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Doit-on nourrir les chats errants à Lyon et ses environs ?
Environnement 

Doit-on nourrir les chats errants à Lyon et ses environs ?

par Laure Solé.
Publié le 29 juillet 2022.
Imprimé le 17 août 2022 à 19:21
1 547 visites. 3 commentaires.

Alors que la Ville de Caluire refuse de s’impliquer dans la gestion des chats errants, celle de Lyon encourage les associations à nourrir ces derniers malgré l’interdiction du préfet. Quelle politique mener pour endiguer la multiplication des chats errants ?

« C’est simple il y a un règlement sanitaire qui dit qu’il est interdit de nourrir les chats errants. Je respecte la loi », martèle avec agacement Vincent Amoros, chef de cabinet du maire de Caluire-et-Cuire, Philippe Cochet (LR).

Une certaine fébrilité pointe dans le ton de sa voix, il s’en explique :

« On ne nous parle que de cette histoire de chats errants, c’est vrai qu’on en a assez. »

À l’origine de cette polémique « chats », une pétition a été lancée le le 6 juin 2022, intitulée « SOS animaux en détresse sur Caluire ». Celle-ci a presque réuni 44 800 signatures. Rédigée par l’association Dignité Animale et Entraide Amis des Chats et des Pigeons des Villes (EACPV), la pétition débute ainsi :

« La mairie de Caluire ne répond pas aux appels des chats errants, qui vivent la misère de l’abandon et de la souffrance (maladies, actes de cruauté, faim et reproduction à tout va) sur cette ville. »

« Les associations qui nourrissent les chats sont hors-la-loi »

Dans leur pétition, les deux associations animalistes reprochent à la Ville de Caluire de refuser de les recevoir pour prévoir ensemble la gestion des populations de chats errants dans la ville. Ils estiment que les élus se rendent responsable de la souffrance des chats du territoire. Pour Vincent Amoros, la problématique est toute autre :

« C’est une association hors-la-loi qui nourrit chats et pigeons et qui l’a mauvaise parce qu’on ne leur donne pas de subvention. À Caluire, on aime les animaux, mais on aime aussi respecter la loi qui vise à éviter la multiplication des chats errants. »

Vincent Amoros assure que depuis la publication de la pétition, la mairie a reçu des courriers courroucés de toute la France, et même de l’international :

« On a reçu des lettres de Troyes, de Valenciennes, de Russie ! C’est dingue, il n’y en a aucun qui a déjà mis les pieds à Caluire et ils se permettent de nous traiter d’ennemis des animaux. »

Comme dit précédemment, Vincent Amoros se cramponne au règlement sanitaire départemental datant de 1980, qui stipule à l’article 120 qu’il est interdit de nourrir les animaux domestiques errants. Pourtant, comme de nombreuses associations animalistes, EACPV nourrit les chats. Cela fait partie de ses volets d’actions avec l’apport de soins, l’identification et la stérilisation.

« Je vois régulièrement des chats faméliques »

Christiane Bouzaher est présidente d’EACPV, une association qui oeuvre à Lyon dans de nombreuses villes environnantes. Travaillant bénévolement pour l’association depuis sa retraite, il y a 24 ans, il lui serait impensable de ne pas nourrir les chats errants :

« Je vois régulièrement des chats faméliques, maintenant qu’ils sont là, c’est terrible d’imaginer les laisser mourir de faim. »

Des chats libres dans le quartier Croix Rousse, à Lyon. ©MA/Rue89Lyon.
Des chats libres dans le quartier Croix Rousse, à Lyon. ©MA/Rue89Lyon.

À cela, elle ajoute qu’il existe un avantage stratégique à nourrir les chats errants qui seraient particulièrement furtifs :

« On les nourrit toujours aux mêmes endroits, ça nous permet de les attraper pour les stériliser. C’est la seule manière acceptable d’endiguer la multiplication des chats errants.  »

La petite dizaine de bénévoles d’EACPV « trappent » les chats la nuit, pour les faire stériliser par une vétérinaire de Caluire qui accepte les tarifs associatifs.

« Trapper les chats », ça consiste en quoi ?

Les bénévoles d’EACPV s’équipent de longues cages équipées d’une trappe pour attraper les chats errants et les stériliser. Ils et elles posent celles-ci dans des lieux où les chats sortent à la tombée de la nuit, dans les parcs, près des usines ou maisons désaffectées. Les bénévoles attendent souvent plus d’une heure qu’un chat se fasse prendre au piège. Christiane Bouzaher et les bénévoles d’EACPV trappent le plus souvent à partir du mois de janvier :

« On trappe beaucoup moins en hiver, les chattes ne sont pas en chaleur. À partir de mars, on commence à trapper beaucoup de chatons, et des très jeunes chats. »

La présidente déclare que l’association stérilise plusieurs centaines de chats errants chaque année, des actes médicaux financés par les cotisations des adhérents d’EACPV. Elle aurait souhaité que la Ville de Caluire accepte de signer la convention 30 millions d’amis qu’elle lui a proposé en janvier dernier, la contraignant à payer 50% de chaque stérilisation et identification.

Autour de Lyon, « des collectivités refusent de signer une convention de stérilisation »

Une proposition que le maire Philippe Cochet a refusé net, rappelant qu’ils ont déjà une convention de fourrière avec la SPA. Vincent Amoros, son chef de cabinet, détaille :

« Je ne vois pas pourquoi on devrait signer cette nouvelle convention, il n’y a pas de problème de chats errants à Caluire » et insiste : « On ne marche pas sur des chats à Caluire. De jour comme de nuit, on en voit très peu. »

Ce type d’altercation au sujet de la gestion des chats errants est monnaie courante entre associations et collectivités, notamment car il est difficile de dénombrer les individus sur un territoire, donc d’estimer le phénomène. On ignore combien de chats errants compte la ville de Caluire. Le seul consensus chiffré qui existe aujourd’hui concerne l’entièreté du territoire national. On compterait au moins 11 millions de chats errants en France.

Si les collectivités sont légalement tenues de conventionner un service de fourrière, ce n’est pas le cas pour la stérilisation. Christine Bouzaher précise que contrairement à Caluire-et-Cuire, plusieurs collectivités autour de Lyon ont signé des conventions de stérilisation des chats errants, qu’elles soient encartées à droite ou à gauche :

« Nous avons fait signer la convention 30 millions d’amis à Chasselay, Saint-Foy-lès-Lyon, nous venons d’obtenir la participation de Lentilly ainsi que de Bron. »

Lyon adoube la stratégie « nourrir pour stériliser »

La SPA de Lyon dont le refuge se trouve à Brignais est elle aussi en partenariat avec de nombreuses villes dans la métropole, et partage les regrets d’EACPV :

« Bien que plus de 300 communes ont signé la convention de fourrière de la SPA de Lyon, malheureusement un certain nombre d’entre elles refusent, encore actuellement, de signer la convention de stérilisation et préfèrent avoir recours à une gestion différente des surpopulations. »

En 2021, la SPA de Lyon a stérilisé 715 chats dans le Rhône. La Ville de Lyon participe quant-à-elle depuis 2019 à la stérilisation des chats errants avec la SPA de Paris via le dispensaire situé dans le 3è arrondissement de Lyon, ainsi que l’école vétérinaire VetagroSup. La Ville subventionne l’association des Chats de Loyasse, la SACPA (fourrière animale) et la Direction de la Santé de la Ville de Lyon. Elle ne cache pas être en faveur du nourrissage des chats errants malgré l’interdiction préfectorale :

« Si aujourd’hui nous arrivons à savoir où se trouvent les principales populations de chats errants, c’est en grande partie grâce à cette proximité sur le terrain des associations et des personnes qui nourrissent les chats errants. Ces personnes offrent une alimentation régulière aux chats et de l’affection ; elles jouent un rôle important pour le bien-être animal et sont partie prenante du dispositif de la Ville pour stériliser les chats errants. »

« Notre action est une goutte d’eau dans l’océan »

La Métropole évite quant-à-elle de se mouiller :

« Ce sont les communes qui ont la compétence de la gestion des chats, et pas la Métropole de Lyon. »

Même si la Métropole n’a pas de responsabilités concernant les chats errants, cette non-réponse peut étonner. La collectivité a pourtant voulu montrer son volontarisme sur la question animale en nommant un vice-président à l’environnement, à la protection animale et à la prévention des risques ainsi qu’une conseillère issue du Parti animaliste en charge d’une mission sur la condition animale, Pierre Athanaze et Nathalie Dehan.

L’association Les chats de Loyasse rappelle qu’en dépit de l’aide apportée par la Ville de Lyon, ils manquent de tout : de fonds comme de bénévoles. Frédéric Belle est co-fondateur de l’association. Il illustre :

« On trappe une soixantaine de chats par an, c’est une goutte d’eau dans un océan. »

« Il y a beaucoup d’initiatives individuelles pour stériliser les chats errants de Lyon »

Les chats de Loyasse ont commencé leur action dans le 5è arrondissement de Lyon en 2017 mais aujourd’hui, ceux-ci essayent d’intervenir dans tous les quartiers. Frédéric Belle précise :

« On est plusieurs associations sur le terrain mais il y a aussi beaucoup d’individus qui font le même travail que nous à leur échelle. Ils nourrissent, ils trappent et ils emmènent les chats se faire stériliser au dispensaire SPA situé rue Saint Maximin, dans le 3è arrondissement. »

Ce dispensaire permet à ceux qui ont peu de moyens de faire stériliser leur chat, ou, dans ce cas précis, des chats libres. Malgré la position de la Ville de Lyon sur le sujet, Frédéric Belle déplore que de nombreux lyonnais tentent encore de les empêcher d’effectuer leurs actions :

« Il y a des personnes qui retirent la nourriture et les abris contre la pluie installés par les mères nourricières [appellation des bénévoles, ndlr]. Ils doivent penser qu’on participe à la multiplication, alors que c’est tout le contraire. »

De chats errants à chats libres

« Un chat qui a grandi dans la rue ne peux pas être domestiqué, c’est impossible », déclare Frédéric Belle, président de l’association Les chats de Loyasse. Une fois stérilisés et identifiés, les chats errants sont remis à la rue, cependant ils n’ont plus tout à fait le même statut :

« Ce ne sont plus des chats errants, mais des « chats libres ». On peut voir sur leur identification qu’ils ont déjà été stérilisés par telle ou telle association. »

Frédéric Belle est persuadé de l’effet positif de leurs actions sur les populations :

« Dans le 5è arrondissement, on avait une colonie d’une vingtaine de chats errants près d’un parc. Des bénévoles les ont fait stériliser les uns après les autres, aujourd’hui ils sont quatre. On n’a pourtant jamais cessé de les nourrir. »

Cependant il ne faut pas s’y tromper, les populations de chats errants ne baisseraient pas dans la métropole.

« Les propriétaires ne stérilisent pas leurs chats, ça ruine nos efforts »

Le président des Chats de Loyasse esquisse une hypothèse : le confinement aurait grandement participé à la multiplication des chats errants. Il dit avoir remarqué l’apparition de beaucoup de chats inconnus par ses équipes sur le terrain :

« Je pense qu’il y a beaucoup de nouveaux propriétaires de chats qui n’ont pas stérilisé leurs compagnons et qui les laissent aller dehors. Ça ruine nos efforts. »

Photo de chats errants par evg kowalievska sur Pexels.
Photo de chats errants par evg kowalievska sur Pexels.

Autre hypothèse : Les chats errants auraient été bien moins dérangés durant les confinements, favorisant leur reproduction. La SPA de Lyon dont le refuge se situe à Brignais a elle aussi remarqué une hausse des naissances :

« Nous recevons actuellement beaucoup de chatons en abandon, des portées non désirées, ou trouvés par des particuliers, probablement des abandons sauvages. »

Frédéric Belle insiste, tous les propriétaires de chats qui donnent un accès à l’extérieur à leur animal doivent le stériliser, sinon la problématique des chats errants ne pourra se résorber.

Une inquiétude partagée par les professionnels de la faune sauvage, comme Patrice Franco, directeur de la Ligue de protection des oiseaux du Rhône (LPO) qui porte un regard inquiet sur la multiplication des chats dans la métropole :

« On compte des millions d’oiseaux tués par an par des chats, sans oublier la petite faune : les musaraignes, les lézards… »

« Les chats représentent un vrai problème écologique à Lyon »

Patrice Franco ne mâche pas ses mots, il parle de « vrai problème écologique ». Il rappelle que les chats domestiques que l’on trouve chez nous sont originaires d’Asie et du Moyen-Orient. Les chats sauvages européens vivent sur un territoire bien plus étendu, et sont donc bien moins mortifères :

« Là, on se retrouve avec des populations de chats monstrueuses dans des villes et villages en lisière de campagne. Il faut imaginer un petit territoire avec dix lions, et trois gazelles. »

Faut-il un collier avertisseur pour chaque chat de Lyon ?

Interrogé sur les solutions qui existent pour éviter que les chats ne fassent trop de dégâts sur la biodiversité, Patrice Franco soupire :

« C’est compliqué car on touche à l’affect, le mieux serait de ne pas laisser sortir les chats, ou selon des horaires précis. Pour l’instant on fait de la médiation pédagogique auprès des propriétaires de chats, on évoque la possibilité de mettre un collier avertisseur à son animal par exemple. »

Les colliers avertisseurs sont le plus souvent épais et flashy, de la même façon qu’une clochette, ceux-ci empêchent le chat d’être discret dans ses déplacements quand il chasse.

Il salue l’initiative des associations qui stérilisent les chats errants, mais ne donne pas trop de crédit à l’argument selon lequel les chats bien nourris, chassent moins :

« Le chat est un prédateur, il chassera par instinct et laissera sa proie sans la manger une fois tuée. »

Patrice Franco conclut, catégorique : un chat qui tue un oiseau sauvage, ce n’est pas « la nature » :

« La nature est un équilibre, le fait d’amener de nombreux chats dans un milieu implique forcément un déséquilibre dont l’homme est responsable. »

L'AUTEUR
Laure Solé

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