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« Un de mes élèves me dit que le confinement, ça rend fou »
Témoignage  Tribune 

« Un de mes élèves me dit que le confinement, ça rend fou »

Vous lisez le quatrième récit d’enseignant.e que Rue89Lyon publie. Celui d’une professeure d’histoire-géographie-EMC, exerçant dans un collège lyonnais auprès de classes de 6e, 4e et 3e. Quel travail en période de confinement ? Quelle confiance en soi, en son métier, dans les instances tutélaires pendant ces semaines qui demandent grand effort aux métiers du service public ?

L’adaptation a été compliquée pour certain.e.s élèves qui n’étaient pas tous équipé.e.s ou ne savaient pas utiliser efficacement les outils proposés. Heureusement, j’avais déjà utilisé une partie des outils antérieurement en classe. Plusieurs élèves étaient donc familiarisé.e.s.

Une peluche bison pour mascotte

Nous publions une série de témoignages d’enseignant.es confiné.es. Ou le travail des profs au temps du covid-19. Le confinement est propice au creusement des inégalités, la continuité pédagogique étant loin d’être une évidence ni même parfois une option dans les familles. C’est ce qu’Emmanuel Macron a relevé pour justifier d’une ré-ouverture des établissements scolaires (hors supérieur) dès le 11 mai.

En attendant, envois de mails, coups de fil, visioconférences pour certain.es enseignant.es, rapports heurtés avec l’administration, (léger) désarroi en entendant Jean-Michel Blanquer, coups de stress, récit d’anecdotes avec humour et vague à l’âme : plusieurs d’entre vous ont bien voulu partager cette expérience sur Rue89Lyon. N’hésitez pas à nous contacter (hello@rue89lyon.fr) pour que l’on échange et que l’on vous pose nos questions.

Le temps dédié aux élèves a été plus important depuis le début du confinement, surtout au cours des deux premières semaines. Les élèves envoyaient un message dès qu’ils.elles étaient en difficulté ou simplement pour garder le contact. Il a été nécessaire de contacter au téléphone chaque semaine les élèves de la classe dont je suis professeure principale.

Puis, j’ai souhaité contacté ceux.celles qui ne réagissaient à aucune sollicitation sur les plateformes utilisées. La tâche s’est avérée insurmontable.

Dans l’ensemble, le lien a été maintenu grâce aux mails, coups de téléphone, et visios. J’ai parlé à mes élèves dans des vidéos qui leur présentaient un cours, une correction. Il.elles m’entendaient mais ne me voyaient pas. Une petite mise en scène pour chaque niveau de classe : en accompagnement des supports pour mes explications, un bouquet de fleurs différent et particulier pour mes 4èmes et 3èmes, un bébé bison en peluche, mascotte du confinement, pour les 6èmes (ils.elles ont beaucoup aimé).

Pour mes 6èmes, j’ai aussi raconté en m’enregistrant des mythes grecs.

Sur le bureau, un fond personnalisé pour chaque classe : une peluche bison et un bouquet de fleurs pour les 6e. Photo envoyée par l'enseignante.

Sur le bureau, un fond personnalisé pour chaque classe : une peluche bison et un bouquet de fleurs pour les 6e. Photo envoyée par l’enseignante.

Le ministère, l’administration ont fourni des outils mais il y a une certaine méconnaissance de la réalité vécue par plusieurs familles : pas d’ordinateur, un seul smartphone ou ordinateur pour toute la famille avec des parents en télétravail.

« Le confinement, ça rend fou »

Un lien particulier s’est tissé avec les élèves. Quelques exemples de commentaires après un échange vidéo :

« JE SUIS CONTENTE D’AVOIR PU VOUS VOIR MADAME !!!!!!!!!! »

« Mme on en refais une quand ? »

« C’était sympa de se parler et de se voir »

« Madame, je suis au bout de ma vie »

« Vous me sauvez »

« Le confinement ça rend fou »

J’avais créé un groupe de discussion avec une classe et les élèves ont oublié que j’en faisais partie. Ils ont échangé entre eux très librement, c’était drôle, et puis… Ils.elles se s’ont rappelé.e.s que j’étais là, c’était encore plus drôle.

Les familles expriment souvent de la reconnaissance. Quelques messages de parents :

« Je voulais aussi vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour nous à distance et pour votre soutien »

« Merci pour les vidéos et les histoires racontées, c’est top, on écoute et on regarde en famille »

« Une véritable reprise des apprentissages possible qu’en septembre »

Les enfants et les parents ont besoin de vacances de printemps. L’investissement admirable de certains parents et enfants a été assez éprouvant pour eux. Une rentrée avant les vacances d’été devrait s’effectuer paisiblement, en petits groupes. Certain.e.s de nos élèves ont décroché pour diverses raisons. Il est important pour nous de rétablir le contact avec eux.elles et de comprendre pourquoi ils.elles ont décroché.

Même si les collèges ouvrent en mai progressivement, une véritable reprise des apprentissages ne sera possible qu’en septembre.

L’objectif d’une reprise est pour moi de rétablir le contact physique avec mes élèves, échanger avec eux.elles autour de ce moment très particulier que nous avons vécu et également pouvoir leur dire au revoir avant les vacances d’été et les rassurer : deux mois de scolarité  chaotiques, ce n’est pas un drame en soi.

L'AUTEUR
Amandine Miallier

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