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Covid-19 : augmentation de 20% de la mortalité en Savoie et Haute-Savoie
santé  Société 

Covid-19 : augmentation de 20% de la mortalité en Savoie et Haute-Savoie

par Bertrand Enjalbal et Raphaël Da Silva.
Publié le 24 janvier 2021.
Imprimé le 17 juin 2021 à 18:45
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[En graphiques] C’est en Savoie et en Haute-Savoie que la surmortalité a été la plus importante dans la région en 2020. Conséquence, en partie, de l’épidémie de Covid-19. Les chiffres de la mortalité confirment une « deuxième vague » épidémique particulièrement « meurtrière », notamment en Savoie.

Les deux départements savoyards sont, avec la Haute-Loire, les territoires présentant le plus fort excédent de mortalité d’Auvergne-Rhône-Alpes en 2020.

Quelles données ?

L’INSEE a publié les statistiques de la mortalité quotidienne toutes causes confondues, issues de l’état civil, en 2020. Il est donc possible de mesurer, certes partiellement, les effets de la crise sanitaire en cours. Nous avons déjà étudié l’évolution de la mortalité dans le Rhône, l’Isère et la Loire, les trois départements les plus peuplés d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Elle y a augmenté de plus de 20 % en 2020 par rapport à 2019 : +20,25 % en Savoie et +20,8 % en Haute-Savoie. C’est presque 5 points de plus que dans le Rhône par exemple, département d’Auvergne-Rhône-Alpes le plus peuplé, et 12 points de plus que l’excédent de mortalité régional (+7,9% par rapport à 2019).

Selon les données de l’INSEE (dont les plus récentes durant la seconde quinzaine de décembre sont encore à consolider), la Savoie a enregistré 4762 décès en 2020 contre 3960 en 2019 ; la Haute-Savoie comptabilise 7200 décès sur son sol en 2020 contre 5960 en 2019.

Quelle part d’excédent de mortalité imputable au Covid-19 ?

Pourquoi est-ce si dur de connaître l’impact sur la mortalité ?

D’une part, les données restent encore à consolider et les différents organismes proposant des statistiques ne mesurent pas tous la même chose. L’INSEE propose des statistiques concernant la mortalité toutes causes confondues (celles étudiées ici) quand Santé Publique France quantifie les décès imputés au Covid-19.

D’autre part, comme l’expliquent des médecins, épidémiologistes ou démographes, l’épidémie de Covid-19 a entraîné une mortalité directe (les décès liés à la maladie) mais aussi indirecte, entraînée par des retards dans le dépistage ou le traitement d’autres pathologies. Ce sont des conséquences des vagues épidémiques sur le fonctionnement des hôpitaux ou de la peur, dans ce contexte anxiogène, de se rendre dans des centres de soin.

Par ailleurs, la crise sanitaire a fait chuter d’autres causes de décès comme les accidents de la route ou la criminalité. Le Covid-19 a donc causé des morts directes mais aussi indirectes et a participé dans le même temps à réduire d’autres causes de décès.

Pour combien pèse la mortalité au Covid-19 dans cet excédent de surmortalité ? Difficile à dire et c’est toute la difficulté et les limites de ces chiffres.

Un exemple. Selon les chiffres de l’INSEE il y a eu en Savoie 802 décès supplémentaires en 2020 par rapport à 2019. Or, Santé Publique France comptabilise dans le même temps 843 décès attribués au Covid-19 (hôpital, Ehpad et autres établissements de soin) dans le département en 2020. De même, en Haute-Savoie ce sont 1240 décès supplémentaires enregistrés par l’INSEE par rapport à 2019, un département où Santé Publique France recense 1156 décès (au moins) liés au Covid-19 en 2020 dans le département.

Cette apparente incohérence dans les chiffres montrent la difficulté de mesure la part exacte du Covid-19 dans la mortalité globale. Elle s’explique par les différences entre les indicateurs et les effets indirects de la maladie et des mesures sanitaires (voir ci-contre).

En Savoie et Haute-Savoie, une surmortalité durant les vagues épidémiques de Covid-19

Nous avons collecté et représenté les données de la mortalité quotidienne publiées par l’INSEE en 2020 pour la Savoie et la Haute-Savoie. Comme pour le Rhône, l’Isère et la Loire, nous proposons une comparaison de l’année 2020 (de mars à décembre) avec les 10 dernières années (2010 à 2019). En Savoie et Haute-Savoie, la surmortalité est là aussi nettement visible au printemps et à l’automne au moment des vagues épidémiques.

(précisions : pour la comparaison, visualiser les deux courbes orange et bleue les plus opaques. La courbe orange à faible opacité indique la mortalité brute quotidienne en 2020, celle plus opaque est une moyenne quotidienne sur 7 jours glissants. Les courbes bleu faiblement opaques représentent les données quotidiennes pour chaque année de 2010 à 2019, celle plus opaque représente la moyenne 2010-2019).

>> Survoler le graphique pour voir le détail des données / Cliquer ici pour voir le graphique en plein écran

Plusieurs éléments se détachent. D’une part, la surmortalité est bien plus marquée à l’automne qu’au printemps. Particulièrement en Savoie où elle est très légèrement supérieure à la moyenne des dix dernières années à cette période. D’autre part, la surmortalité est supérieure (en volume) en Haute-Savoie. Le 74 connaît toutefois une surmortalité plus exacerbée que dans le 73 au printemps.

Les pics de surmortalité se rencontrent donc dans les deux départements savoyards durant les deux vagues épidémiques de 2020. Ces graphiques ci-dessous représentent l’évolution des indicateurs hospitaliers de l’épidémie de Covid-19 dont les décès (choisir « Décès » dans le menu déroulant pour isoler la courbe des décès). Ils ne sont qu’une partie des décès attribués au Covid-19 puisqu’il ne s’agit ici que de ceux intervenus à l’hôpital. Pour la Savoie, on constate une mortalité bien plus élevée à l’automne.

On retrouve également en Haute-Savoie cette nette différence entre les deux vagues épidémiques de 2020 concernant la mortalité à l’hôpital. Avec un niveau toutefois plus important qu’en Savoie au printemps.

En Savoie, une surmortalité concentrée à l’automne

Évolution de l’épidémie de Covid à Lyon, dans le Rhône et en Auvergne-Rhône-Alpes

En Savoie et Haute-Savoie le niveau d’excédent de mortalité est identique sur l’année 2020. Toutefois, on remarque que la Savoie a connu l’essentiel de sa surmortalité à l’automne, de mi-octobre à mi-décembre environ. Elle apparaît moins déséquilibrée en Haute-Savoie.

On remarque également en Haute-Savoie un léger rebond de la surmortalité en toute fin d’année. Une évolution qui pourrait être corrélée là aussi à l’évolution de la vague épidémique de Covid-19. La Haute-Savoie a longtemps été à cette période le département le plus touché par l’épidémie de Covid-19. Elle avait connu, comme ailleurs un reflux vers la fin du mois de novembre avant de repartir à la hausse. Le département est celui où le premier cluster détecté de la région avait été enregistré au printemps. La Haute-Savoie est aussi le département où le premier cas de contamination par le « variant anglais » du virus a été détecté dans la région.

Une surmortalité très marquée chez les plus âgés

Nous avons isolé les données de la mortalité concernant les catégories d’âge les plus âgées. Ce sont celles les plus fragiles et les plus à risque face au virus et aux formes de la maladie.

On remarque, sans surprise, qu’en Savoie et Haute-Savoie les plus de 65 ans sont les plus touchés par cet excédent de surmortalité. Les deux graphiques de la mortalité (tous âges confondus et plus de 65 ans) se confondent d’ailleurs presque.

>> (Survoler le graphique pour voir le détail des données / Cliquer ici pour voir le graphique en plein écran)

Les données de l’INSEE le montrent bien dans le détail détail.

En Haute-Savoie, la mortalité au printemps (mars-avril) est supérieure de 17 à 22 % par rapport à 2019 et de 31 à 72 % à l’automne (septembre à octobre) dans les tranches d’âge supérieures à 65 ans.

(pour visualiser l’évolution filtrer les graphiquesavec les boutons « 1_mars_avril » « 2_mai_aout » ou « 3_sept_dec » sous les graphiques)

En Haute-Savoie, la mortalité au printemps (mars-avril) est supérieure de 24 à 52 % par rapport à 2019 et de 31 à 63 % à l’automne (septembre à octobre) dans les tranches supérieures à 65 ans.

Dans les deux départements, le premier confinement (période mars-avril) correspond à une chute importante de la mortalité chez les plus jeunes par rapport à 2019.

Une très forte surmortalité à domicile en Savoie et Haute-Savoie

Un autre intérêt de ces chiffres de l’INSEE concerne les lieux des décès. Sans surprise également, on constate en Savoie et Haute-Savoie un fort excédent de surmortalité dans les hôpitaux et les Ehpad.

Toutefois, contrairement à d’autres départements de la région comme la Loire où le Rhône, on remarque à certaines périodes une importante surmortalité dans les décès intervenus à domicile dans ces deux départements.

En Savoie, ils sont en hausse de 86 % par rapport à 2019 au cours de la période de septembre à décembre. Et de 100 % en Haute-Savoie au cours de la même période. Au printemps, ils étaient en augmentation de 46 % en Haute-Savoie alors qu’en Savoie ils se situaient à un niveau équivalent à celui de la même période en 2019.

Est-ce là une possible illustration d’une mortalité « cachée » de l’épidémie de Covid-19 ? La Haute-Savoie a été plus fortement touchée que la Savoie lors de la première vague épidémique du printemps. On retrouve alors logiquement une plus forte surmortalité à l’hôpital qu’en Savoie (+10% contre +5% en mars-avril par rapport à 2019). En revanche la surmortalité à domicile est incomparable : +46 % en Haute-Savoie contre -0,8 % en Savoie par rapport au printemps 2019. À l’automne (septembre-décembre), la surmortalité à domicile est par ailleurs très forte dans les deux départements (+86 % en Savoie et +100 % en Haute-Savoie).

Une situation qui se semble se retrouver dans d’autres départements, notamment plus ruraux, de la région. En Haute-Loire, plus touchée par la deuxième « vague » épidémique de Covid-19, les décès à domicile ont explosé à l’automne 2020 par rapport à 2019 (+186%).

Même chose en Ardèche, département pas épargné par les deux vagues épidémiques. À la même période, les décès à domicile avaient connu une augmentation de 60% par rapport à 2019.

Article actualisé le 07/04/2021 à 16h16
L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal et Raphaël Da Silva

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