Non dénonciation des agissements du père Preynat : le cardinal Barbarin relaxé en appel
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Non dénonciation des agissements du père Preynat : le cardinal Barbarin relaxé en appel

actualisé le 31/01/2020 à 10h27

Le cardinal Barbarin avait été condamné à six mois de prison avec sursis en première instance. Il lui était reproché des faits de non-dénonciation d’agressions sur mineurs. En l’occurence, celles du père Preynat commises entre 1970 et 1991 près de Lyon. Ce jeudi 30 janvier, la cour d’appel de Lyon l’a relaxé. Il a remis une nouvelle fois sa démission au Pape.

Depuis 2016, le cardinal Philippe Barbarin est au coeur de « l’affaire Preynat ». Une affaire devenue au fil du temps aussi la sienne. Informé des agressions sexuelles du prêtre sur des scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon pendant une vingtaine d’années jusqu’en 1990, il lui est notamment reproché de ne pas les avoir dénoncées à la justice.

Le cardinal Barbarin, s’était notamment retranché derrière le délai de prescription. Depuis le début de la révélation de l’affaire Preynat en 2015, le cardinal Barbarin avait également multiplié les interventions publiques maladroites, déclarant notamment en mars 2016 que « la majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits, mais certains peut-être pas ». Au cours de son procès, le prélat âgé de 68 ans avait déclaré n’avoir « jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles ».

Une volonté de ne pas les dénoncer retenue en première instance

Le 7 mars 2019, le tribunal correctionnel de Lyon reconnaissait toutefois le cardinal Barbarin coupable de non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs. Il était condamné à six mois de prison avec sursis. Il avait dans la foulée annoncé remettre sa démission au Pape. Une démission finalement refusée, dans l’attente notamment de la confirmation ou non du jugement en appel.

Dans leur jugement de mars 2019, les juges avait distingué trois périodes  :

  • avant 2010, l’infraction de « non dénonciation n’est pas constituée »
  • pour 2010, année où le cardinal a convoqué le père Preynat qui n’a pas nié ses agissements, l’infraction est constituée mais les faits sont prescrits
  • à compter de juillet 2014, date à laquelle une des victimes du père Preynat a écrit directement au cardinal, l’infraction est constituée.

Pour la dernière période, les juges avaient estimé que :

« Alors même que ses fonctions lui donnaient accès à toutes les informations et qu’il avait la capacité de les analyser et les communiquer utilement, Philippe Barbarin a fait le choix en conscience, pour préserver l’institution à laquelle il appartient, de ne pas transmettre à la justice. »

Pour la défense de Barbarin, c’était aux victimes de dénoncer les faits

Dans son arrêt, la cour d’appel de Lyon a estimé pour sa part que la non-dénonciation à partir de cette date n’était pas constituée. Cette dernière période correspond à la démarche d’Alexandre Hezez. Cette victime du père Preynat avait informé le cardinal Barbarin des agissements contre lui du père Preynat. Avant de porter plainte contre ce dernier.

Pour les défenseurs du cardinal Barbarin, ce dernier n’a jamais cherché à entraver des démarches judiciaires. Même s’il n’en a jamais déclenché lui-même. C’est ce point qu’ils ont notamment tenté d’étayer pour innocenter leur client. Ils se réjouissent donc que la cour d’appel de Lyon ait  jugé qu’il n’y avait pas d’infraction constituée. Comme Me Luciani, un des avocats du cardinal Barbarin :

« nous avons produit un mail de M.Hezez qui vient dire en novembre 2015, alors qu’il a déposé plainte en juillet 2015, au Cardinal -Vous savez que j’ai déposé plainte, je sais que vous étiez supporter de ma démarche judiciaire, je vous en remercie. – Ce mail est central car il démontre que le Cardinal n’a jamais eu la volonté de faire en sorte qu’il n’y ait pas de plainte. C’est lui qui a indiqué à la victime qu’il lui fallait trouver des victimes non prescrites », selon des propos rapportés par France 3 Rhône-Alpes à la sortie de l’audience.

La défense estimait donc que les victimes était en capacité de dénoncer les actes du père Preynat. Ce que certaines ont fait. Ainsi, l’obligation ne revenait pas expressément au cardinal Barbarin. Elles ont été suivies par la cour d’appel de Lyon. Cette dernière estime que les victimes dans les cas qui n’étaient pas prescrits n’étaient en situation de vulnérabilité ou de fragilité à ses yeux. Le cardinal Barbarin n’avait pas à se substituer à elle.

Pour les parties civiles, la décision de la cour d’appel est « complètement incohérente »

Du côté des parties civiles, on regrette la décision de la cour d’appel. Et son interprétation du droit. Certains de leurs défenseurs estiment qu’elle fait preuve d’incohérence. Pour Me Jean Boudot, la cour d’appel de Lyon considère que l’obligation de dénoncer des agressions sexuelles sur mineurs n’existe plus à la majorité des vicitimes.

« A ma connaissance, c’est la première fois qu’une Cour d’appel rend une décision de ce type-là qui paraît complètement incohérente », a-t-il déclaré dans des propos rapportés par l’AFP.

François Devaux, président de la Parole Libérée, association regroupant plusieurs victimes du père Preynat, s’est dit déçu. Mais a voulu insister sur ce que le procès de l’ancien prête de Sainte-Foy-lès-Lyon, dans l’attente de son jugement, et celui du cardinal Barbarin avait permis de changer.


Les parties civiles ont annoncé leur intention de se pourvoir en cassation.

Le cardinal Barbarin remet de nouveau sa démission au Pape

Le cardinal Barbarin, en retrait de sa charge ecclésiastique s’est exprimé ce jeudi 30 janvier vers 17h.

Dans une courte déclaration, comme il l’avait fait après sa condamnation, il a de nouveau exprimé son intention de remettre sa démission au Pape François. Il a dit avoir accueilli avec « sérénité » l’arrêt de la cour d’appel de Lyon. Malgré la relaxe, il renouvelle donc sa volonté de démissionner de sa charge d’archevêque de Lyon. L’occasion pour « l’Eglise de Lyon d’ouvrir un nouveau chapitre », a-t-il estimé.

L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon

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