A Lyon, les militants écolos d’Extinction Rebellion bloquent un premier pont
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A Lyon, les militants écolos d’Extinction Rebellion bloquent un premier pont

actualisé le 16/09/2019 à 10h59

Ce dimanche 15 septembre, le mouvement écologiste Extinction Rebellion a occupé le pont Wilson tout l’après-midi. Une méthode radicale destinée à faire réagir sur l’urgence climatique. Il s’agit de la première action d’ampleur à Lyon de ce mouvement écologiste venu d’outre-manche.

Dimanche vers midi. Un soleil de plomb inonde le pont Wilson qui enjambe le Rhône, alors qu’une certaine agitation se fait ressentir à ses abords. Plusieurs dizaines de personnes se mettent en ordre de marche et coupent la circulation automobile sur le pont, renvoyant ainsi le trafic vers le sud. Rapidement, des banderoles sont déployées et davantage de militants envahissent l’ouvrage d’art. Branchages, animaux en cartons et autres messages inscrits à la craie sont disséminés sur le premier tiers du pont, côté 3e arrondissement.

Ce blocage a été minutieusement organisé par un jeune mouvement de défense de l’environnement répondant au nom d’Extinction Rebellion (abrégé XR). C’est ainsi près d’une centaine d’activistes qui ont répondu à l’appel lancé sur Facebook. Dans une ambiance chaleureuse (les 32 degrés au mercure aidant) et bon enfant, les militants scandent le nom de leur organisation ainsi que des refrains résolument écolo. Des ateliers de sensibilisation et des médiateurs se déploient afin d’informer des passants plutôt curieux et compréhensifs.

Cette action de désobéissance civile n’a naturellement pas été déclarée en préfecture et la police nationale arrive rapidement sur les lieux. Un premier ultimatum est donné pour 13h30.

A 14h, une première intervention des policiers se solde par un échec, puisque les activistes bloquent de nouveau rapidement le pont. A ce moment là, une seule interpellation est à signaler : un individu qui serait sorti des rangs et aurait dégradé du mobilier urbain ainsi que des trottinettes stationnées, selon la préfecture.

Par ailleurs, un activiste, solidement harnaché à une structure en palette sur laquelle est déposée un arbre planté dans une baignoire, a été légèrement blessé lors cette première intervention policière.

Après de nouveaux pourparlers, les autorités annoncent un déploiement de la force à 15h30 si le pont n’est pas dégagé à cette heure.

Un pont de Lyon occupé huit heures

Ce dimanche, la préfecture du Rhône s’est montrée étonnamment patiente. Au lieu d’une nouvelle intervention rapide, la plupart des policiers ont quitté les lieux en milieu d’après-midi laissant les activistes de XR libres occuper le pont Wilson. Les forces de l’ordre sont finalement revenues une seconde fois entre 20h et 20h30.

Comme lors de la première tentative d’évacuation, « quelques activistes ont été trainés au sol alors qu’ils doivent théoriquement être portés », dénonce Marine, la porte-parole de ce groupe de militants.

Mieux équipés et plus nombreux que dans l’après-midi, les fonctionnaires n’ont cette fois-ci pas laissé de possibilité de remobilisation. Il y a eu ni contrôle d’identité, ni interpellation.

Cette évacuation du pont Wilson s’est déroulée de manière beaucoup moins musclée qu’à Paris, fin juin. Les vidéos de cette intervention policière sur un pont de la Seine avaient largement contribué à faire connaître XR en France.

Les activistes d'XR bloquant l'accès au pont Wilson; © Valentin d'Ersu/Rue89Lyon

Les activistes d’XR bloquant l’accès au pont Wilson; © Valentin d’Ersu/Rue89Lyon

Extinction Rebellion, un mouvement « radical, horizontal et non-violent »

La porte-parole d’Extinction Rebellion Lyon a été nommée pour la seule journée d’action. Il s’agit de Marine une enseignante âgée de 30 ans. Elle nous fait l’historique du mouvement :

« Extinction Rebellion est un mouvement de désobéissance civile et de non-violence né au Royaume-Uni en octobre 2018. L’action a démarré avec une déclaration d’entrée en rébellion et un appel à rejoindre le mouvement partout dans le monde. »

Moins d’un an après son lancement, XR revendique plus de 360 groupes dans près de 60 pays, dont la France. Cette force de frappe, Extinction Rebellion souhaite la mettre à profit afin de se faire entendre sur les questions de protection de l’environnement et des espèces végétales et animales. Pour les membres de XR, le risque d’un effondrement est réel et demande des actions fortes pour s’en prémunir. D’où le symbole du sablier associé à Extinction Rebellion.

« J’ai l’impression qu’il faut que l’on bouge, l’urgence est là, témoigne un militant de 28 ans qui préfère garder l’anonymat. Je trouve que les méthodes proposées par XR sont intéressantes ».

La radicalité est largement revendiquée par les activistes et notamment par Marine :

« Aujourd’hui on est là pour demander aux autorités locales d’agir en décrétant l’état d’urgence climatique et écologique. On veut sortir des actions non-contraignantes afin que la Métropole de Lyon prenne des mesures bien plus efficaces. C’est aussi une réponse à l’annonce de la végétalisation de la Presqu’île qui est une mesure mal pensée. Nous ce qu’on veut, c’est reprendre possession d’une partie de l’espace public et faire passer le message que les autorités ne sont pas à la hauteur de l’urgence climatique. »

Extinction Rebellion veut être omniprésent dans le paysage, assure la porte-parole nommée pour cette action du 15 septembre :

« On n’a pas choisi d’agir parce qu’il y a une campagne électorale. On veut mener des actions tout le temps pour créer le débat et mettre la pression grâce à une escalade d’actions de plus en plus contraignantes et bloquantes. De grosses perturbations sont à prévoir. »

C’est d’ailleurs cette promesse qui a séduit nombre de militants, comme Théo, un ingénieur de formation de 27 ans qui est venu spécialement d’Annecy :

« Parmi tous les mouvement écolo, c’est XR qui m’a le plus parlé. J’ai beau m’être renseigné sur d’autres organisations, c’est vraiment là où je me suis senti le mieux. En plus, c’est la seule à être à la hauteur des enjeux et celle qui propose la meilleure réponse. L’objectif, c’est vraiment de s’immiscer dans la vie des gens au quotidien pour les aider à sortir du déni. »

Même mot d’ordre pour Sébastien, qui a rejoint XR il y a quatre mois à 23 ans :

« Ce que j’avais vu d’Extinction Rebellion m’a beaucoup plu. Cette méthode me paraît être la meilleure manière d’agir par rapport à l’urgence. J’ai participé à deux ou trois Marches pour le climat mais ça me paraissait insuffisant. Le sujet est vraiment très grave et il faut agir de manière forte car le problème concerne tout le monde. Et cette notion d’universalité je l’ai bien retrouvée chez XR. »

Un die-in dans le centre commercial Part-Dieu

Pour multiplier les actions, XR a misé sur une organisation horizontale et décentralisée. Une spécificité qui permet à quiconque le souhaite d’organiser sa propre action. Des sessions de formation sont toutefois proposées en interne, mais également avec d’autres groupes d’activistes pour se préparer à ces actions non-violentes.

A Lyon, ce mouvement serait composé d’un noyau dur d’une cinquantaine d’activistes, selon les chiffres de la porte-parole d’un jour.

La première action, un die-in, s’est déroulée dans le centre commercial Part-Dieu mi-avril, suivi d’une action au conseil régional et rue de la République. Mais la première véritable action reste celle de ce dimanche 15 septembre.

Les actions de blocage sont en effet au coeur de l’activisme d’XR. Mi-avril, à Londres, des militants ont ainsi bloqué des axes majeurs de Londres. Ce qui a entraîné « la paralysie de la circulation » dans le centre économique de la capitale du Royaume-Uni, relate le site Reporterre.

« On aspire vraiment à travailler tous ensemble »

Chez les activistes écologistes, Extinction Rebellion est le dernier venu. À Lyon, le mouvement Alternatiba a accueilli l’arrivée de XR avec bienveillance. Sylvine Bouffaron, la porte-parole d’Alternatiba et d’ANV-COP21 l’affirme :

« On voit ça d’un très bon œil. Il y a de plus en plus de personnes qui passent à l’action, ce qui offre un vrai dédoublement des forces. C’est très positif. Au niveau local, cela se passe très bien avec Extinction Rebellion. On se parle et on a des liens très proches. Il y a d’ailleurs de nombreux militants XR qui sont passés nous voir à l’Alternatibar pour se former aux méthodes de désobéissance civile. On aspire vraiment à travailler tous ensemble. »

Un militant Alternatiba lors de l'action d'Extinction Rebellion ©Valentin d'ERSU/Rue89Lyon

Un militant Alternatiba lors de l’action d’Extinction Rebellion ©Valentin d’ERSU/Rue89Lyon

Si les relations sont bonnes avec certains, elles sont un peu plus distantes avec d’autres. Extinction Rebellion à Lyon n’a par exemple aucun contact avec l’antenne locale de Greenpeace. Il nous a été impossible d’avoir une position officielle de l’ONG à Lyon. La communication, à Paris, nous a néanmoins assuré par mail de son soutien au mouvement XR :

« Greenpeace partage le constat d’Extinction Rebellion : le changement climatique est une urgence absolue et trop peu est encore fait pour le limiter. Lutter contre le changement climatique et l’inaction climatique des États et des entreprises nécessite une multitude de tactiques différentes et nous sommes heureux de voir toujours plus de voix s’élever pour réclamer les changements dont nous avons besoin. »

Il faut dire que l’une des toutes premières actions d’Extinction Rebellion au Royaume-Uni avait été d’occuper le QG de Greenpeace à Londres.

« Plus on est nombreux, mieux ce sera. Peut-être même qu’on parviendra à une convergence un jour. L’essentiel reste la non-violence », rappelle Marine.

Nous avons pu interroger un des responsables lyonnais d’EELV, Bruno Charles, qui passait « par hasard » près du pont Wilson. Ce dernier, pourtant vice-président de la Métropole de Lyon, s’est réjoui de cette action :

« Les méthodes d’Extinction Rebellion ne me dérangent pas : je suis attaché à la non-violence et je comprends vraiment cette façon d’agir qui me parait légitime. La violence est totalement inefficace et je suis ravi de voir des gens se mobiliser de cette façon avec cette énergie. En fait ça fait des années que je rêve de voir des actions comme celle-ci. Après il faut que tout ça se transforme en action concrète de leur part et qu’ils proposent de vraies alternatives. »

L'AUTEUR
Valentin d'Ersu

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