Société 

Après les attentats de Paris, une mosquée salafiste fermée aux Minguettes

actualisé le 23/11/2015 à 17h54

La maire communiste de Vénissieux, en coordination étroite avec le préfet du Rhône, a ordonné mercredi la fermeture administrative d’une mosquée située sur le plateau des Minguettes, au pied des tours du quartier Pyramide.

L’information a été diffusée via deux communiqués de presse, provenant de la mairie et de la préfecture. Cette fermeture administrative intervient trois jours après que le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a promis de « dissoudre les mosquées radicales » qui sont au nombre de 89 sur le plan national, selon l’Intérieur.

Dans la métropole de Lyon, on savait depuis le lendemain de l’attentat de Saint-Quentin-Fallavier qu’une « dizaine de salles de prière menacées (comme à la Duchère) ou gérées par des salafistes » étaient recensées par le Conseil régional du culte musulman (CRCM) et la préfecture, sur la soixantaine de mosquées que compte l’agglomération lyonnaise.

Depuis juin, le préfet du Rhône, Michel Delpuech a renforcé la surveillance de ces lieux et passé au crible les différents moyens pour les faire fermer. Il avait déjà procédé à ce type de fermetures lorsqu’il était en poste en Gironde.

Parmi ces lieux de cultes gérés par des salafistes, on trouve la mosquée du quartier Pyramide, aux Minguettes, gérée par l’association Bilal.

Il n’est donc pas étonnant que la première mosquée salafiste fermée après les attentats de Paris se situât dans la métropole de Lyon.

Le local technique municipal qui sert de mosquée depuis la fin des années 2000. ©LB/Rue89Lyon

Le local technique municipal qui sert de mosquée depuis la fin des années 2000. ©LB/Rue89Lyon

Pour fermer la mosquée, le levier administratif actionné

Les autorités préfectorales n’ont pas cherché à user des dispositions de l’état d’urgence qui permettent de fermer un lieu accueillant du public.

Il y a salafistes et salafistes


« Salafi » signifie en arabe « les pieux ancêtres » ou les « prédécesseurs ». Ce terme désigne le Prophète, ses compagnons et les deux générations qui suivirent.
 Mouvement littéraliste, le salafisme veut revenir à l’islam de ces origines en appliquant le Coran et la Sunna à la lettre. Il se divise aujourd’hui essentiellement en deux mouvements, d’un côté « quiétiste » et de l’autre « takfiriste » ou « djihadiste ».
Il y aurait entre 10 000 et 15 000 salafistes en France si l’on en croit les chiffres avancés par Manuel Valls en juin dernier. Selon Bernard Godard, auteur de « La Question musulmane en France », cité par Le Progrès, « les salafistes quiétistes, les plus nombreux, sont dans une quête de sens, de pureté et de religiosité. Ils font de la prédication. Cela séduit les personnes en rupture avec la société ». La mouvance « takfiriste » ne représente qu’une minorité des salafistes et recherche une implication politique qui va jusqu’à l’usage de la violence. C’est l’une des divergences essentielles avec les salafistes appelés « quiétistes ».

Le préfet n’a pas non plus usé du Code de sécurité intérieur qui permet de dissoudre une association. Cela lui aurait été difficile.

Comme le rappelaient plusieurs médias dont Le Figaro (payant) au lendemain des propos tenus par le ministre de l’Intérieur, il existe sept critères pour dissoudre une association considérée comme « dangereuse ».

Parmi ces critères, celui de provoquer « des manifestations armée de rue » en vue « d’attenter par la force à la forme républicaine du gouvernement » ou de provoquer « à la discrimination, à la haine ou à la violence ».

Autant de critères difficiles à mettre en oeuvre. Surtout dans le cas de la mosquée Bilal du quartier Pyramide.

Selon une source policière, il n’y avait pas ici d’« appels au djihad » et aucun départ pour la Syrie ne serait lié à cette mosquée des Minguettes.

Pour cette source, c’est la doctrine « classique » salafiste qui y est prêchée : un islam « rigoriste » et qui prône le « repli communautaire », mais rien de directement violent.

Dès lors, les services de la préfecture et la mairie de Vénissieux ont travaillé ensemble pour justifier une mesure de fermeture administrative.

Uniquement « une question technique » pour la maire de Vénissieux

La maire PCF de Vénissieux, Michèle Picard, s’est donc trouvée dans l’obligation ce jeudi soir de faire le service après-vente d’une décision préfectorale, même si elle prend la forme d’un arrêté municipal. Ce local est propriété de la municipalité. Et la maire s’en est donc tenu à des justifications techniques.

Interrogée par Rue89Lyon en marge d’une réunion des maires du Rhône et de la métropole de Lyon en préfecture à propos de l’état d’urgence, Michèle Picard affirme « qu’il n’est pas question de fermer une mosquée salafiste » :

« C’est l’aboutissement d’un travail mené depuis 2011 pour trouver des solutions aux questions récurrentes de sécurité ».

Dans son communiqué délivré juste avant cette réunion des maires, elle détaille :

« En juillet 2015, la sous-commission départementale de sécurité civile, présidée par le Préfet de la région Rhône-Alpes et du Rhône, a conclu à une impossibilité de continuer à exploiter le local de l’avenue Vladimir-Komarov, non conforme aux règles de sécurité imposées par la réglementation relative aux ERP [établissements recevant du public, ndlr].

De plus, l’occupation maximum évaluée à 91 personnes était à de nombreuses reprises dépassée avec la présence de plus de 500 personnes installées à l’extérieur. Une situation constituant un risque majeur à la sécurité en cas d’évacuation du bâtiment. La décision de la sous-commission a rendu impossible la signature d’une nouvelle convention et donc la poursuite de l’exploitation. »

« Muré et détruit prochainement »

Bref, ce ne serait qu’un problème technique soulevé là pour justifier la fermeture. Mais elle arrive trois jours après une injonction du ministre de l’Intérieur. Un pur hasard, à entendre la maire de Vénissieux.

De son côté le préfet du Rhône tient le même discours. Une question « d’ordre public ».

Michel Delpuech nous dit qu’il aurait « aussi bien pu fermer une salle accueillant un thé dansant » mais il insiste lourdement pour affirmer, dans son communiqué, « qu’il n’est pas d’activité dispensée du respect du cadre juridique républicain ». Personne n’est dupe.

Contacté, le président de l’association Bilal n’a pas souhaité s’exprimer.

La fermeture du lieu prendra effet dans deux semaines, le 2 décembre. Il sera « muré et détruit prochainement », annonce la municipalité de Vénissieux.

De son côté, la préfecture du Rhône prévoit d’autres fermetures administratives de mosquées salafistes.

 

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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