Société 

A Lyon, les représentants musulmans font le ménage chez les salafistes

actualisé le 16/12/2015 à 13h49

Le préfet du Rhône a fermé deux mosquées considérées comme salafistes. Ce sont deux mosquées de trop pour les représentants du culte musulman de Lyon, qui ont passé un accord avec le représentant de l’Etat : ils font le ménage dans les mosquées salafistes pour éviter que d’autres lieux de culte soient fermés. Nous sommes allés à leur rencontre.

Les choses se sont accélérées ces dernières semaines et, ce mardi, une réunion s’est tenue en préfecture pour faire un point sur cette offensive de « l’Islam de la République ».

Le préfet du Rhône, Michel Delpuech, a commencé à mettre en application les consignes du ministre de l’Intérieur qui avait promis de « fermer les mosquées radicales » au lendemain des attentats de Paris.

Le représentant de l’Etat à Lyon l’a fait avec une longueur d’avance puisqu’il avait dressé dès le mois de juin une liste d’une dizaine de salles de prière « gérées ou menacées par les salafistes » . Cette liste a ensuite été portée à douze par le préfet.

Depuis le 13 novembre, le préfet a donc déjà procédé à la fermeture de deux lieux :

  • La mosquée du quartier Pyramide aux Minguettes, à Vénissieux. La justification ? un lieu trop petit (90 places) pour accueillir notamment les 600 fidèles de la prière du vendredi.
  • La mosquée de l’Arbresle. La justification ? Le lieu était « fréquenté par de nombreux salafistes, dont certains en relation avec des individus pouvant se trouver en Syrie ». Il s’agit notamment de deux convertis et de conférenciers, comme le relevait Le Monde.

Deux jours après la fermeture de la mosquée de l’Arbresle, le 28 novembre, le préfet a réuni les représentants du culte musulman. S’ils n’ont pas remis en question les fondements de la décision du préfet, ces personnalités ont insisté sur ses conséquences néfastes, notamment pour les personnes âgées.

Abdelkader Laïd Bendidi, président du Conseil régional du culte musulman (CRCM), raconte :

« Nous avons signifié au préfet notre désaccord. Chaque fois qu’une mosquée est fermée les perdants sont les chibanis, oubligés d’aller prier ailleurs ».

Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon, ajoute :

« Nous lui avons dit qu’il fallait s’occuper des associations, et donc des personnes qui gèrent ces lieux de culte plutôt que de les fermer et prendre la communauté en otage ».

Le local technique municipal qui sert de mosquée depuis la fin des années 2000. ©LB/Rue89Lyon

Le local technique municipal qui servait de mosquée depuis la fin des années 2000 au Pyramide, aux Minguettes. La salle de prière est fermée depuis le 2 décembre ©LB/Rue89Lyon


Aux musulmans de « réformer » les mosquées

Au terme de cette réunion du 28 novembre, un accord a été passé entre le préfet et les représentants du culte musulman, à savoir :

  • Abdelkader Laïd Bendidi, président du CRCM
  • Bénaïssa Chana, vice-président du CRCM
  • Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon
  • Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne

Dans un communiqué commun, ces représentants et le préfet pointent d’abord des « dérives » :

« Le représentant de l’État et les responsables du culte musulman ont partagé le même constat que l’islam a toute sa place dans notre pays, islam respectueux de la République et de ses lois, islam respectueux de notre vivre ensemble inscrit dans la modernité. Inversement, on constate, notamment dans certains lieux de culte, des dérives qui ne peuvent pas être acceptées. Ces dérives portent tort d’abord aux musulmans et à l’islam de France ».

Sans le nommer, c’est le courant « salafiste » de l’islam qui est visé. Mais pour éviter d’autres fermetures de salles de prières, les représentants du culte musulman se sont engagés à trouver une solution pour chaque mosquée visée.

« Les responsables du culte ont fait part de leur volonté et de leur engagement pour conforter les acteurs (présidents d’associations, imams) qui doivent l’être, restructurer les associations qui ont pu être débordées, les aider à s’entourer de personnalités responsables et de s’engager dans la voie de leur formation. »

Parallèlement à  l’« engagement » de ces responsables musulmans, le préfet a maintenu la pression sur un certain nombre de ces lieux, en se fondant sur la réglementation « Etablissement recevant du public » (ERP).

Ainsi, sous la menace d’une fermeture, deux mosquées dirigées par des salafistes ont pris des décisions d’importance :

  • La mosquée du 8e arrondissement, passage Comtois, a décidé de fermer le vendredi, jour de la principale prière. Une semaine après les attentats de Paris, un contrôle avait constaté 880 personnes qui priaient dans la maison et dans la cour, au lieu des 127 que peut contenir cette petite maison transformée en lieu de culte.
  • Toujours après le passage d’une commission de sécurité, la mosquée de la rue Sébastien Gryphe (à la Guillotière) limite le nombre de fidèles à la prière du vendredi à la capacité prévue (150 personnes) au lieu des quelque 300 personnes qui se pressaient lors de la principale prière.

Résultat, entre la fermeture et la limitation des jours d’ouverture, près de 2 000 musulmans du Rhône et de la Métropole de Lyon sont privés de lieu de culte le vendredi, selon le CRCM.

Kamel Kabtane en tire l’une des conséquences :

« Ces personnes qui n’ont plus de lieu pour prier vont aller dans d’autres mosquées et ça peut déstabiliser ces lieux ».

La mosquée du 8ème arrondissement est désormais fermée le vendredi, jour de la principale prière. ©LB/Rue89Lyon

La mosquée du 8ème arrondissement est désormais fermée le vendredi, jour de la principale prière. ©LB/Rue89Lyon


Discours de fermeté contre les salafistes


Il y a salafistes et salafistes
« Salafi » signifie en arabe « les pieux ancêtres » ou les « prédécesseurs ». Ce terme désigne le Prophète, ses compagnons et les deux générations qui suivirent.
Mouvement littéraliste, le salafisme veut revenir à l’islam de ces origines en appliquant le Coran et la Sunna à la lettre. Il se divise aujourd’hui essentiellement en deux mouvements, d’un côté « quiétiste » et de l’autre « takfiriste » ou « djihadiste ».

Il y aurait entre 10 000 et 15 000 salafistes en France si l’on en croit les chiffres avancés par Manuel Valls. Selon Bernard Godard, auteur de « La Question musulmane en France », cité par le Progrès, « les salafistes quiétistes, les plus nombreux, sont dans une quête de sens, de pureté et de religiosité. Ils font de la prédication. Cela séduit les personnes en rupture avec la société ». La mouvance « takfiriste » ne représente qu’une minorité des salafistes et recherche une implication politique qui va jusqu’à l’usage de la violence. C’est l’une des divergences essentielles avec les salafistes appelés « quiétistes »

Tous ces représentants du culte musulman expliquent que ces salafistes sont « quiétistes » et qu’ils n’ont rien à voir avec le djihadisme. Pour eux, malgré, le développement de ce courant de l’Islam pose problème.

Kamel Kabtane, de la Grande Mosquée de Lyon :

« L’Etat a les moyens de savoir quels sont les discours tenus dans ces lieux de prière. S’ils étaient dangereux, la préfecture aurait pris d’autres mesures que la fermeture des mosquées. C’est une question de prosélytisme ».

Selon Abdelkader Laïd Bendidi, il faut « mettre de côté les salafistes et promouvoir un islam du juste milieu » :

« Ces salafistes doivent changer en apportant des gages d’ouverture. (…) Dire qu’ils sont quiétistes et contre le djihadisme ne suffit pas. Ces salafistes doivent montrer leur bonne volonté dans le sens du vivre ensemble et du dialogue interreligieux ».

Le président du CRCM affirme que les représentants du culte musulman sont en train de faire le ménage parmi la dizaine de mosquées « black-listées » car considérées comme salafistes. Il l’a répété à l’émission « Droit de citer » sur TLM (à 15’25’’)


Droit de Citer 11/12/2015 par TLM


Changer les dirigeants des mosquées

Deux situations se présentent pour les représentants du culte :

  • Soit la mosquée est dirigée par des salafistes
  • Soit elle est « menacée ». Ce qui signifie que les dirigeants de la mosquée et l’imam sont remis en question par des salutistes qui la fréquentent

Si la mosquée est dans la catégorie « menacée », les représentants du culte musulman préconisent le renforcement du bureau de l’association (ou son changement) et le changement d’imam pour s’opposer aux salafistes.

Ainsi, à Saint-Priest, un imam de la Grande mosquée de Paris devrait arriver.

Le « modèle » à suivre serait celui de la Duchère où le bureau de l’association gestionnaire de la mosquée et l’imam ont été changés récemment.

Avec de maigres résultats : le nouvel imam de la Duchère se dit toujours « menacé ». Soutenu par les représentants du culte musulman, il a quand même repris temporairement du service. Il doit être prochainement remplacé, lui aussi par un imam de la Grande mosquée de Paris.

A Vénissieux, à la « mosquée de l’Urssaf », la décision a été également prise de changer le bureau.

Finalement, à la Duchère, comme à Vénissieux ou à Villefranche, les responsables du culte ont dû mal à imposer leur vue du fait de la forte implantation du courant salafiste, à la suite du passage de l’imam Abdelkader Bouziane dans ces trois lieux, du début des années 1990 au milieu des 2000.

La nouvelle mosquée de la Duchère qui doit être inaugurée cet automne. ©LB/Rue89Lyon

La nouvelle mosquée de la Duchère qui doit être inaugurée prochainement. ©LB/Rue89Lyon


Intégrer les municipalités dans les associations musulmanes

« Pas de passage mécanique du salafisme au takfirisme »

Interrogé par Rue89Lyon, l’ancien responsable des cultes au ministère de l’Intérieur, Bernard Godard, relativise fortement la fameuse « porosité » qu’il y aurait entre le salafisme et le djihadisme.

Il explique qu’il n’y a pas de passage « mécanique » du salafisme au takfirisme : « Certes, il y a une part de contenu similaire : la valorisation de la geste du prophète, la valorisation du récit apocalyptique, la séparation homme/femme, etc. Mais pour les salafistes quiétistes, ceux qui font de la politique – les takfiristes – sont tenus en mépris, par exemple les Frères musulmans. Pour les salafistes, l’élément religieux est essentiel alors que chez les djihadistes, l’élément religieux n’est pas essentiel. Ce sont d’autres phénomènes (le banditisme, par exemple) qui amènent à ce basculement. »  


A L’Arbresle, deux semaines après la fermeture, une assemblée générale a été réunie sous l’égide de la mairie et du CRCM pour changer le bureau du l’association.

Même si les responsables salafistes de la mosquée n’ont pas été directement mis en cause, la préfecture et le CRCM leur reprochent leur manque de vigilance qui a conduit à accueillir une poignée de fidèles et des conférenciers prônant un discours violent.

Un nouveau bureau a été élu, soutenu cette fois-ci par le CRCM. Et les statuts de l’association vont changer.

Sur les conseils du préfet du Rhône, la municipalité de l’Arbresle va devenir « membre de droit » de l’association loi 1901 qui gère actuellement le lieu de culte.

Parallèlement, une association cultuelle loi 1905 va être créée pour gérer directement la mosquée. Cette association sera membre de l’association loi 1901 dont l’objet sera la promotion de la culture musulmane.

Le maire PS de l’Arbresle, Pierre-Jean Zannettacci, explique l’intérêt de cette démarche testée dans sa commune, à la limite du respect du principe de séparation de l’Etat et de l’église et de la laïcité républicaine :

« L’association cultuelle sera une composante de l’association culturelle. La commune ne va pas gérer le lieu de culte. Mais en étant membre de l’association loi 1901, nous allons établir un lien régulier entre la mairie et le lieu de culte. Nous serons davantage au courant de ce qui s’y passe. Les motifs de fermeture de la mosquée montrent qu’il faut être vigilant pour protéger ce lieu et que la population musulmane puisse pratiquer sa religion. »

La mosquée pourrait rouvrir au cours du mois de décembre.


Instaurer un « dialogue » avec les mosquées dirigées par des salafistes

Quand une mosquée est dirigée par des salafistes installés depuis de longues années, comme c’est le cas passage Comtois (Lyon 8ème) ou rue Sébastien Gryphe (Lyon 7ème), les représentants du culte musulman veulent croire au « dialogue » et dans la capacité de ces salafistes à se « réformer ».

Concernant la mosquée du 8ème arrondissement, ils voient des « signes d’ouverture ». Le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, note que le président de l’association est venu le dimanche 15 novembre pour une prière commune, deux jours après les attentats de Paris, et qu’ils ont cosigné le communiqué rédigé par les représentants du culte musulman lyonnais.

Par ailleurs, Kamel Kabtane souligne que le président de l’association est major de la promotion 2015 du diplôme universitaire (DU) destiné aux imams. Une formation sur la laïcité et la liberté religieuse qui promeut un « islam de France », « capable de s’adapter à la modernité et aux lois de la République ». C’est un autre signe « d’ouverture », selon lui.

Concernant la mosquée rue Sébastien Gryphe, aucun contact n’a été pris pour le moment. A l’inverse du passage Comtois, ce lieu de culte est qualifié « d’opaque » ou de « mosquée de passage dont on ne connaît pas les responsables ».

Azzedine Gaci, le recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne et ancien président du CRCM insiste sur le caractère « progressif » de ce dialogue à instaurer avec les salafistes :

« On ne peut pas leur demander de tout changer tout de suite. Sur l’ouverture de la mosquée à la mairie ou le dialogue inter-religieux, il faut y aller progressivement ».


Une démarche unique en France

En maniant la carotte (le maintien des lieux de culte) et le bâton (de très probables sanctions préfectorales), les dirigeants musulmans parlent d’une même voix pour essayer de gagner en influence.

C’est une des clés de la réussite de cette démarche qualifiée de « réformatrice » par les responsables religieux. Ce qui est unique en France où les différents courants de l’islam ont plutôt tendance à se déchirer, sous l’influence des pays étrangers (Maroc et Algérie essentiellement).

Dans le Rhône, les représentants du culte musulman ont l’habitude de travailler ensemble, notamment autour du dialogue inter-religieux et de la formation des imams.

C’est cette dynamique « unitaire » qui a donné des idées pour construire un dialogue intra-communautaire, comme l’explique Azzedine Gaci :

« Comment peut-on dialoguer avec les autres religions et ne pas le faire entre nous ? On appelle à ce dialogue à l’intérieur de la communauté depuis 5/6 ans. On a préparé les conditions de ce travail commun. Les attentats de Paris n’ont fait qu’accélérer les choses ».

Les représentants de ce « sunnisme mainstream » ou « islam de la République » ont aussi plus de faciliter à s’unir sur le dos des fondamentalistes qui ont tendance à leur prendre des fidèles.
Car la plupart des mosquées sont confrontées à la montée du salafisme, surtout auprès des jeunes, comme le soulève Azzedine Gaci :

« Il faut mettre un terme à ces comportements prosélytes salafistes. La majorité silencieuse doit se lever et dénoncer auprès des responsables de mosquées ces personnes qui viennent pour endoctriner. Il faut sortir de cet état d’esprit où l’islam est présenté comme un code pénal, en disant ce qui est licite et illicite, quelle doit être la tenue vestimentaire ou la longueur de la barbe ».

Ce débat intra-communautaire pour contenir les salafistes est relativement nouveau comme l’analysait l’isalmologue Michael Privot sur le site Saphir News.

Dix propositions et un rendez-vous dans six mois

Ce mardi 15 décembre, le préfet du Rhône, Michel Delpuech, rassemblait 25 maires de la Métropole et du Rhône et des représentants du culte musulman. L’objectif était d’échanger sur cette « douzaine de mosquées qui posent problèmes » et d’exposer les solutions mises en musique par les personnalités du culte musulman.

Sous la forme d’un décalogue, Abdelkader Laïd Bendidi, le président du CRCM, a donc décliné ces propositions. Il reprend ce qui a été expérimenté ces dernières semaines, avec notamment :

  • la création d’un conseil des imams du Rhône
  • la systématisation du recours à deux associations (culturelles et cultuelles) pour gérer une mosquée. Pour que la « puissance publique » (en l’occurence la municipalité) puisse intervenir.
  • « l’ouverture à la société » sous la forme de journées portes ouvertes notamment pour les fêtes.
  • le développement du dialogue inter-religieux.
  • donner davantage de place aux femmes dans l’organisation du culte et la gestion de la mosquée.
  • Encadrer davantage les écoles de langue arabe

Le préfet, Michel Delpuech, a donné rendez-vous aux maires, imams et recteurs dans six mois pour faire un premier bilan de cette démarche. D’ici là, chaque maire devrait organiser dans sa commune une réunion avec des représentants du culte musulman. Le préfet a promis qu’il allait relancer « le protocole quadripartite (Etat, commune, CRCM et salle ou mosquée locale) ».

« Ces dix propositions ont fait l’unanimité. Je mettrai toute en oeuvre pour les accompagner. Les intérêts des représentants de la République et des représentants musulmans sont convergents. L’islam, deuxième religion de France, a toute sa place dans notre pays. L’islam respectueux des lois se la République et inscrit dans la modernité.


Les faiblesses de l’islam de la République

Mais comment imposer ce changement dans des mosquées dirigées par des salafistes, comme celles du 7ème et 8ème arrondissement alors que ces mosquées ne reconnaissent pas ces représentants de l’islam dans la région ?

Ces deux mosquées ne sont, par exemple, pas membres du CRCM et ne reconnaissent pas plus Kamel Kabtane qu’Azzedine Gaci comme portes-paroles.

S’ils acceptent de dialoguer, ces salafistes sont rétifs à toute injonction de ces représentants. Au Passage Comtois, les responsables ne veulent pas s’exprimer.

Rue Sébastien Gryphe, le responsable estime que « seul le préfet peut [les] fermer ». Interrogé par Rue89Lyon, il souhaite garder l’anonymat :

« Si les autorités nous ferment, nous ne nous y opposerons pas. C’est interdit religieusement de se révolter contre le gouverneur. Ceux qui le font sont nos pires ennemis ».

Mais cette attitude conciliante se limite à la gestion du lieu de culte. Cet homme d’une quarantaine d’années, djellaba et longue barbe, prévient qu’on ne pourra pas le convertir à un « islam light » :

« On ne nous empêchera jamais de pratiquer notre religion entre nous. Nous continuerons à porter la barbe et à nous vêtir comme nous l’entendons ».

Il poursuit :

« Ce qui gêne ces personnes [en parlant des représentants du culte musulman], c’est que nous sommes des religieux. Les rabbins ou les prêtres catholiques s’habillent d’une certaine manière. Nous, c’est la même chose. Pour atteindre la piété, nous devons nous vêtir comme des religieux, à la manière du Prophète ».

« Nous travaillons tous, nous avons tous des smartphones et des baskets de marque »

Selon eux, ça les éloigne des « tentations » notamment des « prostituées » qui ne les « racoleront » pas. Ce responsable de la mosquée ajoute en forme d’« appel au vivre ensemble » :

« Pour moi, ma femme ne doit pas discuter seule avec un autre homme. Mais chacun fait ce qu’il veut. Je n’oblige personne. Mais qu’on ne m’oblige pas ».

A ceux qui considèrent que les « salafis » viennent du « Moyen-âge » et ne sont pas dans la « modernité », il répond :

« Nous travaillons tous. Nous avons tous des smartphones et des baskets de marque et il n’est pas interdit de prendre part au vote. Nous ne vivons pas dans des grottes et nous respectons nos voisins. »

Il se revendique comme porteur du seul « vrai » islam, voire de « l’islam du juste milieu » et accuse les représentants du culte musulman d’être des « takfiris », c’est à dire de faire de la politique. Ce qui est, pour eux, la pire des insultes :

« Pour nous, Daesh est une secte. Nous les combattons dans nos prêches. On dénonce ces takfiris depuis des siècles. Nous sommes les pires ennemis de Daesh et l’Etat veut nous chasser alors qu’ils savent que nous n’avons rien à voir avec le terrorisme puisque nous sommes sous surveillance. Nous sommes pris entre le marteau et l’enclume ».

La mosquée de la Rue Sébastien Gryphe. ©LB/Rue89Lyon

La mosquée de la Rue Sébastien Gryphe. ©LB/Rue89Lyon


L’éternel problème de la formation des imams

Outre le manque de représentativité des représentants du culte musulman, cette offensive de l’« islam de la République » souffre d’un manque de moyens, surtout dans la formation des imams.

Dans les prochains mois, des imams de la mosquée de Paris vont donc venir dans l’agglomération lyonnaise, là où des imams (souvent bénévoles) sont contestés par des salutistes. Mais ces imams seront algériens, ce qui pose, a minima, un problème de langue.

A court terme, Azzedine Gaci et les autres représentants du culte proposent de créer une « commission départementale des imams » pour soutenir et régler les problèmes rencontrées dans les mosquées. Une manière également de « certifier » les imams.

A plus long terme, une solution est avancée par les responsables musulmans pour former des imams français : le financement par l’Etat de la formation, par exception à la loi 1905.

Et pour éviter un éparpillement des imams et donc en avoir de nombreux à former, il faudrait bâtir de grandes mosquées avec la même exception à la loi 1905. Une manière également de contrôler davantage les lieux de culte, selon Abdelkader Laïd Bendidi :

« En ouvrant ces mosquées payées par l’Etat on pourrait fermer définitivement les petits lieux de prière qui posent problème ».

 

Au final, on peut se demander si cette offensive de « l’islam de la République » contre le salafisme ne relève pas plus de la lutte anti-secte que de la prévention du terrorisme.

> Article mis à jour le mardi 15 décembre à 16h suite à la réunion du préfet avec les maires et les représentants du culte musulman.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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