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Pollution aux perfluorés à Pierre-Bénite : comment la mairie tente de gérer la crise
Environnement 

Pollution aux perfluorés à Pierre-Bénite : comment la mairie tente de gérer la crise

par Lucas Martin-Brodzicki.
Publié le 17 mai 2022.
Imprimé le 01 décembre 2022 à 03:50
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Une semaine après les révélations d’une pollution aux perfluorés autour de l’usine Arkema de Pierre-Bénite, la municipalité LR joue la carte de la transparence. Le maire Jérôme Moroge veut montrer qu’il a toujours fait ce qui était en son pouvoir au regard des informations dont il disposait. Il a annoncé avoir déposé plainte contre X.

Ce lundi 16 mai devait être, pour Rue89Lyon, l’occasion de découvrir le Jardin de Maguy. Un potager urbain inauguré l’année dernière à Pierre-Bénite, fierté du maire LR de la commune, Jérôme Moroge. Le reportage était calé. La mairie, ravie de nous recevoir. Sauf que les révélations de l’émission « Vert de rage » sur une pollution aux perfluorés (regroupés sous l’acronyme PFAS) autour de la plateforme industrielle sont passées par là.

Dans l’air, les sols, l’eau potable et même le lait maternel, plusieurs « polluants éternels » ont été retrouvés à des taux dépassant parfois largement les normes européennes ou internationales – lorsqu’elles existent. Face à l’inquiétude et la colère des riverains, la mairie tente de jouer depuis une semaine la carte de la transparence et du volontarisme.

Dès le lendemain de la soirée de présentation des résultats à Lyon, un communiqué précisait :

« Très concernée par le sujet, et ce, depuis les premières alertes en juillet 2020, la Ville cherche à obtenir des réponses complémentaires, fiables et normées sur les risques encourus par la population. La municipalité souhaite voir aboutir les enquêtes des différents organismes publics sanitaires pour prendre des mesures qui s’imposent et protéger les habitants, le cas échéant. »

Sur la question de l’eau du robinet, l’enquête journalistique estime que plus de 200 000 personnes sont desservies par des captages dans lesquelles ont été relevées la présence de PFAS à des taux dépassant les limites de sécurité actuelles.

Mais cela ne concerne pas les Pierre-Bénitains. Schéma à l’appui, la mairie veut rassurer ses administrés : c’est le captage de Crépieux-Charmy, situé entre Villeurbanne et Vaulx-en-Velin donc en amont de l’usine, qui alimente Pierre-Bénite et une immense majorité de la Métropole en eau potable.

Au sud de Lyon, les habitants de Grigny et Givors notamment ainsi que les agriculteurs ne seraient, en revanche, pas épargnés.

Pollution perfluorés Pierre-Bénite
Pollution aux perfluorés : l’eau potable de Pierre-Bénite n’est pas concernée selon la mairie, schéma sur le site de la mairie à la clé. Capture d’écran

Pollution aux perfluorés : la fermeture du stade à proximité de l’usine Arkema de Pierre-Bénite décidée par la mairie

Parmi les mesures recommandées par Jacob de Boer, le professeur ayant analysé les échantillons, figurait aussi la fermeture temporaire du stade municipal du Brotillon. Elle sera finalement décidée le vendredi 13 mai, à l’issue d’une réunion de crise, pour « prévenir les éventuels risques ». Selon la Ville de Pierre-Bénite, Jérôme Moroge aurait demandé dès le lundi 9 mai au préfet s’il fallait fermer le stade, après avoir obtenu avec quelques jours d’avance les résultats de l’enquête journalistique.

La ferme urbaine, le Jardin de Maguy, était aussi au menu de cette réunion de crise. Car la production maraîchère alimente en partie la cuisine centrale de la ville, où sont préparés les repas pour le foyer des aînés et les cantines scolaires.

pollution perfluorés Pierre-Bénite
Le journaliste Martin Boudot et le professeur Jacob de Boer ont présenté les résultats de leur étude mardi 10 mai. ©PL/Rue89Lyon.

L’avenir du potager urbain en suspens après les révélations d’une pollution aux perfluorés à Pierre-Bénite

À proximité du stade du Brotillon, largement contaminé, et des usines Arkema et Daikin, source probable de cette contamination, ce potager au pied des tours soulève donc des questions. Pourtant, la Ville n’a pas encore communiqué sur le sujet. Pour ne pas rajouter de l’inquiétude à l’inquiétude ? Sur la page Facebook de Pierre-Bénite, où sont relayées les différentes annonces, certains internautes s’interrogent :

« Et on ne parle pas du jardin de Maguy qui nourrit les anciens du foyer et les enfants des écoles… pour manger local. »

Selon nos informations, plus aucun produit cultivé sur cette parcelle municipale n’est utilisé dans les repas depuis l’annonce de la contamination. Mais la raison pour laquelle la mairie n’en fait pas mention reste un mystère. Elle ne s’est d’ailleurs pas attardée non plus sur les jardins ouvriers environnants, malgré les nombreux commentaires à ce propos sur les réseaux sociaux.

Autre décision majeure annoncée depuis : la plainte contre X déposée que le maire annonce avoir déposée, justifiée ainsi :

« Cette démarche est la seule manière d’engager une enquête sur les effets de ces substances sur les habitants et surtout de déterminer :
– si Arkema a caché certaines informations
– et si l’Etat a bien assumé son rôle de protection des populations. »

Le sujet des perfluorés s’invite dans la campagne pour les élections législatives

Jérôme Moroge, par ailleurs candidat aux élections législatives des 12 et 19 juin prochains dans la 12ème circonscription du Rhône sous l’étiquette LR, tente de montrer qu’il est avant tout maire de Pierre-Bénite. Si ses opposants ont tantôt dénoncé, tantôt regretté, son absence mardi 10 mai à la soirée de présentation des résultats, le maire de la ville a pris la parole deux jours plus tard face à ses administrés.

Le député Cyrille Isaac-Sibille pollution perfluorés Pierre-Bénite
Le député Cyrille Isaac-Sibille a pris la parole lors de la réunion. ©PL/Rue89Lyon.

Selon Le Progrès, plus d’une centaine de personnes était présente jeudi 12 mai pour la projection de l’émission Envoyé Spécial à la Maison du Peuple. Une projection organisée par la mairie et toujours visible en replay sur Facebook.

Du côté des associatifs locaux, on pointe avant tout la responsabilité des industriels. Le président de l’association Bien Vivre à Pierre-Bénite, Thierry Mounib, précise :

« La réaction de la mairie est, pour le moment, à la hauteur. La plainte contre X et l’enquête qui en découle vont peut-être permettre de prouver que la pollution vient bien des usines. Tout le monde est scandalisé par ce manque de législation au niveau national. Il y a une notion de danger qui n’est pas négligeable et que les responsables d’entreprise ne pouvaient pas ignorer. »

Il poursuit :

« Notre association doit se réunir cette semaine pour décider de la suite des événements. Nous allons probablement tracter dans toute la ville pour diffuser l’information. Une majorité de Pierre-Bénitains n’est pas encore au courant du scandale. On a du pain sur la planche. »

Article actualisé le 23/05/2022 à 20h47 : avec les résultats d'analyses communiqués par le président de la Métropole de Lyon
L'AUTEUR
Lucas Martin-Brodzicki
Lucas Martin-Brodzicki
Journaliste indépendant, reportages et enquêtes pour décrypter la transition écologique

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