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Manageuse à Lyon  : “Les femmes se font décourager par une discrimination structurelle”
Cultures 

Manageuse à Lyon  : “Les femmes se font décourager par une discrimination structurelle”

par L'Influx magazine.
Publié le 15 janvier 2022.
Imprimé le 21 janvier 2022 à 18:37
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L’Influx, le magazine de la Bibliothèque municipale de Lyon, a souhaité mettre à l’honneur des femmes du milieu de la musique lyonnais en publiant leurs portraits. Les interviews ont été réalisées dans le cadre de l’événement “À corps et à cris” qui avait été proposé par le réseau de la bibliothèque.

À travers cette série de portraits, Influx souhaite “contribuer à la visibilité de leur parcours, de leurs réalisations et montrer la multiplicité des métiers qu’ils occupent”.

Suite aux portrait de Sophie Broyer, Flore et Marion Bondaz, celui ci sera consacré à Lyne Robert. Trésorière de la FDMA (Fédération des Développeurs et Managers d’Artistes), Lyne est manageuse du duo folk “Yannick Owen”. Elle accompagne également le groupe de rock français Nadejda dans leur développement depuis plusieurs années.

“Pour faire mon métier de manageuse, ça a été un long combat et ce n’est pas fini”

Quel est votre parcours, comment vous a-t-il menée jusqu’au métier que vous faites aujourd’hui ?

J’ai fait des études de psychologie du travail. […] En 2017 je crois, quand j’en ai eu marre de ne pas changer le monde en étant psychologue du travail, la structure Jaspir Prod basée dans le Nord Isère cherchait un chargé de diffusion, c’est à dire quelqu’un pour vendre des spectacles. J’ai reçu des encouragements de plusieurs de mes proches, dont certains qui bossaient dans le secteur.

J’ai tenté le coup. Et du jour au lendemain je n’étais plus psychologue du travail mais chargée de diffusion. Avec des artistes qui attendaient de moi que je leur trouve des dates de concert. Ensuite, ça a été un long combat, et ce n’est pas fini. Pour monter en compétences, trouver le rôle et les partenaires qui me convenaient.

J’ai donc fait un an et demi chez Jaspir Prod. La structure m’a permis de mettre le pied à l’étrier. La suite, je l’ai complètement façonnée (après une bonne année de doute) pour arriver à la façon dont je travaille aujourd’hui. J’ai beaucoup appris avec l’équipe de la SMAC des Abattoirs, sans qui je ne serais probablement pas en train de vous raconter ça aujourd’hui. Ils m’ont permis de continuer à me former, et j’y ai rencontré de futurs collaborateurs.

“Manageuse, c’est un rôle subtil car je ne décide rien pour les artistes. Mais je ne dois pas les laisser seuls face à leurs décisions”

Pouvez-vous décrire votre métier ?

Je peux essayer ! Mais déjà il faut préciser que j’ai plusieurs casquettes . Je fais de la vente de spectacles, comme je le faisais lorsque j’étais chez Jaspir Prod. Ce métier consiste à repérer parmi les organisateurs de concerts ceux qui sont susceptibles de s’intéresser aux artistes avec qui tu travailles. […] Et c’est là qu’on rejoint le côté « conseil et management ». Car ce qui va intéresser ces personnes qu’on appelle les programmateurs, c’est un artiste qui a une bonne stratégie. Qui a une communication attrayante, de belles vidéos, une identité visuelle, mais aussi des relais dans les médias, une présence sur les plateformes de streaming…

Donc la vente de spectacles c’est une finalité mais il y a une réalité derrière qui est bien plus large. Soit l’artiste gère cette réalité en autonomie, soit il a un manager. Moi j’ai pris l’habitude de m’investir beaucoup sur cette partie là. D’abord avec Nadejda que j’accompagne depuis plusieurs années. Et avec Yannick Owen qui est un duo de pop/folk originaire de l’Ain pour qui j’ai eu un énorme coup de cœur et dont je suis devenue l’heureuse manageuse.

Concrètement, les artistes (Lilie et Yannick dans ce projet) apportent la matière musicale, leurs personnalités, leur talent. Moi je cale avec eux les objectifs de travail, les étapes du planning, et je fais du suivi. […] C’est moi qui remue ciel et terre jusqu’à leur apporter une réponse quand ils ont un problème. C’est un rôle un peu subtil car je ne décide rien pour eux. Mais je me dois de ne pas les laisser seuls face à leurs décisions.

La Halle Tony Garnier à Lyon. crédit Romain Chevalier/Rue89Lyon
La Halle Tony Garnier à Lyon. crédit Romain Chevalier/Rue89Lyon

“Ma vie s’est cristallisée autour de ce monde-là”

La musique était-elle une passion avant de rentrer dans le monde musical ?

[…] À 17 ans, je faisais les vendanges avec une copine dans le Beaujolais. Et un soir on est passées devant une gare, où il y avait une affiche qui disait que Muse  jouait à la Halle Tony Garnier le lendemain.

On s’est enfuies des vendanges pendant la nuit, pour aller là-bas. Je me marre encore quand j’y repense, on a fait nos valises et on s’est tirées sur la pointe des pieds en pleine nuit, pour aller voir Muse le lendemain. C’était trop cool. J’ai commencé à être addict aux concerts à partir de là.

Au début je faisais surtout des gros concerts. Puis j’ai découvert les petites salles, les cafés concerts. Et ma vie s’est cristallisée autour de ce monde-là.

“Alors que les femmes sont nombreuses et efficaces, elles ne passent pas à l’échelon supérieur”

Le constat sur la place des femmes dans la musique est assez net : en 2019, 14% seulement d’artistes femmes étaient programmées. Selon vous, est-ce qu’il y a un enjeu à avoir davantage de parité au sein des labels, que ce soit en terme d’artistes représentées, que de postes décisionnels occupés par des femmes ? S’il y avait plus de femmes dans les labels est-ce que ça concourrait à une plus grande visibilité des projets artistiques menés par des femmes ?

Tout d’abord, il y a peu d’artistes féminines sur les scènes, et il y a également peu d’artistes féminines dans les locaux de répétition. Déjà dans l’accès à cette pratique, qu’elle soit amateure ou professionnelle, on remarque de grosses inégalités.

J’ai écouté un excellent podcast d’une table ronde organisée par PRESAGE, un programme de recherche sur le genre de Sciences Po, où une intervenante disait qu’en 2018, il y avait 17 % de femmes seulement parmi les sociétaires de la SACEM.

A tous les niveaux, et par une discrimination structurelle et omniprésente, les femmes se font décourager dans ce secteur. Et il y a de quoi se décourager quand on se lance en tant qu’artiste, déjà. Mais il y a encore plus de barrières à franchir pour les femmes.

Le Syndicat national des artistes musiciens a réalisé une enquête en 2019 auprès de 328 musiciennes qui dépeint ces réalités-là. On trouve des exemples récurrents de chantage sexuel à l’embauche, des discriminations liées au physique. Sans parler d’un sexisme quotidien, ordinaire car banalisé, qui revient sous des messages dévalorisants.

De plus, comme vous l’évoquez, les postes à responsabilités dans l’industrie musicale sont occupés majoritairement par des hommes. Ce qui impacte les visions, les choix, les croyances.

Ainsi, dans le podcast que je citais, il y a une personne d’Universal Music France, une femme, qui est la seule directrice de label à l’époque (2019). Elle y explique qu’il n’y a aucune femme parmi les directeurs artistiques et très peu de femmes aux postes de direction marketing, et par contre un nombre important de femmes sur le poste de cheffe de projet qui est hiérarchiquement celui d’en dessous.

Alors que les femmes y sont nombreuses, très efficaces, elles ne passent pas à l’échelon supérieur. Comme s’il y avait le fameux plafond de verre qui limite l’accès à davantage de leadership.

[…] Lire la suite sur le site de l’Influx.

Article actualisé le 20/01/2022 à 09h15
L'AUTEUR
L'Influx magazine
Magazine de la Bibliothèque municipale de Lyon.

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