Dans l’Ouest lyonnais, des maires s’opposent à un centre d’hébergement pour sans-abri
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Dans l’Ouest lyonnais, des maires s’opposent à un centre d’hébergement pour sans-abri

actualisé le 07/11/2020 à 11h03

Un centre d’hébergement d’urgence pour des personnes sans-abri va ouvrir ses portes dans une partie de hôpital Antoine Charial, sur les communes de Francheville et de Craponne. Au grand dam des maires de ces communes de l’Ouest lyonnais qui se mobilisent contre cette implantation.

C’est devenu un classique : des maires (souvent de droite) s’opposent à l’implantation d’un centre d’hébergement sur leur commune.

Généralement, les oppositions restent cantonnées aux échanges avec les services déconcentrés de l’Etat, compétents en la matière.

Parfois, la polémique enfle. C’est le cas pour l’arrivée ce lundi 9 novembre de 84 personnes sans-abri – des femmes isolées avec enfants et des familles – dans une partie de l’hôpital gériatrique Antoine Charial en cours de fermeture.

La préfecture du Rhône a en effet signé une convention temporaire de trois ans avec les Hospices civils de Lyon (HCL) pour occuper les locaux vidés – l’activité hospitalière sera définitivement arrêtée début 2021. Le projet a été confié à la Fondation de l’Armée du Salut et le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri dans une optique d’hébergement et d’insertion professionnelle.

« Projet structurant remis en cause et un problème de sécurité »

Les maires Les Républicains (LR) de Francheville, Tassin-la-demi-Lune et Craponne se sont fendus vendredi matin d’un communiqué commun pour dire tout le mal qu’il pensait de cette arrivée de sans-abri sur leurs communes (la commune de Tassin étant de l’autre côté de la route de l’hôpital).

Naturellement, ces élus n’ont rien contre les sans-abri. Mais ils visent l’Etat « autoritaire » qui impose cette implantation « sans concertation ».

La principale raison : ce centre d’hébergement remettrait en cause un « projet structurant » que ces communes portent depuis « près de quatre ans ». Michel Rantonnet, Maire de Francheville :

« Nous travaillons depuis près de quatre ans sur la requalification du site en un projet de parc sport/santé, en lien avec la Métropole et les habitants, qui s’inscrit plus globalement dans un projet d’aménagement du quartier de Bel-Air, à la frontière de trois communes ».

Sandrine Chadier, la maire de Craponne, met également en avant le fait que le projet ne prend pas «en compte les capacités des équipements et services publics », notamment les écoles.

Enfin, la dernière touche sécuritaire est apportée par Pascal Charmot, le maire de Tassin-la-Demi-Lune. Pour lui, ce centre d’hébergement va créer « de facto un problème de sécurité publique ».

« Aucun projet bloqué par la préfecture »

Cette réaction des maires a fortement étonné du côté de la préfecture.  Dans un communiqué, la préfecture du Rhône affirme tout d’abord que l’implantation de ce centre d’hébergement a fait l’objet d’« échanges réguliers » avec les élus du territoire.

Surtout, jamais les services de l’Etat ne bloquent un projet urbain de ce type, explique-t-on à la préfecture. Mais dans l’attente de sa réalisation, l’Etat peut déployer une occupation temporaire. Un engagement réitéré par le préfet du Rhône, Pascal Mailhos.

Enfin, le préfet invoque la nécessaire « solidarité » :

« Notre pays est confronté à une crise sanitaire sans précédent, avec des répercussions économiques et sociales fortes, qui affectent en premier lieu les plus fragiles. C’est pourquoi, il est aujourd’hui indispensable que la fraternité et l’esprit de solidarité et de responsabilité s’exercent dans tous les territoires, dans un esprit d’intérêt général et non pas partisan ».

En creux, le préfet du Rhône accuse les Républicains de n’avoir de « républicains » que le nom en oubliant « la fraternité » de la devise.

Les mots sont forts, à la hauteur de cette fronde qui a fortement déplu au représentant de l’Etat. D’autant que les maires envisagent dans leur communiqué « toutes les voies de recours possibles pour assurer la préservation de leur projet initial et de la qualité de vie de leur territoire ».

L'hôpital Antoine Charial qui va accueillir un centre d'hébergement pour sans-abri à partir du 9 novembre 2020 ©HCL

L’hôpital Antoine Charial qui va accueillir un centre d’hébergement pour sans-abri à partir du 9 novembre 2020 ©HCL

L’hébergement, une polémique très politique

L’opposition à ce centre d’hébergement prend une tournure très politique.

Lors d’un point presse tenu ce vendredi, Alexandre Vincendet, patron de la fédération LR du Rhône et maire de Rilleux-la-Pape, et Etienne Blanc, nouveau sénateur du Rhône et ancien candidat LR à la mairie de Lyon, sont venus apporter leur soutien aux trois maires, qui siègent tous au sein du groupe LR au conseil de Métropole.

Il est même dit dans le communiqué qu’Alexandre Vincendet « est venu témoigner d’une expérience similaire aux conséquences terribles, imposée par l’Etat sur son territoire ».

Dans l’après-midi de vendredi 6 novembre, le président de la Métropole, l’écologiste Bruno Bernard, dégainait également son communiqué pour, cette fois-ci, apporter tout son soutien à la démarche de l’Etat. Il en profite pour remettre une couche.

A terme, écrit-il, « la métropole va s’engager financièrement dans ce projet qui permettra potentiellement d’offrir 130 places ».

« Alors que la crise sanitaire frappe le plus durement les personnes les plus vulnérables, j’appelle l’ensemble des communes de notre territoire à prendre toute leur part dans la mise à l’abri des plus fragiles. C’est notre responsabilité de faire preuve de la plus élémentaire solidarité envers eux afin de leur permettre d’être protégés et abrités ».

Perfide, il rappelle que les trois communes ne respectent pas la loi SRU et son minimum de 25% de logements sociaux.

Précisions sur le CHRS Riboub
Parmi les « deux nouveaux centres d’hébergement d’urgence » annoncés le 6 novembre par la Ville de Lyon, un concerne un déménagement. Il s’agit du Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) Riboud dans le 3e arrondissement. En passant de la rue Paul Bert à la rue d’Aubigny, il perd même 10 places. Les travaux avaient été lancés en mars 2019, sous le mandat de Gérard Collomb donc. Selon Le Progrès, l’Etat a financé les travaux pour 60% et la mairie a apporté une subvention de 500 000 euros à l’association Lahso qui gère ce CHRS.
[Mise à jour le 7/11 à 9h30 après le commentaire d’Estelle Mekhlouk Lutin].

Au même moment, son collègue écolo, le maire de Lyon Grégory Doucet, annonçait lors d’un point presse hebdomadaire consacré au confinement l’ouverture de deux centres d’hébergement pour un total de « 250 places », « en partenariat avec la préfecture » :

  • L’auberge de jeunesse du 5ème arrondissement qui ouvrira à partir du 16 novembre et sera gérée par l’Entraide Pierre Valdo : 164 places.
  • Le CHRS Riboud dans le 3ème arrondissement. A partir du 27 novembre prochain, géré par l’association Lahso : 90 places.

La préfecture du Rhône s’est immédiatement félicitée, sur Twitter, de ces prochaines ouvertures.

L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.

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