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En réponse à la Marche pour le climat lyonnaise, David Kimelfeld défend l’Anneau des sciences
Environnement  Politique 

En réponse à la Marche pour le climat lyonnaise, David Kimelfeld défend l’Anneau des sciences

actualisé le 20/03/2019 à 20h28 : avec la réaction de l'un des animateurs du Collectif Lyon Climat

Du jamais vu. Samedi 16 mars, entre 20 000 et 40 000 personnes ont participé à une nouvelle Marche pour le climat à Lyon. Parmi les mots d’ordre, des revendications nationales mais aussi locales. L’arrêt du projet d’Anneau des sciences figurait en tête de la liste. Ce lundi, le président de la Métropole, David Kimelfeld a défendu ce projet routier sans plus de « certitudes ».

C’est le chiffon rouge agité aux visages des militants écolos organisateurs des Marches pour le climat. En amont de cette « Marche du siècle » du 16 mars (comme elle a été renommée), les organisateurs avaient lancé un avertissement par voie de presse au président de la Métropole de Lyon, David Kimelfeld : le projet « Anneau des Sciences », bouclant le périphérique lyonnais, doit être abandonné.

Autrefois appelé Tronçon Ouest du Périphérique (TOP), il constituerait une infrastructure de 15 km en 2×2 voies, avec sept nouvelles connexions créées avec le réseau de transports collectifs urbain et périurbain.

Dans son communiqué, le Collectif Lyon Climat affirme que ce projet est « doublement climaticide » :

« il contribuera à augmenter les émissions de gaz à effet de serre de la Métropole de Lyon et les émissions de particules fines et autres polluants atmosphériques. En mobilisant un budget de près de 3 milliards d’euros, il obérera aussi la réalisation d’aménagements de transport en commun et d’aménagements cyclables que nos concitoyens attendent dans de nombreux secteurs encore trop mal desservis ».

Le Collectif Lyon Climat lançait cet avertissement :

« Sans clarification de David Kimelfeld, le mouvement Climat se retirera du processus de co-élaboration du Plan Climat ».

Lors de l’imposante manifestation de samedi 16 mars, la dénonciation de ce projet « climaticide » était dans les discours et sur des banderoles.

"Anneau des sciences" climaticide pouvait-on lire sur une banderole le 16 mars lors de la Marche pour le climat à Lyon ©DR

« Anneau des sciences » climaticide pouvait-on lire sur une banderole le 16 mars lors de la Marche pour le climat à Lyon ©DR

« Il ne faut pas opposer les voitures aux autres mobilités »

Ce lundi, le président de la Métropole de Lyon a profité d’une Commission générale sur le futur Plan climat 2020-2030 pour répondre à cet « ultimatum ».

Le futur Plan climat-air-énergie territorial (PCAET) qui entre dans sa phase de concertation doit permettre d’élaborer la stratégie de la Métropole de Lyon pour viser la neutralité carbone d’ici 2050 sur son territoire.

David Kimelfeld a voulu expliquer à ceux et celles qui verraient une contradiction entre climat et nouvelle infrastructure routière qu’il n’y en avait pas.
L’argumentaire est un peu déroutant. En substance, il est favorable à cette nouvelle infrastructure mais sa « certitude » s’arrête là.

« La question n’est pas de savoir si on boucle ou pas le périphérique mais comment on organise les mobilités de manière globale. Quels équilibres est/ouest ? Quelles entrées dans la zone ? Où se positionnent et où se connectent les parking-relais ? Faut-il des voies réservées au covoiturage ? »

Bref, pour lui « l’infrastructure » n’est pas la « question » mais il faut se questionner sur les « usages  :

« Le défi d’aujourd’hui et de demain est d’éviter les fractures territoriales, notamment pour les zones périurbaines. Car ce sont 200 000 personnes qui entrent dans la Métropole. Il faut imaginer de nouvelles mobilités pour éviter les phénomènes d’assignation à résidence pour les populations les plus fragiles qui n’ont pas de solution de transport ».

Et de conclure :

« Il ne faut pas opposer les voitures aux autres mobilités. Il faut mettre en place une stratégie mobilité qui soit compatible avec l’objectif climatique du PCAET 2020-2030 ».

L’essentiel de son intervention sur le Plan climat fut donc sur l’Anneau des sciences, signe qu’il y a comme un léger problème de clarté dans le discours.

Au voeux du SYTRAL au Grand Hôtel-Dieu, David Kimelfeld président de la Métropole de Lyon. Vendredi 25 janvier.©MG/Rue89Lyon

Au voeux du Sytral au Grand Hôtel-Dieu, David Kimelfeld président de la Métropole de Lyon. Vendredi 25 janvier.©MG/Rue89Lyon

« Sur l’Anneau des sciences, je suis d’accord avec Gérard Collomb »

En vieux loup de la politique, le simple conseiller de la Métropole Gérard Collomb a pris la parole dans la foulée, profitant du début de séance du conseil de Métropole. Histoire de montrer que, lui, est plus décidé que son nouveau meilleur ennemi sur le sujet de l’Anneau des sciences qu’il a lui-même lancé en 2012.

« Il faut réaliser le dernier tiers du périphérique. Il est vain de parler de déclassement et d’aménagement de l’A6-A7 si nous n’avons pas l’Anneau des sciences. Lequel n’est pas conçu comme une autoroute année 60. Il y aura une grande part d’intermodalité. Mais si nous ne le faisons pas, nous ne pouvons pas faire autre chose ».

Il a continué à exister sur le sujet en répondant aux questions de France 3.

Pour les Républicains, François-Noël Buffet s’est également engouffré dans la brèche. Il s’est adressé à l’actuel président du Grand Lyon :

« Vous avez créé un trouble. Il faut avoir des idées claires ».

David Kimelfeld a dû reprendre la parole et convenir qu’il avait « la même vision que Gérard Collomb ». Et d’insister sur la méthode, sa méthode, la « coconstruction ». Pour finir, il a convoqué la presse lors d’une rapide pause buffet clarification. Entre deux tranches de charcuterie, il a posé trois conditions à la faisabilité de l’Anneau des sciences.

« Je suis pour cette infrastructure à condition qu’on envisage :
– les nouveaux usages : voitures électriques, covoiturage, navettes autonomes;
– son intégration dans une vision globale des déplacements ;
– son financement par un nouvelle taxe »

Gagner du temps en vue de 2020

Pour sortir de cette ambiguïté sans clarifier totalement le projet, David Kimelfeld a annoncé qu’un « volet mobilité fort » sera intégré à la concertation sur le nouveau Plan climat. Ce « volet mobilité » est nommé pompeusement « les Assises de la mobilité ». Pierre Hémon, conseiller délégué de la Métropole de Lyon EELV, veut relever le défi :

« Il cherche une voie de sortie par le haut. S’il faut avoir une vison globale, on va lui démontrer que ce projet est climaticide. Mais pour cela, il faudrait que l’enveloppe de 5,9 millions d’euros votée pour des « études et sondages géologiques » sur l’Anneau des sciences serve également à cette réflexion d’ensemble ».

Surtout, en lançant des « assises de la mobilité » autour du projet de l’Anneau des sciences, David Kimelfeld dilue la question qui fâche alors que le financement de ce projet d’infrastructure est loin d’être assuré.

C’est donc aussi une manière de gagner du temps pour que la question de l’Anneau des sciences ne pollue pas trop sa campagne de 2020.
En se mettant dans les pas de son ancien mentor, David Kimelfeld donne ainsi des gages à une majorité encore « vaccinée au béton », comme le glisse un élu écolo membre de la majorité.

Reste à savoir si cette nouvelle relance du débat sur l’Anneau des sciences lui permettra de nouer des alliances avec EELV.

Pour rappel, en 2012-2013, Lyon avait connu un débat public sur l’Anneau des sciences. Le scénario « tout transport en commun » pour éviter cette infrastructure avait été rejeté par l’exécutif du Grand Lyon dirigée à l’époque par Gérard Collomb.

Bis repetita pour ce serpent de mer ?

« Même greenwashé, l’Anneau des Sciences reste une infrastructure autoroutière »

Nous avons interrogé un des animateurs du Collectif Lyon Climat sur cette « clarification » du président de la Métropole. Fabien Bagnon n’a pas, pour le moment, claqué la porte du « processus de co-élaboration ». Collectif Lyon Climat reste encore dans la concertation :

« La Métropole doit maintenant présenter des projets de mobilité qui soient compatibles avec les objectifs ambitieux du Plan climat 2020-2030. Par ailleurs, les experts du GIEC alertent sur l’impérative nécessité de prendre des mesures ambitieuses dans les 5 prochaines années. Or, même greenwashé, l’Anneau des Sciences reste une infrastructure autoroutière ».

Fabien Bagnon préfère suggérer des pistes de réflexion sur ce « volet mobilité » qui doit donc être prochainement en discussion dans le cadre du Plan climat :

« S’il s’agit de faire de l’Anneau des sciences une infrastructure 100% dédiée aux transports en commun, mieux vaut l’abandonner et repartir de l’étude du cabinet TTK, celle qui défendait le scénario tout transport en commun en 2012, pour se passer de ce bouclage du périphérique ».

 

L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.

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