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Extrême droite à Lyon : David Kimelfeld fera-t-il mieux que Gérard Collomb ?
Société 

Extrême droite à Lyon : David Kimelfeld fera-t-il mieux que Gérard Collomb ?

actualisé le 01/12/2018 à 15h11

La Licra lance un « Manifeste contre l’extrême droite à Lyon » et annonce un partenariat avec la Métropole sur le sujet. Présent à la conférence de presse ce jeudi, David Kimelfeld, le président de la collectivité, se démarque de son prédécesseur et maire de Lyon, Gérard Collomb, longtemps resté silencieux sur le sujet.

L’image se voulait forte : à la tribune, aux côtés des présidents (régional et national) de la Licra, se trouvaient le député LREM Thomas Rudigoz et David Kimelfeld, le président LREM de la Métropole.

Le « Manifeste contre l’extrême droite à Lyon » était opportunément lancé ce jeudi par la Licra. Parmi les 38 premiers signataires sollicités par l’association de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, on trouve des députés marcheurs, comme Thomas Rudigoz, des maires d’arrondissements de Lyon de la majorité mais aussi de l’opposition (Nathalie Perrin-Gilbert), ou encore les maires de Vénissieux et de Villeurbanne.

Un « Manifeste contre l’extrême droite » sans Gérard Collomb


Une nouvelle demande de dissolution
Après la lettre au Premier ministre co-signée par le député du Rhône Thomas Rudigoz (LREM) et 70 autres parlementaires, la Licra a également demandé ce jeudi la dissolution « des mouvements identitaires radicaux », selon l’expression de l’association, à savoir le Bastion Social et Génération Identitaire. Pour la Licra leur activité contrevient à l’article L 212-1 du Code de la Sécurité Intérieure qui dispose que « doivent être dissous les mouvements qui provoquent à la discrimination (…) à qui présentent le caractère de groupes de combat ou de milices privées ». Une nouvelle demande appuyée « par la Métropole de Lyon », a glissé son président.

Un absent remarqué : le maire de Lyon, Gérard Collomb, qui, selon la Licra, a été contacté « à deux reprises » mais n’a pas donné suite. Pour ses initiateurs, ce manifeste est l’occasion d’exprimer une « parole politique forte ». Intitulé « Lyon, capitale de la Résistance, ne sera pas la vitrine de l’extrême-droite », le texte veut « faire savoir à l’extrême-droite qu’elle ne trouvera pas dans notre ville la tribune identitaire qu’elle espère ».

Extraits :

« La ville de Lyon est en proie depuis de nombreuses années aux menées et aux violences de l’extrême droite (…) Nous, républicains, laïques et humanistes, refusons de voir notre ville, Lyon, tourner le dos à son histoire et à ses valeurs. Nous refusons d’assister sans rien faire à la prolifération de l’extrémisme par des officines affiliées à une tradition politique, qui prit les armes contre la France. »

En marge du lancement de ce manifeste, David Kimelfeld a annoncé la prochaine signature d’un partenariat entre la Licra et la Métropole de Lyon pour lutter contre le racisme. Ce plan d’action vise trois domaines qui recouvrent les différentes actions de la Licra :

  • L’accueil et l’accompagnent des victimes
  • Une action de prévention auprès des jeunes dans les collèges et les clubs sportifs
  • Une « mobilisation citoyenne » dans les communes par le biais du plan « Soif de République » portée par l’Etat.

Les détails et le montant de ce partenariat restent à définir. Il devrait faire l’objet d’une délibération en janvier prochain.

De gauche à droite : Alain Blum (président de la Licra Auvergne-Rhône-Alpes), Mario Stasi (président de la Licra), Thomas Rudigoz (député) et David Kimelfeld (président de la Métropole). ©LB/Rue89Lyon

De gauche à droite : Alain Blum (président de la Licra Auvergne-Rhône-Alpes), Mario Stasi (président de la Licra), Thomas Rudigoz (député) et David Kimelfeld (président de la Métropole). ©LB/Rue89Lyon

David Kimelfeld : « lutter contre cette gangrène qu’est l’extrême droite »

Les propos du président de la Métropole qui accompagnaient l’annonce de ce partenariat avec la Licra étaient clairs :

« Tout doit être mis en œuvre pour lutter contre cette gangrène qu’est l’extrême droite ».

Des mots qui tranchent avec le silence de Gérard Collomb sur le sujet. L’ex-ministre de l’Intérieur a toujours été d’une assourdissante discrétion sur la question de la forte présence de l’extrême droite à Lyon, et en France.

S’agissant des groupuscules radicaux, Mario Stasi, le président de la Licra, rappelait cette absence de mots :

« Je constate que quand, au niveau national, on a demandé la dissolution du Bastion social, il n’y a pas eu de réponse. Et il y a eu également une absence de réponse au niveau local. »

Sans qu’on ne l’y pousse en conseil municipal, celui qui est maire de Lyon depuis 2001 (moins un an et demi au ministère de l’Intérieur) n’a jamais pris la parole sur cette question, pourtant si spécifique à Lyon.

On se souvient que son remplaçant intérimaire avait, lui, apporté spontanément par deux fois son soutien à l’horloger de Saint-Paul à la suite de l’attaque de sa boutique. Dans un communiqué de presse et puis dans une déclaration liminaire en conseil municipal, Georges Képénékian avait « condamné ces attaques [d’extrême droite] qui procèdent d’une volonté de terroriser les acteurs de notre cité qui pourraient prendre telle ou telle position ».

Et, il s’était dit très soucieux de « ces faits, qui ont tendance à s’ancrer dans le Vieux Lyon, menés par des groupuscules extrémistes ».

Les pouvoirs de police du maire


Le local du Bastion social toujours utilisé
L’arrêté de fermeture pris le 6 novembre dernier n’a pas encore eu l’effet escompté puisque le local du 73 quai Pierre Scize est toujours utilisé par des membres du Bastion social. L’arrêté municipal enjoint « au responsable de l’établissement d’interdire l’accès de son établissement au public ».
Seuls le président et des salariés (mais il n’y en a pas) peuvent encore fréquenter les lieux, selon l’adjoint à la sécurité de la Ville de Lyon. Les équipages de police nationale ou municipale n’ont, pour le moment, relevé aucune infraction.
Mais selon des habitants du quai Pierre Scize, au moins une réunion rassemblant plus d’une dizaine de personnes a été organisée depuis la publication de l’arrêté.

Mais dans les faits, les outils pour lutter légalement et directement contre les groupuscules d’extrême droite radicale sont dans les mains de la municipalité, de la préfecture et de la Justice. Et sur le plan national, s’agissant d’une possible dissolution, du gouvernement (pour plus de détails, lire ici ).

Au niveau local, les pouvoirs de police restent de la compétence des communes et, surtout, de la préfecture. Idem pour les établissements recevant du public (ERP).

Pour les petits pas-de-porte généralement loués par l’extrême droite radicale (on pense au local du Bastion social ou à la Traboule de Génération identitaire), il s’agit d’ERP de 5e catégorie. Dans ce cas-là, c’est la commission de sécurité de la municipalité qui évalue la dangerosité du lieu et, éventuellement, fait fermer le local.

La Ville de Lyon a déjà utilisé trois fois cette procédure. Les deux premières procédures sont imputables à la mandature de Gérard Collomb.

La dernière procédure, début novembre, a interdit l’accès du public au bar associatif du Bastion social. L’arrêté, signé le lendemain du retour de Gérard Collomb, était l’aboutissement d’un processus de près d’un an, lancé sous Képénékian et mis en œuvre par l’adjoint à la sécurité. Présent à la conférence de presse de la Licra, Jean-Yves Sécheresse a défendu l’action de la Ville de Lyon :

« Nous ne pouvons agir que sur les ERP. Ce sont de longues procédures. Ça peut donner l’impression que l’on ne fait rien mais nous sommes actifs. »

La porte d'entrée du local du Bastion social 73, quai Pierre Scize (Lyon 5e) photo du 26 septembre 2018. ©LB/Rue89Lyon

La porte d’entrée du local du Bastion social 73, quai Pierre Scize (Lyon 5e) photo du 26 septembre 2018. ©LB/Rue89Lyon

Une manière de se démarquer encore

En prenant position sur le sujet de la lutte contre l’extrême droite en tant que président de la Métropole, David Kimelfeld continue de se démarquer de Gérard Collomb, même si, ici, il n’en a pas pleinement les compétences.

En septembre, David Kimelfeld a fait de l’écologie le premier marqueur de sa différence en annonçant notamment une « concertation citoyenne » sur le futur Plan climat air énergie territorial 2020-2030 (PCAET – qui vise à réduire les gaz à effet de serre) en incluant les organisateurs des « Marches pour le climat ». Chose que n’avait jamais fait son prédécesseur.

En novembre, David Kimelfeld faisait voter des premiers mesures d’un plan d’accueil pour les mineurs isolés étrangers en assumant, en creux, un changement de discours par rapport à l’ère Collomb et sa politique locale comme nationale de dissuasion migratoire.

L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.

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