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[Podcast] Ville et architecture pour les humains et les non-humains
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[Podcast] Ville et architecture pour les humains et les non-humains

actualisé le 02/11/2020 à 18h49

L’Ecole urbaine de Lyon propose une série de conférences intitulées « Les Mercredis de l’anthropocène ». Rue89Lyon en est partenaire et publie les tribunes des invité·es et intervenant·es qui poursuivent les échanges à distance. Cette semaine, c’est la question de la présence des non-humains dans la ville qui est abordée.

Tribune ouverte à Bernard Kaufmann, maître de conférences en écologie et zoologie à l’Université Claude Bernard (Lyon 1), et Pascal Rollet, architecte et professeur à l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble.

> Podcast à venir et à écouter à partir de mercredi 28 octobre.

La préservation de la biodiversité dans les milieux urbains est une question dont les urbanistes et les architectes se saisissent enfin après un lent travail d’acculturation grâce aux travaux des spécialistes des sciences du vivant, amplifiés par l’influence récente de la collapsologie. Il aura fallu cependant en arriver à une sixième extinction de masse pour que le message commence à être entendu.

La prise en compte des autres espèces vivantes dans la conception et la réalisation d’espaces habités varie suivant la nature de ces espèces, et selon le niveau de culture générale scientifique des protagonistes des opérations d’aménagement. Le végétal est par exemple facile à intégrer par les planificateurs et les bâtisseurs car tous savent que la photosynthèse dégage de l’oxygène et absorbe du CO2.

Le lien direct entre la présence d’arbres et de plantes et la qualité de l’air que nous respirons se fait « naturellement ». Par ailleurs, la question des « espaces verts » est au cœur de toutes les pensées urbaines et nous sommes habitués à ce que les paysagistes et les jardiniers interviennent dans la création des villes. Du City Beautiful aux Garden Cities plusieurs mouvements ont réfléchi à la manière d’agencer le végétal et le bâti.

Le chemin à parcourir est certes encore long pour passer d’une conception décorative vaguement hygiéniste à une conception environnementale dans lequel le fonctionnement biologique des végétaux est réellement intégré, mais la tendance est installée et les attentes sont fortes.

La loi sur « l’eau et des milieux aquatiques » de 2006 et la loi pour « la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » de 2016, ainsi que leurs applications dans le domaine de l’urbanisme constituent à ce titre des marqueurs sociétaux importants. La demande de végétalisation des grandes villes exprimée lors des dernières élections municipales ajoutera à l’approche légale une volonté politique indispensable pour l’application de terrain.

Ecobio (agence Lipsky+Rollet) ©Pascal Rollet

Ecobio (agence Lipsky+Rollet) ©Pascal Rollet

Aider à la circulation de l’animal

La percolation des idées issues de l’écologie scientifique, à travers le recrutement d’écologues dans les territoires et les entreprises ou de l’enseignement de l’écologie dans les grandes écoles du paysage et de l’agronomie, aboutissent aussi aujourd’hui à un renouvellement des idées au plus près des élus et du terrain. La notion aujourd’hui légale de trame verte et bleue datant de 2009 est intégrée dans les schémas de cohérence territoriale et dans les politiques urbaines.

Elle implique la prise en compte non seulement du végétal planté, mais aussi du végétal spontané, et encore plus difficilement, de l’animal, qu’il faudrait aider à circuler dans un monde fragmenté par les routes et le bâti.

Ce rapport avec le règne animal est beaucoup plus complexe et son intégration dans les espaces habités soulève plus de réticences. Il est clair pour tous que certains animaux fournissent des « services écosystémiques » nécessaires y compris dans le cadre urbain : dévoreurs d’insectes comme les oiseaux et les chauve-souris, pollinisateurs comme les abeilles ou travailleurs des sols comme les lombrics.

La coexistence est plus difficile avec de nombreuses autres espèces qui pourraient eux-aussi bénéficier des aménagements en faveur de ceux perçus positivement : rats, moustiques ou pigeons pour ne citer que ceux que nous rencontrons le plus fréquemment.

Il nous appartient de combler rapidement nos ignorances pour imaginer des milieux de vie communs, adaptés à partir du déjà-là, et dont il est de première urgence d’appréhender la complexité pour éviter les raccourcis ravageurs comme la naïve multiplication des ruches urbaines (La multiplication des ruches urbaine sur les toits de Paris a abouti à une surpopulation d’abeilles domestiques, au détriment des abeilles sauvages assurant le gros de la pollinisation « naturelle »).

Repenser des espaces partagés entre les humains et les non-humains

À l’instar de nouveaux penseurs comme Philippe Descola ou Baptiste Morizot, il nous faut urgemment élargir notre perception du monde, réviser « nos manières d’être vivants », et apprendre à mieux connaître les intrications complexes des milieux de vie afin de repenser des espaces habités partagés entre les humains et les non-humains dans une perspective d’écosystèmes équilibrés.

Plus près du terrain, des écologues comme Richard Forman ou Philippe Clergeau proposent des solutions basées sur une vision pluridisciplinaire de l’urbanisation en cherchant à intégrer les processus sociaux, biotiques et abiotiques de l’écosystème urbain.

La crise sanitaire du Covid-19 rend cependant la chose encore plus difficile puisqu’elle nous met en face de paradoxes complexes à résoudre en activant des réflexes de survie basés sur le repli sur soi et la mise à distance, gestes par définition profondément anti-urbains. Le confinement de mars 2020 a ainsi donné lieu à un exode métropolitain massif et à un repli à la campagne de tous ceux qui en avaient les moyens.

La concentration de la population dans des villes denses, plutôt favorable à la transition énergétique et à la réduction des déplacements, a soudain démultiplié la propagation du virus.

Imaginer la dé-densification

Des modèles urbains de moindre densité favorisant un rapport plus apaisé avec la biodiversité comme les « cités-jardins » sont apparus comme valant la peine d’être réévalués et actualisés. C’est ce que font notamment certains chercheurs de l’unité de recherche Architecture & Cultures Constructives de l’école d’architecture de Grenoble en analysant les expériences des Garden Cities anglaises des années soixante à l’aune de la transition socio-écologique (lire ici et ).

Imaginer la dé-densification rentre cependant en conflit avec le dogme majeur des politiques urbaines actuelles poussant à une densification urbaine accrue, mettant ainsi en balance la nécessité d’économiser de l’espace pour l’agriculture et la nature, avec le besoin d’une vie urbaine respectueuse des humains comme de la biodiversité.

La recherche de cet équilibre peut-être impossible est au cœur des études pluridisciplinaires menées au sein du LabEx Intelligence des Mondes Urbains et de l’Ecole Urbaine de Lyon, dans le projet COLLECTIFS sur le lien entre densification, biodiversité et bien-être des urbains.

anthropocène architecture

© Bernard Kaufmann

« Ville et architecture pour les humains et non-humains », le mercredi 28 octobre. Inscriptions clôturées.

Avec :

Bernard Kaufmann, maître de conférences en écologie et zoologie à l’Université Claude Bernard Lyon 1. Ses recherches conduites au Laboratoire Écologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés se focalisent sur l’écologie urbaine et l’écologie des invasions biologiques.

Pascal Rollet, architecte (agence Lipsky+Rollet), Professeur à l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble, et responsable scientifique de la Chaire Habitat du Futur aux Grands Ateliers.

Animation : Valérie Disdier, École urbaine de Lyon.

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