Expulsion du squat Maurice Scève : une première qui oblige la Métropole
Société 

Expulsion du squat Maurice Scève : une première qui oblige la Métropole

actualisé le 31/10/2020 à 19h53

[Article mis à jour régulièrement] Sans surprise, le plus gros squat de l’agglomération lyonnaise a été évacué ce mardi matin à la demande de la Métropole de Lyon, propriétaire des locaux. Les derniers occupants de l’ancien collège Maurice Scève, à la Croix-Rousse ont été expulsés par la police au lever du jour. Ce soir, l’immense majorité des habitants ont été hébergés par la préfecture et la Métropole. Une première à cette échelle-là. Récit de la journée.

Ouvert en septembre 2018, l’évacuation du squat de l’ancien collège Maurice Scève a débuté à six heures ce mardi matin. D’après les chiffres de la préfecture, 152 personnes vivaient encore dans l’ancien collège, locaux de la Métropole vendus à Vinci.

Une évacuation menée par la préfecture qui a déployé un cordon policier impressionnant tout autour du collège.

Dans la cour du collège, nous croisons en milieu de matinée une trentaine de personnes migrantes qui font la queue à divers stands, de l’Ofii, de la Police aux frontières (Paf), de la Protection civile ou encore de la Direction Départementale de la Cohésion sociale (DDCS) et de la Métropole avant de récupérer leurs affaires dans l’ancien gymnase tenu par les Secouristes Français Croix Blanche. Ils s’y font relever leur identité et orienter vers « les solutions d’hébergement » qui correspondent à leur situation.

Ils sortent de manière progressive.

« La plupart d’entre eux sont déjà connus de nos services, ce qui facilite l’évacuation », explique Clément Vivès secrétaire général adjoint de la préfecture du Rhône, présent sur place pour piloter l’opération.

Évacuation dans le calme du squat Maurice Scève

Derrière le cordon, les soutiens (entre 50 et 100) observent les évènements.

« L’évacuation se passe dans le calme », note Anne-Marie qui appartient à un collectif de soutien aux habitants du collège Maurice Scève.

Les derniers occupants ont été prévenus ce week-end qu’ils devaient faire leurs affaires et que l’expulsion aurait lieu en début de semaine.

Les derniers occupants du squat Maurice Scève ont été expulsés ce mercredi matin. ©GB/Rue89Lyon

Les derniers occupants du squat Maurice Scève ont été expulsés ce mercredi matin. ©GB/Rue89Lyon

Les jeunes migrants réhébergés par la Métropole

Depuis un diagnostic conduit par la préfecture en février 2020, 250 personnes se sont vues proposer des hébergements par cette même préfecture, faisant passer le squat d’environ 400 à 200 personnes.

Le nouvel exécutif de la Métropole a ensuite demandé un deuxième diagnostic en septembre 2020. « C’était un gros dossier pour nous. Nous l’avons d’ailleurs préparé bien en amont ». souligne Renaud Payre, vice président de la Métropole en charge du logement social, présent sur les lieux ce mardi.

« Nous voulions savoir qui habitait là avant l’évacuation car notre objectif c’est de ne remettre personne à la rue, ce qui était un engagement de campagne. Il nous faut donc des situations adaptées à tous ».

Le squat du collège Maurice Scève a historiquement accueilli des mineurs non accompagnés (MNA). Une soixantaine de mineurs isolés (dont la prise en charge dépend de la métropole) ont été expulsés du squat ce matin.

Parmi eux, 50 jeunes migrants que la Métropole avait hébergés puis remis à la rue en août dernier et qui avaient dû retourner à l’ancien collège. Il s’agit de jeunes non-reconnus comme mineurs qui sont en recours contre cette décision. Le nouvel exécutif de la Métropole mettait la responsabilité de ce « gros imbroglio » sur les services qui avaient suivi le cours du dossier, à rebours des nouvelles directives.

« Jusqu’alors la Métropole avait toujours refusé de prendre en charge les mineurs non reconnus, même s’ils étaient en procédure de recours devant le juge pour enfant. Aujourd’hui à Maurice Scève, la situation a changé », reconnaît Anne Charmasson, du collectif de soutien aux migrants Croix-Rousse.

La Métropole affirme que tous les jeunes migrants qui restaient dans le squat – une soixantaine dont la plupart sont une procédure de recours auprès du juge pour enfants – sont hébergés dans des hôtels à Lyon et dans la périphérie (Givors). L’idée est qu’ils y restent jusqu’à ce qu’un centre d’accueil soit trouvé pour eux, peut être d’ici début novembre.

« C’est plutôt une bonne chose, on aimerait qu’ils élargissent ça à tous les MNA de Lyon et plus simplement à ceux qui habitaient Maurice Scève », poursuit Anne Charmasson.

Tous relogés ?

Les sort des majeurs, compétence de la préfecture est bien différent. Dans la matinée, ils montent dans des vans noirs, dans lesquels les salariés de la Croix blanche n’ont pas la possibilité de rentrer alors même qu’ils pensaient pouvoir le faire. On les conduit à la préfecture et à l’Ofii. La différence de lieu tient à la volonté de dispatcher les effectifs.

« Des propositions d’hébergement leur ont été faites. Pour les demandeurs d’asile, ils iront dans les centres d’accueil (CADA) après avoir dormi quelques nuits à l’hôtel. Les réfugiés sont pris en charge dans des centres d’hébergement. Pour les déboutés et irréguliers, une aide au retour volontaire leur a été proposée », commente le porte-parole de la préfecture.

En fin de matinée, à l’issu de ces rendez-vous, certains n’ont pas accepté les propositions de la préfecture et se retrouvent sans solution d’hébergement.

« Nous ne pouvons pas prendre en charge ceux qui ont refusé toutes les propositions permises par notre droit », explique le porte-parole de la préfecture.

Des personnes déboutées du droit d’asile par exemple – dont la préfecture n’a pas communiqué le nombre pour l’instant – sont ainsi remises à la rue.

Un employé de la Métropole place Bellecour

Commence alors une séquence de grand inconnu tant pour ces habitants du squat Maurice Scève que pour les soutiens.

Finalement, ils reçoivent un texto des services de la Métropole qui leur donne rendez-vous à Bellecour à partir de 16h. C’est là que la Métropole met en place son véritable plan « personne à la rue » qui ressemble finalement beaucoup à du bricolage.

Sur place : un seul employé de la Métropole, ordinateur portable posé sur une chaise dehors en face du café Bellecour répertorie au compte goutte les personnes qui arrivent et leur indique un hôtel en leur fournissant une dizaine de tickets de métro.

Place Bellecour, des occupants du squat Maurice Scève ont rendez-vous avec un employé de la Métropole (celui avec l'ordinateur) pour être dirigé vers un hôtel ©GB/Rue89Lyon

Place Bellecour, des occupants du squat Maurice Scève ont rendez-vous avec un employé de la Métropole (celui avec l’ordinateur) pour être dirigés vers un hôtel ©GB/Rue89Lyon

Ils sont plus d’une trentaine et passeront les prochaines nuits à Rillieux-la-Pape, Saint-Priest ou encore Givors.
On est bien loin du dispositif imposant mis en place aux abords du collège le matin même.

L’employé de la Métropole ne souhaite pas nous en dire plus. Il n’en a d’ailleurs pas le temps.

Plusieurs militantes lui servent d’assistantes. Trois membres de la Croix blanche sont également présents. Le service communication de la Métropole reste évasif concernant le futur de ces personnes :

« Nous allons les héberger quelques temps et tenter de leur proposer des solutions de plus long terme avec les associations ».

Dans les faits, personne ne peut dire pour l’heure ce qu’il adviendra de ces personnes. « On espère qu’ils seront logés jusqu’à la trêve hivernale », conclut un militant associatif.

Hébergement d’urgence : le nouvel exécutif de la Métropole de Lyon crée un précédent

« Des lieux d’accueil pour les nouveaux arrivants »

Dans un communiqué diffusé le lendemain de l’expulsion, le Collectif de soutien du collège
Maurice Scève pose la question de l’avenir : « les nouveaux
arrivants qui venaient se reposer au collège d’un trajet souvent très
difficile, qui y trouvaient chaleur humaine (à défaut de confort),
n’auront désormais aucun lieu de répit ou de mise à l’abri. Le collège
était finalement un lieu bien commode pour toutes les institutions qui
les y orientaient : où iront-ils désormais, qu’ils soient mineurs ou
majeurs ?

Nous demandons donc, de toute urgence, une réflexion avec les mairies et
la métropole, pour ouvrir un ou des lieux d’accueil (…). Des
locaux vacants existent, qui pourraient être dédiés à cet accueil et à
un hébergement pérenne, lieux qui pourraient fonctionner harmonieusement
grâce à des conventionnements.

Plus tôt dans la matinée, les six groupes politiques formant la nouvelle majorité à la Métropole se sont fendus d’un communiqué commun titré « la Métropole de Lyon s’engage à reloger tous les occupants de l’ex-Collège Maurice Scève »

« L’objectif d’éviter toute remise à la rue et de garantir des solutions d’hébergement à chacun est tenu puisqu’à ce jour, toutes les personnes présentes ce matin au collège dormiront à l’hôtel dès ce soir ».

Et de conclure :

« La nouvelle majorité écologiste et de gauche réaffirme ainsi ses valeurs d’accueil et sa détermination à lutter contre l’habitat indigne et le sans-abrisme ».

Ce mardi soir, l’immense majorité des 152 habitants qui restaient dans le squat se trouvent effectivement à l’hôtel. Mais pour combien de temps ?

En hébergeant les sans-papiers – déboutés d’asile et jeunes non reconnus mineurs en recours -, la Métropole de Lyon se substitue à l’Etat dans sa mission d’hébergement d’urgence. Une nouveauté à cette échelle-là.

Ce qui vaut pour les habitants de Maurice Scève, vaudra-t-il pour les autres personnes sans-abri de l’agglomération de Lyon ? La question se pose avec encore plus d’acuité à l’approche de l’hiver voire d’un possible reconfinement.

Dans un entretien au Progrès, Renaud Payre souffle le chaud et le froid concernant cette politique d’hébergement. D’un côté, il annonce que ceux qui ont refusé l’aide au retour et sont hébergés à l’hôtel par la Métropole seront « orientés, dans le cadre du plan hivernal, vers les nouveaux sites qui vont être ouverts ». Or ces nouveaux sites seront gérés par la préfecture qui, précisément, qui n’a voulu prendre en charge de manière pérenne ces personnes. On voit donc mal les services de l’Etat, pour qui ces personnes doivent retourner dans leur pays, accueillir ces déboutés d’asile.

De l’autre côté, le vice-président de la Métropole en charge du logement réaffirme que « la fermeture de ce squat est un premier signal pour aller vers une autre culture de l’hospitalité, une autre politique de l’accueil des réfugiés. La Métropole doit être accueillante. »

A suivre dans les prochaines semaines.

L'AUTEUR
Guillaume Bernard et Laurent Burlet

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