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A Lyon, ni circulation alternée, ni gratuité des transports : les autorités font le dos rond pendant le pic de pollution

actualisé le 07/12/2016 à 17h53

Ni la circulation alternée, ni la gratuité des transports ne seront mises en place dans les prochains jours à Lyon.

Le scénario est connu. Au bout de quelques jours d’un pic de pollution annoncé pour durer, les écologistes ont commencé à donner de la voix, demandant la mise en place de mesures coercitives d’urgence, comme la circulation alternée.

Et comme on pouvait s’y attendre, Gérard Collomb est resté silencieux et n’a pas embrayé, contrairement à la maire de Paris, Anne Hidalgo pour demander cette alternance au préfet. Appliquée mardi dans la région parisienne, cette restriction de circulation a été prolongée mercredi.

Comme souvent, l’air de la capitale des Gaules est au moins aussi pollué que celui de la capitale de la France.
Mais ce n’est pas de nature à faire varier la position du maire et président de la Métropole de Lyon, toujours hostile aux mesures coercitives.

La seule fois où Gérard Collomb a décrété la gratuité des TCL pendant un pic de pollution aux particules fines, c’était à la fin de la campagne des municipales en 2014.

« Il faut empêcher le pic de pollution en amont »

La Métropole de Lyon veut s’appuyer sur des mesures de moyen et long terme. C’est le sens du « Plan Oxygène » présenté le 21 juin dernier.

Pendant ce pic de pollution, Thierry Philip, vice-président en charge de l’environnement à la Métropole, l’a redit à Rue89Lyon, lundi 5 décembre :

« La gratuité des transports consiste à faire payer par le contribuable le coût des TCL. Et je ne suis pas sûr de son efficacité puisque déjà 70% des déplacements se font à pied, en vélo ou en TCL à Lyon et Villeurbanne, les zones les plus touchées par le pic de pollution. »

Comme pour l’école Michel Servet, c’est le maire du 3e arrondissement qui monte au créneau pour répéter la ligne de la Métropole de Lyon.

« On peut faire de l’agitation mais pour que ça change, il faut éviter les pics de pollution et le nombre de jours de niveau alerte. C’est ce que nous faisons ».

Thierry Philip annonce, une nouvelle fois, deux délibérations en 2017 concernant ce « Plan Oxygène » :

  • La création d’une « zone de faible émission » où les véhicules les plus polluants sont réglementés. Cela ne concernera que les camions et camionnettes, au moins sur les communes de Lyon et Villeurbanne.
  • Des aides pour le remplacement des chauffages au bois non-performants, responsables d’une grande partie de cette pollution hivernale. Ces aides s’ajouteront aux crédits d’impôt et couvriraient la moitié des coûts. Cela pourrait diminuer de 11% les particules fines selon l’élu.
L'autoroute A7 au niveau de la Confluence à Lyon ©Thomas Francillard/Rue89Lyon

L’autoroute A7 au niveau de la Confluence à Lyon ©Thomas Francillard/Rue89Lyon

« Les critères ne sont pas réunis pour la circulation alternée »


Paris et Lyon n’ont pas la même réglementation
Comprenne qui pourra. La réglementation sur la qualité de l’air est régionalisée. Ce qui aboutit à de grandes disparités pour la mise en place de la circulation alternée.
A Paris, dans son arrêté, le préfet de police s’est appuyé sur le nouvel arrêté interministériel d’avril 2016
et l’arrêté interpréfectoral de juillet 2014.

Pour Lyon (et l’ex-région Rhône-Alpes), la nouvelle réglementation nationale n’est pas encore appliquée. C’est toujours l’arrêté interministériel de mars 2014 adapté par un arrêté interpréfectoral de décembre 2014 qui s’applique.
Moralité, à Paris le préfet de police peut imposer la circulation alternée « en cas de dépassement prévu du seuil d’alerte ou d’épisode persistant de pollution aux particules » alors qu’à Lyon le préfet ne peut déclencher cette restriction de circulation qu’en cas de « procédure d’alerte ». Deuxième différence notable : l’arrêté interpréfectoral de Rhône-Alpes qui précise la « procédure d’alerte » restreint encore les possibilité d’application de la circulation alternée, comme l’expose le préfet du Rhône dans son communiqué de ce lundi 5 décembre.

Le préfet du Rhône vient de faire la même réponse que son homologue parisien à Anne Hidalgo, dimanche : les critères ne sont pas réunis pour déclencher la circulation alternée. Et ce n’est pas de la grève des TCL dont il s’agit.

Dans un communiqué délivré ce lundi, « il est rappelé que la circulation alternée peut être déclenchée au niveau d’alerte N°3, qui correspond à 4 jours consécutifs de dépassement de 80 μg/m3 (microgrammes par mètre cube) ».

Pour le moment, la concentration en particules fines (PM10) grimpent mais n’atteint, pas encore, ces niveaux. 54 μg/m3 le 3 décembre, 57 μg/m3 le 4 décembre et 76 μg/m3 observé lundi 5 décembre.

Parce que le trafic routier est l’une des trois causes de ce pic de pollution, la préfecture du Rhône annonce toutefois avoir pris des mesures « pour abaisser, dans le Rhône, de 20km/h toutes les vitesses autorisées à 90Km/h et plus ».

Mais il faut attendre que ça vire au rouge écarlate pour que les autorités locales mettent en place les principales mesure coercitives. Ainsi fonctionne la réglementation actuelle dans l’ex-Rhône-Alpes, issue d’un arrêté préfectoral de décembre 2014.

A Paris (où la réglementation n’est pas la même qu’à Lyon), le préfet de police a pris une nouvelle décision ce lundi après-midi. Finalement, la circulation alternée a été appliquée mardi. La prise de position de la maire, Anne Hidalgo, n’y est pas pour rien.

« Arrêtons les atermoiements actuels »

Pour l’instant, seuls les écologistes donnent de la voix.

Dans un communiqué de presse, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) réclame « la mise en place de la circulation alternée » :

« Ce n’est pas la panacée mais c’est actuellement la seule mesure efficace pour faire chuter rapidement les émissions de particules fines. En contrepartie pour inciter les automobilistes à laisser leurs véhicules au garage, il est impératif de rendre les transports en commun gratuits. »

Quant aux cyclistes du collectif « VALVE », ils font part de leur « ras-le-bol ». Pierre-Martin Aubelle, porte-parole du collectif :

« On veut frapper les esprits. Il y a 48 000 morts du fait de la pollution par an en France. Dans le Grand Lyon, c’est au moins un mort par jour. Cela concerne tout le monde. Et aujourd’hui, il faut arrêter les atermoiements actuels et mettre en place dès qu’il y a un pic de pollution, la circulation alternée et la gratuité des transports. En parallèle, il faut aller encore plus loin dans le développement des modes doux ».

Les militants du collectifs VALVE ont mis en scène, ce mardi, la pollution de l’air qui « tue un habitant de la Métropole par jour » en affichant une banderole sur l’autoroute A7, depuis le pont de la Mulatière.

> Mise à jour du 7 décembre à 18h : la circulation alternée sera mise en place vendredi 9 décembre. Lire note article.

La banderole du collectif VALVE accrochée ce mardi matin sur le pont de la Mulatière. ©DR

La banderole du collectif VALVE accrochée ce mardi matin sur le pont de la Mulatière. ©DR

> Article mis à jour avec le prolongement de la circulation alternée à Paris, la photo de l’action du collectif VALVE et les précisions sur la réglementation qui encadre la mise en place à Paris et à Lyon de la circulation alternée.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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