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Punaises de lit à Lyon : « Elles sont en augmentation de 200 à 300% »
Société 

Punaises de lit à Lyon : « Elles sont en augmentation de 200 à 300% »

par Laure Solé.
Publié le 1 août 2021.
Imprimé le 22 septembre 2021 à 11:22
18 208 visites. 1 commentaire.

[Série] Pour ce troisième épisode dédié aux animaux dans Lyon, loupe nécessaire pour observer les punaises de lit à Lyon et dans l’agglomération. Alors qu’aucune politique nationale ou locale n’est menée contre ce qui est vécu comme un fléau, les parasites prolifèrent dans de nouvelles habitations.

« Les animaux et la ville à Lyon »

Rue89Lyon lance une série sur « les animaux dans la ville » qui a pour but de questionner, selon les espèces, les relations entre la faune et les habitants de Lyon. Espèces menacées, nuisibles ou qui accompagnent discrètement notre quotidien, focus sur ces petits et gros animaux dont la prise en compte et la gestion sont souvent soit inexistants soit relevant du casse-tête.

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En 2020, une étude de l’Inserm (l’Institut national de la santé et de la recherche médicale) plaçait la région Auvergne-Rhône-Alpes sur la première marche du podium des régions les plus touchées par les punaises de lit. On compte ici 216 consultations par tranche de 100 000 habitants : soit deux fois plus qu’en région parisienne.

Romain Jarjaval est maître chien pour la société Côtière Hygiène Assainissement basée à Béligneux, à quelques dizaines de kilomètres au nord-est de Lyon. Son entreprise s’occupe de la maîtrise des nuisibles. Romain Jarjaval y est notamment chargé de la détection canine des punaises de lit. Lui aussi a constaté un pic des infestations par les parasites dans la région :

« Le phénomène est en augmentation de 200 à 300%. Avant c’était seulement en zones urbaines, maintenant c’est aussi en zones rurales. La région AURA est n°1. Toutes les grandes villes sont touchées. »

Pour le maître chien, la raison pour laquelle les parasites semblent croître de façon exponentielle en France est une conséquence de l’interdiction d’utilisation d’un insecticide :

Un chien qui flaire les punaises de lit ?

Il s’appelle Pexel, et cela fait deux ans qu’il traque les punaises de lit à Lyon et ses alentours pour la société Côtière Hygiène Assainissement. L’entreprise de Romain Jarjaval s’est inspirée des États-Unis tout en souhaitant faire du « made in France ». Il raconte : « On l’a adopté à la SPA de Dompierre-sur-Veyle, [sud-est de Lyon]. Pexel convenait parfaitement car il était à la fois joueur, et issu de races de flair. » Il a été éduqué en France pendant un an, Romain Jarjaval explique que l’entraînement qu’a reçu le chien est plutôt similaire à celui des chiens chercheurs de drogue. « C’est un véritable plus pour lutter contre la punaise de lit : cela permet de lever les doutes, de faire de la détection au plus tôt de l’infestation et aussi de faire des traitements plus ciblés, donc moins chers. »

« Dans les années 1970, les punaises de lit avaient quasiment disparu car on utilisait du DDT. Cet insecticide a été déclaré dangereux car cancérigène. D’après moi, les punaises sont revenues en nombre dans les années 1990. »

Roman Jarjaval déplore le nombre d’entreprises peu consciencieuses dans leur travail de désinfection. Celles-ci « se joueraient de la détresse des gens ». Alors que leur manque de sérieux est parfois connu, elles ne manquent pourtant jamais de clients :

« Maintenant, 80% de notre activité concerne l’éradication des punaises de lit. Nous sommes débordés par la demande. Nous ne sommes pas assez nombreux. Il faut compter un mois d’attente pour une visite avec le chien. Tout le monde n’est pas prêt à attendre autant. »

Romain Jarjaval, en charge de la détection canine des punaises de lit pour la société Côtière Hygiène Assainissement, avec son chien Pexel.
Romain Jarjaval, en charge de la détection canine des punaises de lit pour la société Côtière Hygiène Assainissement, avec son chien Pexel.

Les punaises de lit à Lyon : un fléau que l’on pourrait éviter ?

La punaise de lit, de son nom scientifique Cimex Lectularius existe depuis l’antiquité. C’est un insecte microscopique, de la taille d’une lentille verte (4 à 7 millimètres), généralement brun. Son corps est plat, mais s’arrondit quand elle est gorgée de sang.

Les punaises de lit sont hématophiles (elles se nourrissent de sang), et trouvent leurs victimes grâce au gaz carbonique et à la chaleur dégagée par les humains. Elles peuvent vivre cinq à six mois en activité, ou plus d’un an si elles sont privées de nourriture et se mettent en « dormance ».

Comment savoir si on a des punaises de lit ?

Pour Romain Jarjaval, c’est très simple : « Il faut chercher sur sa peau trois piqûres qui se suivent en ligne et des traces noires d’excrément sur les matelas et les sommiers ». On peut aussi observer les insectes se déplacer sur les jointures entre les planches du sommier.

La « haute saison » des parasites est en été. En effet, les punaises de lit apprécient les climats chauds et secs, mais c’est surtout les départs en vacances qui ont un réel impact sur leur prolifération. Jonathan Rive est à la tête de Nuisiprotec : une société familiale de désinfection et de lutte contre les nuisibles située à Lyon 7e. Depuis plusieurs semaines, son téléphone n’arrête pas de sonner :

« Il suffit d’aller dans un Airbnb ou une chambre d’hôtel infestée, et qu’une punaise de lit se glisse dans vos vêtements. Vous la ramenez à la maison et c’est la fin. »

Il faudrait donc prendre l’habitude, à chaque fois que l’on s’apprête à dormir dans un nouveau logement, de soulever le matelas et de vérifier qu’il n’y a pas de traces de punaises de lit.

Ce n’est pas tout. L’été, c’est aussi la période des déménagements. Au risque d’emménager dans un logement infesté s’ajoute celui de la « récup ». Jonathan Rive reprend :

« Il faut vraiment éviter de faire de la récupération de meubles, de tissus ou de quoi que ce soit d’autre, sans mettre avant l’objet en quarantaine, l’observer, le désinfecter. »

« À Lyon, une personne sur trois m’appelle en pleurant »

Les punaises de lit sont-elles dangereuses pour l’homme ? Contrairement aux moustiques tigres ou à certains rongeurs qui peuvent transporter des maladies, les punaises de lit ne peuvent pas rendre physiquement malade. En revanche, l’atteinte psychologique causée par les parasites est « énorme » d’après Jonathan Rive :

« Une personne sur trois m’appelle en pleurant. Et même après avoir débarrassé un client des parasites, ils garderont un traumatisme, une paranoïa même, jusqu’à leur mort. »

Jonathan Rive, dans les locaux de son entreprise Nuisiprotec, dans le 7è, à Lyon.
Jonathan Rive, dans les locaux de son entreprise Nuisiprotec, dans le 7è, à Lyon. ©LS/Rue89Lyon

Jonathan Rive (Nuisiprotec) comme Romain Jarjaval (Côtière Hygiène Assainissement) sont unanimes : l’infestation et la peur de l’infestation par des punaises de lit suscitent une psychose dont il est difficile de se débarrasser. Jonathan Rive témoigne :

« Ça m’est arrivé plusieurs fois de venir faire un diagnostic chez quelqu’un qui n’avait pas de punaises de lit, et qui avait tellement peur qu’il voulait absolument que je réalise un traitement. »

Il détaille :

« C’est souvent des personnes anxieuses, qui vont avoir tendance à se gratter frénétiquement en pensant que c’est forcément ça. »

Jonathan Rive précise qu’il a toujours refusé de désinfecter les habitations sans punaises de lit :

« C’est une opération qui demande beaucoup d’efforts, d’organisation mais aussi de moyens financiers. C’est à nous de mettre le holà et de ne pas profiter de la détresse des personnes. »

« À Lyon, les punaises de lit doivent être l’affaire de tous »

Interviewé une première fois en 2020 par Rue89Lyon, Romain Jarjaval, le maître chien de la société Côtière Hygiène Assainissement, déplorait déjà le manque de politique publique au sujet d’un fléau qui touche la France entière.

Entre-temps, un plan national pour accompagner les citoyens dans la lutte contre les punaises de lit a été lancé suite à l’intervention dans l’hémicycle de la députée LREM des Bouches-du-Rhône, Cathy Racon-Bouzon. D’après Romain Jarjaval, les réponses apportées au problème se sont avérées cosmétiques :

« Je ne sais pas si c’est parce que le gouvernement a été pris de court par le Covid, mais la seule chose qui a été faite pour l’instant c’est la mise en place d’un numéro vert. »

Romain Jarjaval souhaiterait plutôt voir le fléau pris en charge localement et observe avec beaucoup d’intérêt les villes qui se mobilisent déjà à ce sujet :

« À Marseille, ils essayent de mettre en place un service public dédié à l’éradication de la punaise de lit, qui réunirait et subventionnerait tous les acteurs de la lutte. Cela permettrait en plus de vérifier le sérieux des entreprises. »

Il ajoute :

« On fait souvent un parallèle avec le Covid : les punaises de lit doivent être l’affaire de tous. Il suffit qu’un logement dans un quartier soit concerné pour que le voisinage entier finisse par en souffrir. »

« Nous n’avons pas de plan pour les punaises de lit à Lyon »

Interrogés à ce sujet, les élus de la Ville de Lyon comme de la Métropole n’ont pas été très inspirés. Pierre Athanaze est vice-président de la Métropole de Lyon en charge de l’environnement, la protection animale et la prévention des risques. Il reconnait que le problème des punaises de lit peut être important mais a déclaré que cela ne concernait pas directement la collectivité dans laquelle il est élu :

« C’est quelque chose qu’il faut qu’on fasse avec les villes, nous pouvons être aidants mais pas proactifs. Nous n’avons pas la compétence réglementaire et législative. »

Nicolas Husson, l’adjoint au maire de Lyon en charge des questions de biodiversité, de nature en ville et de protection animale a déclaré à Rue89Lyon :

« Nous n’avons pas de plan pour les punaises de lit. C’est difficile d’en imaginer un alors qu’aujourd’hui il n’est pas obligatoire de signaler la présence des parasites à la mairie. Alors que cela l’est pour le mérule [champignon qui s’attaque au bois des maisons] par exemple. »

Nicolas Husson, 16è adjoint à la Mairie de Lyon. Il s'occupe des questions de biodiversité, de nature en ville et de protection animale.
Nicolas Husson, 16è adjoint à la Mairie de Lyon. Il s’occupe des questions de biodiversité, de nature en ville et de protection animale. ©LS/Rue89Lyon

Un « c’est toi le chat » qui n’est pas très encourageant pour la suite. Romain Jarjaval, le maître chien de la société Côtière Hygiène Assainissement se veut tout de même rassurant :

« Je travaille beaucoup avec les bailleurs sociaux et les régies. Il arrive souvent qu’ils prennent en charge les assainissements ou que les maisons de la Métropole par exemple débloquent des fonds par le biais d’assistantes sociales. »

Comment se débarrasser des punaises de lit ?

Romain Jarjaval et Jonathan Rive sont catégoriques :

« Surtout, ne pas acheter de bombe chez un grossiste ou un magasin de bricolage. »

En effet les deux pointent l’aspect contre-productif d’une telle initiative. Jonathan Rive explique :

« Les gens s’enfument avec des produits qui sont toxiques sans pour autant se débarrasser du problème à la racine. »

Surtout que les personnes infestées doivent garder des forces pour le travail à effectuer avant le passage des professionnels de l’assainissement. Jonathan Rive poursuit :

« Non seulement il faut sortir les plantes vertes, enfermer ce qui est comestible, mettre à distance les animaux, mais en plus, il faut aussi placer tous les textiles au congélateur ou les laver à 60°. »

Une punaise de lit. Une photo de Piotr Naskrecki, Public domain, via Wikimedia Commons.
Une punaise de lit. Une photo de Piotr Naskrecki, Public domain, via Wikimedia Commons.

Ensuite il y a trois manières de se débarrasser des punaises de lit, qui coûtent plus ou moins cher. Jonathan Rive détaille :

« Le traitement par haute température est la technique la plus efficace, mais aussi la plus fastidieuse, donc la plus coûteuse. On utilise une machine qui ressemble à un gros aspirateur qui envoie de la vapeur sèche qui va jusqu’à 160° sur des zones très précises. »

Il existe aussi le pendant du traitement à haute température : celui par le grand froid. Il ressemble beaucoup au premier, sauf que cette fois-ci, les professionnels pulvérisent un liquide glacial sur les zones occupées par les punaises de lit.

« Un traitement éco-responsable est en train de voir le jour »

La technique la plus populaire, car la moins chère, est celle à l’insecticide. Le coût varie en fonction de la surface et du type de logement, mais il faut généralement compter 600 euros au minimum pour un appartement de 100 m² entièrement infesté.

« Ça marche bien, mais on planifie la plupart du temps de repasser deux semaines après, pour être sûr qu’aucun œuf n’a subsisté et éclos. »

Les produits utilisés par les professionnels sont rémanents, avec des pellicules actives pour tuer les punaises de lit qui n’étaient pas écloses au moment de la désinfection. Mais parfois une punaise ou deux s’en tirent, et il faut vite les éradiquer avant qu’elles ne recommencent à croître et se multiplier. Jonathan conclut :

« Une quatrième solution est en train de voir le jour, un traitement éco-responsable car les gens en ont marre de balancer de l’insecticide. Moi le premier. Il y a des plantes comme le pyrèthre, ou des minéraux comme la terre de Diatomée qui tuent les punaises de lit. Des laboratoires tentent de les concentrer pour un meilleur résultat. »

Il conclut :

« Pour l’instant, les traitements bio ne sont pas aussi efficaces que l’insecticide, mais ça ne saurait tarder. »

Article actualisé le 19/08/2021 à 14h28
L'AUTEUR
Laure Solé

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