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« Une saison en France » : donner un visage à ceux qu’on appelle les migrants
Cultures 

« Une saison en France » : donner un visage à ceux qu’on appelle les migrants

actualisé le 30/01/2018 à 09h47

Portée par la comédienne Sandrine Bonnaire, « Une saison en France » du réalisateur Mahamat-Saleh Haroun explore dans le quotidien de réfugiés en quête de leur statut. Un film didactique et engagé qui sort ce mercredi 31 janvier.

Comment vit-on l’attente de l’obtention de son statut quand on est demandeur d’asile ? Quelques jours avant la présentation du projet de loi sur l’asile de Gérard Collomb, le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun propose une fiction à hauteur de réfugiés.

Abbas, professeur de français, a fui la guerre en Centrafrique. Arrivé en France avec ses deux enfants, il a déposé une demande d’asile. Dans l’attente d’une réponse définitive, son fils et sa fille sont scolarisés, il travaille au noir sur un marché et vit une histoire d’amour avec Carole (jouée par Sandrine Bonnaire).

Image du film "Une saison en France"

Carole (Sandrine Bonnaire) et Abbas (Ériq Ebouaney) entourés de ses enfants. Image extraite du film « Une saison en France »

« Les migrants ? On a l’impression d’une masse informe »

Nous avons rencontré Mahamat-Saleh Haroun et Sandrine Bonnaire lors de l’avant-première au Comoedia.
Le réalisateur revendique un récit en rupture avec « un cinéma qui ne donne pas de visage à ceux qu’on appelle les migrants » :

« Les migrants ? On a l’impression d’une masse informe. On dit « ils » mais, en réalité, on ne les connaît pas. J’ai voulu redonner leur dignité à ces gens ».

Pour rompre avec certains clichés véhiculés sur les migrants d’Afrique Subsaharienne, Mahamat-Saleh Haroun a choisi comme héros, Abbas, un intellectuel, professeur de français, qui s’exprime sans accent prononcé. Un choix.

« Je voulais montrer des personnes qui vivent au quotidien avec nous et se fondent dans notre communauté. On les croise mais on ne sait pas quelle vie elles mènent. L’important est le regard qu’on porte sur elles et de donner à voir leur réalité au jour, le jour. »

« L’histoire va-t-elle se répéter comme en juillet 1938 ? »

Mais il n’est pas que question du quotidien des demandeurs d’asile.
Sans le crier, Mahamat-Saleh Haroun s’engage sur la question des migrants. D’abord pour des raisons personnelles, il revendique une politique d’hospitalité :

« Au début des années 80, j’ai été chassé de mon pays et je me suis réfugié en France. Naturellement, j’ai pensé à toutes ces personnes qui cheminent dans le désert ou la neige venir ici ».

Le propos du film est en opposition frontale avec « la fermeture des frontières ». Le personnage principal, Abbas, se fait le porte-parole du réalisateur lorsqu’il s’interroge dans une lettre à sa compagne Carole :

« L’histoire va-t-elle se répéter comme en juillet 1938 à la Conférence d’Evian ? A l’époque, les démocraties ont refusé d’ouvrir leurs portes aux migrants juifs. On disait qu’on était au point extrême de saturation. »

Mahamat-Saleh Haroun assume cette formule :

« Ce sont des historiens qui disent que certains discours rappellent les années 1930. Même si, bien sûr, en 1938, c’était pire.»

Il affirme :

« Depuis toujours, les populations ont bougé et ça, on ne pourra pas l’arrêter. Il faut trouver une solution autre que celle de fermer les frontières. »

Le réalisateur d'"Une saison en France", Mahamat-Saleh, Haroun et l'actrice Sandrine. ©LB/Rue89Lyon

Le réalisateur d' »Une saison en France », Mahamat-Saleh Haroun et l’actrice Sandrine Bonnaire. ©LB/Rue89Lyon