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Les pigeons à Lyon : « artificiels et inutiles pour la biodiversité »
Environnement 

Les pigeons à Lyon : « artificiels et inutiles pour la biodiversité »

par Laure Solé.
Publié le 23 août 2021.
Imprimé le 20 septembre 2021 à 19:45
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[Série] Pour ce cinquième épisode dédié aux animaux de Lyon, focus sur les pigeons qui accompagnent le quotidien de (presque) tous les Lyonnais, sans pour autant provoquer chez eux les mêmes sentiments. Joie ou dégoût : ces petits plumés qui se reproduisent à la vitesse de l’éclair ne laissent personne indifférent.

« Les animaux et la ville à Lyon »

Rue89Lyon lance une série sur « les animaux dans la ville » qui a pour but de questionner, selon les espèces, les relations entre la faune et les habitants de Lyon. Espèces menacées, nuisibles ou qui accompagnent discrètement notre quotidien, focus sur ces petits et gros animaux dont la prise en compte et la gestion sont souvent soit inexistants soit relevant du casse-tête.

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Hirondelles, martinets et chouettes effraies « en chute libre » à Lyon

En ce mercredi matin du mois d’août, Claire-Cécile, 32 ans, est assise sur un banc sur les bords du Rhône, non-loin de la piscine municipale Tony Bertrand (Lyon 7e). Elle vient de finir son pain au chocolat acheté dans une boulangerie à proximité. Alors qu’elle finit son festin, elle agite en direction du sol le petit sachet de la viennoiserie, rempli de miettes. Ni une, ni deux, la voilà entourée par une foultitude de pigeons, glougloutant à qui mieux mieux et gobant les poussières de pains au chocolat éparpillées sur le sol. Elle a fait ce geste « sans trop y penser » :

« Je fais ça souvent. Je ne dirai pas que c’est un réflexe non plus, mais c’est une petite habitude sympa. »

Elle ajoute :

« J’aime bien les pigeons, ils sont ludiques et inoffensifs. Quand je garde les enfants de ma sœur, on va souvent se balader sur les bords du Rhône et on nourrit les cygnes et les pigeons. »

Questionnée sur le caractère envahissant du pigeon, Claire-Cécile semble perplexe :

« Ça va, je trouve, ce n’est pas comme à Paris non plus, ce n’est pas la grande invasion. »

Pigeons des champs, pigeons des villes : même espèce ?

Les pigeons sauvages ou pigeons ramiers existent à la campagne, mais ils sont plus rares et leur régime alimentaire diffère des pigeons lyonnais (qui sont des pigeons biset). Ils sont granivores et ne se reproduisent qu’au printemps, alors que le pigeon des villes est omnivore (allant jusqu’à se nourrir de charcuterie) et se reproduit à l’année, du fait de l’abondance de nourriture qui s’offre à lui.

En apprenant que la Ville de Lyon interdit depuis 2016 de nourrir les pigeons, la Lyonnaise semble encore plus mal-à-l’aise :

« Je ne savais pas. Je ne sais pas si mes trois miettes changent grand-chose et je ne pense pas qu’on va m’arrêter pour ça. »

Cette habitude est partagée par bon nombre de Lyonnais, ils y sont même attachés : Un contact sympathique avec la faune au milieu d’une journée bétonnée.

Des pigeons qui picorent sur la place Jean Macé ©LS/Rue89Lyon
Des pigeons qui picorent sur la place Jean Macé ©LS/Rue89Lyon

« Les pigeons sont artificiels et inutiles pour la biodiversité »

Hugues Mouret est expert en biodiversité, agroécologie et directeur scientifique d’Arthropologia, une association de défense de l’environnement basée à La Tour-de-Salvagny, à l’ouest de Lyon. Pour lui, le pigeon « ne sert à rien » et nuit à la biodiversité :

« Les pigeons sont artificiels et inutiles pour la biodiversité. On compte trop de pigeons en France, ce n’est pas gérable pour la nature. »

Il poursuit :

« Les pigeons des villes ont été créés par l’homme, s’ils posent problème, c’est un peu le problème de l’homme. »

Un pigeon de Lyon rôti aux petits pois ?

L’idée pourrait être tentante, mais il est interdit de tuer ou de piéger un pigeon de ville. Etant donné que les pigeons transportent des maladies et mangent des produits souillés par la pollution (hydrocarbures notamment) il est recommandé ne pas les manger.

Une espèce « créée » par l’homme ? En effet, les humains ont jadis domestiqué l’animal pour sa chair, et ce, dès l’antiquité. Les pigeons des villes comme Lyon seraient des lointains descendants échappés ou relâchés des pigeonniers européens. Des élevages présents jusque dans l’ancien empire byzantin. Le pigeon biset ou colombin est donc considéré comme un animal domestique, commensal à l’homme : Il est dépendant de celui-ci par son nourrissage, volontaire ou involontaire.

Hugues Mouret le souligne :

« Le pigeon ne joue aucun rôle pour la vie sauvage, il faut vraiment se dire que c’est un animal dont la population ne croît et décroît qu’en fonction du nourrissage de l’homme. »

Un constat partagé par le monde scientifique. Une étude publiée dans la revue anglophone PLOS et reprise par le magasine National Geographic gage carrément que les rats et les pigeons remplacent peu à peu les espèces endémiques, dans une perspective d’uniformisation des espèces.

La Ville de Lyon n’asphyxiera plus de pigeons

Patrice Franco est directeur de la Ligue de Protection des Oiseaux du Rhône. Lui aussi rappelle que le pigeon n’est pas considéré comme un animal sauvage, et que, de ce fait, il ne s’agit pas d’un oiseau qui concerne la LPO :

« C’est vrai que ça porte à confusion. Quand il y a des opérations de gestion du pigeon, on reçoit des coups de fil de gens outrés, mais c’est un animal domestique, ce n’est pas notre domaine. »

Drôles de pigeons voyageurs

Jadis utilisés comme messagers, ces animaux ont la capacité unique de ne jamais perdre le nord. Il semblerait que c’est parce qu’ils peuvent ressentir le champ magnétique terrestre. Ce qui leur permet de toujours retrouver leur pigeonnier, même sans savoir d’où ils partent.

Patrice Franco poursuit :

« Quand on laisse des chèvres seules dans la nature, elles finissent par prendre la forme de bouquetins. Peut-être qu’il pourrait en être de même pour le pigeon. Pour l’instant, on en est loin. »

Il semble donc que le pigeon soit un animal boudé, s’approchant dangereusement de la case « nuisible ». Bruyant, sale, susceptible d’être porteur de maladies et se reproduisant à toute vitesse, il peut parfois rendre la vie très difficile à ses voisins humains. C’était par exemple le cas de Zohra, habitante d’un logement social au sous-quartier de la Sauvegarde (Lyon 9e) qui a vécu une invasion telle qu’elle avait condamné la porte de son balcon.

Jusqu’en 2019, des opérations de capture de pigeons au filet étaient organisées par la Ville de Lyon. Elles ont été interrompues car il avait été considéré que le nombre de spécimens avait suffisamment diminué. À l’époque, les pigeons attrapés étaient asphyxiés au CO². Nicolas Husson est adjoint au maire de Lyon et chargé des questions de biodiversité, de nature en ville et de protection animale. Il n’a pas donné d’autorisation pour que ce genre de pratique reprenne à Lyon :

« C’est un peu barbare quand-même. »

pigeons lyon
Pigeons. CC Ashitoshu/Pexels

Les pigeons continueront de proliférer tant que des Lyonnais les nourriront

Cependant, depuis 2019, les pigeons de Lyon se sont bien remplumés, même s’il semble difficile d’en avoir une estimation chiffrée. Il va donc falloir commencer à repenser comment en endiguer l’expansion. Nicolas Husson a commandé un rapport à la direction de l’écologie urbaine pour évaluer la marche à suivre. En attendant, il tempête :

« Le problème se posera à l’infini tant que les gens continueront de nourrir les pigeons. Dans le 8e, le service d’écologie urbaine a été jusqu’à téléphoner aux habitants un par un pour leur demander d’arrêter de nourrir les pigeons. »

Il poursuit :

« Ça pose plein de problèmes, ils pourraient propager des maladies zoonotiques. Les pigeons sont susceptibles de transmettre la salmonellose par exemple. Dans l’habitat, ils nichent dans les combles, et leur fientes peuvent filtrer. »

Pigeons lyon Nicolas Husson adjoint
Nicolas Husson, 16è adjoint à la Mairie de Lyon. Il s’occupe des questions de biodiversité, de nature en ville et de protection animale. ©LS/Rue89Lyon

Les services d’écologie urbaine dépistent souvent les pigeons pour vérifier qu’ils ne sont pas porteurs de maladies zoonautiques. Nicolas Husson martèle :

« Lutter contre l’habitat insalubre c’est lutter contre les désagréments des pigeons. »

L’adjoint au maire de Lyon ne porte décidément pas dans son cœur ces petits plumés. Au point même de s’être brouillé à ce sujet avec l’un des refuges les plus importants de la région, le Refuge de l’Hirondelle, qui soigne parfois des pigeons :

« Je me vois mal subventionner généreusement une structure qui soigne les pigeons. Il s’agit d’animaux que la Ville peine à contrôler. Le Refuge de l’Hirondelle a choisi de préserver les mémés à pigeons qui sont leurs financeuses au détriment de la collectivité qui fait des choix stratégiques. »

Le centre de soin de l’Hirondelle

L’Hirondelle est un établissement qui récupère les oiseaux et mammifères sauvages blessés depuis 1998. Il s’agit de la seule structure habilitée à intervenir sur le Rhône, la Loire, la Drôme et l’Ardèche. Le refuge accueille les animaux dans un petit chalet situé au 13 chemin de la Grabottière à Dardilly, ainsi que sur leur site principal, plus imposant, à Saint-Forgeux.

Même s’il renâcle à le faire, l’élu a garanti que la Ville de Lyon subventionnera tout de même le refuge, sans préciser le montant.

« On soigne tous les animaux de la même manière »

Lorsque Rue89Lyon s’est rendu au Refuge de l’Hirondelle, aucun pigeon n’était dans les couveuses ou les box de soin. Interrogée au sujet de la proportion de pigeons soignés, Anne Fourrier, chargée de développement au Refuge de l’Hirondelle, a déclaré :

« Ce ne sont pas les animaux que l’on soigne le plus, ils ne représentent pas un dixième de ce qu’on récupère en martinets noirs par exemple. »

Pour autant, il est vrai que la structure prend en charge les pigeons blessés qu’on leur amène :

« On a un rôle d’accompagnement des personnes désemparées qui trouvent des animaux blessés. On soigne tous les animaux de la même manière et on ne va pas dire « non, c’est un pigeon, alors il reste dehors ». »

Pigeons lyon
Pigeons CC Pixabay /Pexels

Elle conclut :

« Et surtout, on n’oublie jamais de dire aux gens qu’il ne faut pas nourrir les pigeons. »

Le pigeon est donc un sujet très « chaud » à Lyon, dont la gestion s’avère hautement politique. Et si tout le monde est tombé d’accord pour dire que le gazage était un procédé violent qui n’est plus envisageable, le problème de la prolifération reste entier.

« On va mettre des pigeonniers stérilisateurs »

Pierre Athanaze est vice-président de la Métropole de Lyon en charge de l’environnement, de la protection animale et de la prévention des risques :

« On a plein d’idées pour limiter la population. On va localiser les points principaux où les pigeons nichent et on va mettre des pigeonniers stérilisateurs. Soit on y mettra des graines contraceptives, soit on stérilisera les œufs. »

Pigeons lyon Pierre Athanaze Métropole Lyon
Pierre Athanaze est le 11e vice-président de la Métropole. Il a à sa charge l’environnement, la protection animale et la prévention des risques. ©LS/Rue89Lyon

Comment stérilise-t-on des œufs ? Il est par exemple possible de les secouer, ce qui stoppe la formation du jaune. Pierre Athanaze s’en amuse :

« C’est un job de bons joueurs de maracas ! »

Il est aussi possible d’asperger d’huile les œufs, qui pénètre alors la surface et tue les embryons. Pierre Athanaze précise que pour l’instant, les contraceptifs sont l’hypothèse favorite de la Métropole. Cependant, l’élu n’a pas donné de délai de mise en place d’un tel programme. Il y a donc a le temps de voir venir.

Article actualisé le 02/09/2021 à 16h58
L'AUTEUR
Laure Solé

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