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Anaïs Pertuizet, vigneronne du Beaujolais : « M’installer, j’en rêvais, mais seule… »
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Anaïs Pertuizet, vigneronne du Beaujolais : « M’installer, j’en rêvais, mais seule… »

par Lucas Martin-Brodzicki.
Publié le 1 novembre 2022.
Imprimé le 07 décembre 2022 à 23:04
4 536 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

En amont du salon « Sous les pavés la vigne à Lyon », que Rue89Lyon co-organise avec Nouriturfu, nous sommes allés à la rencontre de vigneron·nes du Beaujolais, pour documenter les conséquences du vieillissement de la profession. Et constater qu’il est possible de se lancer hors cadre familial, avec beaucoup de volonté et une dose de chance. Aujourd’hui âgée de 27 ans, Anaïs Pertuizet s’est installée en 2021 à Lantignié. Avec d’autres, la vigneronne participe à la renaissance du terroir. 

Lorsqu’elle nous montre le cuvage dans lequel elle travaille, Anaïs Pertuizet a ce sourire mi-ébahi, mi-ravi. La néo-vigneronne de 27 ans s’est installée dans le Beaujolais en 2021, à Lantignié. Sa rencontre avec Gérard Genty, dit Gégé, vigneron retraité depuis quelques années et propriétaire des lieux, a tout changé. Le « rêve un peu fou » de produire son propre vin s’est concrétisé :

« Gégé est un passionné, mais il n’a pas d’enfant à qui transmettre ses vignes. Son objectif est avant tout que le Beaujolais reste un vignoble. Il me loue le cuvage et une partie des terres », détaille la jeune femme, originaire de l’Ain. 

Le retraité n’est d’ailleurs jamais très loin. À l’entrée du domaine, son nom est toujours présent sur l’écriteau : « Cave Gérard Genty, Beaujolais-Villages ». Nous le croisons brièvement lors de la visite. Sans vouloir se prêter au jeu de l’interview, il glisse : 

« Avec Anaïs, c’est clair, c’est net, c’est tout ce que je souhaite. »

Dans le Beaujolais, une nouvelle vigneronne de 27 ans, accompagnée de son cheval

Car c’est bien elle qui produit aujourd’hui les bouteilles, estampillées « Domaine Pertuizet ». Elle a choisi de cultiver ses parcelles en bio – la conversion est en cours. La jeune femme s’intéresse aussi à la biodynamie, bien que consciente des controverses scientifiques qui l’entourent :

« C’est une philosophie, chacun se l’approprie. J’essaie de regarder le calendrier lunaire, j’ai envie de croire à tout ça. Je fais les préparations biodynamiques et utilise quelques plantes. Mais je ne demanderai pas la certification. »

Anaïs Pertuizet, vigneronne dans le Beaujolais
Anaïs Pertuizet s’est installée à Lantignié en 2021. La vigneronne du Beaujolais travaille 2,5 hectares de gamay. © LMB/Rue89Lyon

Enfin, elle utilise un cheval de trait, « Irokoi ». Il lui permet de mieux travailler le sol qu’avec un outil mécanique, en limitant son tassement : 

« Ce n’est pas un argument commercial. Simplement, c’est différent d’un tracteur. Là, je m’ennuie beaucoup moins ! », lâche-t-elle, avec toujours cette simplicité dans la discussion, sans détours.

Une reprise hors cadre familial dans le Beaujolais, mais avec l’aide de « Gégé »

Une partie des 2,5 hectares de cépage Gamay qu’Anaïs cultive est à deux pas du cuvage, avec vue sur le sommet arrondi du mont Brouilly. Elle-même réside sur place, dans l’ancien dortoir destiné aux vendangeurs. 

L’entrée est dorénavant un salon-salle à manger où elle s’installe pour travailler, lorsque la pièce est gorgée de soleil. Ce mardi de septembre est l’une de ces journées. C’est donc ici qu’elle prend le temps de revenir sur son parcours jusqu’à l’aboutissement : devenir vigneronne, sans être « fille de ». 

Certes, Anaïs Pertuizet n’est pas une citadine. Son père est agriculteur dans les plaines céréalières de l’Ain. Après un Bac Sciences et Technologies de Laboratoire, elle réalise qu’elle ne conçoit pas son avenir ailleurs que dehors. Son BTS viticulture-œnologie à Davayé, en Saône-et-Loire, lui fait découvrir les terroirs du Mâconnais et du Beaujolais.

« J’adorais le côté hyper fruité du Gamay. Cela donne des vins extras, même si à l’époque leur image, surtout dans le Beaujolais, n’était pas au top. Heureusement, aujourd’hui, ça repart. »

Ce timide renouveau est dû en partie à Frédéric Berne, à qui Rue89Lyon donnait la parole en 2018. L’association Vignerons & Terroirs de Lantignié est née sous l’impulsion du jeune vigneron, en 2017.

La même année, alors en Master 1 Vignes, Vins et Terroirs, Anaïs Pertuizet effectue un stage chez ce même Frédéric Berne. Elle revient sur ce moment décisif : 

« Je voulais aller dans une jeune installation. J’avais rencontré Fred auparavant, sur un salon des vins. Je lui ai dit : « vas-y, fais-moi voir toute ta vie ! » »

Une expérience qui plantera une première graine dans la tête de l’étudiante, de plus en plus convaincue que son rêve de s’installer est possible. Elle se montre aujourd’hui encore admirative du travail de Frédéric Berne.

Frédéric Berne, président de l'association des vignerons de Lantignié. ©LB/Rue89Lyon
Frédéric Berne, président de l’association des vignerons de Lantignié en 2018. ©LB/Rue89Lyon

Ses études l’éloignent un temps des vignes françaises, avec des expériences en Argentine et aux États-Unis, mais Anaïs Pertuizet suit de loin le développement de l’association Vignerons & Terroirs de Lantignié. Comme pour beaucoup de jeunes, la pandémie de Covid-19 chamboule tout : 

« J’ai été rapatriée d’Argentine. Je me suis retrouvée sans travail, chez mes parents. Finalement, j’ai trouvé du boulot à Fuissé, dans le Mâconnais. Une heure de route matin et soir, c’était dur mais je me suis accrochée, j’adorais la vigne et je prenais peu à peu des responsabilités. On m’a même proposé un CDI. »

« Je ne voulais pas engager d’autres personnes dans mon aventure au cas où ça capote »

Sauf que voilà, dans le même temps, Frédéric Berne lui passe un coup de fil. Un vigneron de Lantignié aurait une jeune vigne à laisser, un dénommé Gérard Genty. Les trois amoureux de vin boivent un coup, et deux semaines plus tard, Anaïs décide de tenter l’aventure. Elle se remémore ce moment :

« Je ne me serais peut-être jamais lancée sans lui. Je savais que ça allait quand même être dur, mais je ne pouvais plus me cacher. Mes parents m’avaient dit qu’ils pouvaient m’aider financièrement, mais j’ai refusé. Je ne voulais pas engager d’autres personnes dans mon aventure au cas où ça capote. »

Sans apport, et avec comme seule aide la dotation jeunes agriculteurs (DJA), Anaïs Pertuizet se retrouve avec plusieurs prêts à rembourser. Elle achète une partie du foncier – le reste est un fermage, où elle paie un loyer – son cheval, un utilitaire… Et se réjouit de l’entraide qui règne au sein de Lantignié pour tenir bon. La vigneronne a conscience que son cas est rarissime :

« Certains de mes amis s’installent, mais plutôt dans le cadre d’une reprise familiale. Le foncier peu cher du Beaujolais attire aussi des personnes en reconversion, qui ont plutôt 35 ou 40 ans. »

Documenter son quotidien de vigneronne du Beaujolais sur Instagram

Il y a pourtant de quoi faire. Entre le nombre d’hectares de vigne en friche qui augmente chaque année et les vignerons qui arrêteront d’ici à 5 ou 10 ans, le Beaujolais peut devenir une terre d’accueil pour de jeunes installations un peu hors des clous. 

Certains envient peut-être le quotidien d’Anaïs, qu’elle partage sur Instagram. À coup de Reels, des vidéos courtes et en musique, elle montre les différentes étapes de son travail : assemblage, soutirage, décuvage, palissage… Toujours avec le sourire ! Et pousse ses collègues, plus pudiques, à faire de même.

« J’ai pris en main le compte de l’association Vignerons & Terroirs de Lantignié. Les gens veulent voir comment on bosse, ils adorent ça. C’est une manière de communiquer. »

Preuve que le mélange commence à prendre, les mêmes qui doutaient de la capacité de la jeune femme à tenir bon lui proposent aujourd’hui des parcelles. Elle plante aussi ses propres vignes et vise 5 ou 6 hectares pour finaliser son « Domaine Pertuizet », à taille humaine.

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Article actualisé le 02/11/2022 à 19h37
L'AUTEUR
Lucas Martin-Brodzicki
Lucas Martin-Brodzicki
Journaliste indépendant, reportages et enquêtes pour décrypter la transition écologique

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