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A Lyon, 9ème manif contre la loi travail : Une mobilisation en baisse qui finit dans la nasse de Bellecour

actualisé le 25/05/2016 à 10h19

[Article mis à jour régulièrement] Ce jeudi était la date clé d’une semaine annoncée comme décisive, avec la multiplication des appels à la grève contre la loi travail.

Après une petite manifestation mardi, c’est une mobilisation globalement en baisse qui a marqué cette nouvelle manif, comparée au deux grandes journées des 31 mars et 28 avril. 9 000 personnes selon la CGT (2 800 selon la police) ont marché dans les rues de Lyon.

A Lyon, le grand parcours avait pourtant été choisi par l’intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, CNT et CNT-SO). Le cortège est parti après 11h30 de la Manufacture des tabacs pour rejoindre la place Bellecour, via le cours Gambetta.
Plus de syndiqués présents côté FO et des profs de la FSU, mais on notait un peu moins de monde côté CGT.

Le cortège FO était plus fourni que lors des précédentes manifestations. ©LB/Rue89Lyon

Le 19 mai, le cortège FO était plus fourni que lors des précédentes manifestations. ©LB/Rue89Lyon

Les lycéens toujours en tête

En tête de cortège, on trouve toujours le même millier de manifestants jeunes, certains le visage masqué.
Mais cette fois-ci, contrairement à mardi dernier, la CGT n’a pas fait de ligne pour se distinguer de cette foule. Une poignée de cégétistes faisaient office de service d’ordre devant la manif.

Les banderoles qui ouvraient la marche étaient tenues par des lycéens, notamment de Saint-Exupéry ou de Lumière.

L'une des banderoles lycéennes de tête de la manifestation du 19 mai. ©LB/Rue89Lyon

L’une des banderoles lycéennes de tête de la manifestation du 19 mai. ©LB/Rue89Lyon

D’un pas rapide, les manifestants ont avalé le pavé du cours Gambetta. Sans incident. Comme précédemment sur ce parcours, une vingtaine de policiers de la compagnie départementale d’intervention (CDI) longeaient cette tête de cortège. Fait nouveau : un policier filmait en continu, surtout ses collègues.

Le service d’ordre de la CGT fait de la médiation

Arrivés place Gabriel Péri à la Guillotière, des manifestants menés par des personnes derrière une banderole en mode black bloc ont tenté une manif sauvage. Mais les policiers de la CDI ont directement bloqué la progression, rue de Marseille, au niveau de l’arrêt de tram.

Là, deux des cégétistes préposés au service d’ordre ont demandé aux manifestants de continuer le parcours officiel. Sur fond de jets de projectiles (bouteilles en plastiques notamment), l’un des membres de la CGT s’adressait ainsi à une jeune manifestante :

« Il ne faut pas faire ça. Vous irez en prison. Nous, on est là pour vous protéger. Il faut bloquer l’économie. »

Finalement le cortège est reparti.

Un des membres du service d'ordre de la CGT positionné entre les manifestants et les policiers, place Gabriel Péri, juste après une tentative de dévier le cours de la manif. ©LB/Rue89Lyon

Un des membres du service d’ordre de la CGT positionné entre les manifestants et les policiers, place Gabriel Péri, juste après une tentative de dévier le cours de la manif. ©LB/Rue89Lyon


Gendarmes mobiles et canon à eau pour ralentir le cortège

Vers 12h30, au bout du pont de la Guillotière, ce sont les forces de l’ordre qui ont stoppé la manifestation. Une ligne de gendarme mobile puis le camion à eau se sont positionnés.

Selon la police, il s’agissait de « ralentir le cortège car le dispositif n’était pas en place ».

Rapidement, les esprits se sont échauffés. Dans une marche en arrière, les forces de l’ordre ont retenu les manifestants jusqu’à l’entrée de la rue de la Barre.
Les personnes de la tête du cortège sont allés au contact du canon à eau qui a aspergé à plusieurs reprises.

Rue de la Barre, le canon à eau est entré en action. ©LB/Rue89Lyon

Rue de la Barre, à deux pas de l’arrivée à Bellecour, le canon à eau est entré en action. ©LB/Rue89Lyon

A Bellecour, toujours les mêmes manifestants ont voulu, dans la foulée de l’arrivée sur la place, lancer une nouvelle manif sauvage par la rue Victor Hugo mais ils ont été repoussés avec des lacrymogènes.

La place revêtait son dispositif de sécurité devenu habituel : quatre rues adjacentes fermées, canons à eau positionnés et hélicoptère qui survole.


Interventions policières et impossible départ groupé de la place Bellecour

Avec ses camions, la CGT et Solidaires se sont installés sur la place, tandis que les syndicalistes FO buvaient rapidement un coup avant de partir.

Au niveau du métro, la police a tenté une interpellation. S’en est suivi un face-à-face tendu entre manifestants et policiers. Les gaz lacrymogènes répondant à quelques projectiles.
Pendant une petite heure, le calme est revenu.

Vers 14 heures, une centaine de personnes sont allées au contact des policiers situés à hauteur des kiosques de Bellecour. Certains dansaient, d’autres faisaient une sorte de sit-in.

Des projectiles sont partis et la charge a été donnée. Matraques, grenades de désencerclement et grenades lacrymogènes.

Résultat : une interpellation et des personnes blessées à la main ou à la tête.

Après cette charge, les sommations d’usage ont été faites pour la dispersion. Ce qui a eu comme conséquence d’obliger la CGT à quitter la place avec ses deux derniers camions, en appelant les quelque 300 manifestants restant à les suivre.

Au niveau de l’angle avec la place Antonin Poncet, la police a bloqué le mini-cortège. Motif : aucune manif sauvage tolérée.

Pendant une vingtaine de minutes, la police a bloqué le départ groupé de la CGT. ©LB/Rue89Lyon

Pendant une vingtaine de minutes, la police a bloqué le départ groupé de la place Bellecour mené par la CGT. ©LB/Rue89Lyon

Les responsables de la CGT sont allés négociés, certains après avoir pris des coups de matraques. Finalement le commissaire en charge du dispositif d’ordre public a autorisé les derniers manifestant à partir côté Saône.

L’un des responsables du service d’ordre a pris le micro pour annoncer :

« Le commissaire nous a promis qu’il n’y aurait aucune interpellation. Il faut partir par groupe de 2 ou 3 ».

C’est ainsi que la place a été vidée vingt minutes après.
João Pereira Afonso, le secrétaire de l’Union départementale CGT, ne décolérait pas :

« On a été accueilli par un canon à eau puis des policiers sont de nouveau intervenus à côté de nos camions, sur la place. Et ensuite, quand on veut partir de Bellecour, on nous en empêche. »

Pour faire le point sur cette question de l’ordre public, l’intersyndicale doit être reçue, à la demande des syndicats, par la préfecture du Rhône.

Au total, selon Le Progrès qui cite la police, huit individus ont été interpellés pour des jets de projectiles, des dégradations diverses, des tags et des violences sur agents. Ils ont tous été placés en garde à vue.

De multiples secteurs touchés par la grève mais des effets limités

La CGT et FO annonçaient une « pluie » de grève pour cette semaine. Les deux centrales syndicales appelaient à la tenue d’assemblée générale dans les entreprises avec, à l’ordre du jour, la grève reconductible.

Dans la région, des secteurs « déterminants pour l’économie » (selon les termes de organisations syndicales) sont concernés par ces potentielles grèves reconductibles :
• la SNCF, à partir de la fin de journée du 17 mai
• la chimie, à partir du 17 mai
• les contrôleurs aériens à partir du 19 mai

Quelques illustrations des effets de la grève.

  • Depuis ce mardi 4 heures, FO (majoritaire) annonce qu’il n’y a plus une seule goutte d’essence qui sort de la raffinerie Total de Feyzin. »Les unités sont au minimum technique, expliquait mardi le secrétaire FO du comité d’entreprise de la raffinerie. » En d’autres termes, le raffinage continue, mais les camions ne sont plus censés sortir de la raffinerie pour approvisionner les stations services. Mais ce blocage est partiel. Et les camions continuent leurs livraisons à partir des dépôts dits « intermédiaires » qui ont encore du stock. « En fonction de la mobilisation, dans 72 heures, on pourrait arrêter l’exploitation », ajoutait Frédéric Seguin.
  • Dans la région, la SNCF prévoit un trafic « fortement perturbé » jusqu’à jeudi. A titre d’exemple : de Lyon à Chambery, Ambérieu, Annemasse, Genève ou Mâcon, on ne compte qu’1 TER sur 4.
  • Concernant les TCL, la mobilisation est en recul par rapport au 28 avril qui n’était déjà pas une grosse journée. La ligne de tram T5 est à l’arrêt. D’autres lignes de bus connaîtront des arrêt anticipés liés à la manif.
  • L’Education nationale a connu, à Lyon, davantage de grévistes ce jeudi. Mais aucun chiffre n’a été communiqué. Selon le SNES-FSU (syndicat majoritaire dans l’Education nationale) la mobilisation était plus importante ce jeudi que mardi dernier, contre la loi travail mais aussi contre la réforme du collège, avec un mini rassemblement d’une cinquantaine de personnes devant le rectorat à 9h30.


Une mobilisation en dents de scie

Avant cette journée du 19 mai, huit manifestations se sont déroulées à Lyon. Elles ont rassemblé :

  • le 9 mars, entre 7 000 personnes (selon la police) et 20 000 personnes (selon les organisateurs)
  • le 17 mars entre 3000 et 6500 personnes.
  • le 24 mars, entre 1 500 et 4 000 personnes.
  • le 31 mars, entre 15 000 et 30 000 personnes.
  • le 5 avril, entre 1 400 et 2 000 personnes.
  • le 9 avril, entre 4 400 et 15 000 personnes.
  • le 28 avril, entre 5 500 et 15 000 personnes.
  • le 17 mai, entre 2 000 et 7 000 personnes.
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