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Gérard Collomb VS David Kimelfeld, ou le roi de Perse contre son jeune frère
Politique 

Gérard Collomb VS David Kimelfeld, ou le roi de Perse contre son jeune frère

actualisé le 10/05/2019 à 16h04

Après l’annonce de la candidature de David Kimelfeld aux élections métropolitaines de 2020, qui a sonné comme une déclaration de guerre aux oreilles de Gérard Collomb, le maire de Lyon a tardé à réagir. Lui qui, en revenant de la place Beauvau, a dû se contenter de la Mairie plutôt que retrouver la Métropole, lui qui, exhorté par son entourage à entrer dans une bataille frontale, le voilà enfin sorti de sa réserve.

Au voeux du SYTRAL au Grand Hôtel-Dieu, David Kimelfeld président de la Métropole de Lyon croise Gérard Collomb Maire de Lyon . Vendredi 25 janvier.©MG/Rue89Lyon

Forcés de se croiser quasiment chaque semaine. Ici, aux voeux du SYTRAL, David Kimelfeld président de la Métropole de Lyon et Gérard Collomb, maire de Lyon (vendredi 25 janvier). ©MG/Rue89Lyon

L’ex-ministre de l’Intérieur a jusque là opté pour une guerre froide. Froide et pour autant très visible, la presse s’en faisant le relais à maintes occasions. Pour prendre un exemple, plutôt cocasse : les magazines de la Métropole (avec l’édito de David Kimelfeld en première page) ne sont plus disponibles dans Lyon -interdits de séjour par ici.

Les nombreuses occasions pour les deux élus de faire tribune commune (travaux d’ampleur, accords et signatures formelles, inaugurations, mondanités…) sont un vrai casse-tête pour le protocole : quelle police de caractère sur le carton d’invitation, qui va prendre la parole en premier/en dernier, qui ne la prendra pas du tout si possible.

Et cette semaine, à son copain le journaliste Gérard Angel, Gérard Collomb a fini par lâcher que, oui, sans surprise, c’est bien le fauteuil de président de Métropole qu’il brigue et pas celui de maire de Lyon. Il le dit sans détour : c’est à ce niveau que les sujets politiques font sens, que les dossiers ont de l’épaisseur, que les budgets commencent à être un peu marrants. Il le sait bien, c’est lui qui l’a construite.

Un deal qui fait figure d’arrangements entre amis

Or, David Kimelfeld dit et redit qu’il ne lâchera pas : il est candidat à la Métropole, en toute logique, pour poursuivre le travail qu’il a mené depuis plusieurs mois et pour lequel il se sent désormais légitime. Il est poussé par ailleurs par un cercle élargi, autrefois acquis à la cause Collomb et affichant maintenant une envie de changement d’ère.

Au micro de Gérard Angel, toujours, le maire de Lyon propose sa solution : lui irait à la Métropole, tandis que David Kimelfeld se retrouverait à la mairie de Lyon. Sur les réseaux sociaux, des citoyens et quelques élus se sont offusqués de cette proposition, de cette soit-disant « main tendue » qui fait surtout figure d’arrangements entre (ex-)amis, sans se préoccuper de passer par la case « électeurs ».

Cela a été le deal d’autrefois (lire ici), d’il y a longtemps ; avant le passage de « Gérard » au ministère de l’Intérieur, avant les tensions avec Caroline Collomb devenue référente et barricade du mouvement LREM au niveau local. David Kimelfeld dit d’ailleurs à son sujet :

« Je suis le seul président de métropole macroniste et je suis blacklisté par la référente du parti ! »

La droite au pouvoir plutôt que le fils ou le jeune frère

L’opération de communication de Gérard Collomb s’est poursuivie dans la semaine, avec un écho assez relatif. On relève que le maire de Lyon est en plein recrutement d’un nouveau chargé des relations presse, fonction stratégique à la veille de la campagne.

Dans l’interview que Gérard Collomb a donnée au Point cette semaine, il évoque avec malice ses velléités d’écrivain et cite notamment le recueil de poésie Anabase, de Saint-John Perse. Le maire de Lyon, agrégé de Lettres classiques, ne peut ignorer que chez l’auteur grec Xénophon, le texte également intitulé Anabase raconte le combat que Cyrus Le Jeune a mené contre son frère aîné Artaxerxès, roi de Perse. Pour lui ravir le trône.

Peut-on y voir une référence à sa propre situation ? Sans doute. Gérard Collomb sait aussi que Cyrus a trouvé la mort dans une bataille et que l’armée des Dix Mille emmenée par le jeune frère a dû ensuite négocier avec le roi de Perse, vainqueur resté en place.

Toujours dans cette interview, Gérard Collomb estime que, comme Emmanuel Macron, David Kimelfeld a été une sorte de « fils » pour lui. Quoi de plus naturel ou de psychanalytique que ce dernier veuille alors le « tuer ». Ce lien tissé serré, c’est au moins une chose sur laquelle les deux lyonnais sont d’accord : dans le Point, on entend David Kimelfeld se qualifier lui-même de « fils spirituel » de Gérard Collomb.

Alors, si le père de ces nombreux enfants ne compte pas se laisser pousser vers la sortie si facilement, quelle stratégie va-t-il adopter ?

Là encore, Gérard Collomb prévient, mais cela sonne en fait comme une menace : si les divisions perdurent, la droite a toutes ses chances de remporter les élections locales de 2020. Il le sait bien, lui qui, en 2001, avait bénéficié des fractures du parti adverse, enclin à perdre, à cette époque. Et c’est peut-être un scénario que Gérard Collomb tout comme son épouse préfèrent privilégier en 2020 plutôt que de céder l’espace à des successeurs qu’ils jugent trop empressés.

L'AUTEUR
Dalya Daoud
Dalya Daoud
Redchef à Rue89Lyon.

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