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Pourquoi Robin, étudiant à Lyon, choisit l’abstention à la présidentielle

par Maxime Ponsot, étudiant en Master 2 journalisme à Lyon 2.
Publié le 4 avril 2022.
Imprimé le 02 décembre 2022 à 21:09
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[Portrait d’électeur] Robin, étudiant à Lyon, choisit l’abstention lors de la prochaine élection présidentielle. À cause de déceptions, mais aussi d’« un système » qui ne lui convient pas.

A l’occasion des présidentielles 2022, des étudiants en journalisme de l’université Lyon 2 sont allés à la rencontre d’électeurs et électrices. Nous publions leurs portraits.

« Je compte m’abstenir pour l’élection présidentielle, au premier et au second tours. » Robin, étudiant de 23 ans à Lyon, a fait son choix, celui de l’abstention. Après un an en classe préparatoire puis un autre à la fac, il a commencé une formation à Bioforce en Travail et logistique humanitaire et a enchaîné les petits boulots dans la restauration. Il est actuellement en année de césure pour effectuer son service civique – dans une association de formation en français pour des personnes en parcours d’exil dont il ne souhaite pas en donner le nom – avant de poursuivre son cursus.

Pourquoi le choix de l’abstention ? « Parce que structurellement c’est un mode de démocratie qui ne me convient pas et auquel je n’ai pas envie de participer », explique cet habitant du 7e arrondissement de Lyon. Un problème de « système », mais pas seulement :

« je me sens aussi très peu représenté par les candidats. Pour moi ce sont des problèmes liés ».

Robin ne se reconnait dans aucun des douze candidats. Il en voit seulement « certains moins pires que d’autres ».

Un étudiant à Lyon, déçu en 2017, qui choisit l’abstention

S’il a « des idées politiques depuis un moment », Robin a commencé à se demander assez tard qui et quel parti les représentait le mieux. La gauche lui parlait tout de suite plus que la droite. Lors de la dernière présidentielle en 2017, il a eu « un petit coup de cœur pour Hamon », lâche-t-il.

Il vient d’une famille « partagée politiquement », plutôt de droite d’un côté et plutôt de gauche de l’autre.

« Non pas que j’aime bien le PS, au contraire, mais je trouvais que Benoît Hamon avait une approche du travail extrêmement intéressante : du temps, de la mécanisation, de la robotisation dans la société, de l’écologie et de l’économie. Je voulais voter pour lui. »

« Terrifié » par l’extrême droite, il s’est décidé « à voter Mélenchon qui avait bien plus de chances de passer ». Un candidat qui ne lui inspire pourtant pas confiance, mais qu’il percevait comme le moins pire.

« Il n’est pas passé bien sûr et au second tour, encore terrifié, j’ai voté pour Macron. » S’étant senti lésé par la suite, il assume :

« Pour ces élections je refuse de faire pareil. Je me dis que si l’extrême droite passe, c’est horrible, mais on se demandera comment se réorganiser et continuer la vie associative et militante sous l’extrême droite, et venir en aide aux personnes qui seront réellement impactées. Mais ce n’est pas en votant Macron que tu combats l’extrême droite. »

« En 2017, on a voté pour quelqu’un qui se présentait ni de droite ni de gauche et il s’est mis à piocher dans des comportements, des mots, des ministres bien à droite »

« En ayant peur de l’extrême droite, on finit toujours par se trahir un peu et voter pour ce qu’on ne serait pas allé voter. »

Selon lui, « c’est l’épouvantail ultime de la Ve République », souvent agité par « les politiciens » comme une menace pour se faire élire.

« En 2017, on a voté pour quelqu’un qui se présentait ni de droite ni de gauche, et en fait il s’est mis à piocher dans des comportements, des mots, des ministres bien à droite… Donc à quoi bon lutter contre l’extrême droite dans les urnes ? »

Robin considère depuis longtemps que l’abstention n’est pas « grave », bien que « beaucoup disent que c’est une honte de ne pas voter, qu’on a la chance de pouvoir le faire ». Un discours auquel il n’adhère pas :

« C’est comme si on t’expliquait que le moment où tu es vraiment un citoyen c’est celui où tu votes, et que c’est le seul moment de démocratie. La politique est plus large que ses institutions et il y a beaucoup d’autres manières d’être politique que le vote ».

Robin souligne l’absence d’une capacité de contrôle a posteriori.

« On peut voter pour quelqu’un dont on connait parfaitement le programme, mais qui ne l’applique pas une fois au pouvoir. Et ce n’est pas anticonstitutionnel, on l’a déjà vu plein de fois. »

Ce manque de garantie est d’ailleurs ce qui fait perdre en essence au vote d’après lui. C’est aussi pourquoi il conteste le discours de critique des jeunes qui s’abstiennent, pointant « un long travail de sape de la confiance citoyenne », et a du mal à comprendre comment on pourrait en vouloir à ceux qui n’ont pas envie de voter.

« Finalement pourquoi voter ? J’entends bien qu’il y a des conséquences derrière un vote, par contre je refuse qu’on me dise que c’est moi qui, par mon abstention, fait passer un plutôt qu’un autre. Je décide juste de ne pas jouer à ça. Je sais que ça changera les décisions politiques, mais je ne reconnais pas ma responsabilité là-dedans : c’est un système qui a été organisé sans moi, bien avant ma naissance, on ne m’a jamais demandé mon avis dessus ou réinterrogé en tant que citoyen, si je le trouvais pertinent ou pas… »

Robin, étudiant à Lyon, qui choisit l'abstention. ©DR
Robin, étudiant à Lyon, choisit l’abstention. ©DR

« Choisir l’abstention et agir au quotidien à Lyon »

Par conséquent, Robin préfère se tourner vers un mode d’action politique plus local, plus personnel. Il ne s’investit pas dans des structures de militantisme classique mais participe régulièrement à des manifestations. Il cherche à « agir au quotidien » en aidant comme il peut et « en apprenant à s’organiser de manière horizontale, à mieux s’informer, à mieux consommer et à diffuser ces pratiques autour de soi ».

« Je réfléchis beaucoup à la construction et au renforcement de liens sociaux, je pense que la création d’une société résiliente passe par des groupes de personnes qui partagent des liens forts. »

Robin mentionne des habitudes perdues : 

« Je ne connais pas mes voisins de palier, et ça m’embête beaucoup. Et c’est complètement politique : un immeuble où on s’organise et on discute, c’est un choix plutôt que de ne pas se connaître et de rester chacun chez soi. » 

Le jeune Lyonnais souhaiterait une démocratie plus participative, locale et décentralisée. « Par exemple, est-ce que dans un quartier on décide de mettre des voies de vélos ? En quelle quantité ? Tous les gens du quartier votent, typiquement ça ne concerne qu’eux. » Un système un peu plus fédéraliste en quelque sorte. Mais aussi adapté aux territoires :

« Un Corse et un Breton ne vont pas avoir les mêmes problématiques et les mêmes besoins. Ce qui n’empêche pas les décisions communes pour les sujets qui concernent la nation, comme la défense, on se concerte ».

Malgré tout, Robin se demande s’il a pris la bonne décision, restant sensible aux tentatives de culpabilisation venant de ses proches qui votent. Le jeune étudiant de Lyon ne trouve pas que son choix de l’abstention facile car « souvent on l’associe à un manque de réflexion et du je-m’en-foutisme ». Elle n’est pourtant pas subie :

« En tant que citoyen je reste cohérent si derrière je participe à d’autres modes d’organisation et de militantisme. »

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Article actualisé le 05/04/2022 à 17h56
L'AUTEUR
Maxime Ponsot, étudiant en Master 2 journalisme à Lyon 2

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