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Gérante d’un bistrot à Villeurbanne, Laetitia se bat pour éviter la faillite
Elections 2020 : l’oeil des étudiants de Lyon 2  Société 

Gérante d’un bistrot à Villeurbanne, Laetitia se bat pour éviter la faillite

actualisé le 31/05/2020 à 00h49

[Portrait d’électrice 10/10] ces deux derniers mois, le quotidien de Laetitia, gérante et cheffe de cuisine du bistrot le Filanthrope à Villeurbanne, était tiraillée entre démarches pour assurer la survie de son restaurant et solidarité locale. En attendant de pouvoir rouvrir le 2 juin, elle raconte un véritable combat pour éviter la faillite.

« L’oeil des étudiants de Lyon 2 » est une rubrique consacrée aux élections municipales et métropolitaines dans l’agglomération lyonnaise.
Nous ouvrons nos colonnes à huit étudiants en dernière année du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l’université Lyon 2. Rue89Lyon

En Janvier 2019, Laetitia accueillait ses premiers clients au Filanthrope, un bar/restaurant de Villeurbanne.

« On est deux associés à posséder le bistrot », explique-t-elle.

Une ouverture qui mettait fin à six mois de travaux et deux ans et demi de préparation :

« On a tout fait nous-mêmes, ça nous a pris du temps ! »

Une restauration locale et raisonnée

À 28 ans, Laetitia est cheffe de cuisine au bistrot Le Filanthrope. Petite-fille de boulanger et fille de boucher-charcutier, elle grandit « dans la culture du bon produit ». Elle fait ensuite un BEP cuisine et cumule les expériences dans des établissements de renom : « J’ai fait des stages chez Georges Blanc et Jacques Chibois ».  Elle devient ensuite cheffe de partie dans un bistrot à Annecy. Puis, elle travaille en tant que cheffe de cuisine à Ma table en Italie​ dans le 6ème arrondissement de Lyon.
« J’ai aussi exercé au ​Bistrot du Palais​ chez Jean-Paul Lacombe » complète-t-elle. « Ce sont toutes ces expériences qui nous ont permises d’ouvrir notre restaurant. »

Dans la cuisine du ​Filanthrope​, Laetitia est aux commandes : elle y prépare des travers de po​rc de Monchevet laqués au miel, des Cromesquis aux champignons des Monts du Lyonnais ou encore une des spécialités du bistrot : de la brioche façon pain perdu.

« Tout est fait maison » raconte-elle, « on travaille avec des fournisseurs locaux et des produits issus d’une agriculture biologique quand c’est possible. »

Une restauration raisonnée ​qui concrétise l’intérêt de Laetitia pour une économie locale et durable. Une démarche ​qui a abouti à une première année honorable pour les deux gérants :

« Nous avons embauché une salariée en semaine et un renfort le samedi soir ».

Confinement : « Les pertes ont été énormes et elles sont arrivées d’un coup »

Pour le 1er tour des élections municipales de Villeurbanne, Laetitia a voté pour Cédric Van Styvendael. Electrice de la France Insoumise, elle adhère au projet de la Gauche « rassemblée » qui est arrivé en tête avec 33 % des voix, devant Béatrice Vessiller d’Europe EELV. Les deux viennent de s’allier pour le second tour.

Le 15 mars dernier, à l’annonce du confinement, Le Filanthrope est obligé de fermer ses portes à minuit comme tant d’autres établissements :

« Nous n’avons reçu aucun mail officiel. Ce sont nos clients qui nous ont prévenu de l’allocution télévisuelle de 20h. »

Sans avoir été avertis, les deux gérants se retrouvent sans aucun revenu :

« Les pertes ont été énormes et elles sont arrivées d’un coup », témoigne Laetitia.

Ils décident d’entamer des travaux de rénovation :

« On s’est dit qu’on allait repeindre, poncer et faire quelques aménagements ».

Durant le confinement, Laetitia se consacre également à la création d’une nouvelle carte de printemps destinée à l’emporter.

« Au début, on pensait être confinés 2 semaines puis 3. Finalement, ça dure depuis 2 mois et financièrement, c’est devenu très compliqué pour nous. »

Une fois la carte de printemps en place, Le Filanthrope a pu rouvrir afin de vendre des plats à emporter le soir. Le bistrot a aussi proposé des livraisons à domicile avec Uber Eats :

« Éthiquement, nous ne voulions pas passer par ces plateformes. Mais économiquement, nous avons été obligé », indique-t-elle.

Portrait 10/10 Laetitia

Laetitia, 28 ans, cheffe de cuisine du bistrot Le Filanthrope à Villeurbanne

« Pour ne pas couler, nous avons fait un prêt »

En raison de la crise sanitaire de ces deux derniers mois, Le Filanthrope ​a vu son chiffre d’affaire s’effondrer : environ 15 000 euros de perte par mois. ​

« Pour ne pas couler, nous avons fait un prêt garanti par l’État (PGE). »

Le PGE est un prêt de trésorerie qui peut correspondre à 25% du chiffre d’affaires au maximum. Ce prêt est à taux zéro la première année, puis s’il n’est pas remboursé, se transforme en prêt bancaire normal.

Une demande de prêt a aussi été réalisée auprès de la Région, mais suite à un problème informatique, celle-ci reste en attente.

« Jusqu’à présent, le chômage partiel n’a toujours pas été remboursé », explique-t-elle.

Un gros trou dans leur budget. À cela, vient s’ajouter les factures des fournisseurs qui continuent de tomber : l’électricité, les assurances, les remboursements des prêts, etc…
De plus, vient s’additionner le paiement du loyer. Malgré l’annonce de sa suspension ​par le ministre Bruno Lemaire​,​ les deux associés ont été prélevés par leur bailleur :

« On a fait une demande, mais ils n’ont pas voulu nous l’enlever. »

La perspective de la faillite

Actuellement, les deux gérants ne perçoivent toujours pas de salaire. Laetitia bénéficie du RSA et son associé du chômage.

« Ce sont les aides sociales qui nous permettent de tenir, » raconte la cheffe.

Une situation frustrante pour Laetitia et son associé, obligés de s’endetter pour se payer.

« Si nous n’avions pas eu la capacité de nous endetter, et s’il n’y avait pas eu les prêts garantis par l’État, nous aurions fait faillite. »

Les commerçants qui n’ont pas été en positif l’année dernière et qui se trouve dans une situation financière difficile, c’est à dire celles qui ont lancé une procédure collective, ne peuvent pas bénéficier des prêts garantis par l’État.

L’entreprise a néanmoins bénéficié de l’aide de 1500 euros proposé par l’État, insuffisante d’après Laetitia.
Pour elle, il est évident que les restaurateurs font partie des plus pénalisés de cette crise. Elle s’inquiète pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir un bilan comptable​ bénéficiaire auparavant :

« Pour ceux qui n’étaient déjà pas bien financièrement avant le confinement, ça doit vraiment être compliqué ».

« Les directives changeaient sans arrêt​ »

« La différence entre les annonces du gouvernement et la réalité est perturbante », reprend-t-elle.

Elle prend l’exemple des 10 000 euros d’aides pour les hôtels et les restaurants auxquelles elle n’a pas eu le droit.

« À un moment, on ne savait pas ce qu’on devait faire, les directives changeaient sans arrêt​ », raconte Laetitia.

Elle ajoute que c’est grâce au soutien de la chambre du commerce qu’elle a réussi a se tenir au courant des différentes aides et crédit mis en place :

« Ils nous aident à tirer le vrai du faux dans les annonces gouvernementales ».

« Pas question de licencier, ni de fermer ! »

Dans son entourage, Laetitia apprend la fermeture définitive de quelques restaurateurs et prend des nouvelles d’une amie qui travaille dans un restaurant à Grenoble :

« Ils sont en train de tout vendre pour pouvoir payer leurs salariés ».

Pourtant, il n’est pas question pour ​la jeune cheffe de cuisine​ de fermer boutique :

« Il faut qu’on continue. On a mis plus de deux ans et demi à monter ce projet et on est content du résultat. Avec le confinement, nous avons pris conscience du rôle important qu’on tient dans une ville. »

Elle fait référence aux nombreux messages de soutien qu’elle a pu recevoir, notamment de ses voisins qui prennent régulièrement des nouvelles du Filanthrope:

« On se sert les coudes avec les entreprises d’à côté. Pas question de licencier, ni de fermer ! ».

Devanture du Bistrot le Filanthrope

Devanture du Bistrot le Filanthrope

Face à cette crise, les deux gérants ont dû s’interroger sur les normes sanitaires à installer et à respecter. Ils ont eu beaucoup de difficulté à trouver des masques. Ce sont finalement des amis qui leur fournissent des masques cousus mains.

 « Nous avons été choqués de voir la grande distribution vendre des masques huit fois plus cher qu’avant la crise. À cette période, des infirmières libérales ou même des policiers en manquaient encore », s’agace-t-elle.

Jusqu’au 27 mai 2020, le gouvernement n’avait délivré aucune consigne sanitaire aux restaurateurs pour leurs réouvertures le 2 juin. Etant toujours dans l’attente d’un protocole sanitaire, Laetitia se projetait dans l’après-déconfinement:

« Nous avons acheté des chaises, des parasols et des tables », explique-t-elle « cela nous permettra d’accueillir le plus de personnes à l’extérieur pour respecter au mieux les distanciations sociales, l’entreprise voisine nous prête sa terrasse ». Une aide qui les a particulièrement touché.

Réouverture du 2 juin : « On est prévenu au dernier moment »

Laetitia explique qu’une réouverture prend du temps, notamment dans le réapprovisionnement qui nécessite des commandes faites à l’avance :

« On ne savait pas quoi dire à nos fournisseurs. Par exemple, les brasseries ignoraient si elles devaient mettre la bière en fût ou en bouteille », témoigne-t-elle. « Ils nous préviennent au dernier moment pour la réouverture ».

Fortement fragilisé par cette crise, il faudra du temps au bistrot pour s’en remettre. Toutefois, elle se félicite des messages d’encouragement et de soutien de la part de ses habitués et ​du voisinage​. Elle espère les voir profiter de la terrasse du Filanthrope, dès l’ouverture prochaine.

L'AUTEUR
Hélène Duros

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