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Julien Martinez, infirmier à Lyon à l’origine du hashtag #InfirmierVacciné
Société 

Julien Martinez, infirmier à Lyon à l’origine du hashtag #InfirmierVacciné

par Oriane Mollaret.
Publié le 18 juillet 2021.
Imprimé le 04 août 2021 à 18:17
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Infirmier dans un gros établissement de santé mentale à Lyon, Julien Martinez a lancé début juillet le hashtag #InfirmierVacciné pour inciter ses collègues à se vacciner contre le covid-19. Rue89Lyon l’a rencontré.

Rue89Lyon : Vous avez fait partie des premiers à vous faire vacciner, en février. Est-ce que vous aviez quelques craintes au sujet des vaccins ?

Julien Martinez : Je me suis fait vacciner en février, sans aucune hésitation, sur mon lieu de travail. A l’époque, j’étais dans la tranche d’âge où il y avait l’AstraZeneca. Il y a eu les suspicions de thromboses, notamment chez les jeunes. Alors en mai j’ai eu Moderna, un vaccin à ARN. Je n’avais aucune hésitation sur le fait de me faire vacciner.

Après, j’ai réfléchi au fait d’avoir de l’AstraZeneca, puis un vaccin à ARN, est-ce que c’était bien ou pas… Je me suis renseigné, j’ai posé des questions au médecin qui était là pour la pré-consultation avant le vaccin. Pour moi, le bénéfice l’emportait sur le risque au bout du compte, c’est pour ça que je l’ai fait. Ça s’est plutôt bien passé. J’ai eu, comme chaque année quand je me fais vacciner contre la grippe, 38°C de fièvre le soir. J’ai pris un paracétamol et ça s’est bien passé. Aujourd’hui, je vais bien, je n’ai pas eu d’effets secondaires.

Et au niveau de vos collègues à Lyon ? Est-ce que tous se sont précipités sur la vaccination aussi ou est-ce qu’il y a eu des réticences ?

Ça a été timide. Il y a une partie de mes collègues qui s’est fait vacciner tout de suite, une autre partie qui avait eu de l’AstraZeneca et qui s’est quand même posée la question d’avoir un autre vaccin ensuite. Ce qui était légitime. Et j’ai des collègues qui ont préféré attendre mais sans argument très rationnel. Je pense à une collègue qui finalement a eu le covid et qui maintenant est en train de dire qu’elle va se faire vacciner. Au bout du compte, je pense qu’il y a une majorité de mes collègues qui se sont faits vacciner.

« Il nous fallait utiliser les réseaux sociaux pour prendre une place que les infirmier·es anti-vaccins utilisent trop »

Début juillet, vous avez créé sur Twitter le hashtag #InfirmierVacciné. Pourquoi ?

Je discutais avec des collègues sur Twitter, je leur ai dit qu’il faudrait qu’on crée un hashtag qui concerne les infirmier·es.

On forme une population qu’on accuse souvent de ne pas vouloir se faire vacciner. Alors que c’est faux, l’écrasante majorité se vaccine. Il nous fallait utiliser les réseaux sociaux pour prendre une place que les infirmiers anti-vaccins utilisent trop.

On s’est dit qu’il fallait reprendre ce terrain-là. Dans ma vidéo, je ne dis pas d’aller se faire vacciner, je dis ce qui m’a motivé à le faire pour moi et pourquoi je crois qu’il ne faut pas attaquer le vaccin comme une cible politique. Je pense qu’en tant que soignant, on a une certaine exemplarité à avoir. Pour moi, ce hashtag était incitatif, pour éviter d’en arriver à une obligation vaccinale.

Pourquoi un hashtag spécifique aux infirmier·es ?

Je pense que notre discours peut être plus puissant que celui des médecins qui sont un peu moins proches. On connaît tous·tes un·e infirmier·e dans sa famille. On est environ 700 000 en France donc c’est une population énorme.

« Les anti-vaccins font le buzz mais ils ne sont pas très nombreux »

Vous espérez donc remplacer la parole des anti-vaccins sur les réseaux sociaux qui, pour vous, sont minoritaires ? On les entend beaucoup pourtant.

Les anti-vaccins sont très bruyants parce qu’ils sont sur Tik Tok, sur Twitter, sur Instagram, sur Facebook, ils font des vidéos… Ils font le buzz mais ils ne sont pas très nombreux au bout du compte. L’écrasante majorité des infirmier·es sont vacciné·es, pour elles et eux il n’y a pas de débat.

Vous pensez que les réseaux sociaux ont une vraie influence dans la décision des gens quant au vaccin ?

Oui. Je pense que pour les gens qui regardent beaucoup Twitter ou Facebook, le fait de voir ce hashtag avec des infirmier·es qui parlent de leur vaccination, qu’ils et elles en sont content·es, que ça s’est bien passé, ça va les influencer positivement. Même s’ils se posent des questions, ils vont peut-être essayer d’envoyer un message pour échanger. Ils verront qu’il n’y a pas que des anti-vaccins.

Julien Martinez infirmier Lyon
Julien Martinez, l’infirmier lyonnais à l’origine du hashtag #InfirmierVacciné pour inciter ses collègues à se faire vacciner contre le covid-19.

Est-ce que des gens vous ont contacté suite à ce hashtag ?

J’ai eu des réactions positives, des personnes qui m’ont remercié, des soignant·es, des médecins, des infirmier·es, des aide-soignant·es qui ont trouvé que c’était une super initiative. Il y a des gens qui ne sont pas soignant·es, qui ont sollicité des collègues pour leur dire qu’ils n’étaient pas anti-vaccins mais qu’ils avaient peur, et mes collègues ont répondu à leurs questions.

Ça a plutôt fait basculer certaines personnes dans l’envie de se faire vacciner. J’ai eu aussi des messages de la part d’anti-vaccins. Les gens qui hésitent, on peut discuter avec eux cordialement, mais les gens radicalisés, je ne suis pas là pour les faire changer d’avis.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé une obligation vaccinale pour les soignants ce lundi 12 juillet (lire ici). Comment est-ce que ça a été reçu auprès de vos collègues ?

Il n’y a pas eu de clivage violent, en tout cas pas dans mon service. C’est vrai qu’on entend sur internet des personnes dire que s’il y a une obligation vaccinale pour les soignant·es, ils et elles raccrocheront la blouse… Je ne suis pas sûr que ce soit cette obligation vaccinale qui impulse ce mouvement. Je pense que le problème est plus profond.

Depuis un an, le système hospitalier a été sur-sollicité, il y a eu la covid bien sûr mais c’est surtout la question de comment on prend soin des soignants. On a été sous-pression pendant un an et demi. Avant la covid, on était déjà sous-pression et en sous-effectif. Je pense que les gens en ont tellement marre qu’à un moment donné, il y a un point de rupture.

« Les soignants qui refusent de se faire vacciner, c’est une façon de dire stop »

Cette opposition au vaccin de certain·es soignant·es traduirait donc plus une colère envers des conditions de travail de plus en plus dures, plutôt qu’une défiance à l’égard des vaccins ?

Oui c’est ça. Le vaccin, c’est quand même un geste politique. Sur le vaccin contre la grippe par exemple, qui n’est pas obligatoire, certaines études disent que les soignants ne veulent pas se faire vacciner non pas parce qu’ils sont anti-vaccins mais parce qu’ils sont épuisés et qu’ils disent que l’administration n’aura pas ça en plus. C’est une façon de dire stop. C’est le corps comme dernier rempart.

Au début, on nous a dit que le masque ne servait à rien, vous avez dû aller travailler sans, puis qu’il était utile… Est-ce que vous pensez que cette communication contradictoire, que cette gestion de l’épidémie par le gouvernement a pu aussi pousser des soignant·es à refuser le vaccin ?

Je pense que c’est effectivement le cas. Cette communication catastrophique, ça a été très violent pour les soignants. Mon hôpital a joué la carte de l’honnêteté, ils nous ont dit qu’on avait pas assez de masques. Je pense qu’ils avaient très peur de le dire mais pour le coup, moi, ça m’a rassuré. Je suis très clair là-dessus. C’est mon boulot, j’y vais quand même. S’il n’y a pas de masque, tant pis.

Le problème fondamental, c’était que des gens ont commencé à prendre les soignants pour des cons. La veille, on nous aurait convoqué si on avait soigné une pathologie respiratoire sans masque, et le lendemain on nous dit qu’il n’y en a pas besoin. Les soignants ont eu le sentiment d’être pris· pour des gros cons.

A titre personnel, que pensez-vous de cette obligation vaccinale pour les soignant·es ?

Je trouve ça toujours dommage quand on oblige quelqu’un. Je pense qu’on aurait pu faire, en amont, un effort de pédagogie. Néanmoins, l’obligation vaccinale, pour les soignant·es, ça ne me choque pas. Ça fait partie du travail. On travaille avec des gens qui sont fragiles et on se doit de les protéger. En tant que soignant·es, on devrait s’obliger à se faire vacciner, on ne devrait pas avoir besoin d’une obligation vaccinale.

Et l’hypothèse d’une obligation vaccinale pour la population générale ?

Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que si vous n’avez pas le vaccin, vous ne pouvez rien faire. Vous n’avez pas de vie si vous n’avez pas le vaccin. Moi, ça me dérange. Je préfère qu’on me dise si c’est obligatoire ou pas, mais pas qu’on fasse semblant. Pour moi, c’est une obligation déguisée. Je pense que cette pseudo-obligation peut braquer les gens, radicaliser leurs positions.

Il y a plein de trucs incitatifs qui peuvent se faire, mais il aurait fallu les faire il y a trois mois. A la Part-Dieu, par exemple, il y a des zones de vaccination libre, sans rendez-vous, je trouve ça bien. Là, on joue sur ce sentiment d’urgence parce qu’il va y avoir, sûrement, une quatrième vague à la rentrée, mais c’est presque trop tard en fait. Même si tout le monde voulait se faire vacciner aujourd’hui, il n’y aurait pas de place pour tout le monde.

« Ce n’est pas aux restaurateurs de vérifier si l’on est vacciné ou pas »

Pour autant, vous êtes d’accord avec le fait qu’il faut que le plus de monde possible soit vacciné pour sortir de cette crise.

C’est toujours regrettable d’obliger les gens à faire quelque chose. Mais la vaccination, c’est un acte collectif. Ce vaccin, on est obligé de le faire, quelque part. On ne peut pas faire comme si on n’existait pas dans une société, sans contact avec les autres. Je dis souvent que la vaccination c’est comme un vélo. Il y a deux roues sur le vélo. Une des roues c’est la protection individuelle : les effets protecteurs du vaccin, soit de ne pas attraper la maladie, soit un risque moindre de la transmettre ou de développer une forme grave.

Le problème, c’est que pour que votre vélo roule, il faut la deuxième roue du vélo. Celle-là, ce n’est pas la vôtre mais celle des autres, c’est-à-dire la vaccination collective. Si vous n’atteignez pas un certain seuil de personnes vaccinées, le virus circule toujours et la vaccination n’est pas efficace. Le problème des personnes qui sont contre les vaccins, c’est qu’elles vont dire « mais regarde, t’as pas l’air con avec ton vélo qui a qu’une roue, toi, tu vois bien qu’il ne marche pas ! ». Sauf qu’ils n’ont pas compris qu’ils font partie du vélo, qu’ils sont les pièces qui permettent d’avoir la deuxième roue.

Quelle est votre position sur la mise en place d’un pass sanitaire pour éviter de recourir à une obligation vaccinale pour la population générale ?

Je suis pour le vaccin, pour les mesures incitatives et pour que tout le monde soit vacciné. Ce qui me dérange fondamentalement dans les décisions qui ont été prises c’est qu’on fait assumer un auto-contrôle social par les gens. Dans une obligation vaccinale, ça se joue entre l’État, le système de soin et les personnes, donc le secret médical peut continuer à être respecté.

Là, on n’est pas obligé de se faire vacciner, mais si on veut faire des choses, il faut montrer son pass sanitaire. C’est les serveurs et les vigiles qui vont le contrôler. Si je vais dans un bar, je dois montrer une donnée médicale au barman, alors que ça ne le regarde pas. Avec une obligation vaccinale, on n’aurait pas ça.

Parlons de la transidentité par exemple. Une personne qui a été vaccinée mais sous le mauvais genre parce que l’état civil n’a pas été changé, elle va dans un bar, elle montre son pass sanitaire. Le barman va être au courant d’un de ses secrets médicaux les plus importants, sa transidentité. Ce n’est pas normal. Entre l’obligation vaccinale pour tous.tes et le pass sanitaire, je suis contre les deux, mais je trouve que le moins pire, c’est quand même l’obligation vaccinale.

Article actualisé le 19/07/2021 à 10h18
L'AUTEUR
Oriane Mollaret
Oriane Mollaret

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