Environnement 

Pollution de l’air : le « Plan Oxygène » de la Métropole de Lyon ne perce pas encore les nuages

actualisé le 05/12/2016 à 12h41

Gérard Collomb a présenté ce 21 juin le « Plan Oxygène » de la Métropole de Lyon pour améliorer la qualité de l’air. Aucune nouveauté ni mesures coercitives pour le moment de la part d’une collectivité qui aimerait bien se débarrasser de sa position bien trop haute dans le classement des villes les plus polluées.

« Chaque année je dois déclarer à la Commission européenne le nombre de personnes exposées à des seuils de pollution qui ne sont pas admissibles. Pour 2015, j’en ai déclarées 92 000. C’était 120 000 en 2014 et le chiffre tourne toujours autour de 100 000 personnes. »

Marie-Blanche Personnaz, directrice d’Air Rhône-Alpes, a posé calmement les bases en préambule de l’annonce du Plan Oxyègne pour l’amélioration de la qualité de l’air.

« Du point de vue du contentieux européen, la France en est bientôt à la Cour de Justice européenne. »

100 millions d’euros d’amendes à prévoir pour la France ; et l’agglomération de Lyon devra s’acquitter d’une partie de la facture. L’air de Lyon et de l’agglo n’est pas pur, on le savait. Gérard Collomb, qui aime habituellement mettre en avant les classements des grandes agglomérations où Lyon est très souvent à son avantage, aimerait bien se débarrasser de cette image de ville à l’air pollué. En 2015 une ONG, le Bureau Européen de l’environnement, avait classé Lyon à la 12e place parmi 24 grandes villes européennes qui se retrouvait même derrière Paris.

Ce même jour l’étude de Santé Publique France indiquait que la pollution atmosphérique liée notamment aux particules fines était responsable de 48 000 décès prématurés en France.

Rue89Lyon ne manque pas de vous informer à chaque pic de pollution, qu’il entraîne ou non des restrictions de circulation. Pour 2015, les épisodes de dépassement des seuils admis ont représenté 42 jours. Il n’y en avait eu que 31 en 2014, grâce à une météo favorable. Depuis 2011, le nombre de ces jours noirs est malgré tout sur une courbe descendante.

Ça va mieux mais ça pourrait aller encore mieux

Selon les chiffres de la Métropole, en 15 ans les émissions de dioxyde de soufre auraient baissé de 74 %, contre 48 % pour les particules fines et de moitié pour le dioxyde d’azote, sur son territoire.

On respirerait donc mieux mais ce n’est pas encore ça. Alors que peut faire la Métropole pour lutter contre la pollution atmosphérique ? Pas grand-chose sur les principales causes, si on en croit la directrice d’Air Rhône-Alpes :

« De toute façon, lors des pics, 40 % de la pollution vient d’ailleurs et on ne peut rien y faire, même en amont. Et pour le transport, le meilleur levier reste le renouvellement du parc automobile. »

Restent donc des mesures à l’ampleur plus limitée mais sur lesquelles la Métropole a la main. Le « Plan Oxygène » présenté par Gérard Collomb, président de la Métropole de Lyon et Thierry Philip, maire du 3e arrondissement et en charge de l’environnement à la Métropole, n’a de ce point de vue pas appris grand-chose. Pour ne pas dire rien. Beaucoup de mesures avaient notamment été annoncées lors de la présentation du plan de mandat.

Ainsi, la poursuite du développement des transports en commun et le renouvellement de véhicules plus « propres » est incluse dans le plan. De même que l’aide à l’acquisition d’un vélo à assistance électrique. Idem pour la poursuite du plan d’aide à la rénovation énergétique des logements annoncée dans le plan de mandat. Ou encore le plan de renouvellement des chauffages individuels au bois obsolètes émetteurs de particules fines et financé en grande partie par l’ADEME.

La restriction de circulation pique toujours la gorge de Gérard Collomb

En octobre 2015, Lyon et son agglomération étaient retenues dans le plan « Villes respirables » du ministère de l’écologie. Pour obtenir le financement de l’État, les candidats devaient s’engager à :

  • « créer ou préfigurer une zone à circulation restreinte dans laquelle l’accès sera réservé aux véhicules les moins polluants »
  • mener au moins deux actions complémentaires dans les secteurs des transports et de la mobilité, de l’agriculture, du logement, de l’innovation et de la planification urbaine.

La Métropole avait timidement fait savoir qu’elle « étudiait » cette question des restrictions de circulation pour les véhicules les plus polluants pendant les pics de pollution. Huit mois après on retrouve donc (par obligation ?) dans le « Plan Oxygène » des « zones de circulation à faibles émissions » interdites aux poids-lourds et aux utilitaires. Mais cela « ne concernera pas les particuliers ». Quel zonage ? Quelles conditions ? La Métropole n’a semble-t-il pas beaucoup avancé et dit continuer d’étudier la question.

D’autres grandes villes françaises prennent des mesures coercitives et contraignantes, comme Paris ce même jour qui annonce la fin progressive du diesel, ou bien à l’étranger comme Milan qui avait décidé de laisser toutes les voitures au garage durant trois jours. Le journal Le Monde a dressé la carte des 230 villes européennes qui restreignent la circulation automobile.

Pour l’heure, Lyon n’en fait pas partie. Peut-être bientôt, même si elle semble ne vouloir fâcher personne. Et même si la voiture ne cesse de reculer en ville.

Des bus en site propre sur le tronçon de l’A6/A7 déclassé ?

La principale annonce en matière de réduction du trafic dans l’agglomération et le centre de Lyon, et donc possiblement de la pollution atmosphérique, reste le déclassement de l’A6 et de l’A7. Une annonce faite le 4 mai dernier. Sur ce point Gérard Collomb, a toutefois apporté quelques précisions.

Il souhaiterait que le déclassement des autoroutes, de Limonest à Pierre-Bénite, soit signé et officialisé d’ici la fin de l’année. Avant 2020, le maire de Lyon aimerait que sur ce tronçon une voie en site propre soit réservée aux transports en commun et aux taxis. L’aménagement complet de ce qui deviendra un « boulevard urbain » n’interviendrait pas avant en revanche.

Reste à boucler le grand contournement de l’agglomération. Gérard Collomb n’abandonne pas « l’Anneau des Sciences » espéré « pour 2030 ». Il a aussi redit « travailler à tous les scenarii » pour limiter l’entrée des véhicules en ville et notamment l’idée d’un péage urbain.

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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