Société 

A Lyon, les bars de "gauchos" sont-ils devenus la cible des hooligans ?

actualisé le 09/11/2013 à 16h37

Ça se passe à Lyon. Dans la même semaine, des supporters de Tottenham se faisaient attaquer par des hooligans. Et des bars identifiés comme « gauchos » étaient également la cible de violences d’extrême droite.

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Outre sa gastronomie, Lyon est en passe de devenir réputée pour une autre spécialité : l’extrême droite radicale. Les faits de la semaine dernière tendent à l’illustrer.

Le mercredi 20 février, la veille du match d’Europa League entre Lyon et les londoniens de Tottenham, au moins une quarantaine de hooligans ont littéralement attaqué deux bars du Vieux-Lyon où se trouvaient les supporters anglais. Sept personnes ont été blessées, dont une a eu 42 jours d’ITT. Trois ultras de l’OL proches de la mouvance ultranationaliste ont été mis en examen.

Dans la même semaine, trois autres bars des quartiers de la Guillotière (Lyon 7è) et de la Croix-Rousse (Lyon 4è), dont la clientèle est réputée à gauche, ont subi des actes de violence qui portent la marque de l’extrême droite.

 

« Des opérations commandos de l’extrême droite »

A la Ville de Lyon, le directeur de cabinet du premier adjoint en charge de la sécurité, Jean-Louis Touraine (PS), confirme ces agressions :

« Ce sont des établissements identifiés comme de gauche ou d’extrême gauche qui ont été victimes d’opérations commandos totalement incontrôlable venant de l’extrême droite ».

Dès vendredi 22 février, nous avions relaté une visite musclée dans un bar de la Guillotière. Quatre personnes se réclamant « hooligans » ont distribué des coups aux « gauchos de merde » (sic) du bar le « Court circuit ».

Dans le même quartier de Lyon, un autre bar géré sous la forme coopérative a été pris pour cible. Clairement affiché à gauche, il accueille régulièrement des expos ou des conférences politiques. Le mardi 19 février, à l’heure de la fermeture, deux hommes, décrits comme « très jeunes » sont entrés pour boire une bière.

En sortant, un des deux a mis un coup de tête à un client qui n’aurait pas su quoi répondre à la question « est-ce que tu connais un bar fasciste dans le quartier ? ». Résultat : un nez en sang.

 

Des bars de « gauchos » mais pas que

La série de la semaine s’est terminée le vendredi soir dans un bar à bière du plateau de la Croix-Rousse, pas particulièrement alternatif. Le lendemain nous avons rencontré le patron, encore choqué par la scène de violence de la veille :

« J’avais repéré que progressivement une vingtaine de jeunes d’extrême droite était entré dans mon bar ».

Le patron avait identifié leurs marques de vêtements (Lonsdale notamment). Il les a surtout entendus trinquer à l’attaque « réussie » contre les supporters de Tottenham.

La soirée s’est terminée en bagarre après que des clients identifiés comme « anti-fascistes » (ou « antifa ») sont entrés dans le bar. En partant, un des jeunes d’extrême droite aurait menacé le patron :

« Si tu vas dans le Vieux-Lyon, tu es mort ».

 

Escalade de violence

Dans tous ces bars, la peur est palpable. Difficile de trouver un patron ou un employé de bar qui accepte de témoigner à visage découvert. La plupart refuse même que le nom du bar soit cité, choix que nous avons respecté.

Tous redoutent en effet « un engrenage », de provocations en violences. Comme semble le subir ce bar de la Guillotière.
Au début, les employés ont vu des autocollants « touche pas à ma race » sur les murs des toilettes et sur la vitrine.

Puis ils ont eu droit à une visite furtive de trois individus qui ont fait des saluts nazis lors d’une soirée animée par un syndicat. Il y a un mois, la vitrine a été cassée. Et finalement, le 19 février, ce coup de tête.

Un autre bar connaît également cette escalade de la violence. Il s’agit d’un café sur les Pentes de la Croix-Rousse, connu pour être précédemment un haut lieu anarchiste et abritant plusieurs clients qui se qualifient d' »antifa ». Le propriétaire a changé mais la réputation demeure. Il n’en fallait pas plus.

Un soir de décembre, une dizaine de personnes se sont photographiées en train de faire des saluts nazis devant le bar.
Plus récemment, dans la nuit du 22 au 23 janvier, une dizaine de personnes ont opéré une véritable expédition punitive. Selon plusieurs témoins, certains avaient le visage masqué.

Un employé a juste eu le temps de fermer la porte pour empêcher une descente dans le bar. Résultat : Deux vitres brisées et une très grosse frayeur.

Plusieurs témoins font le rapprochement avec l’attaque contre les supporters de Tottenham dans le Vieux-Lyon. Pour eux, il s’agit également de hooligans d’extrême droite. Un des clients raconte :

« Ils portaient des capuches et des écharpes de foot. Tout en hurlant des insultes comme « gauchos de merde, on va vous crever », ils utilisaient les chaises pour taper contre la devanture du bar. Quand ils sont partis, on a pu les voir de loin. A l’angle de la rue, ils ont exécuté un salut nazi ».

Un geste qui n’a pas été confirmé par la police.

 

« Enquêtes » et « vigilance »

Pour toutes ces agressions, des plaintes ont été déposées. A la Ville de Lyon, on affirme qu’elles ne resteront pas lettre morte :

« Au niveau municipal mais aussi au niveau du parquet et de la police nationale, tous ces événements sont pris très au sérieux ».

Mise à l’ordre du jour de la réunion bimensuelle réunissant la Ville de Lyon, le procureur de la République et la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP), cette question des violences d’une extrême droite radicale ferait l’objet d’enquêtes.

Certains patrons de bars ont déjà envoyé des courriers aux mairies d’arrondissement pour faire part de leur vulnérabilité, comme l’explique le patron du bar de la Croix-Rousse :

« Nous sommes ouverts au public. Et ces gens là connaissent nos horaires de fermeture. Il peuvent revenir à n’importe quelle heure et s’en prendre aux clients ou à nous-mêmes ».

Ces patrons de bars souhaiteraient surtout que la police intervienne plus rapidement car tout se joue en quelques minutes.
Mais le directeur de cabinet en charge de la sécurité publique à la Ville de Lyon ne cache pas les difficultés d’assurer la protection de ces établissements :

« Nous sommes extrêmement vigilants. Mais nous ne pouvons pas mettre une voiture de police devant chaque établissement ».

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A la manif pour la fermeture du local des identitaires, le 16 février, des provocateurs hurlaient « on vous retrouve ce soir » – Crédits : Yann Samain/Rue89Lyon

 

Une nouvelle tendance de l’extrême droite radicale lyonnaise ?

Qui sont les auteurs de telles agressions ? Toutes les hypothèses sont sur la table tant Lyon est une sorte de bouillon de culture dees tendances de l’extrême droite radicale, des identitaires aux nationalistes (GUD, Jeunesses nationalistes). Le hooliganisme, particulièrement implanté chez les supporters de l’OL du virage sud de de Gerland, semble également servir de vivier.

Une chose est sûre, depuis quelques mois sur les réseaux sociaux, les appels « anti-antifa » se multiplient pour aller taper des « gauchos ». Pour les trouver, les bars marqués à gauche semblent le meilleur endroit. Dernièrement, un appel spécifique avait été lancé sur Internet à l’occasion de la manifestation pour demander la fermeture du local des identitaires du Vieux-Lyon.

Pour la direction de la sécurité à la Ville de Lyon, cette récente série d’agressions pourrait ainsi être une réponse des militants d’extrême droite les plus violents à cette manifestation.

> Par Laurent Burlet avec Yann Samain et Hugo Lautissier

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
En BREF

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