La révolution des toilettes sèches collectives commence en Bretagne
Société 

La révolution des toilettes sèches collectives commence en Bretagne

En Bretagne, il y a des irréductibles innovateurs, qui osent bouleverser le monde du BTP en proposant le premier immeuble à toilettes sèches de France. Ils sont fous ces gaulois ? Plutôt visionnaires!

Rue89Lyon propose des extrais d’un article issu d’un dossier intitulé « Les toilettes sèches sauveront elles le monde ? » publié dans le numéro 6 du magazine FLUSH.


FLUSH est le premier magazine (trimestriel) qui observe la société par le prisme des toilettes : c’est l’actualité (dé)culottée. « Parce qu’il nous est apparu qu’un sujet aussi trivial que les toilettes en dit long sur nos comportements », explique sa fondatrice, Aude Lalo.
Le sixième numéro est paru fin mars.

Rue89Lyon

Dol-en-Bretagne, 5693 habitants au dernier recensement, située à mi-distance entre Saint-Malo et le Mont-Saint-Michel, un prestigieux passé religieux marqué par l’imposante cathédrale Saint-Samson, et bientôt le premier habitat participatif de France équipé de toilettes sèches : l’Ôôôberge ! Au programme, quatre bâtiments de deux étages, vingt-quatre logements (soit une soixantaine de personnes), le tout prévu pour fin 2020.

Et surtout plus aucune goutte d’au potable ne sera utilisée et polluée par les déjections des habitants. Cocorico ! Première française! On pourrait dire qu’il était temps.

Les Suisses en tête

En fait, la France a quasiment dix ans de retard sur ses voisins suisses. En 2001, la coopérative d’habitants « Équilibre » faisait sortir de terre, à Cressy, son premier bâtiment basé sur la séparation à la source des eaux usées. D’une part, les toilettes sèches permettent de transformer les déjections en terreau réutilisable. Sans les eaux noires des WC, les eaux grises (provenant des lavabos, éviers, douches, baignoires et machines à laver) peuvent d’autre part être traitées sans recours à l’égout, directement sur le terrain par phytoépuration. Elles sont ensuite rejetées dans le réseau des eaux claires (eaux pluviales). Chaque année, 1,5 m3 de compost, finement maturé par les lombrics, est déposé dans le jardin. Ce volume, relativement faible et produit par quarante-cinq habitants, nourrit les arbres et les plantes. Mais revenons à nos Bretons. Parmi les membres de l’équipe de l’Ôôôberge se trouve un initié des toilettes sèches : Samuel Lanoe. C’est lui qui a amené la thématique dans le projet.

Séparation à la source

Samuel Lanoe propose donc l’installation de toilettes sèches dans leur habitat participatif. Ils font appel à la société Ecosec, basée à Montpellier pour mettre en route le projet.

(…) Le principe retenu pour la construction, c’est l’installation de toilettes sèches à séparation « Ecodomeo » : elles permettent à un ménage d’économiser 30% d’eau par jour et le dispositif a le mérite d’être rétro-compatible.

« C’est une demande du cahier des charges. L’immeuble, dont la maîtrise d’ouvrage revient à l’organisme HLM de l’intercommunalité, doit être livré avec au moins une toilette à eau. On va l’installer, puis la remplacer », indique Benjamin Clouet, le fondateur d’Ecosec

Équipée d’un tapis roulant incliné, d’une ventilation aspirant les odeurs, ces toilettes séparent les matières à la source. Les urines ont leur propre canalisation et sont stockées dans deux cuves de 5 m3 à la cave pendant six mois.

La question de la vidange

Passé ce délai, les urines seront données à un maraîcher local qui pourra s’en servir comme engrais. Pour les fèces, il a fallu ruser :

« On avait un problème de localisation des toilettes sur le bâtiment. Toutes les toilettes ne donnaient pas sur une façade. Cela nous aurait permis de collecter les matières via un système de tuyauterie commune. On avait aussi un mauvais souvenir des systèmes de vide-ordures dans les immeubles, toujours propices aux invasions de cafards. On a sorti la calculette et on a estimé qu’une famille de deux personnes et demi devrait faire une vidange tous les six mois du coffre de stockage de fèces, situé derrière les toilettes. C’est notre point noir pour l’instant »

indique B. Clouet. Concrètement, au sein du collectif l’Ôôôberge, un maître composteur sera en charge de passer chez les habitants pour collecter les déjections puis les composter dans le jardin de propriété, avant leur réutilisation en agriculture raisonnée (les excréments humains sont pour l’instant interdits en agriculture biologique).

Un coût négligeable

Il faut bien le dire, entre des toilettes classiques et des toilettes à séparation, pour le moment le prix n’est pas le même : 180 euros pour l’un, contre 3500 euros pour l’autre. Par contre, pour une installation dans un bâtiment neuf, le surcoût n’est que de 6 euros par mètre carré. Pour l’Ôôôberge, le prix de vente de logements passe de 2300 euros/m2 à 2306 euros/ m2.

« Avec ce projet, une première pierre est posée pour une nouvelle filière d’assainissement : nous avons de vrais signes de changement. L’agence de l’eau Seine-Normandie subventionnera les projets de séparation à la source de l’urine jusqu’à 80%. A Paris, dans le projet Saint-Vincent-de-Paul dans le 14e, ce sont 134 logements qui auront une séparation de l’urine à la source. J’ai même reçu des coups de fil de la RD de Bouygues Immobilier sur le sujet. C’est complètement incroyable pour nous, petite société montpelliéraine », s’enthousiasme Benjamin Clouet.

Dernier projet d’Ecosec : refroidir des bâtiments à l’aide de murs végétaux alimentés par des urines et des eaux grises. Les premiers essais seraient très encourageant : avec une température extérieure à 42°C, le bâtiment aurait été maintenu à 23°C. Affaire à suivre.

> Cet article est un extrait d’un dossier signé Stéphane Rabut publié dans le numéro 6 du magazine FLUSH. Illustrations : Claude Joyeux

A retrouver dans 4 000 kiosques.
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