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Hugues Mouret : « Mettre l’urgence climatique au dessus de tout »

par Léna Saint Jalmes, étudiante en Master 2 journalisme à Lyon 2.
Publié le 10 mars 2022.
Imprimé le 02 décembre 2022 à 20:30
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[Militants écolos à Lyon] Samedi 5 mars, plus de 1500 personnes ont manifesté dans le quartier de Vaise (Lyon 9e) contre le géant de l’industrie pharmaceutique et agrochimique Bayer-Monsanto. Des étudiants en journalisme de l’université Lyon 2 sont allés à leur rencontre. Nous publions leurs portraits.

Le naturaliste Hugues Mouret, habitant des Monts du lyonnais et directeur scientifique d’Artropologia, œuvre pour la protection de la nature et le changement des pratiques agricoles en menant des actions en faveur des insectes. Le 5 mars, le militant tenait son stand pour présenter les petites bêtes menacées, au rassemblement des Soulèvements de la Terre contre Bayer-Monsanto, géant de l’agrochimie.

Hugues Mouret est « naturaliste depuis toujours, je suis tombé dedans enfant ». Une fois adulte, la seule chose qui l’intéresse est de découvrir, comprendre et transmettre des connaissances sur la nature. Alors en 2001, il fonde l’association Arthropologia (néologisme inventé entre arthropode, les animaux à pattes articulées et recouverts d’une carapace et logie, la science), pour se « fabriquer un métier, car je ne savais pas quoi faire de ma pauvre vie et ce monde ne me donnait pas vraiment de solutions intéressantes. »

En regardant les associations naturalistes existantes il y a une vingtaine d’années, il constate qu’aucun domaine d’expertise n’existe autour des petites bêtes et des relations plantes-insectes, « au travers notamment de la pollinisation et de la protection des cultures. » Il décide alors de monter Artropologia pour faire de l’information, de la formation et du lobbying auprès d’élus.

« Le job est de faire du lobbying et du prosélytisme d’intérêt général : on ne gagnera pas plus à la fin du mois, par contre, tout le monde gagnera un petit peu plus en qualité de vie. »

« On n’a pas de barrière administrative : comme la nature on passe au travers »

Avec son association, Hugues Mouret n’intervient pas seulement dans la métropole de Lyon mais dans toute la France et même dans l’Union européenne auprès d’élus.

« On n’a pas de barrière administrative : comme la nature on passe au travers ».

Cumulant les engagements, ce Rhodanien s’implique dans d’autres associations écologistes. A peine fini l’adolescence, il fait déjà partie d’une association naturaliste puis devient co-fondateur et administrateur de RésOGM info (information citoyenne sur les pesticides et leurs dangers) et de l’Observatoire des Abeilles. Aujourd’hui, il fait aussi parti d’Eisenia qui travaille sur le lombricompostage. Le naturaliste lutte pour une meilleure connaissance des insectes et arthropodes et contre les produits chimiques qui les font disparaître depuis plus d’un demi-siècle.

«Je fais des actions avec Extinction Rebellion. La peinture sur les ponts, j’y ai largement participé ! »

En éternel insatisfait, il ne se contente jamais des actions qu’il a menées. « Il n’y a qu’à voir l’état du monde, ça fait plus de 25 ans que je fais ça et les choses n’ont pas avancé, elles ont même clairement régressé. »

Hugues Mouret n’a pas attendu la mobilisation des Soulèvements de la Terre et cette lutte contre Bayer-Monsanto à Lyon pour rejoindre des collectifs écologistes.

«Je fais des actions avec Extinction Rebellion. La peinture sur les ponts, j’y ai largement participé ! », reconnaît-il en souriant.

« Soit on reste entre nous et les naturalistes sont content de parler des petites bêtes et des plantes à des gens qui sont déjà convaincus, donc on avancera pas bien loin. Soit on s’ouvre au grand public. »

Les luttes collectives, il les pratique depuis des années donc, récemment au sein des mouvements Alternatiba (mouvement pour le climat et la justice sociale) et les Coquelicots (pour l’interdiction des pesticides).

« ce sont des groupes de citoyens et non pas d’experts qui réunissent 10 ou 100 fois plus de monde que nous. »

Militant écologiste, Hugues Mouret est directeur scientifique d'Artropologia
Militant écologiste, Hugues Mouret est directeur scientifique d’Arthropologia

« Les meurtriers qui nous gouvernent devraient mettre l’urgence climatique au dessus de tout »

Le naturaliste rappelle que l’économie toute puissante n’est rien sans la biosphère. Pour lui, les dirigeant politiques sont au courant mais ne changent rien pour des questions de maintien de privilèges ou de pressions financières des grands groupes.

« Temps qu’on se sucrera sur le dos de la nature au mépris de la vie sur Terre, la vie de l’humanité et celle d’autres espèces seront menacées, et ce, à court terme ».

Et il ajoute :

« Cela arrange bien les politiques d’avoir une urgence sécuritaire avec le terrorisme et une urgence sanitaire. S’ils avaient un peu de courage, et je pèse mes mots, les meurtriers, les menteurs et les voleurs qui nous gouvernent, tous autant qu’ils sont, mettraient l’urgence climatique et l’urgence sur la biodiversité au dessus de tout. »

Il fait un rapprochement avec la lutte de ce 5 mars contre Bayer-Monsanto à Lyon :

« tout s’effondre car on maintient des systèmes d’exploitation agro-chimique qui a mis l’industrie de guerre dans les champs, en apportant les produits de traitement et la mécanique ».

Hugues Mouret propose de sanctuariser un certain nombre de milieux et cela passe notamment par la réduction de la chimie et de la mécanique.

« En Occident, quand on pense à l’agriculture on pense à « tracteur ». Or à l’échelle de la planète, il n’y a que 2% des agriculteurs qui en possèdent, 18% ont une traction animale et les 80% restants une houe, rappelle Hugues Mouret. Alors je ne dis pas que l’agriculture est plus facile ainsi, mais elle est faisable sans mécanique ni chimie ».

Il reconnaît que pour modifier ces conditions, il faudrait alors remettre plus de personnes à travailler dans les champs et inévitablement réévaluer le prix des denrées alimentaires.

Pour ce naturaliste, la lueur d’espoir vient d’un pays qui a commencé à prendre les choses en main, le Boutan.

«Cet Etat a supprimé cette indicateur pestilentiel qu’est le PIB par le bonheur national brut. Ils ont un objectif de 80 à 100% d’agriculture bio d’ici quelques années et ce qu’ils mesurent ce n’est pas l’activité économique mais le bonheur et la qualité de vie des gens. »

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    Article actualisé le 11/03/2022 à 17h03
    L'AUTEUR
    Léna Saint Jalmes, étudiante en Master 2 journalisme à Lyon 2

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