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Des œufs de la métropole de Lyon blindés de  perfluorés « polluants éternels »
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Des œufs de la métropole de Lyon blindés de perfluorés « polluants éternels »

par Pierre Lemerle.
Publié le 18 janvier 2023.
Imprimé le 03 février 2023 à 20:28
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Mardi 17 janvier, la préfecture a communiqué sur la forte présence de perfluorés dans des œufs de particuliers habitant la métropole de Lyon. Des concentrations jusqu’à 16 fois supérieures aux valeurs réglementaires. Les services de l’État recommandent de ne pas manger les œufs produits sur plusieurs communes.

Et revoilà les perfluorés… Ce mardi 17 janvier, la préfecture a publié les résultats d’une enquête menée dans la métropole de Lyon sur les PFAS, ces fameux « polluants éternels ». Cette enquête, menée sur les communes de Pierre-Bénite et Oullins, a de quoi inquiéter. 

Selon elle, la concentration de la somme de quatre PFAS (le PFOA, le PFOS, le PFNA et le PFHxS) est sept fois supérieure à la réglementation européenne en la matière sur Pierre-Bénite. Sur la commune d’Oullins, cette proportion est même seize fois supérieure à cette réglementation .

Perfluorés autour de Lyon : recommandation de ne pas manger les œufs ou les poulets de particuliers

Dans les détails de l’enquête, on apprend que la présence de PFOA, substance particulièrement cancérigène au cœur du film Dark Waters, est trois fois supérieure à la norme européenne à Pierre-Bénite, mais rentre dans les clous à Oullins. Considéré également comme dangereux, le PFNA est particulièrement présent à Oullins (25,51 µg/kg) et dans les œufs de Pierre-Bénite (7,88 en µg/kg). À titre de comparaison, la réglementation européenne applicable depuis le 1er janvier 2023 est de 0,70 µg/kg.

Pour les services de l’État :

« La présence de ces PFAS dans les œufs s’expliquerait par la contamination des sols : en picorant, les poules se contaminent, et contaminent ensuite leurs œufs. Bien que les œufs aient une plus forte capacité à concentrer les PFAS que les volailles pondeuses et qu’il n’y ait pas de données actuellement disponibles sur la contamination potentielle de leur chair, les services de l’État pré-supposent une contamination de la chair des volailles. »

Par précaution, ils recommandent aux résidents de Pierre-Bénite, Oullins, mais aussi des communes limitrophes (Saint-Genis-Laval et Irigny) de ne pas consommer d’œufs produits de leurs poulaillers ou de manger la viande de leur volaille.

Une rupture dans la communication de la préfecture sur les perfluorés

Ce communiqué signe un changement de ton dans la communication des services de l’État et des collectivités. Depuis les révélations du journaliste de Vert de Rage Martin Boudot, en mai dernier, les services de l’État et les collectivités avaient tenté de rassurer la population. Au cours de plusieurs réunions publiques, il avait été de bon ton de relativiser les informations issues de ce documentaire. L’entreprise Arkema, une usine implantée dans la Vallée de la Chimie à Pierre-Bénite, y est accusée d’être à l’origine de cette pollution.

« Les analyses de sols montrent des concentrations moins alarmantes que les résultats présentés par l’équipe de « Vert de Rage », indiquait ainsi la Ville de Pierre-Bénite, dans un communiqué en octobre. En outre, les résultats établis par la DREAL [Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement]et le groupe Antéa sur l’eau des forages indiquent bien une présence de PFAS. Cependant l’eau potable distribuée sur la commune est indemne car elle ne provient ni de l’eau du Rhône, ni de ces puits. »

Des résultats pas « satisfaisants » mais « rassurants » avait jugé la collectivité. L’enquête sur la présence de perfluorés dans les œufs relance donc une tension qui n’avait pas vraiment disparu.

En prévention de la pollution aux perfluorés, les mesures s’accumulent autour de Lyon

Sur cette même période, les autorités avaient par ailleurs déjà pris des mesures. Fin octobre, l’Agence régionale de santé avait préconisé de ne plus manger de poissons issus de la pêche en aval de Pierre-Bénite. Les services de l’Etat ont également demandé à l’usine de cesser l’utilisation de toutes les substances de PFAS d’ici le 31 décembre 2024 au plus tard. Une première mesure qui avait été jugée bien timide, même si l’usine doit rapidement baisser sa pollution en la matière.

À la suite de ce communiqué, la Métropole de Lyon a réagi. Elle veut que le territoire devienne un site pilote d’action prioritaire contre les PFAS. Mardi, le ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires a en effet publié un plan d’action ministériel sur les PFAS. Objectif annoncé : renforcer la protection des populations et de l’environnement contre les risques liés à ces composés.

« La Métropole demande plus de transparence et estime indispensable la mise en œuvre d’une étude épidémiologique, comme les collectifs citoyens en font la demande à Santé Publique France », indique la collectivité.

La Métropole de Lyon veut que les industriels soient placés « face à leurs responsabilités »

Ce faisant, elle salue le plan d’action nationale annoncé par le gouvernement en la matière, tout en regrettant qu’il soit encore « trop peu ambitieux. »

« La Métropole demande au gouvernement d’allouer plus de moyens pour les contrôles et d’accélérer la transposition des directives européennes en la matière, écrit-elle. Elle souhaite aussi placer les industriels de la chimie face à leurs responsabilités et leur demande de devancer les obligations qui leur sont faites de retirer les PFAS de leur production en 2024, et de faire en sorte que les substituts ne soient pas rejetés dans l’environnement sans traitement préalable. »

Délicatement, elle rappelle que les responsables de cette pollution ne sont pas loin même si, comme la préfecture, elle n’évoque aucune usine et notamment les usines Arkema et Daikin, accusées d’être responsables de cette pollution. Dans une précédente enquête, la Dreal avait souligné qu’Arkema serait la principale responsable de cette pollution, en comparaison avec l’usine voisine.

Pour l’instant, aucune des usines n’a été mise devant ses fameuses « responsabilités » pénales pour une pollution historique. 

L'AUTEUR
Pierre Lemerle

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