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Le maire de Lyon demande la dissolution de plusieurs associations d’extrême droite
Société 

Le maire de Lyon demande la dissolution de plusieurs associations d’extrême droite

par Bertrand Enjalbal Oliveira.
Publié le 4 février 2022.
Imprimé le 24 mai 2022 à 21:53
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[Info Rue89Lyon] Le maire de Lyon, Grégory Doucet (EELV), a demandé la dissolution des associations d’extrême-droite radicale à Lyon qui occupent toujours les locaux dans le Vieux Lyon de Génération identitaire pourtant dissoute en mars 2021.

En ouverture du dernier conseil municipal le 27 janvier dernier, Grégory Doucet avait indiqué aux élus avoir écrit au gouvernement. L’objet de son courrier portait sur les groupes d’extrême droite radicale à l’œuvre à Lyon. L’année 2021 a été marquée à Lyon par plusieurs actions et agressions revendiquées ou imputés à l’extrême droite radicale. Lors de sa prise de parole, le maire était resté relativement vague.

« Je viens d’écrire au gouvernement pour que les agissements de ces groupuscules cessent et qu’ils soient sanctionnés », avait-il indiqué.

La mairie de Lyon demande la dissolution des Remparts, nouvelle vitrine de Génération identitaire

Le courrier, que nous avons pu consulter, daté du 26 janvier, est adressé à Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et Éric Dupont-Moretti, ministre de la justice. Il demande en effet une mobilisation de l’État « conséquente pour (…) lutter contre ces organisations qui (…)alimente un climat de peur sur notre territoire».

Mais la demande est aussi plus précise. Le maire de Lyon demande en effet la dissolution des associations occupant toujours les locaux de Génération Identitaire, organisation pourtant dissoute en mars 2021.

Grégory Doucet s’appuie notamment sur les récentes dissolutions prononcées par le gouvernement concernant d’autres groupes d’extrême droite radicale, comme les Zouaves, responsables de violences lors d’un meeting d’Eric Zemmour à Paris.

« À l’image du décret de dissolution de l’Alvarium à Angers, condamnant les « discours de haine assumée et incitant à la discrimination ou à la violence envers des personnes en raison de leur origine ou de le religion », je vous demande de prononcer la dissolution des associations à l’origine de la réouverture des Remparts. »

La Traboule bar Génération identitaire extrême droite Lyon
La Traboule, espace de détente de Génération identitaire à Lyon. Janvier 2017 ©Léo Germain/Rue89Lyon.

C’est en effet sous ce nouveau nom, Les Remparts, que des militants de Génération identitaire ont rebaptisé les locaux de l’association dissoute qui sont toujours restés ouverts. Nous l’avions relevé dès l’annonce de sa dissolution en mars 2021, la dissolution ne concernait que l’association Génération identitaire, domiciliée à La Traboule, le « bar identitaire de Lyon », montée du Change (Lyon 5e).

Elle ne visait pas en revanche les associations à travers lesquelles ses militants louaient les locaux : le bar La Traboule (via une association du même nom) et la salle de boxe l’Agogé (via l’association Top Sport Rhône). Si Génération identitaire a donc officiellement disparu, ses locaux sont restés ouverts, sous un autre nom.

« De multiples associations » domiciliées à La Traboule

La mairie demande-t-elle alors la dissolution de ces deux associations ? Pas seulement. Mohamed Chihi, adjoint à la sécurité à la Ville de Lyon, indique à Rue89Lyon qu’elles sont plus nombreuses.

« Il n’y a pas que ces deux associations. Il y a en réalité de multiples associations qui ont établi leur siège social dans ces locaux et qui investissent les lieux. C’était même déjà le cas avant la dissolution de Génération Identitaire.»

Combien d’associations au total ? L’élu n’a pas pu nous le préciser. La préfecture du Rhône nous confirme de son côté les multiples domiciliations dans les locaux identitaires.

Dans son courrier, le maire s’appuie et liste certaines agressions et violences revendiquées par l’extrême-droite radicale à Lyon en un an, depuis fin 2020. Comme les attaques contre la librairie de la Plume Noire en décembre 2020 et mers 2021, les attaques en marge de manifestations féministes et LGBT ou anti-pass sanitaire, la descente rue Mercière en juin 2021 ou deux soirées de violence dans les Pentes de la Croix-Rousse et place Colbert en octobre et décembre 2021.

Faire le lien entre les associations et les agressions revendiquées par l’extrême droite, c’est « toute la complexité »

Dissoudre les associations, notamment celles louant les lieux, permettrait plus sûrement d’aboutir à la fermeture des locaux dans le Vieux-Lyon. Encore faut-il parvenir à établir un lien entre les actions violentes revendiquées ou imputées à l’extrême-droite radicale et les associations.

« C’est toute la complexité du sujet, admet Mohamed Chihi. Il y a une surveillance quotidienne de ces locaux. On sait qu’ils s’y regroupent régulièrement. Pas forcément tous les jours. Nous travaillons avec la police nationale, notamment les jours des manifestations que peuvent perturber ces groupuscules. Mais ils se savent sous la menace, surveillés et ne se rendent pas dans les locaux après leurs actions, permettant ainsi d’établir un lien. »

Alors, le courrier serait-il un simple coup de communication politique ? Pour l’élu, la raison est plus à chercher dans les limites, souvent évoquées par Rue89Lyon, des compétences de la mairie.

« On est très engagé dans ce travail de lutte contre ces groupuscules. Nous luttons avec des instruments plus positifs dans le quartier. Notamment à travers des ateliers autour de la citoyenneté dans les écoles autour des locaux du Vieux-Lyon. Mais il y aussi une nécessité d’approche plus forte avec les services de l’État. La Ville de Lyon ne pourra pas lutter seule, elle manque de moyens humains et juridiques.»

La dissolution, meilleure « arme » pour fermer des locaux de groupes d’extrême-droite ?

D’où la volonté de passer par la dissolution des associations. Une prérogative du gouvernement qui peut prendre de telles décisions en conseil des ministres. Après chaque agression, certains groupes anti-fascistes, comme la Jeune Garde, demandent en substance que fait la police et la préfecture. Ce courrier traduirait-il alors une critique à demi-mots de l’action des forces de police et judiciaires locales par le maire de Lyon ? La Ville de Lyon et la préfecture entretiennent de bonnes relations. Les assurent qu’il en est toujours ainsi.

« Le préfet n’est pas inactif. Il travaille en collaboration avec nous en tout cas», assure Mohamed Chihi.

Au cabinet du préfet, on ne dit pas autre chose :

« Le préfet a donné des consignes de fermeté, à l’égard des groupes violents d’ultra-droite comme d’ultra-gauche. Il fait son boulot et maintient la pression sur ces groupes. Pour la dissolution de Génération Identitaire, certains éléments permettant d’étayer la dissolution ont été remontés par Pascal Mailhos.»

Reste à savoir désormais si les deux ministres sollicités disposeront de ces mêmes éléments pour appuyer une dissolution. Cette « arme juridique », si elle ne signe pas nécessairement la fin des organisations visées, peut considérablement les affaiblir. Par le passé, la dissolution du Bastion Social et de toutes ces associations satellites, à Lyon comme dans d’autres villes en France, avaient permis la fermeture de leur local sur les quais de Saône.

L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal Oliveira
Bertrand Enjalbal Oliveira
Journaliste à Rue89Lyon

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