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Lancement d’un réseau national d’aide aux élèves SDF inspiré du collectif Jamais sans toit de Lyon
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Lancement d’un réseau national d’aide aux élèves SDF inspiré du collectif Jamais sans toit de Lyon

par Oriane Mollaret.
Publié le 30 août 2022.
Imprimé le 06 octobre 2022 à 00:07
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Né à Lyon, et plus particulièrement à Vaulx-en-Velin, le collectif Jamais sans toit participe régulièrement aux occupations des écoles pour héberger des élèves à la rue et leurs familles. Ce mardi 30 août, Jamais sans toit, la FCPE et le Collectif des Associations Unies lancent un réseau national d' »aide aux enfants sans toit ».

Lire aussi sur Rue89Lyon le témoignage de Nadia, parent d’élèves, qui participe aux occupations de son école :

« Quand un camarade d’école de ses propres enfants dort dehors, c’est toujours un choc »

111. C’est le nombre d’enfants qui se trouvent à la rue dans l’agglomération de Lyon, à deux jours de la rentrée scolaire, d’après les données du collectif Jamais sans toit.

« Un chiffre à multiplier par trois ou quatre », prévient Anne-Sophie Huchard, enseignante et membre de Jamais sans toit.

Depuis qu’il s’est structuré en 2014, ce collectif lyonnais constitué d’enseignants, de parents d’élèves et de riverains a mis à l’abri plus de 450 enfants en occupant les établissements scolaires ou, plus rarement, en leur payant des nuits d’hôtel. L’année dernière, 106 enfants ont ainsi été hébergés dans 23 écoles et collèges de la métropole de Lyon.

À deux jours de la rentrée scolaire, la situation pourrait encore s’aggraver. D’après Nathalie Latour, directrice générale de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), plus de 50 000 enfants dormaient dans la rue avec leurs familles en février dernier, au niveau national. Quant aux appels au 115, qui gère l’hébergement d’urgence, il a doublé en l’espace de six mois, passant de 890 enfants SDF en janvier 2022 à 1658 en juin dernier, toujours selon la même source.

Réunis à Paris ce mardi 30 août, le collectif lyonnais Jamais sans toit, la FCPE et le Collectif des Associations Unies (qui regroupe 39 associations) annoncent la création d’un réseau national d' »aide aux élèves sans toit ». Un grand pas en avant depuis les premières occupations d’écoles à Lyon et Vaulx-en-Velin, il y a près de dix ans.

Le collectif Jamais sans toit, experts de l’occupation d’écoles dans la métropole de Lyon depuis 2014

« Jamais sans toit, c’est un peu la diaspora d’enseignants vaudais », plaisante Raphaël Vulliez, enseignant à l’école Michel Servet (Lyon 1er), qui fait partie du collectif depuis ses premières occupations d’écoles, à l’automne 2014.

En 2003 à Vaulx-en-Velin, un groupe d’enseignants et de parents d’élèves se réunit à plusieurs reprises dans le cadre de grandes grèves de l’Éducation nationale. Ils sont ensuite restés en relation via un collectif baptisé « On vaulx mieux que ça », qui existe toujours.

En 2012, 2013 et 2014, ces enseignants de Vaulx-en-Velin découvrent que certains de leurs élèves sont à la rue. À l’automne 2014, six établissements scolaires sont occupés pour la première fois pour héberger ces familles, parmi lesquels l’école Youri Gagarine, où enseignait Raphaël Vulliez à l’époque, et le collège Barbusse à Vaulx-en-Velin, ou encore l’école Gilbert Dru, dans le 7e arrondissement de Lyon.

école Gilbert Dru Lyon 7 occuper occupation collectif Jamais sans toit
En décembre 2014, les parents d’élèves et des enseignants, membres du collectif Jamais sans toit, ont occupé l’école Gilbert Dru, dans le 7e arrondissement de Lyon, pendant quatre mois ©LB/Rue89Lyon

À la rentrée scolaire suivante, de nombreux enseignants vaudais se retrouvent dans d’autres écoles et collèges, comme Raphaël Vulliez qui atterri à Michel Servet, dans le 1er arrondissement de Lyon. Le mouvement essaime rapidement. En novembre 2018, Raphaël Vulliez se souvient d’un stage intersyndical organisé sur le sujet qui a réuni 180 enseignants de l’agglomération lyonnaise.

La stratégie du collectif est simple : alerter les pouvoirs publics sur la situation d’élèves SDF et de leurs familles et, en dernier recours, occuper l’école des enfants le temps que la famille soit prise en charge et accède à une solution d’hébergement. Simple, et efficace, d’après l’enseignante lyonnaise Anne-Sophie Huchard :

« Sur les 179 familles mises à l’abri l’année dernière, 134 ont été hébergées. »

Le 10 février 2022, le collectif Jamais sans toit a célébré sa 100e occupation d’école.

école Michel Servet Lyon 1 collectif Jamais sans toit occupation
En décembre 2019, le collectif Jamais sans toit a dû occuper l’école Michel Servet (Lyon 1er) pour mettre à l’abri Fatima, Abdel et leurs enfants. ©OM/Rue89Lyon

Un réseau national d’aide aux élèves sans toit à compter du 1er septembre

En l’espace d’une petite dizaine d’années, la technique de Jamais sans toit a essaimé dans plusieurs autres grandes villes françaises comme Grenoble ou Strasbourg. À partir du 1er septembre, à l’initiative du collectif lyonnais, de la FCPE et du Collectif des Associations Unies, un réseau national d’aide aux élèves SDF devrait permettre de coordonner les différentes actions et de proposer des formations aux citoyen·nes désireux·ses de s’investir.

« La question de la pauvreté rentre de plus en plus au sein de l’école publique, explique Carla Dugault, présidente de la FCPE. Aujourd’hui, les parents veulent aider. Ce réseau national proposera des formations à destination des parents et des équipes éducatives, en plus du Toitoriel, un recueil d’informations et de coordonnées utiles, destiné aux personnes qui souhaitent soutenir les élèves sans toit et leur famille. »

Une première formation aura lieu le 15 octobre à Paris, suivie d’une seconde le 26 novembre. Quant au Toitoriel, il est accessible en ligne, sur le site de ce nouveau réseau d’aide aux élèves sans toit.

Dans l’agglomération lyonnaise, Jamais sans toit dénombre aujourd’hui 111 enfants SDF

À Lyon par exemple, les enseignants et parents d’élève nouvellement formés pourront mettre leur connaissance en pratique dès cet automne, à en croire Anne-Sophie Huchard :

« Pour cette rentrée scolaire de septembre 2022, 45 familles dont 111 enfants sont SDF sur l’agglomération de Lyon. »

Pour Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, « la tendance 2022 est inquiétante » au niveau national :

« Nous avons l’impression que le nombre d’expulsions locatives, de bidonvilles et de squats est revenu au même niveau qu’avant la crise sanitaire. Nous dénombrons aussi des remises à la rue récentes de familles avec enfants et de mineurs. À Toulouse par exemple, une centaine de mineurs non accompagnés ont été expulsés du CCAS où ils étaient hébergés. Dans le Nord, trois bidonvilles ont été évacuées et deux autres sont menacés à Lille. Des centaines de familles risquent de se retrouver prochainement à la rue. »

École March Bloc à Lyon
L’école Marc Bloch (Lyon 7e) a été occupée à la fin de l’année scolaire 2017-2018 pour héberger des élèves sans toit et leurs familles. ©LB/Rue89Lyon

À cela s’ajoute l’inflation qui touche l’ensemble de la France, et qui pourrait se stabiliser autour de 7% sur la fin de l’année 2022, laissant présager une précarisation croissante de ménages déjà en difficulté.

« La revalorisation des APL et des prestations sociales est bien inférieure à l’inflation, reprend Manuel Domergue. Les ressources des personnes qui sont tout en bas de l’échelle vont baisser encore davantage. Sans compter la baisse historique de la production de logements sociaux en France. Actuellement, 2,3 millions de ménages sont en attente d’un logement social. »

Au-delà des mises à l’abri d’élèves et de leurs familles via l’occupation d’écoles, les collectifs et associations membres de ce réseau national d’aide aux « élèves sans toit » invoquent la nécessité d’une politique du logement digne de ce nom.

« La solution, ce n’est pas d’ouvrir des places d’hébergement d’urgence mais de permettre à ces familles d’accéder à des logements pérennes, insiste Manuel Domergue. En théorie, il y a une politique du logement d’abord en France ! »

Il ajoute :

« De nombreuses familles sont maintenues dans la précarité administrative. Sans papiers, elles n’ont droit ni à un logement, ni à des minimas sociaux ».

En attendant que ces changements de politiques, les enfants à la rue et leurs familles peuvent compter sur un investissement croissant des parents d’élèves et des riverains. Sur l’agglomération lyonnaise, Raphaël Vulliez estime que 400 à 500 personnes prennent part aux occupations d’école chaque année.

L'AUTEUR
Oriane Mollaret
Oriane Mollaret

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