Société 

3 Roms morts dans l’incendie d’un squat de Roms

actualisé le 23/09/2016 à 11h15

Après la mort de trois personnes dans l’incendie de leur squat à Lyon, le ministre de l’Intérieur était sur place pour « exprimer sa tristesse » mais, surtout, réaffirmer sa politique à l’endroit des Roms : « poursuivre le travail de démantèlement et d’évacuation des campements ».

L’incendie s’est déclaré dans la nuit de dimanche à lundi, vers 1 heure du matin. Deux femmes et un enfant de 12 ans sont décédés. C’est le bilan définitif dressé les pompiers du Rhône lundi soir. Une bougie serait à l’origine de l’incendie. L’électricité avait été coupée quelques jours auparavant. Manuel Valls et Christiane Taubira se sont rendues sur place lundi matin Les ministres de l’Intérieur et de la Justice se trouvant par ailleurs à Lyon, en déplacement officiel pour un bilan des zones de sécurité prioritaires.

L’incendie a pris rue Audibert et Lavirotte, dans les anciens locaux administratifs de l’usine désaffectée Leroy-Somer, du 8e arrondissement squattée depuis octobre 2012 par plusieurs dizaines de familles Roms de Roumanie. On y aurait compté jusqu’à 300 personnes. Selon Gilberte Renard, militante au sein de l’association CLASSES (Scolarisation des enfants des squats), une petite centaine de personnes vivaient uniquement dans le bâtiment administratif.

Tous les rescapés et ceux qui avaient construit de petites cabanes dans les hangars ont été hébergés dans un gymnase d’une école située avenue des frères Lumières. En 2004, déjà deux enfants Roms avaient péri dans l’incendie de leur caravane, sur un terrain squatté à Gerland (Lyon 7e). Fin mars 2013, l’un des plus gros bidonvilles de l’agglomération lyonnaise à Saint-Fons avait en partie brûlé, sans faire de victime. Ce squat du 8e arrondissement devait se faire expulser dans les prochains jours.

 

Mise en accusation de l’Etat par les associatifs

Ce lundi matin, les associations ont mis en accusation la politique de l’Etat sur le plan local, comme sur le plan national. La militante lyonnaise Gilberte Renard :

« Cet incendie est la responsabilité de l’Etat. Il y a des solutions pour héberger ces familles. Mais Manuel Valls préfère les expulser ».

Pour Jean Philippe, militant du MRAP, cité par Reuters (via lepoint.fr) : « Ce qui vient de se passer est symptomatique de la politique de la préfecture du Rhône » :

« Elle refuse d’appliquer la circulaire du 26 août 2012 qui prévoit des diagnostiques médicaux, sociaux et de sécurité, sa seule réponse est l’expulsion des squats et des campements et à chaque fois la situation s’aggrave. »

Selon lui, un homme a trouvé la mort il y a deux mois dans le même squat, écrasé par une partie du bâtiment qui s’est écroulé. Les associations rappellent que la majorité des habitants de cette usine squattée avaient fait l’objet de plusieurs expulsions, la dernière fin septembre dernier. Aucune solution de relogement avait été proposée. Dans un communiqué de presse, Médecins du Monde « rappelle que l’urgence n’est pas d’expulser mais bien de protéger les personnes les plus précaires, et trouver des solutions de logement pérennes » :

« Le coût humain de ce drame témoigne une nouvelle fois (…)  de l’urgence à améliorer leurs conditions de vie comme le prévoit la circulaire du 26 août 2012 ».

Manuel Valls appelle à « poursuivre les expulsions »

Malgré les déclarations des associations, le ministre de l’Intérieur est resté droit dans ses bottes. Il a pris la parole sur le lieu de l’incendie, suivi brièvement par sa collègue ministre de la Justice, Christiane Taubira.

Manuel Valls veut donc « poursuivre les expulsions » :

« Les campements de fortune ou les squats représentent un vrai danger pour ceux qui les occupent. Il faut poursuivre ce travail de démantèlement et l’évacuation des campements ou des squats en trouvant à chaque fois des solutions qui soient dignes des personnes humaines et qui soient fermes en appliquant les lois de la République ».

Mais le ministre n’a pas fait mention de la fameuse circulaire du 26 août 2012 qui prévoit des solutions de relogement en cas d’expulsion. Tout comme la préfecture du Rhône. Parce que cette circulaire n’est pas appliquée, soulignent les associations. Dans sa communication, le préfet du Rhône a mis en avant Andatu, un programme d’intégration des Roms dont elle n’avait pas souhaité parler à Rue89Lyon il y a encore quelques jours :

« Le Procureur a demandé à la police judiciaire d’ouvrir une enquête. Le préfet de la région Rhône-Alpes rappelle que chaque jour plusieurs centaines de déboutés du droit d’asile et de sans-abris sont hébergés par l’État avec l’appui des associations. Néanmoins, un certain nombre de campements et de squats existent dans l’agglomération.

Le dispositif « Andatu » mais aussi des initiatives privées permettent avec l’appui du Conseil général notamment, d’intégrer un certain nombre de ces populations. Ces efforts d’intégration se poursuivront. »

Le maire de Lyon demande au gouvernement à des « actions déterminées »

Gérard Collomb, maire PS de Lyon, a spécialement organisé une conférence de presse en début de lundi après-midi pour faire d’une part la promotion de « sa » politique d’hébergement d’urgence (même s’il s’agit d’une compétence de la préfecture), et d’autre part fustiger ceux qui encouragent de façon « irresponsable » à ce que de tels squats existent. Il a également expliqué que la mairie avait déjà alerté depuis longtemps sur les problèmes de squat de l’agglomération. Face à ce « problème des squats », Gérard Collomb appelle chacun à avoir une « attitude responsable » :

« La France a une grande tradition d’accueil. Mais ceux qu’elle accueille, elle doit le faire dignement. Le Grand Lyon fait beaucoup d’efforts mais nous ne pouvons pas accueillir tous ceux qui rencontrent des difficultés dans le monde ».

Il souhaite que le gouvernement mène une « action déterminée » dans deux directions :

  • La poursuite des démantèlements de squats. Et même « ne pas laisser les gens s’installer car « les gens squattent au péril de leur vie ».
  • Résoudre « les problèmes des Roms » dans leur pays d’origine pour « qu’ils ne viennent pas à Lyon ». Collomb appelle le premier ministre à prendre exemple sur le programme de coopération décentralisée menée par le Grand Lyon à Tinca en Roumanie.

Mais dans la majorité municipale du maire de Lyon, tous ne sont pas sur cette ligne, les communistes se sont notamment fendu d’un communiqué de presse pour rappeler que « de véritables moyens financiers et humains doivent être débloqués pour endiguer l’extrême misère dans laquelle est plongée une partie de la population résidant sur le sol de la République française » :

« L’enveloppe de 4,5 milliards d’euros du Fonds Social Européen accordée chaque année à la France en tant que pays accueillant des Roms et des gens du voyage doit être pleinement utilisée pour ces populations et non pour arrondir d’autres lignes budgétaires de l’Etat. »

>Article mis à jour à 11 heures avec le déplacement de Manuel Valls et le communiqué de la préfecture du Rhône. Puis en amont de la conférence de presse de Gérard Collomb. >mis à jour à 17 h avec la conférence de presse de Gérard Collomb et les communiqué de Médecins du Monde et du PCF.

 

 

 

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