Rue89Lyon en est partenaire et publie les contributions des auteurs que vous pourrez rencontrer en novembre. Si vous ne pouvez pas assister aux soirées de débats, vous avez l’occasion de leur poser vos questions par l’intermédiaire d’un journaliste de la rédaction (via un formulaire ci-après, en fin d’article).

« La question migratoire, partout présente dans la politique occidentale contemporaine, rouvre une question qui a été peu à peu censurée dans la deuxième moitié du vingtième siècle : celle de l’identité du démos (peuple en grec).
C’est que la démocratie contemporaine, à bien des égards, repose sur un paradoxe : elle sacralise théoriquement la souveraineté populaire en en faisant le fondement du pouvoir politique mais se montre incapable de caractériser le peuple qui en est dépositaire.
Plus encore : elle marque une hostilité manifeste envers ceux qui rappellent que le peuple démocratique est toujours un peuple particulier, avec son histoire, sa culture, ses mœurs, ses institutions et ses frontières : elle les assimile au populisme ou à la réaction.
Vers une « invisibilisation du demos » ?
La dynamique de l’émancipation démocratique obligerait plutôt chaque peuple à se dépouiller de son particularisme pour s’engager dans la construction d’une humanité unifiée, glorifiée à travers la figure du citoyen du monde.
Au nom de la lutte contre les discriminations, il faudrait délivrer la citoyenneté de tout contenu identitaire particulier, les pays devant devenir théoriquement interchangeables entre eux. À certains égards, on pourrait dire de la démocratie contemporaine qu’elle pousse à l’invisibilisation du démos, que l’on veut réduire à une pure catégorie procédurale sans substance.
Cela dit, les grandes migrations, qui mettent des populations en mouvement, font exploser brutalement le paradigme du démos invisible, dans la mesure où ce sont des communautés de plus en plus massives qui s’installent dans les démocraties occidentales et qui font resurgir au sein même de la communauté politique la différence entre le nous et le eux.
La présence de plus en plus massive de populations culturellement étrangères aux nations occidentales oblige ces dernières à ouvrir explicitement la question de leur identité et à expliciter l’arrière-fond culturel et civilisationnel qui fonde la communauté politique.
À quoi doit-on s’intégrer ou s’assimiler lorsqu’on les rejoint ? Et comment traduire politiquement l’aspiration à la continuité historique des peuples qui se manifeste à travers cela ? La question migratoire oblige la démocratie à se questionner sur ses propres fondements. »
« Ce que la question migratoire fait à la démocratie« , le 20 novembre, Isabelle Coutant Mathieu Bock-Côté, François Héran et, en grand témoin, Marie-France Etchegoin. Débat modéré par Catherine Portevin (Philosophie Magazine).
> Titre et intertitre sont de Rue89Lyon.

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