Grenoble sous ma loupe
Chronique politique écrite depuis Grenoble par Victor Guilbert. Un regard critique sur l'atelier municipal dite d'une "autre gauche", ce "laboratoire" d'expériences politiques initié en 2014 dans la capitale des Alpes.
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À Grenoble, la gratuité des transports pour les jeunes en sursis

actualisé le 11/03/2015 à 22h55

Promise par le maire écolo Eric Piolle mais compromise par une bataille budgétaire avec les socialistes du conseil général de l’Isère, la gratuité des transports en commun pour les 18-25 ans est reportée sine die. Elle s’invite toutefois dans la campagne des élections départementales.

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En campagne, Eric Piolle promettait la gratuité des transports en commun pour les 18-25 ans. Quartier Saint-Bruno à Grenoble. Crédit Photo : VG/Rue89Lyon.

Il y a tout juste un an, les jeunes militants de l’équipe d’Eric Piolle poussaient les frontières de la campagne municipale jusqu’à Saint-Martin-d’Hères, commune voisine de Grenoble accueillant le campus de l’agglomération et ses 61 000 étudiants.

À la sortie du tramway et devant les amphis, ils distribuaient un tract appelant les étudiants grenoblois à voter pour la liste du « rassemblement » des écologistes, du parti de gauche et du réseau citoyen. Sur le prospectus figuraient les raisons pouvant les inciter à faire ce choix de bulletin dans l’isoloir. La gratuité des transports pour les jeunes de 18 à 25 ans occupait la première place.

Le candidat Eric Piolle défendait sa mesure :

« C’est un moyen de modifier les comportements de mobilité pour l’avenir, mais aussi d’autonomiser les jeunes – souvent dépendants de leurs parents – qui ne peuvent pas bénéficier des minimas sociaux avant l’âge de 26 ans ».

« 217 euros par an, c’est énorme »

Douze mois plus tard, l’écolo a depuis ravi le fauteuil du maire, mais Pauline Collet, présidente du syndicat étudiant UNEF à Grenoble, regrette le statu quo.

« Nous demandons une application de cette mesure dès la rentrée 2015 ou 2016, car le mandat municipal dure 6 ans et beaucoup d’étudiants ayant voté pour lui ne seront plus concernés par la gratuité si elle est mise en place plus tardivement dans le mandat ».

En septembre, une pétition sur le campus recueillait plus de 3000 signatures pour accélérer le processus.

Si la gratuité est aussi populaire et attendue, c’est que le coût du transport occupe une place considérable dans le budget étudiant. En 5 ans, il a augmenté de 50 euros, en moyenne. À Grenoble, l’abonnement étudiant coûte actuellement 217 euros par an, ou 27,10 euros par mois.

« C’est énorme ! Alors on constate de plus en plus de cas de fraude assumée pour en faire l’économie », commente Pauline Collet.

Les transports urbains grenoblois au régime sec

La mise en oeuvre de la gratuité pour les jeunes, initialement prévue dans les deux premières années de mandat, est donc désormais reportée sine die. Car le financement de la mesure est évidemment le problème. Si elle était instaurée, il s’agirait d’une nouvelle perte de recettes de 3,8 millions d’euros par an difficile à encaisser pour le syndicat mixte des transports en commun (SMTC) déjà soumis à de sérieuses privassions budgétaires.

Saisissant l’opportunité du passage en métropole de la communauté d’agglomération de Grenoble, le 1er janvier dernier, le conseil général de l’Isère a souhaité se désengager du financement des transports urbains au profit de l’entretien des routes départementales. À travers un amendement à son budget 2015, Alain Cottalorda, le président socialiste du département a réduit la contribution au SMTC de 11,5 millions d’euros. Au terme d’un accord budgétaire durement trouvé, la subvention du département s’élève finalement en 2015 à  25 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 6 millions d’euros d’investissement.

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Le syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération grenobloise (SMTC) accuse une perte budgétaire de 23 millions d’euros en 2015. Arrêt de tram Palais de Justice à Grenoble. Crédit Photo : VG/Rue89Lyon.

Mais la Métro, financeur paritaire avec le département, a dû s’aligner sur cette cette baisse. Bilan de l’opération : un manque à gagner de 23 millions d’euros sur le budget 2015 (207,6 millions d’euros) de l’instance chargée d’organiser les transports en commun dans l’agglomération.

Le groupe écologiste du département a aussitôt déposé un recours gracieux contre cet amendement. Simple démarche de politesse avant que le contentieux soit porté devant le tribunal administratif.

 

Les transports qui déchirent la gauche

Le dernier levier de financement du SMTC est lui aussi grippé. Le versement transport des entreprises (104 millions d’euros pour 2015) a atteint son seuil plafond.

En pleine campagne pour les élections départementales du 22 et 29 mars prochains, la gauche s’écharpe sur ce dossier du financement des transports urbains, alors que la droite part favorite pour reprendre le département.

Les socialistes assument le régime sec, exceptés les proches de Christophe Ferrari, le président de la métropole grenobloise, isolés au sein de la fédération du PS de l’Isère.

Les écologistes et leurs alliés promettent un rétropédalage en cas de victoire.

Enfin, les communistes – qui ont voté majoritairement pour la réduction de la contribution budgétaire au SMTC – s’engagent dans un inconfortable grand écart en revendiquant désormais la gratuité pour tous au sein d’un collectif.

 

Christophe Ferrari court-circuite les écolos

Profitant de ce flottement, Christophe Ferrari a formulé une suggestion aux représentants de l’UNEF.

« J’ai proposé que [l’inclusion dans] la tarification solidaire soit étudiée pour les étudiants boursiers. Il n’y a pas d’accord conclu même si je sais que l’UNEF est favorable à cette idée ».

Soit un abonnement mensuel à 2,5 euros pour les intéressés. La mesure serait applicable dès la rentrée universitaire prochaine, selon le syndicat étudiant.

En relançant ainsi le débat, le socialiste court-circuite ses alliés écologistes à la métropole. Si la mesure venait à être adoptée à la rentrée prochaine, c’est lui qui en tirerait le bénéfice politique.

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Eric Piolle (EELV), maire de Grenoble ; Christophe Ferrari (PS), président de la Metro ; Yann Mongaburu (EELV), président du SMTC et Alain Cottalorda, président du conseil général de l’Isère. Le 18 septembre 2014 à Grenoble. Crédit Photo : Christian Pedrotti/La Metro

La crainte du renoncement

En réponse à ce qu’il considère comme une « prise de conscience des socialistes », Yann Mongaburu, le président écolo du syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération grenobloise (SMTC) cherche désormais à reprendre la main sur le cours des échanges.

Il annonce la commande d’une étude sur le taux d’effort des transports sur le budget de chaque catégorie de la population.

« C’est bien le SMTC qui aura à délibérer sur la tarification pour la rentrée prochaine d’ici le 30 juin, sur la base de ce document. Ce ne ne sera pas un aboutissement car c’est un travail au long  dans lequel nous sommes engagés pour accorder la tarification aux enjeux sociaux ».

Pauline Collet de l’UNEF, se réjouit de cette réaction.

« L’actualité électorale influence la promesse de Christophe Ferrari, mais si cela peut permettre aux écolos de renchérir sur la gratuité, tant mieux. Nous n’avons rien contre une mise en place étape par étape. Mais nous avons toujours la crainte du renoncement tant qu’aucun calendrier n’est annoncé ».

 

Mise à Jour (16h) : Le budget total du SMTC (207,6 millions d’euros) en 2015 a été précisé.

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L'AUTEUR
Victor Guilbert
Victor Guilbert
Auteur du blog "Grenoble sous ma loupe" et journaliste à Grenoble, je planche notamment sur la politique locale au pied des Alpes.
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