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Dans l’académie de Lyon, une rentrée scolaire « dans le flou »
Actualité 

Dans l’académie de Lyon, une rentrée scolaire « dans le flou »

par Oriane Mollaret.
Publié le 31 août 2021.
Imprimé le 22 septembre 2021 à 10:29
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A deux jours de la rentrée scolaire de ce jeudi 2 septembre, le syndicat du Snes-FSU dénonce un manque de « moyens criant » dans l’académie de Lyon et un « flou général » du gouvernement sur le protocole sanitaire censé être appliqué après-demain.

« Flou » et « doutes », ce sont les deux termes qui reviennent le plus souvent pour qualifier cette rentrée de septembre 2021 dans les écoles, collèges et lycéens de l’académie de Lyon. Après deux années scolaires largement bouleversées par l’épidémie de Covid-19, le retard s’accumule pour les élèves qui ont dû s’habituer tant bien que mal à suivre leurs leçons parfois en classe, un masque sur le visage, parfois à la maison, derrière un écran.

Cette rentrée de septembre 2021 se distingue aussi par un nombre particulièrement élevé d’élèves à accueillir dans l’académie de Lyon, conséquence logique d’une hausse démographique constante, en particulier dans le Rhône. Malgré ces difficultés prévisibles, les syndicats dénoncent une rentrée « dans le flou sur tous les points ».

Dans l’académie de Lyon, « des conditions d’encadrement des élèves très dégradées pour cette rentrée »

Ce jeudi 2 septembre, près de 3900 élèves supplémentaires feront leur rentrée dans l’académie de Lyon – qui englobe l’Ain, la Loire et le Rhône – dont 1105 dans les seuls collèges du Rhône. Du jamais-vu sur les années précédentes. Dans le Rhône, pour le secondaire, trois nouveaux établissements scolaires ont été livrés pour cette rentrée : deux collèges à Lyon 7e et Saint-Priest et un lycée à Lyon 7e également. Ces ouvertures se font à effectif constant, sans recrutement de personnels pour la vie scolaire.

Le 27 août dernier, à l’occasion d’une conférence de presse, le recteur de l’académie de Lyon, Olivier Dugrip, a annoncé en guise de « moyens supplémentaires pour 2021/2022 » la création de 100 équivalent temps plein (ETP) dans les établissements scolaires du second degré.

Un chiffre qui fait doucement rire Rindala Younès, secrétaire académique du Snes-FSU :

« Le compte n’y est pas. Dans la réalité, il n’y a que 18 vrais postes de créés. Le reste, ce sont des heures supplémentaires que devront se répartir les enseignants déjà en poste, ce qui représente une augmentation de leur charge de travail et de leur nombre de classes et donc d’élèves. Les conditions d’encadrement des élèves sont très dégradées pour cette rentrée. »

nouveau collège Gisèle Halimi 7e arrondissement Lyon 2 septembre 2021
Le nouveau collège Gisèle Halimi, dans le 7e arrondissement de Lyon, doit ouvrir pour la rentrée du 2 septembre 2021. Au 31 août

Rindala Younès pointe la différence de taille avec le rentrée 2017 qui avait vu la création de 281 postes enseignants dans les collèges et lycées de l’académie de Lyon pour accueillir 3326 élèves supplémentaires. Et ce n’est pas tout, poursuit-elle :

« Le recteur a dit que la priorité serait donnée à l’égalité. On en doute. L’allocation progressive de moyens est divisée par trois cette année. »

D’après le gouvernement, cette allocation progressive de moyens (APM) assure « la répartition des moyens d’enseignement et d’éducation aux établissements proportionnellement aux difficultés économiques, sociales et scolaires de leurs élèves ». Concrètement, l’APM permet aux établissements scolaires les plus défavorisés de l’académie d’accroître leur nombre d’heures.

« Le recteur a dit que la priorité serait donnée à l’égalité. On en doute. »

Or, après deux années scolaires à moitié en distanciel, le retard scolaire s’accumule, en particulier pour les élèves issu·es des milieux les plus défavorisés, constate Nadège Pagliaroli, secrétaire départementale du Snes-FSU du Rhône et également professeure d’anglais dans un collège de Feyzin.

« En collège, nous avons demandé un aménagement de programmes pour pallier les conséquences de la crise sanitaire, que nous n’avons pas obtenu, déplore-t-elle. Le dispositif Devoirs faits a seulement été rendu obligatoire pour les élèves de 6e. Or, ça peut être fait par n’importe quel personnel de l’établissement, donc pas forcément des enseignants. Il y a aussi un dispositif de e-Devoir fait avec des personnels qui sont censés être là si des élèves se connectent. Ça ne nous satisfait pas du tout. Nous, ce qu’on veut, c’est plus de moyens, plus de professeurs pour plus de temps en classe et mieux encadrer les élèves. »

rentrée scolaire Lyon
Rinadla Younès, secrétaire académique du Snes-fsu et Nadège Pagliaroli, secrétaire départementale pour le Rhône, lors de leur conférence de presse de rentrée le 31 août. ©OM/Rue89Lyon

Quant aux enseignant·es, Jean-Michel Blanquer a annoncé le 25 août dernier une revalorisation de leurs salaires, avec entre 29 et 57 euros nets en plus par mois. Les AESH sont également concerné·es par cette maigre prime. Pour les plus précaires d’entre elles et eux, leur salaire mensuel passera ainsi de 779 euros à… 782. Quant aux surveillant·es, eux, ils ne toucheront pas un centime.

« Ce n’est pas comme ça que notre métier va attirer de nouveaux enseignants, constate Rindala Younès avec amertume. Cette année, 600 postes n’ont pas été pourvus au concours. »

Un protocole sanitaire difficile à appliquer dans l’académie de Lyon

Au-delà des questions de moyens, cette rentrée scolaire de septembre 2021 devra composer à nouveau avec le coronavirus. « Nous sommes en capacité d’accueillir à nouveau tous les élèves », a assuré Olivier Dugrip lors de sa conférence de presse du 27 août.

Une affirmation qui laisse les enseignantes du Snes-fsu sceptiques, tout comme le protocole sanitaire concocté par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, dévoilé le 21 août dans un entretien du JDD. On y trouve quatre niveaux de mesures, le vert, le jaune, le orange et le rouge selon la situation épidémique.

Pour le moment, le gouvernement a annoncé que la rentrée de ce jeudi 2 septembre se fera avec le protocole sanitaire de niveau 2, le jaune. Mis à part les couleurs, il y a peu de différence entre les quatre niveaux.

« Nous avons le même objectif que notre ministre, à savoir de laisser au maximum les établissements scolaires ouverts, explique Rindala Younès. L’école à distance, on a bien vu que ce n’était pas l’école. Pour cela, il faut sécuriser les collèges et les lycées, et pour l’instant ça n’a pas été fait. »

Le protocole sanitaire du gouvernement met notamment l’accent sur l’aération des salles de classe. Problème : dans l’académie de Lyon toutes les fenêtres ne s’ouvrent pas, se désole l’enseignante.

« Il y a encore beaucoup d’établissements scolaires dans l’académie de Lyon qui ont des fenêtres qui ne s’ouvrent pas ou qui ne donnent pas sur l’extérieur. Je fais cours dans une salle dont les fenêtres donnent sur l’atelier… On demande des capteurs de CO2. »

Pour l’instant, seuls quelques établissements scolaires ont été équipés avec un ou deux capteurs, qui permettent de mesurer la concentration en CO2 de l’air intérieur et de savoir quand il est nécessaire de le renouveler en aérant pour limiter les risques de contamination au Covid-19.

Le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, a mis l’accent sur les purificateurs d’air, dont il a équipé quelques lycées. Hors, l’efficacité de tels dispositifs n’a pas été démontrée scientifiquement.

« Il y a eu un grand cafouillage dans l’académie de Lyon, on a bien fait passer les tests mais on n’a jamais reçu les résultats ! »

Quant aux tests, s’ils sont bien arrivés dans les collège et lycée des deux enseignantes, ils n’ont pas été d’une grande utilité.

« Il y a eu un grand cafouillage dans l’académie de Lyon, on a bien fait passer les tests mais on n’a jamais reçu les résultats ! », s’exclame Rindala Younès.

« On a aussi eu très peu de consentement parental, précise Nadège Pagliaroli. Dans mon collège, sur 400 élèves, on a eu une dizaine de familles consentantes. »

Pour les deux enseignantes, le vaccin représente le porte de sortie de cette crise sanitaire. Dans l’entretien accordé au JDD, Jean-Michel Blanquer a également annoncé des campagnes de vaccination dans les collèges et les lycées pour les adolescent·es de plus de 12 ans. Si elles se disent favorables à cette mesure, l’organisation de la vaccination des élèves est encore très floue pour les deux enseignantes.

« Le ministre et le recteur nous disent que tout est prêt mais tout est très flou, soupire Rindala Younès. Nous sommes très inquiets sur l’organisation de cette campagne de vaccination. Qui va emmener les élèves se faire vacciner ? Est-ce que les infirmières vont devoir vacciner les élèves ? Nous avons demandé à ce que les équipes soient renforcés. La rentrée, c’est demain pour nous et après-demain pour les élèves, et l’épidémie c’est maintenant ! »

« La laïcité, en classe ça va être à 35 élèves et avec une note au bout »

Et le reste de l’année scolaire ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices que la rentrée. Un baccalauréat remanié attend les lycéen·nes à la fin de l’année scolaire. Il se fera à 40 % en contrôle continu et intégrera une nouvelle matière : l’éducation morale et civique (EMC), qui jusque-là n’était pas notée. Elle le sera désormais et mettra l’accent sur la laïcité.

« La laïcité, c’est le point de communication du moment, soupire Nadège Pagliaroli en levant les yeux au ciel. C’est une question essentielle, qu’il faut travailler profondément, pas pour faire de la communication et stigmatiser nos élèves. Il n’y avait pas d’obligation d’évaluation en EMC jusqu’à présent, ce qui permettait aux élèves de s’exprimer librement. »

« C’est la différence entre les effets de manche du gouvernement et la pratique, résume Rindala Younès. La laïcité, en classe ça va être à 35 élèves et avec une note au bout. »

Pour dénoncer ces conditions de rentrée 2021 particulièrement difficiles et protester contre le manque de moyens endémique dans l’Education nationale, les syndicats de l’Education nationale appellent à une grève le jeudi 23 septembre. Un cortège partira à 14h de la place Guichard pour rejoindre le rectorat, dans le 7e arrondissement de Lyon.

« Toute l’année dernière, on a dit que ça n’allait pas, mais on refait une rentrée dans le flou sur tous les points, soupire Nadège Pagliaroli. Pourtant, l’école a joué son rôle pendant cette crise. Aujourd’hui, on demande un plan d’urgence pour l’Education nationale. »

Article actualisé le 01/09/2021 à 21h55
L'AUTEUR
Oriane Mollaret
Oriane Mollaret

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