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Peine alourdie pour Steven Bissuel, ex-leader du Bastion social, condamné pour incitation à la haine raciale
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Peine alourdie pour Steven Bissuel, ex-leader du Bastion social, condamné pour incitation à la haine raciale

L’ex-leader nationaliste avait été condamné en août 2018 pour incitation à la haine raciale. Il avait écopé d’une amende. Il avait malgré tout décidé de faire appel. La Cour d’appel de Lyon a confirmé ce jugement mais a eu la main plus lourde : l’amende a disparu remplacée par une peine de six mois de prison avec sursis. 

Ses propos tenus en 2015 lui valent donc de la prison avec sursis quatre ans après. En janvier 2015, à l’occasion du 70e anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz, il avait publié des messages à caractère antisémite. « Joyeux anniversaire Auschwitz. 70 ans de business ça commence à faire » avait ainsi été diffusé sur les comptes Twitter et Facebook du GUD Lyon, dont le Bastion Social est la nouvelle vitrine.

Ce commentaire accompagnait une illustration. Elle consistait en un détournement de l’étiquette des bouteilles d’Oasis où l’on peut lire l’inscription « Shoasis ». On y voit des ananas portant des étoiles jaunes et des pyjamas rayés évoquant ceux des prisonniers des camps avec l’inscription du portail du célèbre camp de concentration « Arbeit macht frei ». « Teneur garantie : 6 millions au Zyklon B » en sous-titre.

Plus d’amende mais six mois de prison avec sursis à la place

À l’audience en juin 2018, il s’était défendu en invoquant l’humour, le second degré et sa liberté d’expression. Elle avait été l’occasion de dévoiler un peu plus le personnage. La perquisition menée à son domicile de l’époque avait été largement détaillée. Cartes postales à l’effigie d’Adolf Hitler, de la Wehrmacht, textes réécrivant l’histoire d’Oradour-sur-Glane, issus de collaborateurs ou écrits de Léon Degrelle ou encore l’Ave Europa un chant à la gloire de la Panzerdivision avaient été retrouvés chez lui.

Steven Bissuel du Bastion Social

Steven Bissuel, ancien leader du Bastion Social à Lyon et au plan national. Photo compte Instagram Bastion Social

Deux mois plus tard, il était finalement condamné pour incitation à la haine raciale et à 20 000 euros d’amende ainsi que 3000 euros au titre des dommages et intérêts à l’égard de la partie civile, la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), et au remboursement des frais de justice de cette dernière pour 1500 euros.

Il avait décidé de faire appel de ce jugement.

La cour d’appel de Lyon a rendu son arrêt ce jeudi 28 mars 2019. Elle confirme la condamnation en première instance pour incitation à la haine raciale ainsi que la prescription de l’accusation pour apologie de crime contre l’humanité. Concernant la peine, elle a eu en revanche la main plus lourde. Elle s’est alignée sur les réquisitions du procureur en première instance, en condamnant Steven Bissuel a six mois de prison avec sursis avec une mise à l’épreuve de deux ans. Il devra en outre verser 1500 euros à la Licra au titre des frais de justice.

Les ennuis s’accumulent pour le Bastion Social depuis la condamnation


« Bastion social » : le GUD change de costume

A Lyon, les gudards sont connus pour leurs actions violentes (lire la dernière condamnation ici). Depuis l’automne 2017, le GUD a changé de nom et a adopté celui de Bastion social. Le mouvement ambitionne, désormais, de fédérer les différents groupuscules nationalistes à l’échelle de l’Hexagone.

C’est dans son fief revendiqué du quartier du Vieux Lyon que le GUD/Bastions social a inauguré le « Pavillon noir », leur nouveau local, le 13 janvier dernier, après l’occupation en mai 2017  et durant trois semaines, d’un bâtiment public dans le centre de Lyon.
Anti-immigrés, inspirés des Italiens de Casapound, les militants du Bastion social entendent mettre en pratique, à leur manière, la préférence nationale.
>Lire en détail ici. Rue89Lyon

Au moment des faits, Steven Bissuel avait 21 ans. Il était le leader du GUD Lyon. Au moment de son jugement, il avait pris du galon et était le leader national et local du Bastion Social, la nouvelle mouture du GUD. Au moment de cette condamnation en appel, il n’a officiellement plus de responsabilité au sein de l’organisation nationaliste. Il a en effet été remplacé peu de temps après le jugement en première instance dans cette affaire par le leader de la section strasbourgeoise du Bastion Social.

Depuis cette condamnation, Steven Bissuel est en retrait de l’organisation nationaliste. Cette dernière vit d’ailleurs des temps plutôt mouvementés. À Lyon, son local a été interdit au public par la mairie de Lyon en novembre 2018, même s’il reste encore utilisé. Ce dernier week-end de mars, c’est le local de Chambéry qui va fermer. En février, le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé avoir demandé au ministère de l’Intérieur d’engager les mesures visant la dissolution du Bastion Social.

La façade du local du Bastion social le 2 mai, le lendemain d'une troisième attaque. ©DR

La façade du local du Bastion social le 2 mai, le lendemain d’une troisième attaque antifasciste. ©DR

Plusieurs membres du mouvement nationaliste ont été récemment condamnés. Le Bastion Social avait annoncé la création d’un fonds d’aide à ses membres condamnés et pour certains incarcérés.  Deux d’entre eux, de la section de Marseille, sont actuellement en prison. Ils ont été condamnés à six mois de prison le 27 juin dernier pour avoir roué de coups un gendarme et un de ses amis guadeloupéen lors d’une séance de collage nocturne dans le 5e arrondissement de Marseille. À Lyon, un hooligan proche du Bastion Social a été condamné à dix-huit mois de prison. Il était impliqué dans le passage à tabac d’un policier en marge du match OL-CSKA Moscou aux abords du Groupama Stadium à Décines.

Enfin, Steven Bissuel reste mis en examen pour des violences en marge d’un concert « antifasciste » en avril 2018 à Lyon. Il a toujours interdiction de se rendre dans le 5e arrondissement de Lyon entre 22h et 6h.

L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon

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