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Incidents avant le match OL – CSKA Moscou : dix-huit mois de prison pour un hooligan lyonnais
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Incidents avant le match OL – CSKA Moscou : dix-huit mois de prison pour un hooligan lyonnais

actualisé le 31/05/2018 à 10h43

Ce jeudi 15 mars, des affrontements ont eu lieu avant le match entre l’OL et le CSKA Moscou. Plusieurs dizaines de supporters lyonnais s’en étaient pris à des policiers.

Interpellé après le match, l’un d’entre eux a été jugé ce lundi et a de dix-huit mois de prison ferme et trois ans d’interdiction de stade. Un cas qui éclaire sur la présence aujourd’hui encore de hooligans parmi les supporters de l’Olympique Lyonnais.

« – (La juge) Pourquoi avez-vous lancé ces projectiles sur les policiers ?
– (Le prévenu) J’ai suivi le groupe.
– Ils sont là pour quoi les policiers à votre avis ?
– Pour la protection.
– Selon vos opinions politiques, c’est justement ce que vous revendiquez, non ? Vous êtes pour une démarche sécuritaire. C’est contradictoire de faire ça.
– C’est absurde, je le reconnais. »

Le sous-entendu est assez évident mais jamais énoncé clairement par la présidente du tribunal. Romain B., l’a pourtant éclairci en garde-à-vue : son penchant politique, c’est l’extrême droite. Le procureur a indiqué de son côté, lors de l’audience, que les individus qui l’accompagnaient sont « à peu près les mêmes qu’on retrouve dans le Vieux-Lyon dans les manifestations contre l’extrême gauche ».

Avec ce procès, c’est la présence encore aujourd’hui de hooligans parmi les supporters de l’Olympique Lyonnais qui est mise en lumière. Et leurs liens avec les groupuscules d’extrême droite comme le GUD devenu Bastion Social : le  nom de ce groupuscule violent n’a jamais été mentionné au cours de l’audience, mais son chef local, Steven Bissuel, était présent dans la salle.

Une centaine de hooligans en noir

Romain B. est arrivé au stade ce jeudi 15 mars au soir en tramway. Après avoir « bu une bière » au bar où se retrouvent ses amis, il fait partie d’un groupe d’une centaine de supporters.

« Habillés en noir, avec des capuches ou des cache mentons pour ne pas être reconnus », détaille la juge.

Sauf lui. Sa veste bleue le trahira sur les images vidéo qui serviront à son interpellation à la fin de la rencontre. Ce lundi 19 mars, à l’audience, il est « habillé comme il l’était quand il a été interpellé », selon son avocate. Dans le box des prévenus, ce jeune carrossier de 23 ans résidant dans la Loire, se tient droit en survêtement gris. Loin, aux yeux de la défense, des inquiétants individus en « rangers et bombers » décrits un peu plus tôt par la procureur.

Il est 20 heures environ ce jeudi 15 mars. Peu de temps après son arrivée aux abords du Parc OL de Décines, le groupe s’en prend aux forces de police. Jusqu’ici on ne savait rien d’autre que le bilan froid de la soirée : une voiture de police caillassée et huit policiers blessés. Le récit des affrontements lors de cet avant-match rend compte d’une grande violence.

La troupe arrose les forces de police de « cannettes en verre, de pavés » et « ils font usage de mortier ». Il s’agit d’un équipage de la BAC antiterroriste. Ils sont quatre autour du véhicule de police. Ils ne sont pas concernés par la gestion des supporters et sont donc plus isolés des autres forces mobilisées, notamment les CRS.

Ils ripostent avec des gaz lacrymogènes et des grenades de désencerclement. La centaine d’individus continuent d’avancer vers eux, certains avec des barres de fer, selon le rappel des faits de la présidente du tribunal. Les policiers sont obligés de reculer et d’abandonner leur véhicule qui sera copieusement endommagé.

« Le policier est littéralement lynché »

Un des quatre policiers pris à parti tombe alors au sol. « À cause des jets de projectiles et de pierres comme le montrent la vidéo », a estimé le procureur. Une vingtaine d’entre eux s’attaque à lui. « Une horde de supporters lui tombe dessus, il est littéralement lynché », dit la juge.

« J’ai juste entendu ‘Faut y aller’, raconte le policier blessé présent à l’audience. Je ne peux les reconnaître à ce moment-là. Ils sont cagoulés. Je pense à me protéger. Ça doit durer 30 ou 40 secondes. Quand je tombe, ce sont des coups de pieds que je reçois essentiellement. Puis je dois perdre connaissance un peu, après je peux pas vous dire. »

Dans un premier temps, Romain B. a nié les faits. Face aux images de vidéosurveillance, il a reconnu avoir « envoyé deux ou trois cailloux ». Il nie en revanche avoir frappé le policier au sol. À l’audience, il a maintenu cette version malgré les images le montrant, selon la juge et le procureur, « le pied tendu vers le policier au sol ».

« J’étais parti pour lui donner des coups, c’est vrai. Quand j’ai vu tout le monde qui s’acharnait sur lui, j’ai trouvé ça lâche et j’ai rejoint le gros du groupe », s’est-il défendu.

Selon son avocate, « il n’y a aucun élément objectif pour dire qu’il a porté des coups ». Pour le procureur en revanche, il est encore présent près du policier au sol alors qu’il ne reste plus que deux ou trois des membres de son groupe autour de lui.

Les coups ont été violents. Malgré ses protections importantes, le policier de la BAC est blessé au dos, au visage, au thorax et au tibia.

« On se demande avec quelles blessures il serait sorti, sans ça », s’interroge la juge.

Ce lundi 19 mars, le casier judiciaire de Romain B., vierge jusqu’ici, s’est rempli. Il a écopé de dix-huit mois de prison ferme sans mandat de dépôt, ainsi que d’une interdiction de trois ans de toute enceinte sportive où se déroulerait une rencontre de l’Olympique Lyonnais. Et obligation de pointage à la mi-temps des matchs, à la gendarmerie la plus proche de son domicile.

Les policiers craignaient plutôt les supporters russes

Le jeune homme n’est pas abonné au Parc OL.

« J’ai dû faire trois ou quatre matchs cette année », a-t-il indiqué.

Pour le procureur, même s’il ne prononce pas le mot, il faisait partie d’un groupe de hooligans dont « aucun ne portait d’écharpes ou de maillots de l’OL » et qui a mené une opération préméditée. Par qui ? « Par des gens d’extrême droite, que Romain a suivie peut-être ».

Pourquoi s’en prendre à des policiers ? Personne n’a su apporter de réponse. « C’est nouveau », a admis le procureur. La police elle-même ne pensait pas que les coups viendraient de ce côté.

« On ne s’y attendait pas. L’ambiance était calme aux abords du stade à cette heure-là. On a passé la journée à escorter les supporters russes dans Lyon et à éviter des débordements. Tout s’était très bien passé », a témoigné le commissaire présent ce jeudi soir aux abords du stade.

Les derniers affrontements en date, impliquant des supporters de l’OL, étaient dirigés vers ceux des équipes adverses -comme lors du match contre Besiktas ou l’AS Roma. Deux clubs réputés pour leurs supporters d’extrême gauche.

L’OL visé par une enquête de l’UEFA pour des saluts nazis

En plus de ces graves incidents avant le match impliquant des militants d’extrême droite, d’autres faits ont émaillé la rencontre de Ligue Europa contre le CSKA Moscou. On a appris ce lundi 19 mars que l’UEFA a ouvert une enquête disciplinaire contre l’Olympique Lyonnais pour « lancement d’objets et le déclenchement de feux d’artifice, des troubles dans le stade, des escaliers bloqués et un comportement raciste ».

À ce sujet, l’organisation européenne du football indique qu’il s’agit « de symboles nazis dans le stade, de salutations nazies et de l’attaque d’un spectateur de couleur. »

Les violents affrontements à l’extérieur et à l’intérieur du stade lors de la rencontre contre le club turc de Besiktas, il y a près d’un an, planent toujours sur le club lyonnais. L’UEFA avait décidé d’exclure l’OL de toutes compétitions européennes pour lesquelles il parviendrait à se qualifier avec un sursis de deux ans. En cas de récidive durant ce délai, l’OL serait alors automatiquement exclu de compétition européenne la saison suivante.

Après les incidents graves contre la police d’avant match jeudi 15 mars, le club avait alors rapidement communiqué. Pour se dédouaner :

« Les graves incidents intervenus jeudi avant le match d’Europa League contre le CSKA Moscou avec l’agression de membres des forces de l’ordre, ont eu lieu sur la voie publique, donc en dehors du périmètre de responsabilité du club, comme l’ont signalé dès jeudi soir au club le délégué du match et le délégué chargé de la sécurité de l’UEFA présents au match. »

Les liens entre l’appartenance à un mouvement d’extrême droite et certains groupes de supporters lyonnais ne datent pas d’aujourd’hui. Notamment au sein du virage sud (du temps du stade de Gerland et de l’actuel Parc OL). Un virage visé à dessein par les supporters turcs de Besiktas en 2017.

De son côté, la présence du responsable local du GUD à l’audience laisse entendre une proximité avec l’accusé. En pleine tentative de normalisation avec sa nouvelle vitrine du Bastion Social, il ne cache pas ses liens avec des éléments violents.