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Covid-19 : un important excédent de mortalité dans le Rhône, la Loire et l’Isère
santé  Société 

Covid-19 : un important excédent de mortalité dans le Rhône, la Loire et l’Isère

par Bertrand Enjalbal et Raphaël Da Silva.
Publié le 18 janvier 2021.
Imprimé le 25 octobre 2021 à 07:17
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[En graphiques] L’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes a connu un excédent de mortalité important en 2020. Cette surmortalité ne peut en totalité être attribuée à la Covid-19 même si, comme ailleurs, les pics de mortalité se concentrent autour des deux « vagues » de la crise sanitaire en cours. Et les plus de 65 ans sont les plus concernés. Zoom sur le Rhône, la Loire et l’Isère.

Évolution de l’épidémie de Covid à Lyon, dans le Rhône et en Auvergne-Rhône-Alpes

L’INSEE a publié les statistiques complètes de la mortalité 2020. Il est donc possible à l’échelle d’une année de mesurer, au moins partiellement, les effets de la crise sanitaire actuelle.

Excédent de mortalité de 7,9% en 2020 en Auvergne-Rhône-Alpes

Selon ces données, dont les plus récentes seront encore à confirmer (données de fin décembre encore à consolider), il y a eu 483 731 décès en 2020 en Auvergne-Rhône-Alpes contre 448 015 en 2019 (et 446 157 en 2018). Un excédent de 35 716 morts par rapport à 2019 donc, soit une hausse de la mortalité toutes causes confondues de 7,9 %.

Selon le dernier bilan 2020 de Santé Publique France, ce sont environ 11 287 décès attribués au Covid qui ont été enregistrés dans la région. Ces chiffres concernent les décès à l’hôpital, en Ehpad et autres établissements médicaux, hors décès éventuels à domicile.

La Covid-19 semble donc peser de façon directe pour un tiers environ dans la surmortalité enregistrée en 2020 en Auvergne-Rhône-Alpes.

Une surmortalité durant les vagues épidémiques

Par endroits, cet excédent de mortalité a été bien supérieur. C’est le cas dans les trois départements les plus peuplés de la région : le Rhône (+15,7%), la Loire (+17%) et l’Isère (+17,3%).

Si l’on considère la seule période de mars à décembre, celle des vagues épidémiques, la surmortalité toutes causes confondues est en augmentation par rapport à 2019 de 21% dans le Rhône, de 22,5% en Isère et de 21,7% dans la Loire.

Avec les données de l’INSEE, nous nous sommes intéressés particulièrement à ces trois départements sur la période de mars à décembre concernée par la Covid-19. Nous avons reporté les données quotidiennes de mortalité des années 2010 à 2019 et établi une moyenne pour ces 10 années (courbe verte foncée). Cela afin de la comparer avec les données de 2020 (précision : la courbe violette à faible opacité indique la mortalité brute quotidienne, celle plus opaque est une moyenne quotidienne sur 7 jours glissants).

>> (Survoler le graphique pour voir le détail des données / Cliquer ici pour voir le graphique en plein écran)

Les pics de surmortalité apparaissent clairement au printemps, du 13 mars à début mai, et à l’automne à partir du 14 octobre et spécialement durant le mois de novembre 2020. Deux périodes correspondant aux deux « vagues » épidémiques enregistrées en 2020 et dont la deuxième n’est pas totalement retombée, voire en cours de reprise.

Une « deuxième vague » de l’automne plus « meurtrière »

On observe, à l’instar des décès imputés à la Covid-19, une surmortalité plus réduite au printemps (à l’exception du Rhône). Lors de la vague épidémique de l’automne, la surmortalité est plus marquée dans la durée, spécialement, dans la Loire et l’Isère.

Ainsi, la période de la première vague épidémique du printemps pèse moins que celle de l’automne-hiver dans la mortalité enregistrée de mars à décembre 2020 :

  • Isère :
    • période mars-avril 2020 : 1721 décès contre 1545 en 2019 (+11%), soit 10,2% de l’excédent de mortalité de mars à décembre 2020.
    • période septembre-décembre 2020 : 4540 décès contre 3125 en 2019 (+45%), soit 82% de l’excédent de mortalité de mars à décembre 2020.
  • Loire :
    • période mars-avril 2020 : 1635 décès contre 1400 en 2019 (+16%), soit 16,7% de l’excédent de mortalité de mars à décembre 2020.
    • période septembre-décembre 2020 : 3925 décès contre 2643 en 2019 (+48%), soit 88% de l’excédent de mortalité de mars à décembre 2020.
  • Rhône :
    • période mars-avril 2020 : 3385 décès contre 2450 en 2019 (+38%), soit 37% de l’excédent de mortalité de mars à décembre 2020.
    • période septembre-décembre 2020 : 6382 décès contre 4833 en 2019 (+32%), soit 61% de l’excédent de mortalité de mars à décembre 2020.

Dans la Loire et l’Isère, les mesures sanitaires semblent avoir assez rapidement stoppé la dynamique au printemps. Limitant ainsi le mortalité durant cette période.

Ainsi, dans la Loire malgré un nombre d’hospitalisations dues à la Covid-19 relativement élevé au regard de sa population, la mortalité toutes causes confondues connaît un excédent bien plus limité qu’à l’automne.

Le Rhône, lui, semble avoir davantage subi dans un premier temps. A l’automne, la surmortalité est supérieur et dure elle aussi davantage dans le temps. Elle n’atteint toutefois pas les pics de la première « vague » épidémique de Covid-19.

Une surmortalité qui touche surtout les plus de 65 ans

>> (Survoler le graphique pour voir le détail des données / Cliquer ici voir le graphique en plein écran)

Une autre corrélation concerne la population touchée par cette surmortalité. On sait désormais que les plus de 65 ans sont les plus à risques face au Covid-19. Nous avons isolé les mêmes données pour les plus de 65 ans pour les départements du Rhône, de l’Isère et de la Loire.

La comparaison montre que, dans ces trois départements de la région, la surmortalité est plus marquée chez les plus de 65 ans. Encore une fois, il s’agit d’une corrélation, l’excédent de mortalité ne pouvant être attribué totalement au Covid-19. Cette surmortalité est aussi imputable à l’évolution plus structurelle de cette catégorie de la population directement concernée par le vieillissement.

65-75 ans plus touchés à l’automne qu’au printemps

Dans le détail des tranches d’âge, on voit que les plus jeunes sont peu voire pas concernées par un excédent de mortalité selon les périodes en 2020.

En Auvergne-Rhône-Alpes, on remarque que la mortalité a essentiellement concerné les tranches d’âge les plus âgées. La période automnale et le début de l’hiver présente un excédent de mortalité plus important qu’au printemps (mars-avril).

On remarque également que les tranches d’âge de 74 à 85 ans et plus de 85 ans ont été largement affectés durant ces deux périodes de vagues épidémiques de Covid-19. La tranche d’âge des 65 à 75 ans l’est de façon nettement plus marquée au cours de l’automne dans les trois départements. C’est le cas notamment dans la Loire  :

(pour visualiser l’évolution cliquer sur la croix sous les graphiques et filtrer le tableau avec les boutons « 1_mars_avril » « 2_mai_aout » ou « 3_sept_dec » sous les graphiques)

Et aussi en Isère :

Mais aussi dans le Rhône même si cette tranche d’âge était déjà plus touchée au printemps :

La Savoie et la Haute-Savoie, plus fort excédent de surmortalité en 2020

L’excédent de mortalité enregistré en 2020 est de l’ordre de 9 % au plan national et de 8 % environ en Auvergne Rhône-Alpes. Le Rhône, la Loire et l’Isère ont connu une plus forte surmortalité encore en 2020. Ce ne sont toutefois pas ceux qui ont connu le plus fort excédent de mortalité dans la région. Les deux Savoie, fortement touchées par la deuxième « vague » épidémique de novembre, présentent une mortalité toutes causes confondues en hausse de 20 % par rapport à 2019.

Covid-19 : une cause directe et indirecte de décès

Corrélation n’est pas causalité. Encore une fois, l’ensemble de l’excédent de mortalité ne peut être attribué directement à la Covid-19. Sa part dans la surmortalité reste difficile à mesurer précisément.

Elle est directe (les décès attribués à la maladie) mais aussi, comme l’expliquent de nombreux médecins, indirecte. L’encombrement des hôpitaux ou la peur de s’y rendre a engendré des reports d’opérations, d’examens médicaux voire dans certains cas une absence de consultation. Une situation qui a pu retarder ou empêcher la prise en charge d’autres pathologies et engendrer des décès.

Elle demeure toutefois non négligeable. D’autres causes de décès comme la criminalité ou les accidents de la route ont chuté dans le même temps en 2020 comme l’indique l’INSEE.

Enrichissons l’analyse !

Après avoir réalisé un important travail de collecte et traitement des données (voir le détail via le lien sous les graphiques), nous avons cherché à joindre de nombreux interlocuteurs. Tout cela pour affiner l’analyse de ces données, leur compréhension, leur usage mais aussi expliquer certaines différences territoriales ou du moins tenter de le faire.

Nous avons pour cela contacté des médecins, la faculté de médecine de Lyon ainsi que l’Université Lyon 1 dont elle dépend. Sans réponse. Nous avons contacté les CHU de Grenoble, de Saint-Étienne et les Hospices Civils de Lyon (HCL). Les deux premiers ne nous ont pas répondu, les HCL nous ont indiqué de nous tourner vers l’Agence Régionale de Santé d’Auvergne-Rhône-Alpes. Cette dernière nous a orientés vers Santé Publique France qui ne nous a pas répondu.

Il manque alors certainement des éclairages intéressants à notre analyse ou peut-être, mais nous ne l’espérons pas, des erreurs d’interprétation. N’hésitez donc pas à commenter pour enrichir ce travail. Si des lecteurs et lectrices plus avisé-es encore et/ou concerné-es par le sujet passent par ici et veulent nous contacter plus longuement, c’est évidemment avec plaisir : hello[a]rue89lyon.fr

Article actualisé le 07/04/2021 à 16h01
L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal et Raphaël Da Silva

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