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A Lyon : « dans la situation sanitaire actuelle, ce n’est pas simple de mobiliser »
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A Lyon : « dans la situation sanitaire actuelle, ce n’est pas simple de mobiliser »

par Pierre Lemerle.
Publié le 4 février 2021.
Imprimé le 23 septembre 2021 à 11:02
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Entre 1600 et 3 000 personnes ont marché, ce jeudi 4 février, entre la Manufacture des tabacs et la place Bellecour, à Lyon, pour la première manifestation interprofessionnelle de l’année. Mise à part les militants CGT, l’appel lancé par l’intersyndicale n’a pas attiré les foules. Selon les syndicalistes, cela montre les difficultés à mobiliser dans cette période de crise sanitaire. Reportage.

Ils étaient entre 1600 et 3000 (selon les chiffres de police ou des organisateurs), ce jeudi 4 février, à Lyon, pour répondre à l’appel de l’intersyndicale CGT, FSU, Solidaires, CNT, SNT-SO, et UNEF. Parti à 12 h de la manufacture des tabacs, un cortège, couleur rouge CGT, a suivi le chemin (quasi) classique pour rejoindre la place Bellecour, sans passer par la rue de la Barre. Pour rappel, depuis un an, cette rue qui borde l’Hôtel Dieu est systématiquement intégrée au périmètre d’interdiction de manifester de la préfecture du Rhône.

CGT Cheminots, CGT Énergie… les cégétistes représentaient le gros des troupes. Ses cinq camions, et celui de Solidaires, en fin de cortège, ont roulé au son de l’Internationale, de Bella Ciao, ou encore du groupe HK et les Saltimbanks. Retour à un cortège « classique » donc, avec un public plus âgé que celui de la dernière Marche des libertés animée par les teufeurs, ce samedi.

« Avant la crise sanitaire, il n’y avait plus d’argent pour les retraites et maintenant, le gouvernement en distribue de partout ! »

Entre 1600 et 3000 personnes ont manifesté jeudi - Crédit Pierre LEMERLE
Entre 1600 et 3000 personnes ont manifesté jeudi 4 février – Crédit Pierre LEMERLE/Rue89Lyon

« En janvier, nous avons plutôt fait des actions par branche (éducation, santé, etc.). Le but était de converger aujourd’hui, détaille Jérôme Bation, du bureau de l’Union départementale CGT – Rhône. Notre objectif est de ramener sur la table la question de l’emploi. Nous voulons que le plan de relance du gouvernement soit conditionné à la création d’emplois. Il ne faut plus que des aides soient données au patronat sans contre-partie comme cela a pu être le cas avec le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). »

Dans ses rangs, les militants parlent de « précarité » ou de « renforcer le service public ». L’intersyndicale plaide pour l’ouverture de 400 000 postes dans la fonction public.

« On manifeste aussi contre la loi de sécurité globale, ajoute Isabelle, 59 ans, de la CGT de l’Arbresle (ouest lyonnais). C’est difficile de comprendre ce qui se passe actuellement. Avant la crise sanitaire, il n’y avait plus d’argent pour les retraites et maintenant, le gouvernement en distribue de partout ! » 

Stéphane, 45 ans, enchaîne :

« Il faut soutenir les collègues. Moi, encore, je suis fonctionnaire. Mais pour mes amis du privé, des PME, etc. la situation va être très difficile. Les riches continuent de s’enrichir et les pauvres continuent de s’appauvrir. Rien ne change. »

Étudiants devant, CGT derrière

Mise à part les militants CGT, représentants les deux tiers du cortège, difficile de voir une autre force ce jeudi midi. En tête, devant la banderole intersyndicale, les étudiants forment cependant un cortège de tête. Devant eux, quelques Gilets jaunes éparpillés, un peu plus âgés, leur lancent des encouragements inter-générationnels, en reprenant le slogan : « Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère ! »

Les étudiants sont venus défendre leurs droits.
Les étudiants sont venus défendre leurs droits et demander un vrai regard sur leur situation – Crédit Pierre LEMERLE/Rue89Lyon

« Nous voulons un retour aux cours en présentiel et retrouver nos rapports sociaux », explique Zia, déguisée en bâtiment du Crous. À 20 ans, elle n’est pas allée dans un amphi depuis octobre avec les mesures sanitaires. « Moi, je n’ai rien eu depuis mars », renchérit une de ses collègues.

« Nous sommes ceux qui payons le plus pour une maladie qui nous touche moins, regrette Léandre, 18 ans, en première année de Science-Po Lyon. C’est raté pour les “meilleures années de notre vie”. Au-delà des derniers suicides médiatisés, il y a une grande détresse chez les étudiants. Entre la perte d’emplois pour financer les études, les conditions de vie au Crous détériorées… Au moins un tiers des effectifs est en dépression. »

« Ce n’est pas forcément évident de mobiliser quand 30 à 40 % des collègues sont en télétravail »

En tête de cortège, leurs slogans sont plus larges. Ils parlent de précarité, de misère social mais aussi de restrictions des libertés, de violences policières, etc. Malgré de nombreux drapeaux (LFI, Solidaires, CGT, Jeunesses communistes, etc.) leur nombre reste faible par rapport au reste de la manifestation. Celui-ci ne compte pas non plus de « black bloc » ou de cortège antifasciste identifié, comme cela a été le cas dans les manifestations contre la loi de sécurité globale. En fin de défilé, un camion solidaire, avec des militants aux chevelures plus grisonnants, devance les derniers manifestants du cortège. Des membres d’Attac, du PCF, d’Alternatiba, et même du PS ferment la marche.

« L’appel a surtout touché des militants, constate un écologiste. La communication est mal passée. » 

Plus globalement, ce chiffre témoigne des difficultés à mobiliser en temps de crise sanitaire. 

« Ce n’est pas forcément évident de mobiliser quand 30 à 40 % des collègues sont en télétravail », commentait un délégué syndical CGT, avant le départ.

Les étudiants ont ouvert le cortège.
Les étudiants ont ouvert le cortège de la manifestation du 4 février – Crédit Pierre LEMERLE/Rue89Lyon.

Comme en septembre, où l’interprofessionnelle avait rassemblé de 2000 à 4000 personnes, les chiffres restent bas. En comparaison, les grandes manifs des retraites en décembre 2019 avaient rassemblées 10 000, 20 000 voire 30 000 personnes, suivant les sources (forces de l’ordre ou organisateurs).

« Dans la situation sanitaire actuelle, ce n’est vraiment pas simple de mobiliser, commente João Pereira Afonso, secrétaire général de la CGT. On se félicite déjà d’arriver à ce nombre. » 

Ce nombre est arrivé en tout cas sans problème place Bellecour. Contrairement à samedi dernier, aucun canon à eau n’était prévu rue de la Charité, pour barrer la voie. Plus réduit, le dispositif gendarmerie et police semblait encore relativement important ce jeudi. Aucun incident n’a été constaté, côté force de l’ordre. 

La prochaine manifestation est annoncée pour le 7 mars. Elle devrait rassembler divers syndicats et collectifs à la veille de la journée internationale pour le droit des femmes.

L'AUTEUR
Pierre Lemerle

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