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Olympique Lyonnais : Jean-Michel Aulas, tes supporters craignos, ça commence à se voir
Société 

Olympique Lyonnais : Jean-Michel Aulas, tes supporters craignos, ça commence à se voir

actualisé le 04/10/2018 à 12h53 : avec les propos de Jean-Michel Aulas mardi 25 septembre en début de soirée et les condamnations des supporters interpellés

Texte aux relents fascistes en tribune, supporters marseillais pourchassés dans le stade… Quatre jours après le salut nazi d’un supporter, de nouveaux incidents graves ont eu lieu lors d’un match de l’Olympique Lyonnais. Le club et son président Jean-Michel Aulas pourront-ils tenir encore longtemps, avec la seule promesse de tout faire cesser ?

Le match était à risque. Depuis quelques saisons désormais, la rivalité sportive entre l’Olympique Lyonnais et l’Olympique de Marseille est féroce. Jean-Michel Aulas et ses homologues marseillais attisent d’ailleurs assez souvent la pression autour des matchs entre les deux équipes. Et ce dimanche 23 septembre, le préfet du Rhône avait encore interdit de déplacement à Décines les groupes de supporters marseillais.

« Vérole sudiste », supporters marseillais « anti-français »

Lors de leur dernière venue au Groupama Stadium lors de la finale de League Europa en mai dernier, ils avaient laissé une petite facture en dégradations. Leur absence ce dimanche n’a pourtant pas empêché quelques débordements en tribunes.

La soirée avait commencé par la distribution dans le virage nord du fascicule édité par les Bad Gones. L’édito du principal et plus grand groupe de supporters de l’OL était particulièrement gratiné. Il a rapidement circulé sur les réseaux sociaux.

Il s’en prenait aux Marseillais et à Marseille dans un mélange de clichés et de relents fascistes. Marseille, une « ville sale » à « l’accent insupportable » peut-on notamment y lire. Plus saumâtre en revanche sont les qualificatifs de « vérole sudiste » et « d’anti-français » pour désigner les ultras marseillais réputés antifascistes.

Après le premier but marseillais, des supporters de l’OM présents dans les tribunes latérales du stade ont manifesté leur joie. Après des provocations mutuelles, certains supporters marseillais ont été pourchassés par des supporters lyonnais venus des deux virages du stade. Certains ont été frappés. D’autres ont dû être exfiltrés par la sécurité du stade.

Pour ces violences, cinq personnes ont été interpellées dimanche soir. Deux d’entre elles, des hommes de 31 et 34 ans, sont jugées ce mardi 25 septembre en comparution immédiate pour violences volontaires a indiqué Lyon Mag. Des mouvements et des incidents qui ont rappelé ceux très graves survenus lors du match contre Besiktas en avril 2017

[EDIT 26 septembre] Un supporter lyonnais a écopé de 300 euros d’amende pour avoir balancé une bouteille et ouvert le front d’un supporter marseillais. Un supporter marseillais a lui écopé de deux mois de prison avec sursis pour avoir enfreint l’interdiction de déplacement et avoir menacé un policier, selon Lyon Mag

Pour Jean-Michel Aulas ce n’est « pas diffamatoire »

Ce nouvel épisode interroge une fois de plus la relation entre le club et ses supporters. À la sortie du match, le président Jean-Michel Aulas s’est contorsionné pour condamner les propos sans pour autant s’en prendre de façon frontale à ses supporters.

Il a bien jugé qu’il s’agissait d’un « tract odieux, inadmissible et totalement inapproprié » mais a fait mine de vouloir aller plus loin contre ses supporters. Allant presque jusqu’à regretter que ses supporters n’aient pas écrit pire atrocités pour pouvoir agir :

« Si j’en avais la possibilité, j’aurais porté plainte parce que ce tract tente de discréditer un club ayant une image formidable auprès de tous les clubs européens. Mais il n’est pas diffamatoire en tant que tel ».

Pas de bol, le préfet de région n’a pas la même analyse juridique. Stéphane Bouillon a fait savoir lundi 24 septembre qu’il avait signalé au procureur de la République le texte « insultant et diffamatoire » des Bad Gones. Il indique agir au nom de l’article 40 du code de procédure pénale qui oblige « les haut-fonctionnaires de porter à connaissance au magistrat tout acte pouvant être considéré comme un crime ou un délit ».

[EDIT 4 octobre 2018] Dans l’attente des suites possibles de ce signalement part le préfet, les autorités du football français ont statué de leur côté. La commission de discipline de la Ligue française de football a condamné l’Olympique Lyonnais à 10 000 euros d’amende avec sursis pour le tract des Bad Gones et le jet d’objets dans la tribune nord.

Jean-Michel Aulas fait parapluie, mais jusque quand ?

Une fois encore, Jean-Michel Aulas a sorti le parapluie. Il a assuré à qui voulait bien le croire que tout serait fait pour stopper les agissements de certains de ses supporters. Morceaux choisis dans l’Équipe ou 20Minutes Lyon :

  • « Je suis déterminé pour que cessent de tels agissements dans notre stade. On doit être irréprochable. L’équipe l’est devenue cette semaine sur le terrain, l’équipe de sécurité doit l’être aussi »,
  • « Je ferai en sorte que tout ça ne se reproduise plus. Il ne faut pas se laisser déborder par une frange extrémiste »,
  • « Ces gens-là veulent exister par ce biais mais ils n’ont pas idée de la détermination que j’ai pour que ça cesse ».

À quelques tournures de phrases près, il avait déclaré la même chose par le passé :

La pression mise sur Jean-Michel Aulas pour agir enfin

Cette décision du préfet peut-être interprétée comme un signal fort en direction de Jean-Michel Aulas et de l’OL. Une manière de leur rappeler encore une fois que le ménage n’est pas fait dans leurs tribunes.

Le 12 avril dernier, une réunion s’était déjà tenue à la préfecture de région à Lyon. Elle faisait suite aux violents agissements de hooligans lyonnais qui avaient agressé un policier avant le match contre le CSKA Moscou. Des membres de groupes de supporters du virage nord étaient présents dans la délégation du club. Certains de leurs membres faisaient partie des personnes impliquées.

Le virage sud est plus fréquemment pointé du doigt pour ses éléments d’extrême droite radicale et violente et ses groupes indépendants. Les récents évènements semblent montrer que le ménage n’est pas complètement fait non plus dans le virage nord.

Ce mardi 25 septembre, dans une interview au journal L’Équipe en marge de la présentation d’une nouvelle recrue de l’équipe féminine, le président lyonnais a indiqué que le club rencontrerait les groupes de supporters. Et qu’une nouvelle réunion se tiendrait en préfecture. Ce sera le 4 octobre prochain. Deux réunions avec le préfet en six mois à peine à cause des débordements de certains supporters de l’OL.

Dans l’après-midi, un petit coup de pression était même venu du sponsor du club qui donne son nom au stade. Dans un communiqué, Groupama ne veut pas que son nom soit associé aux agissements violents et racistes de certains supporters de l’OL :


Histoire de bien faire passer le message, Groupama menace même, selon Lyon Capitale, de remettre en question le prolongement du naming du stade.

Aulas et la figure du chef de famille

Sur cette question, Jean-Michel Aulas la joue chef de famille. Bien obligé de reconnaître les dérives de certains de ses supporters mais incapable, au moins publiquement, de les renier. Une attitude qu’il complète avec celle plus classique du grand chef à plumes derrière lequel se rallier quand la tribu est attaquée.

Cela donne alors dans le texte :

« C’est contre les valeurs du club, de tout ce qu’on fait depuis trente ans. Je suis déçu, abattu quand je vois ça et l’utilisation qu’en font nos adversaires ».

Il y a souvent chez lui comme un réflexe à invoquer l’attaque extérieure. Quand bien même les problèmes sont aussi ou entièrement nés sous son toit. Après les violences contre Besiktas il avait crié à l’agression des Turcs avant de finalement devoir reconnaître les violences de certains de ses supporters.

Face à l’accumulation ces deux dernières années, et particulièrement cette semaine, de faits graves et à caractère raciste, Jean-Michel Aulas doit donner la fessée. Il laisse entendre qu’il pourrait aller jusqu’à dissoudre le groupe des Bad Gones. On le voit mal faire disparaître son principal groupe de supporters. Il les enjoint surtout à communiquer et à clarifier leur position :

« Ils ont une approche très démocratique. Ils sont 6500 adhérents et mènent des réunions internes. J’espère qu’on les a convaincus de le faire. La réactivité doit les amener à le faire [dénoncer le tract] », déclare-t-il à L’Équipe.

Une mauvaise foi stratégique ?

Mais ne comptez pas sur lui pour trop accabler son institution. Revenant sur les dernières affaires de violences dans son stade, il n’en démord pas : « Besiktas, c’est un défaut des renseignements généraux » et concernant le match contre Moscou « ça s’est passé en dehors du terrain ».

Les incidents lors de cette rencontre du 15 mars dernier ont valu à l’OL une sanction disciplinaire. Le club devra disputer son premier match à domicile de Ligue des Champions, contre le Shaktar Donestk (Ukraine), à huis clos. Et ça, Jean-Michel Aulas ne semble pas arriver à l’avaler. Il indique au quotidien sportif qu’il veut encore faire changer la décision de l’UEFA en saisissant un tribunal suisse pour aller plus vite que le recours engagé auprès tribunal arbitral du sport.

Et à vouloir défendre son club on ne sait alors plus très bien s’il fait preuve de mauvaise foi stratégique ou d’amnésie plus inquiétante sur la nature raciste des incidents incriminés.

« L’UEFA ne comprend pas qu’en France, la règle est différente. On n’a pas le droit d’intervenir sur la voie publique. Sur notre secteur, il n’y a pas eu d’incidents. (…) Les faits reprochés sont à l’extérieur du stade. »

Au risque de nous répéter de façon certaine, rappelons que les faits en question sont graves. À l’extérieur du stade ce soir-là, une centaine de hooligans s’en est pris à des policiers dont une vingtaine finira par en  tabasser un au sol. Si le club n’est pas juridiquement responsable de la sécurité dans cette zone, les faits n’en restent pas moins graves. Surtout, ces mêmes supporters ont été pour quelques uns interpellés ou identifiés par la suite à l’intérieur du stade. Certains appartiennent à des groupuscules d’extrême droite.

Difficile donc d’évacuer la question pour Jean-Michel Aulas. Qui semble en plus oublier que la sanction de l’UEFA condamne aussi des saluts et banderoles nazis ce même soir ainsi qu’une « agression d’un supporter de couleur ». Des faits qui eux se sont déroulés à l’intérieur de son stade.