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[Direct] Retraites : à Lyon, une manifestation entre résignation et obstination

[Direct] Retraites : à Lyon, une manifestation entre résignation et obstination

Le 6 juin sonne la reprise de la mobilisation intersyndicale contre la réforme des retraites à Lyon. Rue89Lyon a suivi en direct la manifestation qui s’est s’élancée à 11h. Dans le cortège, des manifestants qui ne veulent pas baisser les bras, mais qui ont du mal à y croire.

Voilà un mois que l’intersyndicale n’avait pas battu le pavé contre la réforme des retraites à Lyon. Mardi 6 juin, une nouvelle manifestation, la 13e (sans compter le 1er mai), s’élancera de la Manufacture des tabacs (Lyon 8e). Cette pause de plusieurs semaines, décidée au niveau national, n’avait pas plu à toutes les composantes du mouvement social.

À Lyon, collectifs, associations et syndicalistes avaient pris le relais tout le long du mois de mai pour poursuivre la mobilisation. Des « casserolades » et manifestations sauvages, surtout, ont réuni quelques milliers d’opposants à la réforme.

Le cortège intersyndical de la manifestation du 13 avril 2023.Photo : PL/Rue89lyon.

Pour la manifestation du 6 juin, retour au parcours habituel à Lyon

Mardi 6 juin, le rendez-vous a été donné à 11 heures à la Manufacture des tabacs (Lyon 8e), pour le départ de la manifestation. Elle doit rejoindre la place Bellecour (Lyon 2e). Après avoir changé plusieurs fois de parcours lors des dernières mobilisations, l’intersyndicale – et la préfecture – est revenue au tracé des premières manifestations lyonnaises contre cette réforme. Comme pour le 1er mai, un drone a été déployé par la préfecture pour surveiller la manifestation.

Lors de cette mobilisation, les opposants ont réclamé l’adoption du texte proposé par le groupe transpartisan Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), qui vise à abroger la réforme des retraites. La proposition de loi doit être examinée le 8 juin à l’Assemblée nationale.

En commission des affaires sociales, mercredi 31 mai, les députés ont voté pour la suppression de l’article phare du texte : l’abrogation des 64 ans. Des amendements ont été déposé pour que l’abrogation soit discutée en séance, mais ils pourraient être rejetés.

Plusieurs manifestant·es nous ont confié leur volonté de continuer à se mobiliser, même sous d’autres formes. Malgré tout, nombre d’entre eux et elles ne croyaient plus à un retrait de la réforme des retraites.

La CGT a quant à elle annoncé un rassemblement le jeudi 8 juin à 12h devant la préfecture du Rhône, à l’occasion de l’examen de la loi déposée par le groupe Liot.

Entre 27 000 et 8000 personnes pour la manifestation à Lyon

À l’arrivée de la manifestation, la CGT a annoncé 27 000 manifestants, contre 8 000 du côté de la préfecture. D’abord clairsemé, le cortège s’est étoffé au long du parcours, avec un cortège de tête assez conséquent, à l’image des précédentes manifestations lyonnaises.

Des premiers affrontements entre la police et les manifestants se sont tenus près de l’arrêt de métro Saxe-Gambetta, après l’attaque des vitrines de la caisse d’épargne par des manifestants en noir et cagoulés. Lors de cette manifestation, aucun black bloc ne s’est réellement formé. Des petits groupes de manifestants masqués et munis de parapluies se sont fondus dans le reste du cortège de tête et même derrière l’intersyndicale par moment.

Place Antonin Poncet, de nouvelles tensions sont apparues entre policiers et manifestants. Là, quelques manifestants du cortège de tête et du black bloc côtoyaient un plus grand nombre de syndicalistes et de manifestants du cortège intersyndical. Dans une scène confuse, le service d’ordre de l’intersyndicale a dû essuyer gazage et coups de matraques, avant que les forces de l’ordre ne finissent pas disperser le reste des manifestants. La préfecture a annoncé l’interpellation de trois personnes.

>>> Ci-dessous, plus d’informations heures par heures sur cette journée de mobilisation

Bonjour à tous et toutes !

Il est 11 heures, la manifestation doit bientôt débuter à Lyon. Le sections syndicales ont déjà aligné leurs camions en vue du défilé et les cortèges se constituent peu à peu. La circulation vient d’être coupée.

Sur place, deux journalistes de Rue89Lyon sont présentes pour vous informer tout au long de la manifestation.

Les manifestants se rassemblent peu à peu, à la Manufacture des Tabacs, pour la manifestation du 6 juin à Lyon. ©Emma Venancie/Rue89Lyon
Les manifestants se rassemblent peu à peu, à la Manufacture des Tabacs, pour la manifestation du 6 juin à Lyon.Photo : Emma Venancie/Rue89Lyon

À l’avant du cortège, le service d’ordre (SO) de l’intersyndicale, composé de militants CGT, FO et de l’Union syndicale solidaire font un point sécurité avant de partir.

Lors des précédentes manifestations, ils ont dû gérer des situations compliquées. En particulier, à l’entrée de la rue de la Barre, lieu d’affrontements entre le black bloc et les forces de l’ordre. Le SO cherchait à assurer le passage du cortège dont la marche était entravée par ces affrontements.

Le 6 avril dernier, la CGT avait même dénoncé des violences policières après une charge des forces de l’ordre contre le SO.

Le service d’ordre lors de la manifestation intersyndicale contre la réforme des retraites du 6 juin 2023.Photo : EmmaVenancie/Rue89Lyon

Patricia, 68 ans, est venue manifester avec son « porte-parole à 4 pattes ». Elle a seulement 1000 euros de retraite par mois. Cette manifestante, habituée des cortèges, ne comprend pas pourquoi le gouvernement maintient la réforme. Pour elle, il y a d’autres manières de se mobiliser :

« Je suis contre ce gouvernement qui veut tout privatiser. Pour faire retirer cette réforme, il faut qu’on fasse une grève de la consommation ! Sinon, ça ne marchera pas. »

Patricia et son chien se mobilisent contre la réforme des retraites, le 6 juin 2023.Photo : EmmaVenancie/Rue89Lyon

Rémy et Franck sont syndiqués à la CGT construction à Lyon. Opposants chevronnés à la réforme des retraites, ils ont été présents à presque toutes les manifestations depuis début janvier. La pause d’un mois entre la mobilisation du 1er mai et celle du 6 juin a « fait du bien » à Rémy :

« C’était dur d’être toujours dans l’action. C’est fatiguant, on peut plus s’occuper des gamins, on n’est plus au boulot. La grève, ce n’est jamais une partie de plaisir, c’est un investissement. »

Selon lui, la pause a aussi servi à redéfinir des stratégies pour la suite du mouvement, car il ne sait pas ce qu’il adviendra des manifestations si l’abrogation des 64 ans proposée par le groupe Liot ne passe pas à l’Assemblée. Mais après 30 ans de militantisme, il dit ne pas être lassé. Notamment parce que les causes sont importantes.

« Dans le bâtiment, on compte un ouvrier mort par jour travaillé, illustre-t-il. La pénibilité n’est pas reconnue dans notre métier, en tout cas plus maintenant et depuis longtemps. Là, ils reculent l’âge alors qu’à 40 ans, nous on est déjà cassés »

Franck, de son côté, est motivé à continuer des actions. « On a teinté de rouge la fontaine de place la place Jacobin début mai. Il y a des luttes partout, tout le temps, et pas que des manifs. Même si y a l’été, que le gouvernement est sourd a nos revendications on lachera rien », conclut Franck.

Rémy à gauche, Franck à droite, syndiqués à la CGT construction, ne sont pas démotivés.Photo : LS/Rue89Lyon

Quarante minutes après l’heure de rendez-vous, le cortège n’est toujours pas parti.

Chez les manifestant·es, l’ambiance est en demi teinte. Difficile pour nos journalistes d’échanger avec des gens enthousiastes. La plupart affirment : « On n’arrêtera pas !… Mais on en a marre. »

Joanna, 25 ans, travaille dans une association environnementale. Elle n’espère même plus toucher un jour une retraite. Mobilisée contre la réforme, elle dénonce « un dysfonctionnement global du système ». Loin d’être résignée, elle croit à l’action collective :

« Le gouvernement n’en a rien à faire de nos revendications … mais il faut qu’on continue à manifester même si le mouvement s’épuise. C’est une vraie force d’être unis. »

Joanna manifeste à l’appel de l’intersyndicale contre la réforme des retraites, le 6 juin.Photo : EmmaVenancie/Rue89Lyon

Le cortège s’élance doucement sous le soleil. Des chants commencent à résonner, et la CGT lance le slogan : « La retraite à 60 ans, on s’est battus pour la gagner, on se battra pour la garder.»

De loin, une banderole jaune et bleu interpelle. Une photo d’un bébé côtoie le slogan « Pas de bébés à la consigne ». Ce collectif, créé en 2009, se bat pour un meilleur accueil individuel ou collectif des enfants en bas âge. Derrière la banderole, Anne-Laure, éducatrice de jeunes enfants pour la Ville de Lyon, continue de se mobiliser pour cette cause et contre la réforme des retraites.

« On participe aux manifestations depuis le début en tant que collectif parce que, pour nous, nos conditions de travail et cette réforme, c’est lié. Là où je travaille, on fait le double de travail parce qu’on arrive pas à embaucher. On est entendues par la ville, mais pas par le gouvernement. Il passe son temps à annoncer des ouvertures de place mais il ne met pas les moyens derrière. »

Si elle a fait plusieurs manifestations à Lyon, elle ne s’est pas déplacée à chaque fois. « Ce qui se passe à l’avant du cortège me faisait peur, et puis ça coûte de l’argent de se mettre en grève », explique-t-elle. Sur la réforme des retraites, comme sur l’accueil des enfants, elle veut rester mobilisée.

« Je n’imagine pas arrêter de dire que ce n’est pas normal. On ne perdra pas de vue nos objectifs car on aime nos boulots, on a besoin de pouvoir les faire bien »

Le collectif Pas de bébés à la consigne se mobilise participe à de nombreuses luttes sociales à Lyon depuis 2009.Photo : LS/Rue89Lyon

Alexandre, 36 ans, est optimiste. Il croit que le retrait de la réforme des retraites est encore possible. Il est ingénieur dans la santé et selon ses calculs, il pourra partir à taux plein à 65 ans. Il est prêt à continuer à manifester ; pour lui, c’est même « essentiel». Mais l’arrêt des manifestations intersyndicales lui paraît peu stratégique

« C’était une vraie bêtise d’arrêter les mobilisations pendant un mois, autant s’arrêter un an tant qu’on y est… Heureusement qu’il y a du monde pour cette reprise.»

Alexandre manifeste à Lyon le 6 juin contre la réforme des retraites, après un mois sans manifestation intersyndicale.Photo : EmmaVenancie/Rue89Lyon

Des inspecteurs du travail de plusieurs syndicats, CGT et Sud, se sont réunis en cortège. Ils seront en première ligne pour observer les conséquences des conditions de travail et du recul de l’âge de départ à la retraite. Alain (prénom modifié), 25 ans, élabore :

« Lorsqu’on se déplace dans les entreprises, on verra qu’il y aura plus d’accidents et de licenciements pour inaptitude avec cette réforme. Ça va être quoi nos critères pour définir s’il y a des problèmes, dans des métiers ou tout le monde est cassé ? »

Sa collègue, Marie (prénom modifié), 55 ans, abonde :

« Dans les grandes surfaces, dans les EHPAD, sur les chantiers et même chez les coiffeurs, il y a plein de métiers qui ne sont pas reconnus dans les métiers à risque ou pénibles. Comment on peut demander aux gens de travailler jusqu’à tard alors qu’ils s’abîment autant ? »

Elle se tourne vers le passé, l’élection de François Mitterand (PS) et l’instauration de la retraite à 60 ans. « Il y avait un autre modèle de société. Là on jette les gens, on vaut rien. Les gens deviennent une variable d’ajustement », peste-t-elle.

Les inspecteurs et inspectrices du travail ont reformé leur cortège pour la manifestation du 6 juin à Lyon. ©LS/Rue89Lyon
Les inspecteurs et inspectrices du travail ont reformé leur cortège pour la manifestation du 6 juin à Lyon.Photo : LS/Rue89Lyon

Laurent Aubeleau, est aiguilleur à la SNCF. Il a 53 ans et au début de sa carrière, son départ à la retraite était fixé à 55 ans. Depuis, les réformes successives ont repoussé cette date de dix ans. Avec une tendinite au poignet et des horaires changeants, il fatigue. Malgré l’usure professionnel, le représentant régional de la CGT Cheminots croit au succès des mobilisations intersyndicales :

« Pour moi, on y arrivera, à retirer cette réforme. Ça finira par péter à un moment donné.»

Laurent, aiguilleur SNCF, est venu manifester le 6 juin contre la réforme des retraitesPhoto : EmmaVenancie/Rue89Lyon

Ralentissement du cortège au niveau du métro Garibaldi. Après quelques tirs d’artifices, plusieurs manifestants du cortège de tête sont entrés dans la Société générale. A l’avant du défilé, les parapluies sont de sortie, afin de contrer le drone déployé par la préfecture pour surveiller la manifestation, comme lors du 1er mai. Le black bloc n’est pour l’instant pas encore constitué.

Le début du cortège de la manifestation contre la réforme des retraites du 6 juin, parsemé de parapluie noirs du black bloc.Photo : LaureSolé/Rue89Lyon

D’ordinaire déjà frileux devant les photos et vidéos des journalistes, les membres du bloc refusent encore plus les images aujourd’hui. La faute, selon eux, aux arrestations des dernières semaines, qui ont conduit à des lourdes peines, après que les accusés aient été identifiés sur des photos ou vidéos.

Peu après Garibaldi, les membres du bloc s’en prennent aux vitrines de Triangle Interim, et se cachent derrière une carapace de parapluie. Les forces de l’ordre gazent en retour et repoussent les manifestants.

La vitrine de Triangle Interim, après le passage des manifestants, le 6 juin à Lyon. ©Laure Solé/Rue89Lyon
La vitrine de Triangle Interim, après le passage des manifestants, le 6 juin à Lyon.Photo : Laure Solé/Rue89Lyon

Après des débuts clairsemés, la manifestation s’est grandement densifiée. Le cortège de tête, situé devant la banderole intersyndicale, est important, comme lors des précédentes manifestations lyonnaises. Pas vraiment constitué, le black bloc s’y mélange aux autres manifestants.

Un cortège de tête dense s'est constitué à la manifestation du 6 juin contre la réforme des retraites à Lyon ©Laure Solé/Rue89Lyon
Un cortège de tête dense s’est constitué à la manifestation du 6 juin contre la réforme des retraites à LyonPhoto : Laure Solé/Rue89Lyon
Le cortège intersyndicale s'est étoffé pour constituer un cortège dense. ©Laure Solé/Rue89Lyon
Le cortège intersyndical s’est étoffé pour constituer un cortège dense.Photo : Laure Solé/Rue89Lyon

Alexandre, Mathilde et Emma sont tous les trois étudiants. Ils se sont rencontrés lors des premières manifestations contre la réforme des retraites. Pour Alexandre, ce mouvement est l’occasion de se politiser.

« Ça m’a permis de trouver ma voie politique », explique le jeune homme

Déterminés à continuer à se mobiliser, ils ont tout de même des doutes sur l’issue de la mobilisation :

« Ça va être compliqué de retirer cette réforme, puisqu’on voit que Macron n’en a rien faire, mais il faut continuer à montrer qu’on est là »

Alexandre regrette le mois passé sans manifestation intersyndicale, même si ça ne l’a pas empêché de rester mobilisé :

« Pendant la pause d’un mois, j’ai continué à participer à des manifestions sauvages. Ça a un peu ramolli le mouvement, on voit qu’il y a moins de monde »

Trois étudiants mobilisés contre la réforme des retraites, le 6 juinPhoto : EmmaVenancie/Rue89Lyon

Près de la station de métro Saxe-Gambetta, le cortège marque de nouveau une pause. Les membres du bloc, toujours mêlés à des « monsieurs et madames tout le monde », selon notre journaliste, cassent les vitrines de la Caisse d’épargne sous les applaudissements.

Quelques mètres en amont, ils avaient tenté d’enlever les planches en bois qui protégeaient les vitrines de la boîte d’interim Sovitrat. Une habitante à sa fenêtre avait tenté de filmer avant d’être réprimandée par le cortège de tête. « Filme pas ! ». Nouveau signe de la forte peur des manifestants radicaux d’être surveillés et retrouvés par des vidéos.

Une femme tente de filmer des manifestants, qui refusent. ©Laure Solé//Rue89Lyon
Une femme tente de filmer des manifestants, qui refusent.Photo : Laure Solé//Rue89Lyon

« On lâchera rien ! »,

crie Émeline, agente technique à Enedis de 37 ans. Travailler dans les intempéries, la pluie ou encore la neige pour réparer le réseau électrique, c’est son quotidien.

« On est dehors tout le temps, c’est fatigant, et on nous demande d’aller jusqu’au bout. »

Elle a aussi quelques idées en réserve pour obtenir le retrait de la réforme :

« On devrait mettre le pays dans le noir, pendant un jour entier, et je suis sûre qu’on arriverai à faire flancher le gouvernement. »

Emeline hurle sa colère contre la réforme des retraites, le 6 juinPhoto : EmmaVenancie/Rue89Lyon

Le cortège s’est retrouvé bloqué un long moment au niveau de Saxe-Gambetta. Face aux assauts du black bloc sur les vitrines de banque, les policiers gazent le pré-cortège. Les manifestants reculent, ce qui mène à une drôle de situation.

Des manifestants vêtus de noir et masqués, qui ne se sont jamais vraiment constitués bloc juste ici, se retrouvent derrière la banderole de l’intersyndicale. Une partie du cortège intersyndical s’est replié plus en arrière et le camion de tête se retrouve alors isolé parmi les manifestants du cortège de tête.

Une charge policière pénètre dans le cortège et parvient jusqu’au service d’ordre de l’intersyndicale. Plusieurs manifestants sont interpellés.

Des manifestants en noir, mélangés à l'intersyndicale, reculent devant les gaz. ©Laure Solé/Rue89Lyon
Des manifestants en noir, mélangés à l’intersyndicale, reculent devant les gaz.Photo : Laure Solé/Rue89Lyon

Le cortège reprend sa marche et s’approche de la place Gabriel Péri. « Y’a plus rien à casser, il y a que des petits commerces maintenant », regrette un manifestant cagoulé.

Julie et François se sont réfugiés place Aristide Briand pour échapper aux gazs lacrymogènes.

« Ils ont tiré de tous les côtés. Moi, je suis équipée mais pas mon ami. On a pas trop compris, on est pas en tête de cortège mais derrière le camion de la CGT», raconte Julie.

« On ne casse rien nous… la violence, elle vient du gouvernement. »

Ils ont peu d’espoir que la réforme des retraites soit retirée :

«J’y ai cru jusqu’à jeudi dernier avec le projet de loi du groupe Liot mais maintenant ça me semble compliqué. On voit bien que la mobilisation est moins forte par rapport au premier mai », déplore François.

Malgré les gazs, Julie et François continuent la manifestation du 6 juin contre la réforme des retraitesPhoto : EmmaVenancie/Rue89Lyon

Le cortège dépasse la place Gabriel Péri et s’engage sur le pont de la Guillotière.

Le cortège de la manifestation du 6 juin contre la réforme des retraites arrive sur la place Gabriel Péri.Photo : LaureSolé/Rue89Lyon

À l’entrée de la rue de la Barre, des canons à eau attendent les manifestants. Manifestants du black bloc et service d’ordre des syndicats avancent côte à côte sur le pont. Les « siamo tutti antifascisti » couvrent presque la voix du speaker. « J’ai eu trop peur tout à l’heure », confie une syndicaliste du service d’ordre à une autre syndicaliste.

Les canons à eau placés rue de la Barre, le 6 juin à Lyon. ©Laure Solé/Rue89Lyon
Les canons à eau placés rue de la Barre, le 6 juin à Lyon.Photo : Laure Solé/Rue89Lyon

Sans plus de difficultés, le cortège réussit à se frayer un chemin vers la place Antonin Poncet pour rejoindre la place Bellecour.

Le cortège a eu moins de difficultés que les précédentes manifestations contre la réforme des retraites pour rejoindre la place Antonin Poncet. ©Laure Solé/Rue89Lyon
Le cortège a eu moins de difficultés que les précédentes manifestations contre la réforme des retraites pour rejoindre la place Antonin Poncet.Photo : Laure Solé/Rue89Lyon

La majorité des manifestants arrivent place Bellecour. Le cortège s’est divisé rue de la Barre, certains sont restés affronter les forces de l’ordre qui ont fait usage du canon à eau.

Après plusieurs minutes de jets de projectiles et de jet des canons à eau, les forces de l’ordre ont chargé les manifestants restants sous les huées. Une charge qui a obligé le black bloc à reculer jusqu’à la place Antonin Poncet.

A l’arrivée, place Bellecour, la CGT se félicite d’avoir réuni 27 000 manifestants. La préfecture parle de 8 000 manifestants.

Pendant ce temps, les manifestant dansent sur de la musique techno diffusée par les camions de la CGT, dans une ambiance plus détendue.

En fin de manifestation, les manifestants dansent sur de la musique techno diffusée par un camion CGT place Bellecour ©EmmaVenancie/Rue89Lyon

Les jets de gaz lacrymogènes de la place Poncet se répandent et obligent les derniers manifestants à se replier plus loin sur la place Bellecour. Un petit groupe continue de faire face aux forces de l’ordre, sans jets de projectile, et continue de se reformer malgré les lacrymogènes. Selon notre journaliste sur place, la majorité de ces personnes ne sont pas membre du black bloc. Le groupe est composé de syndicalistes et de manifestants lambdas.

Les manifestants fuient les gaz lacrymogènes, place Bellecour, le 6 juinPhoto : LaureSolé/Rue89Lyon

Selon nos informations, plusieurs membres du service d’ordre syndical ont été blessés après des charges policières et des coups de matraques, notamment sur la place Antonin Poncet. Plusieurs vidéos attestent également de cette charge. Si vous avez été témoin de ce moment, contactez-nous à hello@rue89lyon.fr

Du côté de la préfecture, on explique avoir « repoussé fermement » des « syndicalistes [ qui empêchaient ] les forces de l’ordre de disperser les manifestants hostiles », sans savoir qu’il s’agissait du service d’ordre.

La préfecture annonce trois interpellations de manifestants.

Pour la suite de la mobilisation, la CGT donne rendez-vous le 8 juin à 12h devant la préfecture du Rhône, lors de l’examen de la proposition de loi LIOT pour l’abrogation de la réforme des retraites.

C’est la fin de ce live, merci de l’avoir suivi !

Pollution aux perfluorés à Pierre-Bénite : un nouveau référé déposé devant le procureur

Pollution aux perfluorés à Pierre-Bénite : un nouveau référé déposé devant le procureur

Un an après leur première action en justice, dix associations et syndicats et 37 victimes des perfluorés (PFAS) rejetés par l’industriel Arkema à Pierre-Bénite, au sud de Lyon, ont déposé un référé devant le procureur, le 25 mai dernier. Ils demandent des analyses pour évaluer la contamination dans le sang, l’eau, le lait maternel ou encore la nourriture à Oullins et Pierre-Bénite.

« Il n’est plus possible de tolérer cette contamination qui aurait pu être évitée », lance Camille Panisset, secrétaire générale de la branche lyonnaise de l’association Notre Affaire à Tous ce lundi 5 juin à la Maison des Passages à Lyon. Le 25 mai dernier, 37 victimes, dix associations et syndicats ont mené une action en justice contre Arkema, entreprise de la vallée de la chimie au sud de Lyon.

L’année dernière, une enquête de France Télévisions a révélé une pollution significative aux perfluorés dans le secteur de l’usine d’Arkema, à Pierre-Bénite. Un documentaire de France 3 Auvergne-Rhône Alpes a dévoilé ce lundi 5 juin la présence de PFAS dans le sang des riverains. Certains polluants éternels comme le PFNA et le PFunDA sont sept à douze fois plus présents dans leur sang que dans celui du reste des Français. Si on ne connait pas bien leurs effets, ces perfluorés sont interdits dans l’Union européenne depuis le 25 février 2023, sauf dérogation.

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Les minorités à l’honneur pour la Marche des Fiertés de Lyon

Les minorités à l’honneur pour la Marche des Fiertés de Lyon

Samedi 10 juin, la Marche des Fiertés battra le pavé à Lyon sous le mot d’ordre « Minorités en danger, communautés mobilisées : c’est pour nos vies qu’on doit lutter ! ». Elle partira de la Manufacture des tabacs (Lyon 8e) pour rejoindre la Tête d’Or (Lyon 6e).

La Marche des Fiertés à Lyon en 2018. CC0
La Marche des Fiertés à Lyon en 2018. CC0

La 27e Marche des Fiertés (ou Pride) de Lyon partira de la Manufacture des tabacs, le samedi 10 juin à 14 h. Devant passer, initialement, par l’avenue du Maréchal-de-Saxe, le défilé a été légèrement décalé. Il passera finalement par les quais du Rhône pour rejoindre le parc de la Tête d’Or. Un changement pris après une réunion avec la préfecture.

Depuis 1996, la Pride a pour objectif de mettre en visibilité les communautés lesbiennes, gay, bi, trans, intersexe et queer et les revendications qu’elles portent, dans une ambiance festive et revendicative. L’année dernière, près de 15 000 personnes y ont participé.

Défendre les minorités

Cette année, la Pride est placée sous le mot d’ordre « Minorités en danger, communautés mobilisées : c’est pour nos vies qu’on doit lutter ! » Parmi les revendications listées dans l’appel à manifester du Collectif Fiertés en Lutte, l’association qui organise la Marche des Fiertés de Lyon depuis 2019 :

« La suppression de la mention du sexe à l’état civil ou son changement par simple déclaration, la libération des parcours de soin des personnes trans et intersexe, une politique de lutte contre les harcèlements LGBTQI+phobes. »

Si le tracé a fait débat les années passées, notamment autour du passage du cortège par le Vieux Lyon, fief des identitaires, l’enjeu est désormais de diversifier les parcours.

« Aller dans le 3e, le 7e arrondissement, c’est aller dans des quartiers ou la Marche n’est jamais allée, pour montrer que nos fiertés sont partout », explique Charlie du Collectif Fiertés en Lutte.

Comme l’année dernière, les organisateur·ices proposent des cortèges de tête en non-mixité. L’arrière de la manifestation sera, lui, mixte et ouvert à tous·tes. L’an passé, c’est un cortège « queers racisés » qui avait pris la tête de la marche, suivi par un cortège en non-mixité handi [personnes en situation de handicap uniquement, ndlr], puis un cortège lesbien et trans… Une manière de « visibiliser  des groupes minorisés », selon les organisateur·ices, qui ont fait au mieux pour que la manifestation soit la plus inclusive possible avec des prises de parole traduites en langue des signes française (LSF).

Visibiliser les cultures communautaires

En amont de la Pride, le mois de juin devient l’occasion de mettre en valeur les cultures communautaires. Une Quinzaine de la visibilité est proposée par le Collectif des Fiertés  : au programme, une vingtaine d’événements (shows drags, et plusieurs expositions sur la culture et l’histoire).

Côté Métropole, c’est un Mois des Fiertés dédié aux mémoires des luttes LGBTQI+, avec notamment une exposition intitulée «Sous les paillettes, l’archive » à la Métropole de Lyon.

Une augmentation de 20% des violences LGBTQIphobes à Lyon

Malgré la date anniversaire des 10 ans du Mariage pour tous, l’heure n’est pas à la fête. Cette Marche des Fiertés 2023 s’inscrit dans un contexte d’augmentation des violences à l’égard des personnes LGBTQIA+. En 2023, les violences LBTQIphobes ont augmenté de 20% à Lyon selon le Collectif des Fiertés. En janvier, Lucas, un collégien victime de harcèlement scolaire homophobe, s’est donné la mort dans les Vosges.

Le rapport annuel de SOS Homophobie fait lui état d’une agression physique tous les deux jours en France.

À Lyon, en mai, une exposition sur les luttes LGBTQIA+ a été vandalisée au parc Champvert à plusieurs reprises (Lyon 5e) et les drapeaux arc-en-ciel de la mairie du 3e arrondissement, suspendus à l’occasion du début de ce mois des Fiertés, ont été arrachés et volés, vendredi 2 juin.

Pour le Collectif des Fiertés, ériger la défense des minorités en slogan revient également à dénoncer le traitement des demandeurs d’asile LGBTI ou encore faire preuve de solidarité envers les travailleur·ses du sexe, « toujours plus marginalisé· es ». À Lyon, celles-ci ont été délogées de la place Gerland et sont régulièrement repoussées loin du centre-ville.

Violences sexistes et sexuelles dans le sport : Lyon conditionne les subventions des clubs

Violences sexistes et sexuelles dans le sport : Lyon conditionne les subventions des clubs

Lundi 5 juin, le maire de Lyon, Grégory Doucet a annoncé le conditionnement des subventions versées chaque année aux clubs de sport à la mise en place d’une formation aux violences sexistes et sexuelles. La mesure doit prendre effet en 2024.

Le maire de Lyon, Grégory Doucet, a choisi de faire son annonce dans le plus lu des quotidiens sportifs en France. Dans une interview publiée le lundi 5 juin dans L’Équipe, l’édile a annoncé que d’ici 2024, les clubs sportifs de Lyon devront former leurs équipes dirigeantes (y compris bénévoles) et leurs salarié·es aux violences sexistes et sexuelles (VSS). Sans quoi, ils ne pourront plus bénéficier d’une subvention de la part de la collectivité.

« Les villes sont souvent en première ligne, comme alliées du sport amateur, surtout. On se sent partie prenante, et on a notre mot à dire sur la façon dont le sport amateur se déploie dans notre commune. La question des violences sexistes et sexuelles dans le sport est devenue un sujet d’actualité, à la fois malheureusement et heureusement, parce qu’enfin, ces affaires sortent », a justifié Grégory Doucet.

Pour la saison 2022-2023, la Ville a attribué 2 725 990 euros de subventions aux associations sportives à Lyon.

L'équipe de Pro B de l'ASUL Lyon volley n'a pas démérité contre celle de Fréjus avant de s'incliner 3 à 1. ©LS/Rue89Lyon
À Lyon, les clubs de sport devront former leurs salariés et dirigeants aux violences sexistes et sexuelles dès 2024.Photo : LS/Rue89Lyon

À Lyon, « à part La Duchère et l’OL, très peu d’associations ont mené des actions » contre les VSS dans le sport

Dans l’interview donnée à L’Équipe, le maire de Lyon se rêve en précurseur : « On compte aussi sur le fait que Lyon soit la première grande ville à le faire pour créer un effet d’entraînement. » Le plan de mandat de la majorité écologiste indiquait dès 2020 une « refonte des critères de subventions aux clubs », davantage centrée sur « l’inclusion, la féminisation et l’éco-responsabilité ». Des critères mis en place dès l’attribution des subventions de la saison 2021-2022.

La formation aux violences sexistes et sexuelles vient donc ajouter une nouvelle exigence, dans un domaine où la majorité des structures sportives de Lyon pêchent. « À part La Duchère et l’OL, très peu d’associations ont mené des actions », soutient Grégory Doucet. Ce constat est partagé par le président du club de Lyon – La Duchère, Jean-Christophe Vincent. « À Lyon, il n’y a pas de mobilisation des clubs sur cette question-là, alors qu’il y a eu des problèmes ! », s’indignait-il dans une interview accordée à Rue89Lyon.

Depuis plusieurs mois, il avait notamment plaidé auprès de la Ville et de la Métropole de Lyon, pour que les collectivités conditionnent leurs subventions à la lutte contre les violences faites aux enfants. Un sujet qui le touche particulièrement car son fils a été victime de pédocriminalité dans un club lyonnais.

Lui-même a mis en œuvre, dans son club de Lyon – La Duchère, un pôle de prévention dédié ainsi qu’une formation obligatoire sur la question.

« En novembre 2022, on a mis en place au sein du club un pôle de prévention des violences faites aux enfants. Ce pôle, c’est pour toutes les violences, pas que sexuelles, qu’elles se soient passées au club ou pas. Le budget est de 40 000 euros par an. »

Depuis le lancement il y a six mois, trois signalements ont été faits au procureur pour des violences intrafamiliales.

Pédocriminalité dans le sport : « À Lyon, il n’y a pas de mobilisation des clubs sur la question »

Pédocriminalité dans le sport : « À Lyon, il n’y a pas de mobilisation des clubs sur la question »

En novembre 2021, le club de football de Lyon – La Duchère a lancé un pôle de prévention des violences sous l’impulsion de son président, Jean-Christophe Vincent, fermement engagé dans la lutte contre la pédocriminalité dans le sport. Interview.

En mai 2021, Jean-Christophe Vincent a repris les rênes du club de football de Lyon – La Duchère, succédant à Mohamed Tria, qui en a assuré la présidence pendant 13 ans. Autrefois « éminence grise » au Parti Socialiste dans le Rhône, Jean-Christophe Vincent s’était notamment retrouvé en charge des élections en tant que secrétaire général du groupe socialiste à la Région Rhône-Alpes (sous Jean-Jack Queyranne). Il a par la suite mis son entregent politique aux services de la société Serfim (BTP), puis du promoteur immobilier 6e Sens Immobilier où il est désormais directeur délégué en charge des relations publiques.

Jean-Christophe Vincent s’est retrouvé brutalement concerné par la pédocriminalité dans le monde du sport quand il a appris que son fils avait été victime d’un prédateur sexuel dans un club de hockey à Lyon, le Roller Hockey de Lyon et Les Abeilles de Charbonnières. En mars 2020, l’agresseur a été condamné à 12 ans de prison pour viol sur mineurs.

Depuis, Jean-Christophe Vincent a fait de la lutte contre la pédocriminalité dans le sport son cheval de bataille. Sous l’impulsion de son nouveau président, le club de football de Lyon – La Duchère s’est doté en novembre 2021 d’un pôle de prévention des violences à destination des joueurs. Interview.

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#Pédocriminalité

Face à la crise de l’habitabilité, une refondation du logement est nécessaire

Face à la crise de l’habitabilité, une refondation du logement est nécessaire

Ce lundi 5 juin, le Conseil National de la Refondation (CNR) Logement doit rendre ses pistes d’action pour répondre à la crise sociale, environnementale et économique que ce secteur traverse. Radio Anthropocène s’empare de cet espace du quotidien et l’interroge sous le prisme de la crise de l’habitabilité que pose l’anthropocène.

Si l’anthropocène marque la période d’une crise de l’habitabilité de la planète Terre, la crise du logement en France rend, elle, tangible l’impossibilité d’habiter sereinement et durablement un espace à soi pour de nombreuses personnes. Pour tenter de répondre à cette crise, presque devenue un « lieu commun » tant son utilisation est récurrente depuis la fin des Trente Glorieuses, le gouvernement a mis en place le 28 novembre 2022 le Conseil National de la Refondation (CNR) consacré au logement. Il a réuni, durant six mois, les différents acteurs du secteur du logement, à commencer par les habitants, pour construire le « logement de demain ». Les résultats de ce travail, attendus depuis un mois suite à sa reprogrammation, seront-ils à la hauteur des attentes et des enjeux sociaux et écologiques contemporains ?

Le logement, « une bombe sociale » ?

Le logement est qualifié de toute part de « bombe sociale ». Situation à l’apparence paradoxale tant les conditions de logement n’ont cessé de s’améliorer depuis 50 ans. Or, cette tendance de fond cache des disparités importantes selon les milieux sociaux et les territoires observés.

D’après la Fondation Abbé Pierre, plus de 4 millions de personnes sont mal logées en France en 2023. Les prix de l’immobilier, suite à plusieurs décennies de hausse, sont aujourd’hui inaccessibles pour une grande partie de la population. Les efforts financiers de la part des ménages pour se loger sont historiquement élevés, atteignant 32% des revenus pour les plus modestes, contre 14,1% pour les plus aisés. D’autant que ces disparités sociales sont accompagnées de disparités territoriales. Il est bien différent d’être locataire d’un logement à Paris qu’à Saint-Étienne ou dans une commune du massif central. Et si, pour compenser ces disparités, l’offre de logement social reste conséquente en France vis-à-vis de nombreux pays, le nombre de ménage en attente d’un logement social n’a jamais été aussi élevé.

Le logement plutôt que l’habitabilité ?

Le secteur du bâtiment représente près de 40% des émissions de gaz à effet de serre sur la planète, et l’urbanisation généralisée du monde est l’un des vecteurs principaux de l’anthropocène. Ajoutons à cela le rôle des cimentiers dans les conflits géopolitiques, ainsi que le besoin toujours plus croissant en béton qui engloutit le sable de nos côtes, provoquant leur érosion. Nous sommes en droit de nous questionner sur la façon dont ce secteur met à mal les conditions d’habitabilité du monde et doit se renouveler dans sa façon d’aborder la question du logement.

L’habitat plutôt que le logement ?

Passoires thermiques, logements exigus, très dégradés : de l’action du collectif Dernière Rénovation aux effondrements successifs d’immeubles marseillais, la situation du parc français s’avère encore problématique. Comment répondre aux enjeux énergétiques et climatiques si le bâti stricto sensu ne répond pas aux objectifs de sobriété ? A ce titre, quelles possibilités sont apportées par les filières de l’écoconstruction, de l’économie circulaire dans un contexte où l’on aspire à construire moins mais mieux ?

Néanmoins, ces dimensions techniques ne devraient-elles pas être toujours corrélées aux pratiques habitantes pour réfléchir sur l’habitat de manière transversale ? Dès lors, penser le logement, c’est penser l’intégralité des logiques qui le traversent.

Élément structurant de la vie quotidienne – nous y passons nos nuits, y prenons nos repas, etc. – le logement est traversé par d’autres problématiques qui nous invitent à déplacer nos regards sur la notion d’habiter. Elle invite à dépasser le seul périmètre du logement et y intègre un territoire de vie plus grand, où se déploient nos existences, nos modes de consommation et nos mobilités. L’exemple de l’entrée massive du travail au sein du logement, pendant la pandémie, dévoile l’influence réciproque des différentes sphères sociales dans l’évolution de nos pratiques habitantes.

Quelles solutions pour panser le logement ?

Alors que concilier justice sociale, écologie et logement est un véritable casse-tête pour différentes municipalités, des initiatives éclosent. A Lyon, la Métropole souhaite poursuivre la construction de logement dans les territoires déjà urbanisés par le biais de la surélévation. La perspective est ainsi de continuer à construire des logements pour augmenter l’offre, dont celle du parc social, sans contribuer à l’artificialisation des sols. L’objectif du Zéro Artificialisation Nette (ZAN) ne pose-t-il pas indirectement le débat à propos de la densité de population, de la ville désirable et du bien-être des habitants ? Et comment rendre accessible ces logements situés pourtant dans les zones denses et chères ?

C’est en partie à cette question que veut répondre le Bail Réel Solidaire (BRS), système économique visant à dissocier le foncier et le bâti afin de réduire le coût d’achat pour les ménages. Cette démarche peut-elle casser, ou du moins limiter la dimension spéculative d’un marché aujourd’hui inaccessible, et plus seulement aux plus précaires ? Comment penser le logement et l’habiter de façon différenciée selon les territoires ? Car la réalité des villes moyennes est radicalement différente de celles des centres métropolitains ou des banlieues, dont nous évoquerons l’avenir en compagnie du sociologue Renaud Epstein. Au total, comment penser la redirection écologique d’un secteur qui façonne nos paysages et nos vies sociales à l’heure de l’anthropocène ?

Ce sont toutes ces questions que nous poserons à nos invités et qui nous animeront, ce mercredi 7 juin de 16h à 20h, en direct sur Radio Anthropocène. 

Radio Anthropocène – 7 juin 2023 – Une refondation du logement pour faire face à la crise de l’habitabilité ?

Tapas Nocturne, graffeur de BD insolentes à Lyon

Tapas Nocturne, graffeur de BD insolentes à Lyon

Depuis deux ans, le graffeur Tapas Nocturne dessine de petits personnages à la tête blonde sur les murs de Lyon. Ses BD parlent surtout de culture graff’, de la ville et de gentrification. Elles se sont récemment faites connaître pour leurs blagues sur la réforme des retraites et les manifestations. Rencontre.

Son bob noir vissé sur la tête et son T-Shirt ample floqué d’un graffiti laissent peu de place au doute. Parmi tous les badauds de la place Mazagran (7e), qui profitent du soleil de la fin d’après-midi, c’est bien Tapas Nocturne qui s’approche de nous. Animateur d’ateliers artistiques le jour, la nuit, le graffeur est l’auteur d’un personnage au gros nez et à la tignasse blonde. Tagué dans le style BD, on le retrouve un peu partout dans Lyon, mais surtout dans le 7e arrondissement.

« Le 7e, c’est mon terrain de jeu, je m’y sens bien, résume-t-il. C’est un des rares quartiers du centre où il y a du mélange entre les différentes origines et catégories sociales. C’est aussi un côté de Lyon avec beaucoup de graff’. C’est plus facile de peindre là qu’à Foch ou aux Brotteaux »

Le graffeur Tapas Nocturne, aux côtés de l'une de ses BD ironique taguée dans le 7e arrondissement de Lyon. ©MA/Rue89Lyon
Le graffeur Tapas Nocturne, aux côtés de l’une de ses BD ironique taguée dans le 7e arrondissement de Lyon.Photo : MA/Rue89Lyon

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Beaujolais : le #MeToo du vin condamné en justice

Beaujolais : le #MeToo du vin condamné en justice

La vigneronne du Beaujolais Isabelle Perraud, présidente de Paye ton pinard, association apparentée au #MeToo du vin, a été condamnée par le tribunal de Bourges, ce vendredi 2 juin. Elle doit au total 29 000 euros à Sébastien Riffault, qui l’avait attaquée en diffamation.

« J’ai décidé de ne pas me taire, je le paye aujourd’hui. »

Isabelle Perraud, vigneronne dans le Beaujolais.

C’est une décision de justice qui clôt (provisoirement) une affaire qui a mis en émoi le milieu du vin nature. Ce vendredi 2 juin, le tribunal de Bourges a condamné la vigneronne du Beaujolais, à la tête du Paye ton pinard, le #MeToo du vin nature, à payer la somme de 30 000 euros à Sébastien Riffault, vigneron à Sancerre (Centre-Val-de-Loire) pour diffamation. Initialement, le vigneron lui demandait près de 300 000 euros de dommage et intérêt. 20 000 pour préjudice moral, 260 000 au titre d’un préjudice économique.

Le 6 avril, jour du procès, trois témoins ont ainsi été entendus à la barre. Une sommelière a déclaré avoir été victime d’agression sexuelle, via une main aux fesses, provenant du vigneron. La femme de Sébastien Riffault a elle témoigné pour démentir la version de celle-ci. Selon elle, l’agression n’a pas eu lieu, car elle était présente à cette soirée et n’a rien vu. Enfin, Lisa Lind Dubar, chroniqueuse et sommelière danoise, a témoigné pour faire état de l’enquête qu’elle avait mené sur le vigneron.

À l’origine, cette affaire est partie de son témoignage publié sur un blog danois. Sans donner de nom, ce billet met en cause un « vigneron français bien connu » pour des faits de harcèlement et d’agressions sexuelles. À la suite de cette publication, la journaliste danoise Maya Tekeli recueille pour le média Frihedsbrevet des témoignages accusant cette « star » viticole de faits similaires, toujours sans nommer le vigneron.

Beaujolais : une affaire ramenée en France par le #Me Too du vin

Bien qu’il ne soit pas cité, Sébastien Riffault est identifié par ses clients. Certains retirent leurs vins de leurs cartes dont les responsables du Noma, le très prestigieux restaurant de Copenhague, comme l’indique le média spécialisé dans le vin Vitisphere. Sur le réseau social Reddit, des commentaires anonymes mettent en cause directement le vigneron. Enfin, un caviste de New-York l’affiche littéralement sur les réseaux sociaux en reprenant ces accusations et en mettant son nom.

Jusqu’alors à l’étranger, l’affaire arrive en France via Paye ton pinard, en mai 2022. L’association, regroupant une cinquantaine d’adhérent·es, reprend sur ses réseaux le témoignage de la blogueuse danoise. Elle reprend également l’article de la journaliste et la publication du caviste new-yorkais. Une décision « collective », précise la vigneronne Isabelle Perraud. En tant que présidente de Paye ton pinard, c’est elle qui va être attaquée en justice. Aujourd’hui, c’est elle qui est condamnée.

vin #MeToo
L’affaire judiciaire concernant Paye ton pinard, le #MeToo du vin, a secoué le monde du nature.Photo : PL/Rue89Lyon

Pour le tribunal, le #MeToo du vin a fait preuve « d’imprudence » du Beaujolais

Selon le tribunal, Isabelle Perraud a fauté en présentant clairement les femmes comme victimes de Sébastien Riffault :

« Il s’agit donc d’allégations publiques portant sur la commission d’une infraction pénale, donc susceptibles de porter atteinte à l’honneur et à la considération de la personne de Monsieur Riffault », peut-on lire dans le jugement.

Pour échapper à la condamnation, Isabelle Perraud devait « pouvoir faire la preuve de la vérité des faits dénoncés » réunis sur les critères de la bonne foi. Problème : l’offre de preuve ne peut pas être recevable, car elle concerne la vie privée du vigneron. Cependant, ce point n’a pas d’incidence sur la possible « bonne foi » de la vigneronne, selon le tribunal. De ce fait, les témoignages ont été jugés comme recevables.

« Aucun élément du dossier ne permet de penser que Madame Perraud a agi dans un but autre que celui de son combat féministe notoire avant-même les diffusions critiquées, puisque son compte « @paye_tonpinard » a été créé, en 2020, la circonstance qu’ils soient concurrents [Isabelle Perraud et Sébastien Riffault, ndlr] étant à elle-seule insuffisante pour établir cette animosité sans équivoque », peut-on lire dans le jugement.

Si les juges ont reconnu une recherche de « l’intérêt général » de la part de Paye ton Pinard, ils lui reprochent cependant « imprudence fautive ». En cause, le fait de ne pas avoir fait état de la présomption d’innocence dans les posts publiés. De ce fait, le manque de « base factuelle » a entraîné la condamnation de la vigneronne.

Pour Isabelle Perraud : une « justice sexiste »

La présidente de Paye ton Pinard a donc été condamnée. Les demandes du vigneron du Sancerre ont été cependant revues à la baisse au regard des « jurisprudences habituelles. »

Contactée par Rue89Lyon, la vigneronne a appris la nouvelle « par les réseaux sociaux ». Au téléphone, la tristesse et l’abattement semblaient dominer ce vendredi soir :

« La seule volonté de cette justice sexiste, c’est que les femmes se taisent, lâchait-elle dépité. Je suis triste pour toutes les femmes et toutes les victimes. »

Créatrice de l’association Paye ton Pinard, cette dernière semblait hésiter sur la marche à suivre. Fatiguée, victime de pressions multiples selon elle… Elle comparait sa situation à celle de Valérie Murat dans le Sud-Ouest. Cette dernière avait été condamnée au silence à la suite d’une plainte pour « dénigrement » de près de 25 viticulteurs du Bordelais. « On fait taire par l’argent », constate celle qui explique ne pas avoir la somme demandée par le tribunal. Seul pseudo point positif : celle-ci est inférieure à celle demandée par le vigneron.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le groupe instagram de soutien à Sébastien Riffault n’avait pas encore réagi à la nouvelle. De son côté, Isabelle Perraud ne savait pas si elle ferait appel de cette décision. 

À Lyon, une nouvelle manifestation contre la réforme des retraites le 6 juin

À Lyon, une nouvelle manifestation contre la réforme des retraites le 6 juin

L’intersyndicale appelle à une quatorzième journée de manifestation contre la réforme des retraites à Lyon ce mardi 6 juin. En parallèle, d’autres actions continuent sur la métropole contre les politiques du gouvernement.

Manifestation du 1er mai 2023.
Une image du cortège lors de la manifestation du 1er-Mai à Lyon notamment contre la réforme des retraites. Photo : MK/Rue89Lyon

Mardi 6 juin, l’intersyndicale appelle à une nouvelle mobilisation contre la réforme des retraites à Lyon. La manifestation débutera de la Manufacture des tabacs à 11h. C’est finalement le grand parcours devenu classique qui a été arrêté : cours Gambetta jusqu’à la place Bellecour via la place Antonin Poncet.

Le 28 mars dernier, l’intersyndicale avait adressé une lettre à la préfecture du Rhône dénonçant la fermeture la rue de la Barre. A proximité de l’Hôtel-Dieu, cette dernière concentre régulièrement les tensions entre forces de l’ordre et manifestants.

Lors de cette mobilisation, ils réclameront l’adoption du texte proposé par le groupe transpartisan Liot visant à abroger la réforme des retraites. La proposition de loi doit être examiné le 8 juin prochain à l’Assemblée nationale. En commission des Affaires Sociales mercredi 31 mai, les députés ont pourtant voté pour la suppression de l’article phare du texte : l’abrogation des 64 ans.

D’autres actions à Lyon contre la réforme des retraites et celle des lycées professionnels

En marge des grèves, les syndicats lyonnais restent actifs. Mercredi 31 mai, ils se sont réunis devant le rectorat de la ville pour protester contre la réforme des retraites et celle des lycées professionnels. Les manifestants ont dénoncé le pacte enseignant, un texte visant à augmenter la rémunération de ces derniers en échange de missions. Une mesure très critiquée par les syndicats, qui mettrait les professeurs en concurrence et détériorerait le service public.

Manifestation à Lyon : mais pourquoi ça brûle ?

Manifestation à Lyon : mais pourquoi ça brûle ?

À Lyon, les manifestations contre la réforme des retraites ont été le théâtre de nombreux départs de feux. Cette pratique, devenue un marqueur du mouvement social, interroge. Analyse et rencontre avec des « partisans du feu ».

Depuis le passage en force de la réforme des retraites par l’article 49.3 le 16 mars 2023, la tension est montée d’un cran à Lyon. Les manifestations déclarées en préfecture, comme les sauvages, ont été le théâtre d’affrontements répétés entre les manifestants et la police. Fait notable : ceux-ci se déroulaient toujours dans les volutes des gaz lacrymogènes, mais aussi celles des feux de poubelles, de barricades, de palettes…

Des feux plus nombreux que lors des mouvements sociaux précédents, qu’il s’agisse des gilets jaunes ou des manifestations contre la loi travail. De plus, les manifestants ont tenté (et parfois réussi) à rentrer dans les mairies d’arrondissements (notamment celle du 4e arrondissement), y lançant là aussi des brasiers.

Une augmentation de l’usage du feu que la préfecture du Rhône n’a pas appuyé par des chiffres. Contactée par Rue89Lyon, elle a tout de même admis avoir noté de nombreux épisodes de mises à feu de poubelles, de feux tricolores, de panneaux, de commerces et parfois même dans des halls d’entrée. Elle a aussi noté qu’il était nouveau de voir des départs d’incendie autour et dans des bâtiments municipaux.

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