« Connards », « Hitler » : des patrons lyonnais pètent les plombs face aux écologistes
Elections 2020 à Lyon : une loupe sur la campagne  Politique 

« Connards », « Hitler » : des patrons lyonnais pètent les plombs face aux écologistes

Qualifiés de « décroissants », de militants d’« extrême gauche », les écologistes sont l’objet d’une attaque qui monte crescendo, avec le candidat Bruno Bernard tout juste comparé à Hitler. L’inédite campagne du second tour des élections métropolitaines et municipales aura été celles d’outrances, notamment employées par quelques patrons lyonnais pour contrer les écologistes en position de favoris. C’est en effet la question économique qui sous-tend ces prises de position parfois insultantes et qui fait ainsi sortir de leurs gonds les tenants d’une continuité à la mode Collomb.

Le raisonnement est simple : pour éviter « l’effondrement économique » consécutif à la crise du Covid-19, Gérard Collomb a dû sceller une alliance avec Les Républicains. La droite a deux adversaires : le camp de David Kimelfeld (qui lui-même a subi des insultes antisémites) et les écologistes, qualifiés de « décroissants ». Le mot a été lancé dès le premier tour mais son utilisation a été amplifié au second tour.

Cette fois-ci, un seul bloc est visé : celui des écologistes, accélérateurs de cette catastrophe qui vient. Des écologistes qui auraient donc eu le tort de faire alliance avec la Gauche unie et Lyon en commun. Peu importe si les écologistes n’ont laissé que des miettes à leurs alliés, c’est quand même l’extrême gauche qui est aux portes du pouvoir.

Alors qu’il avait été visé par les mêmes attaques en 2001 (à l’époque, Gérard Collomb était à la tête d’une liste « gauche plurielle » comprenant des Verts et surtout des communistes), le maire de Lyon use des mêmes arguments catastrophistes pour démonétiser ses adversaires.

Cette musique est également véhiculée par les relais du bloc de droite et dessine les contours d’un conservatisme lyonnais, mené par un arc allant des plus outranciers aux plus modérés.

« Hitler est arrivé au pouvoir démocratiquement »

Parmi les plus outranciers, la palme revient à l’horloger et bijoutier Jean-Louis Maier, supporter de cette alliance LREM/LR. Interviewé par le journaliste Olivier Minot qui tient une chronique hebdomadaire sur Arte Radio, il expose toute ses craintes de commerçant.

« Je vends des produits de luxe. S’ils sont élus [les écologistes, ndlr], mon activité va être réduite ».

Puis il se lâche à à 5’51’’ dans le son à écouter ci-après (une « Dépêche » spéciale élections municipales à Paris et Lyon), mis en ligne ce mercredi :

« Jean-Louis Maier : – Hitler est arrivé au pouvoir démocratiquement. C’était pas une bonne idée.
Olivier Minot, journaliste : – La comparaison est un peu forte Hitler/Les Verts.
– Non, non.
– Le danger est au même niveau entre Bruno Bernard, candidat à la Métropole, et Adolf Hitler, pour la population lyonnaise ?
– Oui. Vous savez quand vous avez perdu la démocratie, vous ne la récupérez pas facilement ».

Après un commentaire du journaliste sous forme de parodie de l’appel du 18 juin mixé avec le chant des partisans, Jean-Louis Maier tient quand même à préciser :

« Je veux rajouter que j’ai été un peu fort sur le côté nazi mais bon, il faut être un peu excessif pour laisser un souvenir. »

Figure locale, Jean-Louis Maier, régulièrement en « Une » du magazine Lyon People, est un des premiers signataires de l’appel « Acteurs de Lyon » lancés par « des entrepreneurs ».

Si les patrons lyonnais à l’initiative de cet appel veulent rester anonymes, il est un des rares à parler. Vous pouvez donc l’entendre ci-après.

Des « Acteurs de Lyon » menacés par une « extrême gauche » dangereuse


Lyon, Grenoble et Caracas
Le 19 juin, lors d’une conférence de presse commune avec Yann Cucherat, l’ex-candidat LR Etienne Blanc à la mairie de Lyon s’est, lui aussi lâché. En complétant le couplet sur la comparaison avec Grenoble. Si les écolos passent, Lyon deviendra Grenoble dont « l’insécurité se rapproche de Caracas ». Interrogé par un journaliste de Mediacités, le premier vice-président de la Région a répondu qu’il a lu ça « sur Internet ». Difficile en effet de trouver de bonnes sources tant la capitale vénézuélienne crève les plafonds en matière de délinquance.

Début juin, des mails ont circulé, un site Internet ont été mis en ligne « Acteurs de Lyon » ainsi qu’une page Facebook.

« Acteurs de Lyon est né d’une initiative citoyenne regroupant des Lyonnaises et des Lyonnais de toute condition qui s’inquiètent de voir Lyon devenir, à l’instar de Grenoble [dont le maire est l’écologiste Eric Piolle], une ville dirigée par une idéologie verte, avec le soutien de l’extrême gauche ».

Ces patrons lyonnais font de la seule grande ville de France dirigée par les écologistes – alliés aux mélenchonistes – leur contre-modèle, en dressant un portrait noir d’une ville, alors que l’exécutif conduit par Eric Piolle est beaucoup plus accommodant avec les milieux économiques. Même le président de la CCI de Grenoble considère que l’activité économique y est « favorable et foisonnante ».

Cette initiative, « Acteurs de Lyon », n’a pas eu le succès escompté. Hormis un article dans les Echos et deux sur le site de Lyon Capitale, elle n’a pas un grand retentissement.

Anonymes, ses instigateurs ne veulent pas insulter l’avenir en étant identifiés comme anti-écolos. Surtout quand viendra, pour les promoteurs et le BTP, l’heure de répondre à la commande publique ou de discuter permis de construire.

Seul le patron lyonnais du Medef, Laurent Fiard, a donné de la voix. Il l’a fait dans Lyon Capitale :

“Ce qui nous fait peur, ce sont les pastèques. L’enrobage est vert, mais à l’intérieur, ils sont rouges. L’alliance des écologistes avec l’extrême gauche n’est pas rassurante pour l’attractivité et la croissance du territoire. Elle fait peur à nos adhérents”.

Les autres responsables patronaux lyonnais se sont montrés plus prudents, n’appelant pas explicitement à voter contre les écologistes. Dans un pdf publié sur le site du Medef présenté comme « l’appel du 18 juin », les patrons lyonnais de la CPME, du Medef et de la Chambre de métiers ne donnent pas de consignes de vote dans leur entretien croisé. Pas plus que le patron de la CCI et de la fédération du BTP.

Mais à chaque ligne, notamment dans la bouche de François Turcas de la CPME, on retrouve l’alliance de « l’économie et de l’écologie », chère à Gérard Collomb.

Christophe Marguin et les « connards » d’électeurs écolos

Autre figure locale, le cuisinier Christophe Marguin, président des Toques blanches lyonnaises, s’est illustré dans un reportage télé diffusé dimanche 21 juin sur France 5 dans l’émission C Politique.

La caméra est posée dans Les Halles de Lyon et filme une conversation entre Yann Cucherat, le candidat de l’alliance En Marche/LR pour la mairie de Lyon et le boulanger Claude Polidori, également président de l’association des commerçants des Halles.

« Je les écoutais encore il y a deux jours. C’est abrutissant de conneries, avec les propos qu’ils tiennent… Je ne sais pas s’ils se rendent compte », attaque Claude Polidori.
« Moi, ce n’est pas eux qui me font de la peine. Ceux qui me font de la peine, c’est les connards qui votent pour eux. Parce que c’est eux qui sont graves, parce qu’ils sont dans leur idéologie, dans leur monde écologique », lui répond Christophe Marguin.

Le lundi, après le début de la polémique, Christophe Marguin a indiqué au Progrès « regretter ses propos » :

« Parfois la colère est telle, que les mots peuvent être forts et dépasser ma pensée. »

La crainte de la paupérisation… du luxe


Et revoilà Michel Noir
Comme à chaque élection, l’ancien maire RPR de Lyon refait surface pour appeler à voter pour… la droite.
C’est dans un entretien au Progrès qu’il dit tout le bien qu’il pense de l’alliance entre Buffet et Collomb. On retrouve les mêmes arguments : le péril économique et l’extrême gauche qui participera au pouvoir. Mais sans l’outrance de ces patrons lyonnais.

De Jean-Louis Maier à Christophe Marguin, en passant par l’hôtelier Jean-Louis Lavorel, les patrons lyonnais qui ont donné le plus de leur voix dans cette campagne du second tour sont dépendants du tourisme de luxe.

Ils craignent le démantèlement d’Only Lyon, au profit d’un tourisme local ou régional. Des touristes qui viendront en TER ou « faire du vélo sur la ViaRhôna » comme le dit le chef Christophe Marguin, par ailleurs candidat sur la liste LR dans la circonscription Lyon Nord aux élections métropolitaines.

Cette fin d’Only Lyon a été « annoncée » (ou imaginée) comme un point du programme des écologistes dans un article de Lyon People sobrement intitulé « Comment les écologistes ont programmé la mort du tourisme et d’OnlyLyon ».

Avec la même retenue, l’article commente le point du programme écologiste consacré à l’« écotourisme ». Il est question de « logorrhée marxiste » puis, on enchaîne ainsi :

« Au moins c’est clair, fini les glaces chez Nardone, vive le Tofu et les smoothies aux épinards. Les « kamarades » ont en tous cas trouvé comment financer les vélos sans la pub de chez Decaux : en sabrant le budget dédié à la promotion nationale et internationale de Lyon ».

Au cours de cette campagne de second tour, Lyon People s’est spécialisé dans les diatribes anti-écolos. Des articles aux titres toujours très softs.

Tout en faisant la promo de l’alliance Buffet/Collomb.

Rien de surprenant pour un titre de la presse lyonnaise qui, par exemple, peut publier l’homélie d’une messe en hommage à Louis XVI.

Panneau électoral pour le second tour des élections municipales à Lyon en 2020

Panneau électoral à Lyon 7e avec les affiches de campagne des listes en lice au second tour des municipales à Lyon. BE/Rue89Lyon

L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.

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