Société 

Attentat en Isère : de Air Products à Yassin Salhi, la sombre journée du vendredi 26 juin

actualisé le 30/06/2015 à 11h13

Ce vendredi 26 juin, peu avant 10 heures, un homme a attaqué l’usine de gaz industriels Air Products située à Saint-Quentin-Fallavier dans le Nord Isère, à une quarantaine de kilomètres de Lyon.

L’homme retrouvé décapité était le propre patron du suspect. L’explosion de bombones de gaz a blessé légèrement deux autres personnes. Le Dauphiné Libéré a très rapidement indiqué qu’il s’agissait d’un « attentat » commis au nom de l’organisation terroriste Daesh.

François Hollande a également affirmé « la nature terroriste » de l’attaque. Le suspect, Yassin Salhi, interpellé sur place est domicilié à Saint-Priest.

Dimanche 28 juin : des aveux troublants et un selfie macabre

Samedi 27 juin au soir, Yassin Salhi est passé aux aveux. Il a reconnu avoir décapité son patron et projeté le véhicule de l’entreprise contre les bâtiments de l’entreprise Air Products. Il justifie toutefois ses actes de façon surprenante. Il nie toute démarche terroriste et a expliqué avoir voulu « frapper les esprits » avec une violente altercation avec son patron deux jours avant les faits et une dispute avec sa femme la veille.

Pour l’heure l’attaque de vendredi n’a pas été revendiquée par une organisation terroriste. Des éléments de l’enquête laissent pourtant à penser que Yassin Salhi aurait bien agi dans une volonté terroriste. Et notamment la découvert sur son téléphone portable d’un selfie macabre pris aux côtés la tête de la victime. Cette photo a été envoyée durant son attaque, via l’application WhatsApp, à un correspondant qui s’est avéré être Sébastien Younès, un homme rencontré à Besançon et Pontarlier, et actuellement en Syrie. Il est répertorié parmi les djihadistes français actuellement en Syrie ou en Irak.

 

Samedi 27 juin, 12h15 : Le suspect toujours entendu, un homme relâché

Ce samedi matin, le principal suspect, Yassin Salhi âgé de 35 ans, est toujours en garde à vue. Selon France Info, c’est désormais la mère du suspect qui est entendue depuis hier soir par les enquêteurs.

Par ailleurs, le deuxième homme interpellé hier, vu sur les lieux de l’attaque le matin et suspecté d’avoir effectué un repérage, a été relâché sans que rien ne soit retenu contre lui. Aucun  nouvel élément n’est apparu pour l’heure concernant les motivations du suspect ou une éventuelle revendication.

Concernant son profil, Le Monde (article payant) évoque sa surveillance depuis sa première apparition sur les radars des services de renseignement en 2004 et la difficile estimation de sa radicalisation . Yassin Salhi, se serait radicalisé au côté d’un prêcheur intégriste de Pontarlier, Frédéric Jean Salvi, dit « le grand Ali », comme l’indique également l’Est Républicain, puis au sein d’un groupe gravitant autour de la mosquée de Besançon. C’est de la capitale franc-comtoise que lui et sa famille sont arrivés à Saint-Priest en fin d’année dernière. Yassin Salhi apparaît, toujours selon Le Monde, en lien de façon périphérique avec le groupe Forsane Alliza.

« Ce groupuscule salafiste, dont quatorze membres ont été jugés du 8 au 23 juin 2015, avait tissé un réseau de « lieutenants » régionaux, particulièrement actif dans la région lyonnaise, et était soupçonné de préparer des attentats avant sa dissolution en 2012 ».

 

Il aurait été depuis, dans son apparence et ses activités, très prudent rendant délicate l’appréciation de son niveau de dangerosité.

21 h 15 : Plan vigipirate sera « renforcé » mais « serein » en Rhône-Alpes et pas de manif pro-Uber dimanche à Lyon Michel Delpuech, le nouveau préfet de la région Rhône-Alpes, a tenu un point presse ce soir suite à l’annonce du renforcement du plan Vigipirate dans la région durant trois jours.  

« Le plan vipirate renforcé durera trois jours car en janvier il y avait eu des attaques sur trois jours Charlie Hebdo, le meutre de la policière municipale et l’hypercasher. Il faut renforcer la vigilance mais Rhône-Alpes ne sera pas un glacis. Vigilance renforcée oui mais dans la sérénité. Ça ne veut pas dire forcément plus de militaires ou de « bleus ». »

  Par ailleurs, dimanche était prévue à Lyon une manifestation en soutien à UberPop, le service de VTC de la compagnie Uber  fourni par des indépendants, et dont les taxis demandent l’interdiction. Elle devait se tenir en réaction à celle des taxis menée jeudi 25 juin sur le plan national et notamment à Lyon où un client d’Uber avait été violemment agressé par des chauffeurs de taxis. Dans le contexte actuel depuis les évènements de ce vendredi 26 juin, le préfet de région a décidé d’interdire toute manifestation de cet ordre :  

« Je signerai demain un arrêté d’interdiction de tout rassemblement pro ou anti-taxis notamment autour de la place Bellecour dimanche. Car cela peut créer du désordre. »

 19h30 : le point sur l’enquête du Procureur de la République :

– Le suspect est entré sur le site de l’usine d’Air Products peu après 9h30 à bord du véhicule de son entreprise de transport. A 9h35, selon les caméras de surveillance, il lance la voiture vers un des hangars. Une minute après une explosion se produit. Selon le procureur, les dégâts importants sur le hangar témoignent « de l’importance du souffle » alors que l’habitacle de la voiture « est préservé ». Le suspect est maîtrisé à 10h00 alors qu’il se trouve dans un second hangar en train de manipuler des bouteilles d’acétone. – le corps sans tête de la victime, âgée de 54 ans, patron de la société de transport qui employait Yassin Salhi depuis mars 2015, a été retrouvé « à l’aplomb du véhicule ». Un couteau a également été découvert à proximité. Sa tête a été accrochée au grillage d’enceinte de l’usine et accompagnée de drapeaux « marqués de la Chahada ». Pour l’heure, les circonstances de la décapitation restent à déterminer.

– le suspect a agi vraisemblablement seul. « Aucun élément ne permet d’affirmer qu’un complice a fait du repérage ».

– en dehors de la victime, il n’y a selon le procureur aucun blessé. 43 personnes de l’usine Air Products se trouvaient sur le site au moment des faits.

– Quatre personnes sont en garde à vue : le suspect, sa femme, sa soeur et un homme soupçonné d’association de malfaiteurs en lien avec une organisation terroriste. – Connu des services de renseignements pour son « islamisme radical » de 2006 à 2008, il s’est fait remarquer, de façon plus épisodique selon le procureur, entre 2011 et 2014 pour ses liens avec « la mouvance salafiste lyonnaise ».  

18h15 : le point sur la situation Le procureur de la République de Paris, François Molins, doit tenir une conférence de presse vers 19h. Pour l’heure, ce que l’on sait : –

un homme a attaqué ce matin l’usine de gaz industriels Air Products à Saint-Quentin-Fallavier en Isère. Il a percuté plusieurs bombones, qui ont explosé et tenté de s’introduire dans les bâtiments avant d’être maîtrisé par un pompier. Selon le ministre de l’Intérieur, il s’agit de Yassin Salhi, originaire du Doubs et résidant à Saint-Priest.

-il serait rentré sur ce site, classé Seveso, avec la voiture de la société de transport pour laquelle il travaille, prestataire de l’usine et autorisée à pénétrer sur le site.

-sur place, un homme a été retrouvé décapité, la tête accrochée à un grillage accompagnée de banderoles en arabe. Il a été identifié comme le gérant de l’entreprise de transport, basée à Chassieu, et de fait le propre patron du suspect.

– Yassin Salhi, proche de ‘ »la mouvance salafiste » selon le ministre de l’Intérieur, a fait l’objet d’une « fiche S » entre 2006 et 2008 pour radicalisation. Selon RTL, de nouveaux signalements en 2013 et 2014 ont été effectués.

– Une perquisition de son domicile débutée en début d’après-midi est toujours en cours à son domicile. Le suspect se trouve en garde à vue, ainsi que sa femme, sa soeur et un homme qui aurait effectué des repérages sur le site isérois ce matin.

17h40 : L’antiterrorisme devant les caméras

17h17 : « Les questions des médias contribuent aux amalgames » Tarek, 39 ans, habite le quartier de Yassin Salhi à Saint-Priest. Cet agent de maîtrise à la SNCF est très remonté contre les médias, coupables selon lui de contribuer aux amalgames par leurs questions.

« Ce qui me gêne avec les médias c’est l’orientation des questions. Sur le voile, la burqa, la barbe…elles contribuent aux amalgames alors que ce qui s’est passé c’est juste un coup de folie ! Mais maintenant si on se laisse pousser la barbe, au travail on nous assimile à un terroriste. »

17h15 : l’entrée de l’allée où résident Yassin Salhi et sa famille à Saint-Priest est toujours gardée par les forces de police. Les habitants ne peuvent pas retourner chez eux pour le moment.

17h : Plan Vigipirate à son niveau maximum en Rhône-Alpes

  16h35 : « Il a détruit la famille de la victime, la sienne et le quartier » Youssef, 39 ans, habite lui aussi la résidence. Il dit avoir croisé à plusieurs reprises Yassin Salhi, « il était très discret ». Pour lui :

« ce qu’il a fait ce n’est pas un acte de musulman. »

Plus loin, Djamila et Abiba, sont attristées et en colère.

« ça nous fait mal. Il a détruit la famille de la victime, la sienne, le quartier et l’image de l’islam. C’est honteux de tuer quelqu’un. Ce qu’il a fait ne l’emmènera pas au paradis. C’est un fou ».

16h20 : la victime était le propre patron du suspect selon l’AFP, reprise par différents médias, la victime retrouvée le corps décapité et la tête accrochée à un grillage ce matin sur le site d’Air Products, était le propre patron du principal suspect Yassin Salhi. Selon les images de vidéosurveillance, une fois la mise en scène macabre effectuée, le suspect aurait percuté plusieurs bombones de gaz puis tenté de s’introduire dans les bâtiments de l’entreprise. Il serait donc entrée sur le site, classé Seveso, avec la voiture de l’entreprise habilitée à entrer.

15h50 : « Saloperie ! » dans la résidence à Saint-Priest, l’interpellation de leur voisine, la femme du principal suspect, laissent les habitants entre surprise et colère. Lorsqu’elle est embarquée par les hommes du RAID, des enfants courent au pied du petit immeuble en criant

« C’est sur BFM TV ! ».

Un voisin regarde la scène en direct sur la chaine d’information depuis son portable :

« C’est la téléréalité ».

Un voisin regarde l'arrestation de la femme du suspect sur son portable ©Rue89Lyon LB

Un voisin regarde l’arrestation de la femme du suspect sur son portable ©Rue89Lyon LB

A ses côtés, un autre voisin se réveille de sa sieste. Il lui montre les images sur son portable :

– On est sur BFM ! – Quoi ? – Tu sais le mec de Saint-Quentin-Fallavier… – Saloperie !

Ce voisin, livreur comme Yassin Salhi, raconte qu’il se trouvait lui aussi à Saint-Quentin-Fallavier ce matin.

« J’étais en train de livrer et on m’a dit de faire demi-tour ».

Une fois rentré chez lui, il comprend la raison :

« Ma femme me dit que c’est là-bas que l’attentat a eu lieu ».

Pendant sa sieste, elle le réveille : « Y a la police, y a la police ! ». Et le voilà en bas de son immeuble où il comprend que l’auteur présumé est son voisin. Il poursuit :

« C’est un quartier tranquille. Il n’y a pas de voitures qui brûlent. On est au milieu des maisons, c’est famille ici, les enfants jouent ensemble. T’imagines s’il pétait une durite et ouvrait le gaz ? ça fait flipper. »

15h23 : l’épouse du suspect vient d’être embarquée, son visage protégé par un drap, par des hommes de la BRI et du RAID.

15h16 : selon notre journaliste sur place, le RAID est intervenu au domicile du principal suspect à Saint-Priest vers 13h15. La perquisition est toujours en cours et la femme de Yassin Salhi est actuellement interrogée. Lui, sa femme, et leurs trois jeunes enfants résident dans cette petite résidence, à proximité du centre ville, depuis quelques mois. Un quartier tranquille où la famille est décrite comme sans histoires.

La petite résidence où habite Yassin Sahli et sa famille à Saint-Priest depuis quelques mois / Photo ©Rue89Lyon LB

La petite résidence où habite Yassin Salhi et sa famille à Saint-Priest depuis quelques mois / Photo ©Rue89Lyon LB

14h30 : Le principal suspect, serait un père de famille né à Pontarlier dans le Doubs. Il est domicilié sur la commune de Saint-Priest dans la banlieue de Lyon depuis quelques mois. Sa famille a été interpellée en ce début d’après-midi. La victime retrouvée décapitée, serait selon Le Dauphiné Libéré, le gérant d’une société de transport de Chassieu.

14h08 : selon le préfet de l’Isère, Jean-Paul Bonnetain, présent sur place, la voiture du (ou des) suspect(s) n’a pas pu « entrer par surprise » sur le site, classé Seveso. Elle y a donc été autorisée « pour l’exercice de sa mission ». Il a donc laissé entendre que « c’est au sein de l’entreprise intervenante qu’était logée la menace ».

13h40 : selon Le Dauphiné Libéré, un deuxième suspect a été interpellé à son domicile sur la commune de Saint-Quentin-Fallavier. Il aurait été aperçu ce matin en train d’effecteur de nombreux repérages devant l’entrée de l’usine avec son véhicule.

13h22 : le suspect identifié Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, a déclaré que le suspect avait été arrêté par un pompier. Son identification était toujours en cours de vérification mais il pourrait s’agir de Yassin Salhi, domicilié à Saint-Priest, qui a fait l’objet d’une « fiche pour radicalisation en 2006 et non renouvelée en 2008 ». Il n’aurait selon lui « aucun casier judiciaire » mais serait en relation avec « la mouvance salafiste ». D’éventuelles complicités sont recherchées et le ministre a indiqué que plusieurs personnes étaient à l’heure actuelle en garde à vue.

13h20 :

Le point à la mi-journée

L’attaque a été commise par deux individus, selon Le Monde, qui ont foncé de façon délibérée avec leur véhicule sur le bâtiment de l’usine et des bombones de gaz, causant ainsi une explosion et un incendie. Le Dauphine Libéré indique par ailleurs qu’un homme a été retrouvé mort, décapité, sa tête accrochée à un grillage plusieurs mètres plus loin et accompagnée de « banderoles en arabe ». Il ne ferait pas partie de la société Air Products. L’explosion aurait également fait plusieurs blessés.

L'usine Air Products vue du ciel / Capture

L’usine Air Products vue du ciel / Capture

Un homme, soupçonné d’être l’un des auteurs des faits et connu des services de renseignements, a été arrêté dans la matinée. Il refuserait pour l’heure de donner son identité tandis que le second pourrait faire partie des blessés. Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur qui était en visite aujourd’hui à Lyon, est attendu sur place dans la matinée. La section antiterroriste du parquet de Paris a annoncé qu’elle s’était saisie de l’enquête.

Une grande partie des journalistes locaux se rendent actuellement sur place. La couverture de l’événement donnent déjà lieu à de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé qu’un conseil de défense se tiendrait à 15 heures à l’Elysée. Actuellement à Bruxelles pour un sommet européen, le président François Hollande rentrera donc à Paris plus tôt que prévu. Par ailleurs, une « vigilance renforcée » a été mise en place autour de tous « les sites sensibles » de Rhône-Alpes à la demande de Manuel Valls. Pour François Hollande, l’acte terroriste est incontestable :

Toujours selon François Hollande, la personne interpellée a pu être identifiée sans plus de précision pour le moment.

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