Politique  Tribune 

A Grenoble, « Eric Piolle mène une politique plus écolo que sociale »

actualisé le 20/03/2015 à 15h41

Ecologiste élu maire de Grenoble (sur une liste d’union avec le Parti de gauche) il y a tout juste un an, Eric Piolle a pris la place des socialistes qui se trouvent dans l’opposition. Passée la phase d’observation de ce qui se veut un « laboratoire politique d’une autre gauche », les critiques se font de moins en moins discrètes.

Comme chez Paul Bron, ex-adjoint à l’Education, élu d’opposition du groupe « Rassemblement de gauche et de progrès » (socialistes et apparentés), qui a sollicité Rue89Lyon pour cette tribune, « Grenoble : le risque de l’entre-soi ».

Paul Bron, élu "Rassemblement de gauche et de progrès" (socialistes et apparentés), groupe d'opposition à Grenoble.

Paul Bron, élu « Rassemblement de gauche et de progrès » (socialistes et apparentés), groupe d’opposition à Grenoble. Crédit : Victor Guilbert.

Voici donc une année, que le premier maire écologiste d’une grande ville est arrivé au pouvoir. A l’heure de la présentation de son premier budget il est intéressant, du point de vue d’un élu de l’opposition de gauche, membre du mouvement citoyen local GO Citoyenneté, de pointer les principaux marqueurs de cette majorité de gauche atypique.

Notons tout d’abord une façon d’être simple et moderne. De la baisse des indemnités des élus au non cumul des mandats, du maire en vélo aux élus décontractés, nous découvrons un style nouveau et sobre, une pratique renouvelée de la politique. De même, la volonté affichée et pratiquée de co-construction, reste un acte d’ouverture même si elle nécessite encore de trouver un véritable ancrage populaire.

Des mesures pour un électorat jeune et diplômé

Mais le principal marqueur de cette première année, signe une dominante bien plus écolo que sociale.

De l’écologie, le maire Eric Piolle en a fait son porte drapeau, parfois à grands coups médiatiques, pour des mesures somme toute symboliques : suppression d’une partie des panneaux Decaux, végétalisation des bas d’immeuble en centre-ville, diminution des antennes relais, police à cheval… Et aujourd’hui, pose de cendriers urbains en ville !

Présentées comme des « mesures qui montrent qu’il est possible de changer Grenoble » ces actions répondent surtout à une partie très ciblée de son électorat. Un électorat plutôt jeune, diplômé, sensible à l’écologie et situé dans les quartiers nord de la ville.

Pourtant Grenoble reste une ville socialement fragile qui n’échappe à l’évolution de la pauvreté. Pleine de contrastes, la ville cumule les inégalités socio économiques dans certains quartiers. Elle subit une hausse des inégalités sociales et scolaires, 28% des enfants de moins de 3 ans vivent dans un ménage à bas revenu et 22% des familles sont en dessous du seuil de pauvreté.

 

Aucun projet contre les inégalités sociales

Depuis plusieurs années, avec l’évolution de la précarité, émergent des demandes nouvelles. De plus en plus de femmes seules, de jeunes, de travailleurs pauvres, mais aussi des cadres, ou des retraités, viennent demander de l’aide dans les mairies.

Les élus municipaux se définissent maintenant eux-mêmes, comme « le dernier bouclier social ».

Mais aucun projet phare n’est porté par la majorité municipale grenobloise concernant la réduction des inégalités sociales. Les promesses de campagne affichaient la mise en place d’un « bouclier social qui protège les habitants et notamment les plus fragiles».

A ce jour pourtant, le maire annonce seulement la reconduction, à l’identique comme l’équipe précédente, du budget du CCAS, sans que des projets nouveaux viennent compléter une politique sociale encore très floue.

La politique urbaine est l’un des éléments essentiel de la lutte contre la ségrégation sociale. Grenoble est une ville plate, cernée par les montagnes. Plus que d’autres villes, il est nécessaire de reconstruire la ville sur la ville pour libérer de l’espace au sol et éviter l’étalement urbain.

 

Il faut revoir les plans d’urbanisme

Le projet municipal de bâtir une ville « apaisée où il fait bon vivre », supposera de limiter l’évolution de la population, de revoir les plans d’urbanisme pour limiter la densité. Les ZAC Esplanade et Flaubert ont déjà été, soit supprimée pour la première, soit réduite pour la seconde.

Pour respecter la loi Duflot et arriver à 25% de logements sociaux à l’horizon 2025, il faut construire 700 logements chaque année dont la moitié en logement social. Même reconsidéré au niveau de la Métropole, cet objectif est en contradiction avec le projet municipal. Pourtant une politique dynamique de développement urbain est indispensable pour répondre à la diversité de la demande, et les ZAC sont l’un des maillons essentiel d’une politique communale de logement.

Plus le logement est rare, plus il est cher et exclusif car il renvoie les ménages moins aisés à la périphérie.

Je crains qu’une telle politique soit contraire à la diversité sociale et à la solidarité, favorise une ville de l’entre-soi.

 

Une fuite en avant des projets écolos

C’est dans la première année qu’une nouvelle équipe municipale installe sa politique de changement et/ou de rupture. A ce jour, à Grenoble, la concertation citoyenne est réelle et omniprésente mais reste un processus qui s’inscrit dans la durée.

Si l’avancée écologique est visible, les politiques éducatives, sociales, économiques sont hésitantes et sans charpente. La presse nationale encense ce maire atypique, nous avons l’impression, à Grenoble, d’une fuite en avant de projets écolos, qui délaisse tous les autres aspects de la vie quotidienne – vie associative, sécurité, logement, développement économique, action sociale, solidarités – renvoyés au statut de « on verra plus tard, avec la co-construction » comme une façon de botter en touche.

Il faut encore aller plus loin et oser le changement social. Il existe des projets locaux où l’utopie peut devenir réalité, comme par exemple : le pacte fiscal, le bouclier social ou la gratuité des transports publics. Mesures qui associent les préoccupations sociales et écologiques et touchent la vie quotidienne des grenoblois et particulièrement les plus démunis.

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