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Le chai de la Têtue : un vin urbain à Lyon qui prône l’ultra-local
Environnement 

Le chai de la Têtue : un vin urbain à Lyon qui prône l’ultra-local

par Pierre Lemerle.
Publié le 4 novembre 2022.
Imprimé le 08 décembre 2022 à 00:45
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[Portrait] Il y a un an, Géraldine Dubois lançait « la Têtue », un vin des Côteaux du Lyonnais produit directement dans un chai urbain avec un objectif : ne vendre qu’à Lyon. Ultra locale, écologique… Son concept peine encore à trouver preneur chez des restaurateurs lyonnais intéressés, mais pas encore prêts à lui passer commande.

Elle s’est absentée pour de rares et courtes vacances. Quatre jours à peine, pour la Toussaint. Dans son chai urbain situé rue Grobon (Lyon 1er), Géraldine Dubois a le visage fatigué de celle qui ne s’arrête jamais. Vigneronne, commerciale, vendeuse… Cette tassilunoise d’origine, mère de trois enfants, porte sur sa tête toutes les casquettes de sa jeune entreprise. Travaillant à cheval entre ses vignes en campagne et son chai en ville, la quadra est toujours en mouvement. Son objectif : faire son vin nature à Lyon pour le vendre uniquement aux Lyonnais et au restaurants Lyonnais.

Un défi de taille. Bien souvent, les spécialistes du vin nature finissent par exporter leurs bouteilles à l’étranger. Une pratique à laquelle se refuse Géraldine Dubois. Partisane de l’ultra circuit court, cette dernière a par exemple pour objectif de récupérer toutes ses bouteilles après dégustation.

« Si j’ai monté un chai en ville, ce n’est pas juste pour amuser les citadins, grince-t-elle. C’est avant tout pour rapprocher le vin du consommateur et vendre en vrac. »

La fondatrice la Têtue, Géraldine Dubois, vend son vin uniquement à Lyon. ©PL/Rue89Lyon.
A 46 ans, la Têtue s’est reconvertie dans le vin il y a une dizaine d’années. ©PL/Rue89Lyon.

À Lyon, des bouteilles de vins qui évitent la case poubelle

Dès les premiers pas, on sent que les locaux de La Têtue ne sont pas agencés pour du tourisme viticole. Les 60 m2 sont juste assez grands pour accueillir le pressoir et les grandes cuves où est travaillé le raisin. Au milieu, le vélo cargo, utilisé pour les livraisons, prend le peu de place restante. La vigneronne dispose également d’une petite cave de 15 m2 en sous-sol.

Sur deux cuves, on peut lire les mots « rouge d’ici » et « blanc de là ». C’est là que Géraldine re-remplit les bouteilles après les avoir lavées, une par une. Pour s’assurer que celles-ci reviennent, elle a monté le prix de la caution à cinq euros. « En dessous, les clients les jettent », constate-t-elle. Sur les bouteilles, elle écrit elle-même le nom de ses vins, suivant l’année de production.

« Quand j’explique la démarche aux clients, ils comprennent très bien, assure-t-elle. Pourquoi jette-t-on encore ces bouteilles ? C’est un peu comme jeter son assiette après avoir mangé. Ça n’a pas de sens ! »

Entre Lyon et la campagne : l’histoire d’une vigneronne « radicale » du circuit court

Une méthode « radicale » pour une vigneronne qui ne l’est pas moins. Si le jour du reportage, Géraldine a laissé sa tenue des champs pour une veste bien taillée lui donnant un air très urbain, son fonctionnement est aussi rebelle que nombre de ses confrères du nature, à l’image beaucoup plus punk.

À 46 ans, son histoire avec les vignes a débuté sur le tard. Ancienne lyonnaise, cette mère de famille a quitté la ville 20 ans pour travailler à Paris comme commerciale dans l’industrie pharmaceutique avant d’en partir, dégoûtée. « Quand on fait de l’argent sur la santé des gens, c’est un peu compliqué de se regarder dans la glace », lâche-t-elle.

Elle tombe dans le vin grâce aux vendanges. Après un brevet Brevet Professionnel Responsable d’Entreprise Agricole (BPREA) à Beaune en viticulture et œnologie, elle travaille comme maître de chai en Bourgogne de 2014 à 2016. Elle participe ensuite au montage de Face B, vignoble en biodynamie du côté de Perpignan.

À la suite d’une séparation, elle décide de tenter sa chance sur ses terres natales lyonnaises. En 2020, Géraldine Dubois jette son dévolu sur six hectares de vignes, entre Thurins et Orliénas. Elle trouve ensuite un petit local à deux pas de la place des Terreaux. La moitié de la production de raisin part pour son pressoir, l’autre partie est revendue. Cette année, elle a produit 3 200 bouteilles de rouge et 3 000 bouteilles de blanc au cœur de Lyon. La plupart lui sont revenues (vides). « J’ai dû en racheter 300 sur deux ans », constate-t-elle. La preuve que la radicalité sur le sujet paie.

La fondatrice la Têtue, Géraldine Dubois, vend son vin uniquement à Lyon. ©PL/Rue89Lyon.
La fondatrice la Têtue, Géraldine Dubois, a pour objectif de vendre son vin uniquement à Lyon. ©PL/Rue89Lyon.

À Lyon : « Les restaurateurs ont l’habitude du local quand il s’agit de nourriture, pas de vin »

Utilisation d’un engrais vert à base de seigle et de féveroles, traitement avec des extraits de valérianes, utilisation « de façon mesurée » de cuivre et souffre… La vigneronne applique au maximum les préceptes d’une production nature. 

Pas « fermée à la biodynamie », elle prend son temps pour assurer la production d’un vin de qualité. « Je ne suis pas une ayatollah du 0 sulfite. Mais bon, je vais mettre 1 gramme dans ma production, contre 200 g dans le conventionnel… Ça reste très limité », souffle-t-elle.

Dans la dizaine de restaurants qu’elle sert, son vin plaît. Pour les autres, son discours a encore du mal à passer.

« Les restaurateurs ont l’habitude du local quand il s’agit de nourriture, pas de vin », regrette-t-elle.

Un plaidoyer pour revaloriser les Côteaux du Lyonnais

En soi, son projet est toujours accueilli favorablement par les restaurants. Mais, quand il s’agit de passer à l’acte, ces derniers rechignent. Dans le vin nature, les « vignerons stars » du milieu n’ont pas de mal à se retrouver sur les tables des restaurants. Plus connus, leurs noms rassurent les professionnels. 

De plus, les « Côteaux » du Lyonnais pâtissent d’une mauvaise réputation. Vin de table, de premier prix… Sa valorisation semble difficile à Lyon. Comme dans le Beaujolais, des hectares de vignes ont déjà été arrachées, du fait d’un manque de reprise. Ses partisans tentent cependant de le remettre sur les bonnes tables.

« Des fois, j’ai l’impression que je vendrai plus de vin en passant en ‘Vin de France’, peste-t-elle. Mais je ne veux pas lâcher l’appellation. C’est quand même les Côteaux du Lyonnais… Difficile de trouver plus local. »

La fondatrice la Têtue, Géraldine Dubois, vend son vin uniquement à Lyon. ©PL/Rue89Lyon.
3000 bouteilles de vin blanc et 3200 bouteilles de vin rouge sont sorties du chai de Géraldine Dubois cette année, à Lyon. ©PL/Rue89Lyon.

À Lyon, le pari de la cohérence absolue

Face à cette réalité, la tentation de vendre ailleurs est grande. Mais, pour l’heure, La Têtue s’entête. Elle refuse de quitter la ville alors qu’il y a de la place pour l’ultra local à Lyon. « Il est où le côté rebelle du vin nature quand on vend à l’étranger ? », s’agace-t-elle.

Toujours dans cette logique de vendre à Lyon, elle évite les salons. À une exception (notable) près. Ce week-end du 5 et 6 novembre, elle sera à Sous les pavés la vigne pour présenter son vin. « Au moins, je suis bien sûre que cela restera dans Lyon », note-t-elle.

Dans sa démarche, elle fait le pari, potentiellement périlleux, de la cohérence absolue. Son vin va avoir rapidement besoins de nouveaux débouchés locaux pour continuer à exister. Au salon, elle ne manquera pas de le rappeler aux restaurateurs de passage. Une chose est certaine, La Têtue n’a pas prévu de lâcher l’affaire.

Article actualisé le 09/11/2022 à 12h29
L'AUTEUR
Pierre Lemerle

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