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Sécurité à Villeurbanne : une mairie de gauche en quête d’équilibre
Politique  Société 

Sécurité à Villeurbanne : une mairie de gauche en quête d’équilibre

par Hervé Pupier.
Publié le 5 juillet 2021.
Imprimé le 04 août 2021 à 17:57
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Cédric Van Styvendael, maire PS de Villeurbanne, active des leviers « classiques » en matière de sécurité : hausse des effectifs de la police municipale, développement de la vidéosurveillance, mais revendique une politique équilibrée entre répression et prévention. Objectif : obtenir des résultats sur ce terrain sensible qui divise sa majorité de gauche, tout en se démarquant des édiles de droite adeptes d’une politique sécuritaire.

Dès sa prise de fonction, en juillet 2020, une actualité tendue au cœur du quartier du Tonkin a conduit Cédric Van Styvendael, maire (PS) de Villeurbanne à afficher une forme de volontarisme en matière de sécurité, autrement nommée « tranquillité publique » et « lutte contre les incivilités ».

Mairie de Villeurbanne
A Villeurbanne, Cédric Van Styvendael, confronté à l’exaspération d’habitants dans certains quartiers, s’est emparé du dossier de la sécurité. Photo HP/Rue89Lyon

« Dans son numéro d’avril dernier, le journal municipal « Viva » a fait sa une sur la sécurité, accompagnée d’un dossier de six pages consacré à « cette question majeure ».

Jamais on aurait vu ça du temps de [Jean-Paul] Bret qui, à l’instar de toute une génération d’édiles socialistes, a toujours été gêné aux entournures pour traiter cette problématique. »

Elu d’opposition à Villeurbanne, Loïc Chabrier, ex-adjoint PS ayant rejoint La République en marche (LREM), pointe une différence d’approche sur ce terrain sensible entre Jean-Paul Bret, maire PS de Villeurbanne durant près de 20 ans, et son successeur désigné, Cédric Van Styvendael.

« Des questions hystérisées par la droite et l’extrême droite »

Lequel Cédric Van Styvendael, dès sa prise de fonction début juillet 2020, se saisit de cette thématique qui vampirise le débat public (cf le récent scrutin régional). Il s’agit de démontrer que « la gauche ne se défausse pas et peut, en étant à l’écoute des habitants, construire des réponses équilibrées à des questions hystérisées par la droite et l’extrême droite », soutient Cristina Martineau, élue PS et adjointe au maire.  

L’actualité de cet été 2020 contraint, il est vrai, le nouveau maire à enfiler sans tarder le bleu de chauffe. Quelques semaines avant son élection, une fusillade a éclaté au niveau de l’arrêt de tram du Tonkin où prospère un des principaux points de deal du secteur. Bilan : 5 blessés.

Parmi les riverains, la stupeur le dispute à la colère. Plusieurs collectifs se constituent pour dénoncer la dérive d’un quartier transformé en haut lieu du trafic de stupéfiants en raison, pour partie, de sa situation géographique « privilégiée » entre le campus de la Doua et le 6e arrondissement de Lyon.

Les habitants somment les pouvoirs publics d’agir pour rétablir la tranquillité publique.

« Un certain laxisme a prévalu pendant le mandat précédent »

Cédric Van Styvendael explique à Rue89Lyon :

« On doit assurer des fondamentaux, ne pas donner un sentiment d’impuissance, sinon il est impossible de construire avec les habitants. »

Cédric Van Styvendael, maire PS

Et de poursuivre :

« En tant que directeur d’Est Métropole Habitat, j’avais alerté Jean-Paul Bret sur une situation dégradée. La campagne électorale a confirmé ce diagnostic. Pour l’opinion publique, le compte n’y était pas.

Afin de relégitimer le travail des élus, on doit assurer des fondamentaux, ne pas donner un sentiment d’impuissance, sinon il est impossible de construire avec les habitants. Une forme d’inaction a cessé en s’appuyant sur un travail partenarial avec un préfet, Pascal Mailhos, qui avait envie de faire bouger les choses. »

Une démarche saluée par Béatrice Vessiller, cheffe de file des écologistes villeurbannais, vice-présidente de la Métropole :

« Un certain laxisme a prévalu pendant le mandat précédent. Il existait de vraies difficultés. Il fallait corriger le tir. »

 

52 postes, c’est l’effectif théorique de la police municipale. 46 sont actuellement pourvus. L’objectif de la municipalité est de compter 75 policiers municipaux à la fin du mandat (2026). H.P.

La sécurité et la jeunesse : un attelage « singulier »

Avant le scrutin municipal de 2020, Villeurbanne figurait parmi les communes de la Métropole comptant le moins de policiers municipaux. La nouvelle équipe s’emploie, non sans mal, à recoller au peloton et à pourvoir les postes vacants. Un des moyens choisis est de revaloriser le régime indemnitaire des agents afin de ne plus pâtir de la concurrence de collectivités plus attractives.

Yann Crombecque, adjoint délégué à la sécurité, la prévention de la délinquance, la jeunesse et l’éducation populaire (et par ailleurs secrétaire fédéral du PS), fait le compte :

« Aujourd’hui, sur l’effectif théorique de 52 postes, 46 sont pourvus. Nous espérons avoir un service au complet en décembre prochain. D’ici la fin du mandat, en 2026, l’objectif est de compter 75 policiers municipaux, soit une hausse de près de 50% ».

Une délégation dont l’intitulé et les larges contours ont suscité la perplexité.

« La sécurité à Villeurbanne, c’est un job à plein temps », tacle Loïc Chabrier.

« Singulier télescopage entre la sécurité, la jeunesse et l’éducation populaire », estime de son côté un ancien élu PS.

Incivilités : « réduire l’impunité »

En parallèle, Cédric Van Styvendael a signé en février, à titre expérimental, un protocole d’accord avec le procureur de la République afin que les incivilités (tapages nocturnes, entraves à la circulation…) trouvent des réponses judiciaires rapides (dans les 15 jours suivant l’infraction) via le tribunal de proximité (ex-tribunal d’instance).

« Il s’agit de comparutions pédagogiques qui donnent lieu à des rappels à la loi et aux obligations citoyennes, souligne Yann Crombecque. L’auteur des faits reprochés peut être accompagné de ses parents. Nous ne sommes pas dans une vision punitive. »

Dans le même temps, le maire a obtenu une présence renforcée de la police nationale sur le terrain.

« Les interventions et interpellations sont plus fréquentes sur les points de deal, observe-t-il. Ce n’est pas la panacée mais les collectifs d’habitants (Charpennes, Tonkin..) avec lequel nous échangeons régulièrement reconnaissent qu’un travail a été engagé. »

Vidéosurveillance : « passage obligé » pour des moyens humains supplémentaires

Cédric Van Styvendael Yann Crombecque
Cédric Van Styvendael, maire PS de Villeurbanne, et Yann Crombecque (PS), adjoint à la sécurité. Photo HP/Rue89Lyon

Lors du conseil municipal du lundi 5 juillet, l’extension de la vidéosurveillance intégrée dans le cadre de la PPI (Programmation pluriannuelle des investissements) a fait débat à gauche. Jean-Paul Bret était très réservé quant à l’efficacité de cet outil. Son usage était ainsi limité jusqu’alors sur la ville où sont actuellement recensées 34  implantations  dotées chacune de 5 caméras ( 4 fixes et une mobile) pour une centaine de flux vidéo en continu.

« Nous consacrerons 1,6 million d’euros au développement du dispositif afin d’atteindre plus de 300 flux vidéo à la fin du mandat, explique Yann Crombecque. Enregistrer des images sans personne pour les visionner n’avait guère de sens.  Depuis quelques jours, deux ASVP (agent de surveillance de la voie publique) sont affectés au centre de supervision urbain (CSU) pour procéder à des vidéo-verbalisations afin de sanctionner notamment  les stationnements illicites. Le CSU sera  aussi utilisé par la police municipale pour certaines de ses interventions, en lien avec la police nationale. Mais on n’a aucune intention de verser dans Big Brother. »

Une augmentation du nombre de caméras dont la pertinence est contestée dans les rangs de la majorité. A cet égard, Cédric Van Styvendael renvoie à l’accord conclu avec ses partenaires (EELV, LFI, PCF, PRG…) :

« On applique le programme, tout le programme, rien que le programme qui prévoit un déploiement mesuré. La vidéosurveillance n’est ni un totem, ni un tabou. Ce n’est pas l’alpha et l’omega de notre politique mais nous en avons besoin. »

Derrière cette extension programmée se joue un mano a mano entre le maire  et le préfet. A l’instar de nombre de ses homologues, le premier sollicite l’Etat afin d’obtenir l’affectation de policiers supplémentaires via en particulier le classement du Tonkin en « quartier de reconquête républicaine ». Le second attend de la Ville qu’elle prenne sa part en développant la vidéosurveillance dont les forces de l’ordre ont, selon lui, besoin dans certains secteurs.

Course à l’échalote ou pragmatisme ?

Davantage de policiers municipaux, davantage de caméras. Pas de quoi satisfaire cet ancien élu PS :

« Mon propos n’est sans doute pas audible au regard des discours sécuritaires qui font florès. Mais s’engager, comme les communes de droite, dans cette course à l’échalote, c’est faire fausse route. Peu à peu, les policiers municipaux réclameront le même statut que les policiers nationaux. La souffrance est bien réelle dans les quartiers mais la sécurité publique relève d’une mission régalienne de l’Etat. S’y substituer, c’est consacrer des moyens dont sera privée la prévention. Les problèmes de sécurité sont corrélés aux inégalités sociales et territoriales. »

A ce discours « old school », Cédric Van Styvendael oppose son pragmatisme mais revendique de marcher sur deux jambes pour assurer la tranquillité publique : répression et prévention. Sur ce second volet, il mentionne le recrutement en cours d’éducateurs (Métropole) et de médiateurs.

Et vient d’organiser, les 3 et 4 juillet, une conférence citoyenne de consensus, « une première en France » au niveau des collectivités locales. L’initiative vise à associer habitants – une vingtaine tirés au sort, issus des conseils de quartier et des centres sociaux  – et professionnels à l’élaboration de la stratégie locale de sécurité et de prévention de la délinquance de la Ville. Rue89Lyon les avait rencontrées à l’occasion d’une initiative menée à Vaulx-en-Velin avec citoyens et policiers.

Pas de blabla, assure en substance le maire, soucieux d’explorer de nouvelles voies pour booster la démocratie participative en ces temps d’abstention galopante. Cette coproduction doit déboucher sur une dizaine de propositions d’actions concrètes qui seront présentées aux Villeurbannais et que le conseil municipal intégrera totalement ou partiellement dans sa  « politique de gauche » en matière de tranquillité publique.

Sécurité à Villeurbanne : « une légère amélioration depuis un an »

Le collectif d’habitants « Tonkin Pai(x)sible » s’est créé après une fusillade dans le quartier en juin 2020. DR

Tristan Chaigne, membre du collectif d’habitants « Tonkin Pai(x)sible » créé après la fusillade survenu en juin 2020 dans le quartier explique :

« Je réside dans le quartier depuis une dizaine d’années. La situation s’est dégradée au fil du temps. Il y a des points noirs. Rue Jacques Brel par exemple, les riverains subissent la présence permanente de dealers. C’est l’enfer même si la police passe régulièrement.

Avant le scrutin municipal, nous avions rencontré le candidat Cédric Van Styvendael. En tant que directeur d’Est Métropole Habitat, il avait été confronté aux problèmes que nous soulevions. Il nous a donné l’impression de ne pas avoir d’a priori, de ne pas être anti-vidéosurveillance par exemple. Je ne pense pas que le clivage gauche-droite soit pertinent en matière de sécurité. »

Son analyse porte sur la délinquance :

« Les victimes sont aussi ces jeunes qui dealent. Il ne faut pas opposer répression et prévention. Mais le trafic génère tellement d’argent. Quand la police fait tomber une équipe, une autre la remplace aussitôt. Mettre davantage de policiers, de caméras, est-ce que ça suffira pour améliorer sensiblement les choses ?

Depuis un an, on peut dire qu’il y a une légère amélioration. Le maire affiche son dynamisme mais est-ce que derrière ça suit ? Un processus a été enclenché. Nous avons des rencontres régulières avec les autorités : Ville, police, préfecture, procureur de la République. En revanche, avec l’Education nationale, c’est la cata, ce sont les moins réactifs. Pourtant, des dealers squattent à proximité d’écoles du quartier. »

« Agir mais pas à la manière hyper réactionnaire des maires LR à Bron ou Rillieux »

Jacques Vince, conseiller municipal EELV, coprésident du groupe écologiste. DR

Jacques Vince (EELV), co-président du groupe « Les écologistes », inscrit dans la majorité de Cédric Van Styvendael, s’exprime ainsi sur la question :

« On a une vraie difficulté de tranquillité publique sur Villeurbanne dans ce domaine. Il faut répondre à la grogne ou l’exaspération d’habitants mais sûrement pas à la manière hyper réactionnaire des maires LR comme Bréaud (Bron) et Vincendet (Rillieux-la-Pape) qui sont surtout dans la communication. »

Il poursuit :

« Le préfet nous force la main pour le développement de la vidéosurveillance. En contrepartie, nous obtiendrons des moyens humains. C’est le principe de réalité. Notre groupe (13 élus) n’a pas l’intention d’être rigide sur cette question. Des caméras seront installées aux abords des écoles, ce point fait consensus, elles serviront également à développer la vidéoverbalisation et à surveiller des points de deal. La vidéoprotection rassure les gens mais elle ne résout pas grand-chose. Il faudra dresser un bilan. 

La présence humaine est essentielle. Voilà pourquoi nous sommes favorables au recrutement de policiers municipaux qui sont devenus la police de proximité. Nous soutenons sans réserve la conférence citoyenne de consensus. Il est sain qu’un outil de démocratie participative permette de plancher sur ce sujet de la sécurité qui exacerbe les passions. »

« Nous sommes contre cette surenchère vers toujours plus de sécuritaire »

Agathe Fort (La France insoumise), adjointe au maire. DR

Agathe Fort, encartée chez La France insoumise, est adjointe au maire. C’est à elle que revient le discours sur le « sécuritaire » :

« Les habitants demandent davantage de sécurité. Nous recevons beaucoup de doléances. C’est une réalité. Pour y répondre, il y a des mesures à court terme. L’installation de caméras en fait partie. Notre groupe (9 élus) est opposée à la vidéosurveillance.

Nous sommes contre ce modèle de société, cette surenchère vers toujours plus de sécuritaire. »

Elle estime que :

« On constate qu’avec l’Etat, c’est donnant-donnant : si vous vous voulez plus de présence humaine (policiers, médiateurs), nous dit en substance le préfet, il faut développer la vidéoprotection sur certains secteurs. La municipalité va s’y plier de manière mesurée. Il est exact que ce déploiement avait été intégré dans l’accord conclu avec Cédric Van Styvendael (PS).

Mais si dans quelque temps, il s’avère que le dispositif n’améliore pas la tranquillité publique, nous demanderons son retrait.  La délinquance trouve son origine dans les inégalités, les discriminations. C’est sur ce terrain que nous luttons. Un combat de long terme pour le renforcement des politiques sociales. »

« Le maire marche sur des œufs car sa majorité est divisée sur ces questions »

Jonathan Bocquet (PRG), adjoint au maire :

« La sécurité est une compétence de l’Etat mais ce sont souvent les populations les plus précaires qui subissent les incivilités, la délinquance.  Il est donc légitime que la gauche s’en empare. On ne peut s’en laver les mains. Il faut répondre aux attentes des habitants sans déroger à nos valeurs. La vidéoprotection peut être utile. Mais on s’attache d’un autre côté à multiplier les espaces de participation comme c’est le cas avec la conférence citoyenne de consensus.  La ville est un laboratoire pour la gauche et on a trouvé un bon équilibre en matière de sécurité. »

Quant à Loïc Chabrier (LREM), conseiller municipal siégeant dans l’opposition :

« Bien sûr le style, le ton ont changé par rapport à Jean-Paul Bret. Mais pour l’heure, je vois surtout de la communication, des poncifs, des généralités dans le discours de Cédric Van Styvendael. Sur le fond, rien de révolutionnaire, d’innovant. Les actions sont classiques. La convention passée avec le parquet a une portée très limitée. Le maire marche sur des œufs car sa majorité est divisée sur ces questions de sécurité. Le PRG est plus proche de notre groupe dans ce domaine que des ‘insoumis’ qui font preuve d’angélisme. »

Article actualisé le 08/07/2021 à 14h49
L'AUTEUR
Hervé Pupier

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