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De la Boulangerie du Prado à Lyon au Moulin du Got : la création d’un futur éco-lieu à Francheville
Société 

De la Boulangerie du Prado à Lyon au Moulin du Got : la création d’un futur éco-lieu à Francheville

par Pierre Lemerle.
Publié le 23 avril 2022.
Imprimé le 29 mai 2022 à 08:23
2 569 visites. 2 commentaires.

À Francheville, des lyonnais, passés pour beaucoup de l’association la boulangerie du Prado (Lyon 7), ont racheté un grand terrain pour en faire un « éco-lieu ». À partir d’un mécanisme financier complexe, l’équipe a réussi à acheter un lieu à 900 000 euros, sans se ruiner. Récit et analyse technique d’un modèle inspirant.

Il manque encore quelques meubles et des travaux seront à prévoir mais, ça y est, ils ont les clefs. Depuis début avril, de nouveaux habitants ont investi une grande maison de Francheville. Située en contre-bas de la commune de l’Ouest lyonnais, sa bâtisse se perd, un peu, dans la forêt environnante.

Ce petit domaine, avec un terrain de 4 000 m2 et une grande maison sur deux étages, est celui du Moulin du Got. Jusqu’en 1916, l’un des derniers meuniers fournissait la farine aux boulangers de la ville. Aujourd’hui, son activité va reprendre, d’une façon bien différente.

éco-lieu Francheville
La maison du moulin du Got dispose de 4 000 m2 de terrain. Une partie, en pente, est difficilement exploitable. Cet éco-lieu se situe à Francheville. ©PL/Rue89Lyon.

Une association en cours de création, la Boulang’Air, va y installer de nouvelles activités. « Pour l’instant, nous parlons plus d’envies que de projet », souligne Simon Reina-Cordoba, alias « Sirco », un des nouveaux habitants des lieux.

Un café associatif, des ateliers de yoga, d’autres d’éco-rénovation, une programmation culturelle, l’organisation de bals folks… Les « envies », donc, sont multiples. Une partie du terrain pourrait être consacré à de la permaculture.

À l’image de la Boulangerie du Prado (lire par ailleurs), dans le 7e arrondissement, le lieu a vocation à accueillir toutes les nouvelles idées. Sur le long terme, l’installation d’un potentiel atelier vélo ou soudure pourrait se faire, dans un garage.

« On n’en est qu’au début, souligne Sirco, en montrant les installations en cours. Mais toutes les énergies sont la bienvenue. »

Situés en contrebas d’un quartier assez cosy de Francheville, les terrains ont de quoi faire rêver. Légèrement à l’écart, ils se situent juste à l’entrée de départs de promenades menant le long de l’Yzeron. À cet endroit, où un projet de barrage a été récemment abandonné, nombre de familles viennent se détendre le week-end et le dimanche. Au vu des lieux, on imagine ici des investissements de promoteurs intéressés notamment par la proximité avec Lyon.

Pourtant, les nouveaux propriétaires sont loin d’être de grandes fortunes. Dans les quatre foyers devant s’installer ici, certains, comme Sirco, n’ont même pas investi financièrement (pour l’instant) dans le projet. Qu’importe. Les profils légèrement anar de « la Boulang’ » ont réussi à mobiliser 900 000 euros pour acheter l’ensemble.

La Boulangerie du Prado : 20 ans d’un lieu autogéré au cœur de Lyon

Installée rue Sébastien Gryphe (Lyon 7e), la Boulangerie du Prado propose un modèle associatif original depuis 20 ans. Salle accueillant des spectacles d’impro, des concerts, des ateliers danse, des cours de Français langue étrangère, elle loge une association culturelle pluridisciplinaire avec trois mots d’ordre : échange, réciprocité et convivialité.

Les artistes en résidence, ou programmés, sont impliqués dans la vie de l’association. L’entrée est gratuite. Les curieux ont simplement à payer une cotisation de deux euros à l’association. Cela permet, avec les recettes essentielles du bar, de payer le loyer, les travaux du local, etc.

La Boulang’Air, en cours de création, se veut héritière de cet état d’esprit qui existe à Lyon depuis 20 ans.

La Boulangerie du Prado fête son anniversaire ce samedi 23 avril avec un concert intitulé « Au plaisir des Tipatous ». 

A Francheville, monter une nouvelle Boulangerie du Prado en plein air

Pour comprendre, il faut revenir à la genèse du projet remontant à la sortie du premier confinement 2020. Musicien, Sirco accueille des amis chez-lui, à Saint-Genis-Laval. À l’heure où tout reste fermé en ville, il propose un lieu pour se retrouver, « dehors, dans la nature ». Récupérer l’eau, couper du bois, faire de la récupération : l’idée est de vivre le plus en accord possible avec un mode de vie écologique. Divers ateliers sont organisés ainsi que de petits événements.

Peu à peu, un projet prend forme.

« Je me suis mis à imaginer la Boulangerie du Prado, mais en plein air. En reprenant son fonctionnement et ses initiatives », reprend Sirco.

Association et lieu autogérés, il s’agit de monter une « bulle éloignée de l’argent et de tout réflexe capitaliste ». Chacun peut venir y proposer un atelier (danse contact, chant, théâtre d’improvisation, bal folk…) contre une cotisation de deux euros (minimum) et des heures de bénévolat.

Pour le reste, le loyer et les charges sont payées grâce aux cotisations et à la buvette, tenue par les bénévoles. Sans salarié, la structure ne demande pas d’aides, pour « préserver son indépendance » .

Un fonctionnement simple et qui a permis à l’association de garder des lieux en plein centre-ville de Lyon depuis 20 ans. 

Fort de cette expérience, Sirco et quelques amis cherchent un endroit proche de Lyon, accessible. L’éco-lieu semble alors tenir du fantasme. Comment trouver un lieu abordable dans une métropole où les prix de l’immobilier grimpent en flèche ? Le père de famille cherche une partie de ses réponses en s’intéressant aux conférences du Sommet des Oasis, spécialisées dans la création d’éco-lieux.

Il commence à suivre une formation issue de ce mouvement et s’inscrit avec plusieurs amis à une session organisée par l’association Pas Sages. C’est le déclic.

éco-lieu Francheville
Sirco, un des nouveaux habitants lors de la visite du Moulin du Got. ©PL/Rue89Lyon.

Donner du sens à son épargne grâce à un projet éco-responsable à Francheville

La formation donne accès à un raisonnement simple : plutôt que de trouver une personne disposant d’un million d’euros, il faut rassembler 1000 personnes qui investiraient 1000 euros chacune.

Le musicien commence à démarcher autour de lui pour convaincre des personnes de placer une épargne, en attente, dans le projet. Son argument ? La possibilité de faire un placement éthique.

« Quand tu achètes de la nourriture, tu peux donner du sens à ton achat en achetant, bio, local, etc. Dans l’immobilier, tu n’as pas cette possibilité », constate-t-il.

Rapidement, un groupe se met en place. En tout : 15 personnes vont participer au montage financier. Avec des participations allant de 5 000 à 120 000 euros, elles rassemblent 400 000 euros. Un apport conséquent pour convaincre un banquier frileux. Ce dernier place les 500 000 euros restants, via un emprunt sur 20 ans. L’affaire est dans le sac. Elle s’est montée en un an seulement.

« En réalité, ce qui n’a pas été simple, c’est de se dire que l’outil que nous avions à notre disposition pour monter ce projet avait un drôle de nom : le capitalisme. »

En effet, pas besoin d’avoir une grande fortune pour investir. Seul compte un bon plan de financement. Celui du Moulin du Got, tient, en partie, grâce à la location d’habitants. Quatre foyers vivent sur les lieux ainsi qu’une locataire, déjà présente avant le rachat, vivant au rez-de-jardin dans un 55 m2. À ceci s’ajoute le loyer payé par l’association « La Boulang’Air ».

Avec deux salons et une véranda, celle-ci occupera une centaine de mètres carrés des lieux, sans compter la partie extérieure.

eco-lieu a Francheville
A l’intérieur de l’éco-lieu de Francheville, l’installation n’a pas encore réellement débuté. ©PL/Rue89Lyon.

À Francheville, un éco-lieu au fonctionnement économique complexe

À terme (lire encadré ci-après), les habitants vont devoir payer 300 euros de loyer comprenant toutes les charges (wifi, électricité et chantiers à venir inclus) pour un peu plus de 30 m2 d’espace privatif, le reste étant partagé par tous.

L’association, elle, va payer 600 euros par mois pour un espace couvrant, avec une véranda et deux salons, plus de 100 m2, sans compter les extérieurs de la maison. En gros, un espace loué sept euros du m2 alors que le prix moyen à Francheville est déjà de 15 euros, selon le nouvel habitant.

Avant d’arriver à cet équilibre, certains habitants payeront plus au départ pour rembourser le prêt. « C’est pour ça qu’on est resté sur des prix proches de ceux de Francheville au début pour régler cette dette », indique Sirco.

L’argent mis « en plus » par un habitant lui permet de rentrer dans le capital des lieux. Une somme qu’il pourra récupérer s’il décide, un jour, de quitter le projet.

L’économie des lieux en détail

Pour rembourser le prêt et permettre les chantiers à venir, les actuels habitants, et la structure associative, devront payer un loyer. Durant la date du prêt, autour de 3 500 euros doivent être sortis chaque mois pour le financement de l’ensemble. Entre le loyer des quatre foyers de 300 euros, le loyer de la locataire déjà présente, et la participation de l’association, 2500 euros sont déjà rassemblés. Les habitants ont fixé un loyer un peu plus élevé pour financer la différence, suivant leurs possibilités. « Je n’ai pas placé d’argent au début, je participe donc un peu plus », souligne Simon. Du côté de l’association, comme à la Boulangerie du Prado, le loyer sera financé par les divers événements et cotisations de la Boulang’Air.

Après soustraction de ce remboursement, les loyers proposés deviennent imbattables sur le territoire. D’autant plus que les habitants n’auront pas à subir l’augmentation des prix.

« On a simplement supprimé le poste « rentier », sourit Sirco. Normalement, les propriétaires se font une plus-value sur la tête de leurs locataires. Ce ne sera pas le cas ici. »

Éco-lieu à Francheville : un endroit ressource avant les ballades

Le quadra le sait : la valeur de la maison va augmenter crescendo. Entre les travaux prévus et la hausse régulière des prix, des gardes-fous devront être installés pour éviter que certains décident de revendre les lieux. La SARL, montée pour financer le modèle, protège pour l’instant ce fonctionnement collectif. Si elle prend fin, il faudra alors aviser.

D’ici là, les lieux auront certainement bien évolués et les membres de la « Boulang’Air » espèrent que la structure aura pris son envol.

« Il y aura peut-être aussi un endroit pour accueillir les familles qui viennent se balader dans le secteur, indique-t-il. Des sorties « nature » pourraient être organisées. »

Les nouveaux venus ne manquent pas d’idées. Reste, maintenant, à trouver les énergies pour les réaliser. Pour cela, les lyonnais sont les bienvenus, à condition de marcher quelques centaines de mètres, car les lieux sont relativement bien desservis par les TCL (avec la ligne de bus C20E). La gare est également à deux pas. « Une obligation pour rendre l’éco-lieu accessible à tous ».

Article actualisé le 25/04/2022 à 19h58
L'AUTEUR
Pierre Lemerle

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