et la Métropole de Lyon ont tendance à se renvoyer la balle. « On se fait balader d’un côté à l’autre », râle un militant aguerri. L’idée pour eux sera de maintenir la pression via d’autres actions. « Ce n’est qu’un début », annonce Camille, aidant dans un squat à Grandclément. Prochain rendez-vous : ce vendredi, 12 h, avec l’adjoint à la mairie de Villeurbanne, Mathieu Garabedian. 

Devant la mairie de Villeurbanne
Devant la mairie de Villeurbanne, les militants défenseurs des squats ont manifesté.Photo : PL/Rue89Lyon.