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Zoo, chiens en ville et viande à la cantine : les animaux font débat dans la campagne électorale à Lyon
Elections 2020 à Lyon : une loupe sur la campagne  Politique 

Zoo, chiens en ville et viande à la cantine : les animaux font débat dans la campagne électorale à Lyon

actualisé le 04/03/2020 à 18h47

Qu’ils soient domestiques ou sauvages, leur cas est discuté, créant du clivage entre les listes : les animaux ne votent pas pour autant ils sont à Lyon devenus un nouvel enjeu de positionnement politique. Le sujet a juste commencé à émerger dans le débat agité de cette campagne électorale lyonnaise.

Au zoo du Parc de la Tête d'Or à Lyon. DR

Au zoo du Parc de la Tête d’Or à Lyon. DR

Il fallait marquer la différence avec la position des candidats écologistes qui a beaucoup fait parler d’elle. Sandrine Runel, candidate de « La Gauche unie » et investie par le PS, a passé l’après-midi du mercredi 26 février au parc de la Tête d’Or. Aux côtés de Renaud Payre, tête de liste pour la Métropole et Quentin Picard, tête de liste du 6e arrondissement, elle a exprimé son attachement au jardin zoologique. Mettant en avant son rôle éducatif et, surtout, le fait qu’il s’agit d’un lieu de sortie gratuit :

« On voulait rappeler que c’est un lieu emblématique, le premier zoo public gratuit d’Europe. D’autres zoos en France ne respectent pas ces conditions de bien-être mais ce n’est pas le cas à Lyon. Les employés municipaux font leur maximum pour que les comportements des animaux puissent s’exprimer. »

Une attaque contre une proposition forte des écologistes

Cette volonté de « conserver le zoo tel quel » a donc été une attaque directe à la prise de position des candidats EELV. Lundi 17 février, dans le cadre d’un débat public sur le bien-être animal, les candidats pour la présidence de Métropole de Lyon, Bruno Bernard, et pour la mairie de Lyon, Grégory Doucet, avaient quant à eux pris une position forte concernant cet équipepent  leur volonté de fermer le zoo de la Tête d’Or.

C’était effectivement une position déjà présentée dans leur programme, arguant qu’il n’était plus possible d’ « exposer comme au 19ème siècle des animaux qui sont aujourd’hui en danger d’extinction dans leurs milieux naturels ». Lors de ce débat public, les candidats d’EELV ont précisé que les animaux sauvages seraient hébergés dans des refuges plus adaptés à leurs conditions de vie.

Le zoo de la Tête d’Or : une fierté lyonnaise ?

Une position clivante qui n’a pas manqué de faire réagir certains habitants de Lyon.

Il faut dire que le zoo de la Tête d’Or est une institution lyonnaise qui date de 1858. Aujourd’hui, il permet au public de voir gratuitement plus de 300 animaux, répartis sur neuf hectares. Trois millions de visiteurs fréquenteraient ce parc chaque année.

Le bien-être des animaux tente d’être respecté grâce à la création d’espaces thématiques, reproduisant leur milieu naturel. Pourtant, le zoo est aussi critiqué. Une pétition avait été lancée en début de l’année 2019 pour améliorer les conditions de vie des animaux du parc. Ne demandant pas une fermeture radicale du zoo, elle avait rencontré un certain succès sur les réseaux sociaux :

« Pour le bien-être de ces animaux en DÉTRESSE et pour la renommée de ce parc qui fait la fierté de Lyon, nous demandons une amélioration de leurs conditions de vie. »

Le bien-être animal, nouvel enjeu dans la campagne électorale

Au-delà de la fermeture du zoo, c’est le bien-être animal qui est évoqué comme un enjeu à étudier à l’échelle des compétences municipales.

Les écologistes l’ont ainsi décrit comme un enjeu « transpartisan » lors de ce débat public. Pour autant, toutes les listes ne s’en saisissent pas. Ainsi, du côté de la campagne municipale, seul Grégory Doucet met en avant cette problématique dans son programme. Malgré sa réaction au parc de la Tête d’Or, Sandrine Runel n’a pas de mesure concrète dans son programme. Contactée par Rue89Lyon, elle a cependant précisé son attachement à la cause animale, pour les animaux sauvages ou domestiques :

« On veut préserver la qualité de vie des animaux en développant des parcs à chien pour qu’ils aient plus de lieu où ils peuvent aller en liberté. »

Au niveau des candidatures métropolitaines, les 400 propositions de David Kimelfeld abordent cette question. Dans son programme, le candidat ne mentionne pas le jardin zoologique mais souhaite interdire l’implantation des cirques et des spectacles avec des animaux sauvages. Une position que rejoint Bruno Bernard chez EELV. L’actuel président de la Métropole, « DK », prône également une sensibilisation du public et promet d’apporter son soutien aux associations :

« Une société équilibrée, juste et solidaire ne peut pas ignorer la place de l’animal dans la société. »

Quant à Bruno Bernard, il réaffirme sa position vis-à-vis du parc de la Tête d’Or. Parmi d’autres propositions, il souhaite également donner de nouvelles solutions aux éleveurs concernant les conditions d’abatage des animaux de fermes.

Ce sont les seules listes qui intègrent pleinement le bien-être animal dans leur programme.

Le Parti animaliste ? On se l’arrache

C’est pourtant un sujet que tente de faire émerger certaines associations. Ainsi, à Lyon, le Parti animaliste ne présente pas de liste indépendante. Il est représenté malgré tout grâce à l’alliance conclue avec la liste « Ensemble avant tout ! » de David Kimelfeld -l’actuel président de la Métropole, dissident LREM en combat fratricide contre Gérard Collomb.

Valérie Mira, correspondante départementale du Rhône pour le Parti animaliste explique ce choix :

« On a été contacté par trois listes. On a négocié et c’est avec la liste métropolitaine de David Kimelfeld qu’on a réussi à trouver un accord. Après une alliance ne vaut pas allégeance et nous sommes prêts à nous désengager si les points d’accord ne sont pas respectés au cours du mandat. »

Quatre candidats du Parti animaliste sont donc en position éligible sur la liste de David Kimelfeld. Entre autres points de négociations, il a également obtenu qu’aucune subvention de la métropole soit accordée aux zoos. Malgré les critiques, Valérie Mira assume ce choix :

« On est conscient au sein du parti que le contexte lyonnais avec une majorité précédente éclatée en trois et notre score de 2% aux élections européennes a fait qu’on est venu nous chercher. Notre objectif reste de faire des alliances pour donner du poids et faire avancer la cause animale. »

Du côté des écologistes, Nathalie Dehan, co-fondatrice du Parti animaliste mais qui n’en fait plus partie aujourd’hui, est tête de la liste de la circonscription Lyon Sud-Est pour les élections métropolitaines.

Les associations pro-animaux sur la brèche

L’association L214, mobilisée contre la maltraitance animale a de son côté publié un communiqué appelant à ne pas voter pour la liste de Gérard Collomb:

« Non seulement il a refusé de s’engager à mettre en œuvre des moyens de lutter contre la souffrance des animaux s’il était réélu maire, mais il est notamment connu pour avoir freiné les initiatives visant à mettre fin à la détention des animaux sauvages dans les cirques et préférer le gazage et l’abattage des animaux sauvages en ville aux méthodes de gestion non létales »

Depuis novembre dernier, L214 avait contacté les différents candidats en leur proposant des mesures concrètes pour réduire la souffrance animale. L’association les engageait à signer une charte « Une ville pour les animaux ». Cette initiative a pour l’instant recueilli la signature de Laurent Bernard, de Grégory Doucet et de David Kimelfed.

Par ailleurs, à la fin du mois de février, c’est Welfarm, une association basée à Metz militant pour le bien-être des animaux de ferme, a passé du temps sur la place des Terreaux un samedi à la mi-journée, « afin de convaincre les candidats aux élections municipales de mettre plus de bien-être animal dans l’assiette des petits lyonnais« .

Un « collectif Bicaly » sur la question canine

Mais l’émergence de cette question vient aussi d’initiatives plus citoyennes. Ainsi, un mouvement a émergé sur les réseaux sociaux autour de la question canine. Le collectif Bicaly, lancé par Baptiste Jacquet, ancien journaliste à Lyon et propriétaire d’un chien, a pour but d’alerter les candidat.e.s autour de cet enjeu.

« Notre collectif est apolitique mais mon idée, c’était de défendre la place de l’animal dans la ville. Il y a 120 000 chiens à l’échelle de la métropole, il y aurait 150 000 personnes vivant à leur contact direct. Les choses évoluent rapidement. Pourtant, on a encore l’image du chien de la fin des années 80 qui serait mieux à la campagne qu’en ville. »

Une pétition a été lancée qui demande plus d’espace et de liberté pour les chiens en ville :

« Les élus locaux interpellés par médias interposés et manifestations de rue semblent prendre conscience de l’urgence à végétaliser notre environnement urbain. Cependant, la cause animale, canine, ne fait toujours pas débat publiquement, ni n’est un sujet à actions concrètes pour le bien être animal en ville. »

Êtes-vous pour le bien-être animal et canin ? C'est le message de cette affiche du collectif Bicaly

Le collectif Bicaly se mobilise sur les réseaux sociaux pour mettre en avant le bien-être canin.

Rappelant que, depuis 2015, les animaux domestiques sont considérés comme des êtres vivants, il propose aux candidats de s’engager autour de plusieurs axes : d’abord une plus grande tolérance vis-à-vis des chiens de toute taille dans les transports en commun ; plus d’espaces pour que les chiens soient en liberté, etc. Plus généralement, Baptiste Jacquet aimerait renforcer la sensibilisation des habitants et des commerçants pour que la ville de Lyon soit plus « Dog Friendly » :

« La ville est en expansion, il y a de moins en moins de place et ça se fait au détriment des chiens. Il est pourtant possible de partager l’espace, il faut juste éduquer pour que les enfants, et leurs parents, n’aient plus peur des chiens. C’est aussi un enjeu écologique, on a perdu ce contact avec les animaux. »

Les différents candidats doivent recevoir une convention rédigée par Bicaly dans le courant de la première semaine de mars.

Quel impact ces questions ont-elles sur les choix électoraux ? Le thème apparaît avec autant d’écho dans une campagne municipale lyonnaise.

L'AUTEUR
Aurélie Loek

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