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À Lyon, les écologistes tentent le volontarisme en matière de sécurité
Actualité 

À Lyon, les écologistes tentent le volontarisme en matière de sécurité

par Laure Solé.
Publié le 7 juillet 2022.
Imprimé le 13 août 2022 à 08:13
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Alors qu’ils sont critiqués depuis le début de leur mandat à la mairie de Lyon sur le thème de la sécurité, les élus écologistes voudraient modifier leur com’ et se montrer engagés sur la question à Lyon. Passage en revue des initiatives sur lesquelles Grégory Doucet, maire EELV, compte pour convaincre.

Depuis son élection en 2020, l’équipe autour de Grégory Doucet est régulièrement accusée de négligence à l’égard de la question de la sécurité à Lyon. Au cours du conseil municipal de ce jeudi 7 juillet, et de la conférence de presse qui l’a précédé, le maire Grégory Doucet et sa majorité ont tenté un énième numéro d’équilibristes, promettant à la fois la mise en place de nombreuses politiques sociales et inclusives sur le territoire, tout en s’engageant à multiplier la présence policière à Lyon.

La place Gabriel Péri à la Guillotière, au cœur de toutes les polémiques, en est un bon exemple : dès que la thématique de la sécurité affleure, les écologistes sont attendus sur leur droite (quelles sanctions sur les actes de délinquance ?) ainsi que sur leur gauche (quels moyens mis en place pour les jeune en déshérence ?).

Grégory Doucet, maire de Lyon. Il était présent à la conférence de presse préambule au conseil municipal dont le thème était la sécurité à Lyon. ©LS/Rue89Lyon©LS/Rue89Lyon
Grégory Doucet, maire de Lyon. Il était présent à la conférence de presse préambule au conseil municipal dont le thème était la sécurité à Lyon. ©LS/Rue89Lyon©LS/Rue89Lyon

En ouverture du conseil municipal, le maire de Lyon a tenu à rappeler qu’il s’essaye depuis 2020 à une synthèse entre répression et accompagnement. Grégory Doucet a évoqué la mise en place à l’automne prochain du dispositif « Jeunes en errance » sur la place Gabriel Péri. Un principe qui a pour objectif la prise en charge de jeunes souvent non francophones en leur prodiguant premiers soins, aide à l’orientation, accompagnement en cas d’addictions…

« Demain, un policier de proximité à Lyon pourra gagner 2500 euros par mois »

Puis, comme à l’accoutumée, il a mis le cap sur la « tranquillité de l’espace public » en soulignant la présence accrue des forces de l’ordre sur zone, police municipale le matin et brigade spécialisée de terrain l’après-midi. Le maire a vanté un recul des mésusages et une multiplication des opérations de contrôle chaque mois.

C’est dans la continuité de cette synthèse « social et sécurité », que la Ville de Lyon veut faire la promotion de sa campagne de revalorisation du métier de policier de proximité.

C’est 50 000 euros qui seront alloués à la police municipale afin de recruter les 78 policiers qui manquent à la Ville.

En janvier 2022 déjà, un peu plus de la moitié des effectifs ont été revalorisés à hauteur de 1400 euros par an. Cette fois-ci, d’après Laurent Bosetti, adjoint délégué à la promotion des services publics, c’est plus d’une centaine de policiers de la Ville qui verront une augmentation nette de leur salaire notamment par une amélioration de leur régime d’indemnités :

« Demain, si on additionne primes et indemnités, un policier de catégorie C à temps complet pourra gagner 2500 euros net par mois. »

Les écologistes misent sur « la sécurité à visage humain »

Laurent Bosetti, adjoint écologiste à la Ville de Lyon en charge de la promotion des services publics. Il était présent à la conférence de presse préambule au conseil municipal dont le thème était la sécurité à Lyon. ©LS/Rue89Lyon
Laurent Bosetti, adjoint écologiste à la Ville de Lyon en charge de la promotion des services publics. ©LS/Rue89Lyon

L’adjoint annonce aussi des mesures d’assouplissement du travail le dimanche, de conservation des jours de repos, de rachat de nouveaux équipements, ainsi que la création d’unités de soutien de proximité sur les secteurs « en tension » comme la place Gabriel Péri à la Guillotière.

La majorité écologiste souhaite aussi attribuer un point d’indice supplémentaire (passer certains policiers de catégorie C en catégorie B) comme cela a été le cas pour les auxiliaires puéricultrices de la Ville de Lyon l’année passée.

La Ville de Lyon s’est aussi associée avec « France Urbaine » afin d’ouvrir d’avantage de places aux candidats du concours de police. Un autre projet serait d’ouvrir une école nationale de préparation à ces concours, à Lyon.

La « course à l’échalote » des écologistes pour se doter en sécurité à Lyon

Au travers de ces mesures, la majorité écologiste tente de dessiner une police du lien humain, bienveillante, pour éviter une image répressive, notamment dans la rhétorique. Grégory Doucet les nomme « fonctionnaires qui réparent » tandis que Mohamed Chihi, l’adjoint au maire de Lyon délégué à la sûreté, la sécurité et à la tranquillité, parle de « police du lien » et d’un « métier humain ».

Si la Ville s’engage aussi vigoureusement sur la question, c’est aussi et surtout à cause de la crise durable dans la profession : les effectifs de la police ont baissé depuis le dernier mandat. Laurent Bosetti pointe du doigt de nombreux départs en retraite et une crise nationale de l’embauche :

« On compte 24 000 policiers municipaux en France, on a besoin de 4 000 à 6 000 fonctionnaires en plus. On est tous dans la même situation, c’est la course à l’échalote pour piquer les policiers des autres [villes ndlr]. »

La Duchère : « Il faut respecter les prérogatives de chacun »

Durant la conférence de presse précédant le conseil municipal, le maire de Lyon est revenu sur la fusillade qui a eu lieu le 14 juin dernier à la Duchère (Lyon 9e), prenant la vie de deux jeunes hommes. Il a redit : « la tranquillité urbaine est ma priorité », en ajoutant sans tarder : « il faut respecter les prérogatives de chacun ». Grégory Doucet a notamment mentionné que le trafic d’armes lourdes comme le trafic de drogue sont les prérogatives de la police d’Etat.

Pour Ludovic Hernandez (conseiller municipal d’opposition du 6e arrondissement, Groupe Pour Lyon) qui chiffre à 15% la baisse des policiers municipaux, la majorité est en partie responsable de ces départs :

« La sécurité n’a jamais été la priorité de votre mandat, et votre scepticisme à l’égard de l’insécurité a provoqué une crise de confiance avec les forces de l’ordre. »

« À Lyon, vous avez laissé s’installer une défiance de fond entre vous et la police »

Il souligne par la même occasion la dégradation des relations avec la police nationale. Des propos appuyés par Béatrice Gailliout (conseillère municipale d’opposition du 5e arrondissement, groupe « Progressistes et Républicains ») :

« L’impression qui règne dans la police municipale est celle de ne pas être écoutée par votre majorité, vous avez laissé s’installer le fait qu’une défiance de fond existe entre vous et la police. »

Mohammed Chihi, adjoint écologiste à la Ville de Lyon en charge de la sûreté, sécurité et tranquillité. Il était présent à la conférence de presse préambule au conseil municipal dont le thème était la sécurité à Lyon. ©LS/Rue89Lyon
Mohamed Chihi, adjoint écologiste à la Ville de Lyon en charge de la sûreté, sécurité et tranquillité. Il était présent à la conférence de presse préambule au conseil municipal. ©LS/Rue89Lyon

Finalement, le maire du 2e arrondissement, Pierre Oliver (LR) en a profité pour insinuer que les mesures de revalorisation du métier de policier de proximité n’auraient pu voir le jour sans le départ pour « raisons personnelles » de Marine Chastan. Cette ex-élue EELV du 8e arrondissement avait déclaré sur Twitter qu’il existait de la « culture du viol » et du « victim blaming » dans la police.

Le syndicat de police Alliance avait porté plainte pour propos injurieux et l’ex-élue a été relaxée. Une décision de justice que Marie-Noëlle Fréry (élue écologiste dans le 5e arrondissement) n’a pas manqué de rappeler avec émotion au cours du conseil municipal.

« On ne peut pas multiplier le nombre de caméras à l’infini »

Initié par la précédente majorité, le dispositif de verbalisation vidéo va être élargi. Pour l’instant, on compte une caméra pour 1000 habitants à Lyon. Ce n’est pas assez pour l’opposition qui reproche à la majorité écologiste son hostilité à l’égard de la vidéosurveillance. Yann Cucherat (ancien candidat LREM à la mairie de Lyon et président du groupe « Pour Lyon ») a pointé du doigt le faux départ de l’audit sur la vidéoprotection en taclant :

« Votre majorité refuse d’admettre qu’elle a un problème avec la vidéoprotection. »

Pour rappel, depuis le début du mandat écologiste, c’est deux appels d’offre pour cet audit qui ont été lancés. Le premier a été abandonné car, d’après la majorité, les candidats retenus étaient partie prenante de l’étude.

Mohamed Chihi a déclaré que la personne pour mener le second audit a été trouvée, il s’agit d’une magistrate de la cour des comptes. L’adjoint a aussi confié se pencher sur les propositions d’usage de nouvelles technologies :

« On ne peut pas multiplier le nombre de caméras à l’infini car il faudrait multiplier les agents derrière les écrans, et ce n’est pas de notre ressort. Cela pose la question de l’apport de nouvelles technologies comme la reconnaissance faciale. On se rapproche régulièrement d’universitaires pour en discuter avec eux, ce n’est pas anodin. »

Article actualisé le 08/07/2022 à 10h48
L'AUTEUR
Laure Solé

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